REVEREND L. GALTIER
M^IyANGSS. 241
lY.
Instruction sur la modestie par le Rêvd Père L. Galtier, qui, en 1841, batit la première chapelle dans' St. Paul, et mourut à la Prairie Du Chien en 1866,
IvA modestie est UNE VERTU PAR LAQUELLE NOUS RÉ- GLONS NOTRE Extérieur avec décence et décorum — Par elle tout doit être bien réglé dans notre extérieur— Nos YEUX, NOTRE LANGUE, NOS VÊTEMENTS, NOS MANIÈRES, ETC.
"Que votre modestie soit connue de tous les hommes; le Seigneur est proche.— Phil. IV. 5.
Chrétiens bien-aimés: C'est un devoir sacré pour les ministres de Dieu d'enseigner aux fidèles toutes leurs obligations, quand bien même ils pourraient avoir quelque raison de craindre, que plusieurs ne soient pas bien disposés à recevoir avec reconnaissance toutes les vérités du salut. "Prêchez la parole," dit saint Paul à son disciple chéri Timothée, "parlez avec instance en bonne saison, et hors de saison, réprouvez, priez, réprimandez avec patience et selon la doctrine." Non moins positif est le précepte de Notre Seigneur Jésus-Christ, quand il ordonne à ses Apôtres et à leurs successeurs d'aller et d'instruire toutes les nations, "leur enseignant" dit—il, "d'ob-* server tout ce que je vous ai commandé, et voilà que je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la fin du monde."
Si nous ne voulions que plaire aux gens du monde, nous ne pourrions jamais dire une parole dure contre les affections de la nature corrompue. Mais nous avons à annoncer la doctrine de Notre Seigneur, qui dans bien des occasions, prononce cet anathçme: "Malheur au monde, à cause de ses scan-
dales!" De là, de temps en temps, nous devons fortement élever la voix contre les nombreux abus de la société.
Le sujet de notre instruction, aujourd'hui, sera sur la Modestie.
La Modestie, Fidèles bien-aimés, est une vertu par laquelle l'extérieur est rég:lé avec décence et décorum. Par elle, selon l'exemple de Jésus-Christ, toute chose doit être bien réglée dans notre extérieur— dans nos yeux, notre lang-ue, nos vêtements, nos manières.
Nos yeux sont comme deux ouvertures par lesquelles sont communiquées à notre âme la lumière ou les ténèbres; ils peuvent causer la ruine fatale de notre cœur, et devenir aux autres un sujet de scandale.
Le saint homme Job était bien convaincu de cette vérité lorsqu'il disait: "J'ai fait un pacte avec mes yeux pour ne pas même regarder à une vierge." {XXXI. 1.) Kcoutez aussi cette admonition du Saint-Esprit par la bouche de l'Ecclésiastique: "Ne considère pas une jeune fille, de peur que tu ne trouves ta ruine en sa beauté .... Détourne les 3^eux d'une femme parée, et ne considère pas la beauté d'une étrangère. Car plusieurs ont péri par la beauté d'une femme, et c'est par là que la concupiscence s'allume comme le feu." (IX 5, 8, 9.)
Soyez modestes, veillez et priez; sinon, malheur à vous! Vos yeux trahiront votre cœur et causeront votre ruine, selon ces paroles de Jésus-Christ: "Je vous dis que quiconque aura regardé une femme pour la convoiter, a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur." {Matt. V. 2S.)
Les Saintes Ecritures nous fournissent aussi trois exemples frappants sur le même sujet. Le premier est la chute d'un grand roi et d'un grand prophète bien connu dont les larmes et les pénitences ne cessèrent qu'avec sa vie; David séduit par des regards imprudents sur la femme d'Urie se rendit coupable du double crime d'adultère et de meurtre. Le second, non moins remarquable, prouve qu'un âge avancé n'offre aucune guarantie, aucune sécurité contre une chute si honteuse. Qui n'a pas lu ou entendu raconter l'histoire de ces deux vieillards, de ces deux juges du peuple d'Israël qui avaient un libre accès à la maison de Joachim, l'époux de la
chaste et vertueuse Susanne; leurs regards immodestes portèrent le poison dans leurs coeurs, et les plong-èrent dans l'abîme de l'iniquité; et parce quelle craig-nait Dieu et qu'elle ne voulut pas consentir à leur crime, préférant plutôt la mort, ils l'accusèrent devant le peuple et la firent condamner à mort. Mais, g-loire à Dieu! Le ciel ne put être témoin de crimes si abominables d'une part, et de vertus si éminentes de l'autre, sans punir ces deux monstres d'iniquité, et couronner de g-loire Suzanne, la chaste épouse, la femme parfaite, le modèle immortel de son sexe.
