DEFENSE EN FAVEUR DE LA MODESTIE
Seulement une femme, et une femme d'un esprit élevé, supérieur et sans crainte, du caractère d'Elizabeth Stuart Phelps, pouvait écrire un Article comme celui qui paraît dans le Forum sous le titre de "La Femme Décolletée dans la Vie Moderne." C'est une défense en faveur de la modestie; c'est une protestation contre les tendences de démoralisation de nos jours qui se répandent dans la littérature, dans l'art dra-
matique, dans les coutumes et les usag-es sociaux. Nous ne pensons pas que la voix de celle qui se fait entendre soit un moment trop tôt, ou que ce soit pour un sujet de peu d'importance. Dans notre civilisation moderne bien des circonstances se réunissent pour faire du temps où nous vivons une époque de liberté, non désirable en paroles et en actions prohibées par l'ang-e à Tépée flambo3'ante. C'est un âg^e de révolte et d'émancipation; presque tout progrès humain vient contrebalancé par les extrêmes. . • •
Il n'y a pas longtemps que nous eûmes à toucher cette question afin de proscrire la "Kreutser Sonata." Considérée sous le point de vue moral, notre littérature ordinaire doit nous inspirer de grandes craintes pour les mœurs. Ce n'est pas que nos bons livres ne soient en grand nombre, et même en plus grand nombre que par le passé, mais nous en avons beaucoup en circulation qui devraient être proscrits, et qui ne sauraient tomber entre les mains d'une jeune fille sans l'exposer au même danger qu'elle serait en compagnie de femmes d'un mauvais caractère.
Nous sommes trop indifférents sur ce point. Dirons-nous en passant que bien des jeunes personnes lisent et discutent avec leurs amis de sexe différent des sujets qu'on n'aurait pas osé mentionner il y a vingt ans. Nous ne prétendons pas dire que ces livres soient ouvertement immoraux, mais ils traitent de faits et de situations sur lesquels on ne peut s'arrêter ou converser sans danger pour la vertu de modestie. De nos jours cependant, ces livres f 3rment la majeure partie de ceux qu'on offre au public. Non moins frappante est la détérioration du théâtre, d'après notre jugement. . . .
Il est presque impossible de nos jours de jouer une pièce dramatique de quelque mérite sans l'assistance de la femme aux vêtements courts, serrés et collants. Et c'est la moindre des fautes du théâtre, où l'allusion, l'insinuation et la sug-gestion font naître des pensées bien plus émouvantes que la vue des gestes et des danses des acteurs et des actrices.
Ce qui est encore plus actuel, c'est lorsque notre éloquente moraliste touche le sujet des costumes modernes; c'est alors qu'elle parle avec toute l'autorité d'une femme à d'autres femmes et que ces remarques sont des plus sévères et bien méritées.
La décadence en morale de la littérature et des beaux arts n'est à son esprit qu'un reflet d'un autre crime contre la modestie encore bien plus détestable, qui devient partout le partag-e des femmes du monde, et qui anime son zèle jusqu'à l'indignation. Impossible de répondre à l'assertion qu'elle fait et qui lui sert de texte : ' 'C'est un fait, " dit-elle, ' 'qu'on l'explique comme on pourra, les femmes décentes ne furent jamais vêtues si indécemment dans notre pays, dans notre siècle, comme elles le sont aujourd'hui, dans les sociétés mondaines. ....Si votre costume est vil, grossier, et vulgaire, vous ne pouvez blâmer la plume ou la langue qui vous place parmi le vulgaire. Si votre vêtement est sans grâce, vous êtes disgraciée. La femme vêtue indécemment, n'importe qui, n'importe où, n'importe pour quel motif, est indécente. La femme vêtue sans égard à la modestie est immodeste."
Il n'appartient qu'à une femme et à une femme seulement d'user de telles expressions envers celles de son propre sexe ....
Dans la génération présente le fruit de l'arbre de la Science du bien et du mal est placé abondamment devant les lèvres de toutes les filles d'Eve. Les Sages pourraient le permettre, mais ils voudraient que la modestie fut gardée aussi saintement que la vertu. La philsophie de tout cela paraît dans la conclusion sérieuse de notre censeur: ■'^Notre sentiment d'une délicatesse élevée, après tout, est un très grand support moral. Plusieurs parmi nous préféreraient plutôt se voir nommées criminelles que d'être réputées inciviles et ignobles. Le dernier degré de dégradation morale parmi nous, c'est d'être reconnues comme impolies et sans éducation. Tâchez de convaincre la valseuse à moitié nue quelle n'est pas une femme respectable, mais une sauvage et elle s'habillera décemment et inventera une nouvelle danse. Tâchez de convaincre l'écrivain d'une littérature basse et dangereuse qu'il n'est pas un artiste, mais un sauvage, il détruira ses manuscrits, et inventera une littérature d'un caractère bien différent. Traçons clairement les lignes à suivre, et qu'elles soient la règle de notre conduite en paroles et en actions. La société respecte toujours ses propres restrictions. Que cela soit f ashionable d'être décent, et la victoire est à nous. "