Un troisième exemple du danger causé par l'immodestie des yeux est offert à la réflexion des personnes qui pourraient s'imag-iner que le sexe n'a rien à craindre des reg-ards imprudents et lascifs. Nous lisons dans le livre de la Genèse que la femme de Putiphar, ayant jeté ses yeux sur Joseph, conçut dans son cœur des passions si criminelles, qu'elle oublia son rang, son devoir, et employa toute sorte de moyens pour porter le saint jeune homme au crime le plus horrible. Mais Joseph craig-nait Dieu, l'aimait et préféra s'exposer à toute espèce de maux et de souffrances dans cette vie plutôt que de l'offenser.
De là, si nous voulons garder nos cœurs purs, il faut prier et veiller sur nos yeux et pratiquer la vertu de modestie.
Notre conduite et nos manières doivent aussi ère gouvernées par la prudence et la modestie. Nous ne devons rien laisser paraître dans nos actions d'indécent, de lascif ou de léger. La gravité, la candeur, l'affabilité et la bonté doivent être les ornements de notre contenance, comme elles sont aussi les meilleures marques d'une bonne éducation et d'une vertu solide.
Tâchez donc d'être modestes dans toutes les circonstances et dans tous les lieux; avec vos supérieurs parce que vous devez les respecter, et avec vos égaux et vos inférieurs parce que vous devez les édifier et leur donner le bon exemple. Soyez modestes, même quand vous êtes seuls, à cause de votre ange gardien qui est présent, et surtout à cause de Dieu, qui voit toutes vos actions. "Que votre modestie soit connue de tous les hommes; le Seigneur est proche. Cet avis de l'Apôtre doit être spécialement entendu de notre conduite dans
rég"lise, dans la maison de prière, dans le lieu où nous avons le tabernacle du Dieu vivant. "Rentrer dans la maison de Dieu comme dans une maison profane sans respect et modestie; reg-arder çà et là, y converser et rire, s'y tenir dans une posture inconvenante et d'autres irrévérences semblables sont des péchés qui offensent Dieu," dit un pieux auteur, "plus que la g"énéralité du peuple s'imag^ine."
Soyez modestes et veillez au milieu de vos enfants. Bien des fois des enfants ont reçu à la maison les premières impressions du mal, et ils auront à accuser les auteurs mêmes de leur vie, comme les meurtriers de leurs âmes. Que votre conduite soit donc pour eux une leçon continuelle de modestie.
Ne laissez dans votre maison aucun livre, aucun journal dont les tendances sont immorales, ni aucun tableau, aucune peinture ou imagée, aucune statue indécente. Ces objets sont les productions d'esprits impurs, capables de répandre la corruption dans les cœurs les plus purs, et causer la mort spirituelle des âmes. Mais ayez toujours pour votre usage et celui de vos enfants de bons livres qui vous inspireront aux uns et aux autres de bonnes pensées, de bonnes affections et de bons désirs. Ornez les murs de vos chambres avec des peintures, des tableaux ou des imag-es de Jésus-Christ, de la Sainte Vierg-e et d'autres saints et martyrs, dont la vue et les œuvres seront pour vous et vos enfants des leçons continuelles de modestie, de pureté, de patience et d'obéissance à la volonté de Dieu en toutes choses.
La vertu de modestie doit paraître aussi dans vos vêtements. Tout ornement superflu est le sig-ne d'un esprit vain et lég"er et devient dang-ereux même aux ^^eux chastes. Soyez modestement vêtus, suivant votre condition et vos moyens sans tâcher d'ég"aler ceux qui sont au-dessus de vous. "Ne vous ' g-lorifiez jamais de votre parure," nous dit le Saint-Esprit, "car cela n'est que vanité." Tous les Pères de l'Eg^lise ont condamné avec un saint zèle les vêtements immodestes. St. Jérôme appelle les jeunes personnes qui parent avec excès leurs cheveux "la peste de la modestie; et je ne pense pas qu'il soit trop sévère, lorsque je lis dans la première Epitre de St. Paul à Timothée ce conseil: "Que les femmes se parent
de modestie et de chasteté, et non avec des cheveux frisés, ni d'ornements d'or, ni de perles, ni des habits somptueux; mais comme il convient à des femmes qui montrent leur piété par de bonnes œuvres." (7. Ep. Tirn. 11. 9, 10.)
A ces paroles de St-Paul, permettez-moi d'ajouter aussi un autre avis que le Prince des Apôtres adresse aux femmes mariées: "Rejetez loin de vous le soin de votre chevelure, les ornements d'or et la mag-nificence des vêtements; mais songez à l'ornement caché du cœur, qui consiste dans la pureté incorruptible d'un esprit de douceur et de paix; il est le plus riche ornement aux jeux de Dieu." (7. Ep. St. Pierre III. 9, 10.)
O mes bien chers Frères, que la sage doctrine des Apôtres est différente de celle du monde!
Les païens et bien d'autres qui n'étaient pas les disciples de Jésus-Christ, étaient excessivement vains dans leurs vêtements, dans leurs riches ornements et dans leurs habits immodestes; et c'est la raison qui engagea St. Pierre et St. Paul à parler ainsi afin de prémunir les chrétiens contre des scandales si hautement condamnés par Jésus et sa croix, et d'empêcher parmi eux la contagion d'une coutume si pernicieuse et d'un exemple si mauvais.
Combien plus énergique encore serait la condamnation des Apôtres, s'ils étaient témoins du luxe, de la vaine toilette, des vêtements indécents, de la conduite et des manières légères d'un si grand nombre de disciples de Jésus qui ont honte de sa croix et de la modestie chrétienne — de cette modestie chrétienne qui devrait être le plus bel ornement de la femme comme aussi la gloire et les délices de tous les disciples de Jésus-Christ.
Si votre esprit est bien réglé, cela paraîtra par la modestie de votre extérieur, selon ces paroles des Saintes Ecritures: "L'homme est connu par ses regards et le sage par sa contenance, lorsque tu le rencontres. Le vêtement qui le couvre, son rire et sa démarche montrent ce qu'il est."
Montrez ce que vous êtes; mais que cela soit par votre modestie, par vos manières humbles, simples et sans ostentation. Souvenez-vous que l'extérieur est l'image de l'intérieur, et que le visage qui est le miroir de l'âme doit aussi
être resplendissant de modestie.
Si vous avez un cœur vraiment chaste et une idée réelle de la vertu, vous mépriserez tous ces vains ornements, tous ces excès de toilette, comme scandaleux et ridicules pour des Chrétiens.
Kst-ce pour réformer l'œuvre de Dieu que vous parez votre tête de tant de colifichets et de fleurs?~Par tant d'ornements combinés d'une manière si habile ne reniez-vous pas Jésus- Christ, dont la tête sacrée fut couronnée d'épines?
Observez la modestie dans vos paroles, car le sag-e dit que c'est par la lang-ue que la sag-esse se fait connaître.
Ne proférez jamais une parole mauvaise ou impertinente, mais parlez avec sagesse et en temps opportun. Que vos lèvres ne laissent jamais échapper aucun mot indécent ou lascif; mais édifiez vos semblables par votre conversation, évitez les discours impurs qui sont la peste et la corruption des bonnes mœurs. Ne vous servez pas d'expressions douteuses, d'expressions à double sens, qui peuvent être l'occasion de mauvaises pensées. Abstenez-vous de tout langage indécent, de toute parole basse qu'une certaine classe d'hommes vulgaires et méchants ont fréquemment dans leur bouche.
En outre, so^-ez discrets même sur des sujets indifférents; so3-ez les derniers à parler, et les premiers à garder le silence, n'interrompant personne, et ne vous mêlant pas des affaires d'autrui. Apprenez avant de parler; et parlez toujours avec prudence.
Ces quelques remarques sur ce sujet qui est de la plus grande importance vous engageront, je l'espère, à prendre quelques résolutions salutaires. Puisse la bénédiction de Dieu, réformer votre extérieur, jusqu'à ce que vous a^'ez acquis la modestie des saints et leur récompense, l'objet de mes désirs pour vous!
DANGKRS DU THEATRE.
*ExTRAITS d'une lettre BE EoSSUET, ArCHEVÊQUE DEMeAUX, AU PÈRE CaFFARO, ThÉATIN. BoSSUET LUI FAIT SES PLAINTES d'une LETTRE QUI AVAIT ÉTÉ PUBLIÉE SOUS SON NOM, EN FORME DE DISSERTATION, SUR LA COMÉ- DIE; IL LUI MONTRE TOUS LES VICES ET LES DANGERS
DU Théâtre.
C'est à vous-même, mon révérend père, que j'adresserai d'abord en secret entre vous et moi, selon le précepte de l'Evangile, mes plaintes contre une lettre en forme de Dissertation, sur la comédie, que tout le monde vous attribue constamment, et que depuis peu on m'a assuré que vous aviez avouée.
Quoiqu'il en soit, si ce n'est pas vous qui en soyez l'auteur, ce que je souhaite, un désaveu ne vous fera aucune peine; et de là ce n'est plus à vous que je parle. Que si c'est vous, je vous en fait mes plaintes à vous-même, comme un chrétien à un chrétien, et comme un frère à un frère.
Je ne perdrai point de temps à répondre aux autorités de saint Thomas et des autres saints qui en g-énéral semblent approuver ou tolérer les comédies. Puisque vous demeurez d'accord, et qu'en effet on ne peut nier que celles qu'ils ont permises ne doivent exclure toutes celles qui sont opposées à l'honnêteté des moeurs. . . .
La première chose que j'y reprends, c'est que vous avez pu dire et répéter, que la comédie, telle qu'elle est aujour-
*ces Extraits furent traduits du Français en Anglais pai' Mgr. Ravoux, il y-a bien des annéas. Ils sont iasdi-.s dans le livre de ses Mémaires en Anglais.— 1890,
d'hui, n'a rien de contraire aux bonnes mœurs .... Il faudra donc que nous passions pour honnêtes les impiétés et les infamies dont sont pleines les comédies de Molière. . . .
Song-ez encore sivousjug-ez dig-ne de votre habit et du nom de chrétien et de prêtre, de trouver honnêtes toutes les fausses tendresses, toutes les maximes d'amour et toutes les douces invitations à jouir du beau temps de la jeunesse, qui retentissent partout dans les opéras de Quinault, à qui j'ai vu cent fois déplorer ses ég"arements, mais aujourd'hui vous autorisez ce qui a fait la matière de sa pénitence et de ses justes reg^rets, quand il a song-é sérieusement à son salut, et vous êtes contraint, selon vos maximes, d'approuver que ces sentiments, dont la nature corrompue est si dang-ereusement flattée, soient animés d'un chant qui ne respire que la mollesse.
Si Lulli a excellé dans son art, il a dû proportionner, comme il a fait, les accents de ses chanteurs et de ses chanteuses à leurs récits et à leurs vers; et ses airs, tant répétés dans le monde, ne servent qu'à insinuer les passions les plus décevantes, en les rendant les plus ag"réables et les plus vives qu'on peut.
Il ne sert de rien de répondre qu'on n'est occupé que du chant et du spectacle, sans song-er au sens des paroles, ni aux sentiments qu'elles expriment; car c'est là précisément le dang-er que, pendant qu'on est enchanté par la douceur de la mélodie, ou étourdi par le merveilleux du spectacle, ces sentiments s'insinuent sans qu'on j pense, et g'ag'nent le cœur sans être aperçus. Et, sans donner ces secours à des inclinations trop puissantes par elles-mêmes, si vous dites que la seule représentation des passions ag-réables, dans les tragédies d'un Corneille et d'un Racine, n'est pas pernicieuse à la pudeur, vous démentez ce dernier, qui a renoncé publiquement aux tendresses de sa Bérénice, que je nomme parce qu'elle vient la première à mon esprit; et vous, un prêtre, un Théatin, vous le ramenez à ses premières erreurs.
Vous dites que ces représentations des passions agréables ne les excitent qu'indirectement, par hasard et par accident, comme vous parlez. Mais, au contraire, il n'y a rien de plus direct ni de plus essentiel dans ces pièces que ce qui fait le dessein formel de ceux qui les composent, de ceux qui les écou-
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tent. Dites-moi, que veut un Corneille dans son Cid, sinon qu'on aime Chimène, qu'on l'adore avec Rodrig-ue, qu'on tremble avec lui lorsqu'il est dans la crainte de la perdre, et qu'avec lui on s'estime heureux lorsqu'il espère de la posséder? Si l'auteur d'une trag-édie ne sait pas intéresser le spectateur, l'émouvoir, le transporter de la passion qu'il a voulu exprimer, où tombe-t-il, si ce n'est dans le froid, dans l'ennuyeux, dans l'insupportable, si on peut parler de cette manière? ....
Si les nudités, si les peintures immodestes causent naturellement ce qu'elles expriment, et que pour cette raison, on en condamne l'usag-e, parce qu'on ne les g-oûte jamais autant qu'une main habile l'a voulu, qu'on entre dans l'esprit de l'ouvrier, et qu'on se mette en quelque façon dans l'état qu'il a voulu peindre, combien plus sera-t-on touché des expressions du théâtre, oii tout paraît effectif, où ce ne sont point des traits morts et des couleurs sèches qui agissent, mais des personnages vivants, de vrais yeux, ou ardents, ou tendres, et plongés dans la passion; de vraies larmes dans les acteurs, qui en attirent d'autres dans ceux qui reg-ardent ; enfin de vrais mouvements qui mettent en feu tout le parterre et toutes les loges; et tout cela, dites-vous, n'émeut qu'indirectement, et n'excite que par accident les passions?. . . .
Je vous prie, que fait un acteur lorsqu'il veut jouer naturellement une passion, que de rappeler autant qu'il peut celles qu'il a ressenties, et que, s'il était chrétien, il aurait tellement noyées dans les larmes de la pénitence, qu'elles ne reviendraient jamais à son esprit, ou n'y reviendraient qu'avec horreur; au lieu que, pour les exprimer, il faut qu'elles lui reviennent avec tous leurs agréments empoisonnés, et toutes leurs grâces trompeuses.
Mais tout cela, dites-vous, paraît sur les théâtres comme une faiblesse: je le veux, mais comme une belle, comme une noble faiblesse, comme la faiblesse des héros et des héroïnes; enfin comme faiblesse si artificieusement chang-ée en vertu, qu'on l'admire, qu'on lui applaudit sur tous les théâtres, et qu'elle doit faire une partie si essentielle des plaisirs publics, qu'on ne peut souffrir de spectacle où non seulement elle ne soit, mais encore où elle ne règne et n'anime toute l'action.
Dites, mon Père, que tout cet appareil n'entretient pas directement et par soi le feu de la convoitise, ou que la convoitise n'est pas mauvaise, et qu'il n'y a rien qui répug-ne à l'honnêteté et aux bonnes mœurs dans le soin de l'entretenir; ou que ce feu n'échauffe qu'indirectement, et que ce n'est que par accident que l'ardeur des mauvais désirs sort du milieu de ces flammes; dites que la pudeur d'une jeune fille n'est offensée que par accident par tous les discours où une personne de son sexe parle de ses combats, où elle avoue sa défaite, et l'avoue à son vainqueur même. Ce qu'on ne voit point dans le monde; ce que celles qui succombent à cette faiblesse y cachent avec tant de soin, une jeune fille le viendra apprendre à la comédie: elle le verra, non plus dans les hommes, à qui le monde permet tout, mais dans une fille qu'on représente modeste, pudique, vertueuse, en un mot, dans une héroïne; et cet aveu, dont on rougit dans le secret, est jugé digne d'être révélé au public, et d'emporter, comme une nouvelle merveille, l'applaudissement de tout le théâtre.
Vous comparez les dangers où l'on se met dans les comédies par les vives représentations des passions à ceux qu'on ne peut éviter qu'en fuyant, dites-vous, dans les déserts. On ne peut, continuez-vous, faire un pas, lire un livre, entrer dans une église, enfin vivre dans le monde, sans rencontrer mille choses capables d'exciter les passions. Sans doute, la conséquence est fort bonne; tout est plein d'inévitables dangers: donc il en faut augmenter le nombre. Toutes les créatures sont un piège et une tentation à l'homme; donc il est permis d'inventer de nouvelles tentations et de nouveaux pièges pour prendre les âmes. Il y a de mauvaises conversations qu'on ne peut, comme dit St. Paul, (I. Cor, V. 10) éviter sans sortir du monde; il n'y a donc point de péché de chercher volontairement de mauvaises conversations; et cet apôtre se sera trompé, en disant que ' 'les mauvais entretiens corrompent les bonnes mœurs." {Ihid. XV. 33) Voilà, mon cher Père, votre conséquence. Tous les objets qui se présentent à nos yeux peuvent exciter nos passions; donc on peut se préparer des objets exquis et recherchés avec soin, pour les exciter et les rendre plus agréables en les déguisant: on peut conseiller
de tels périls; et les comédies, qui en sont d'autant plus remplies qu'elles sont mieux composées et mieux jouées, ne doivent pas être mises parmi ces mauvais entretiens, par lesquels les bonnes mœurs sont corrompues. Dites plutôt, mon cher Père. Il y a tant dans le monde d'inévitables périls; donc il ne les faut pas multiplier. Dieu nous aide dans les tentations qui nous arrivent par nécessité; mais il abandonne aisément ceux qui les recherchent par choix; et celui qui aime le péril, il ne dit pas: Celui qui y est par nécessité; mais, celui qui l'aime et qui le cherche, y périra. {EccL III. 27.) ■ . ■ .
Mais de là il ne s'ensuit pas qu'il faille autoriser les périls publics. Si les hommes ne les aperçoivent pas, c'est aux prêtres à les instruire, et non pas à les flatter. Oii trouverat-on la science, si les lèvres du prêtre, préposées à la g^arder, sont corrompues? et de qui recherchera-t-on la loi de Dieu, si ceux qui en sont les prédicateurs donnent de l'autorité aux vices, comme parle saint Cyprien? (Lib. de Spect. p. 339.)
Le Cantique des Cantiques qui ne respire qu'un amour céleste; et cependant, parce qu'il y est représenté sous la fig-ure d'un amour humain, on en défendait la lecture à la jeunesse. Aujourd'hui on ne craint point de l'inviter à voir soupirer des amants, pour le plaisir seulement de les voir aimer, et pour g-oûter les douceurs d'une folle passion.
Quittez, quittez ces illusions, ou révoquez, ou désavouez, une lettre qui déshonore votre caractère, votre habit et votre saint ordre, où l'on vous donne lenomdethéolog-ien, sans avoir pu vous donner des théolog"iens, mais de seuls poètes comiques pour approbateurs; enfin, qui n'ose paraître qu'à la tête des pièces de théâtre, et n'a pu obtenir de privilèg-e qu'à la faveur des comédies. Dans un scandale public, que je pourrais combattre avec moins d'ég^ards, pour garder envers un prêtre et un religieux d'un ordre que je révère, et qui honore la cléricature, toutes les mesures de la douceur chrétienne, je commence par vous reprendre entre vous et moi, si vous ne m'écoutez pas, j'appellerai des témoins, et j'avertirai vos supérieurs; à la fin après avoir épuisé toutes les voies de la charité, je le dirai à l'Kglise, et je parlerai en évêque contre votre perverse doctrine. Je suis, cependant; etc. (^4. D. 1694.)
Bossuet, désirant prémunir les faibles contre les faux principes qu'on cherchait à insinuer dans leur esprit, publia la même année, un écrit très lumineux, sous ce titre: {Maximes et Eéûextions sur la Comédie.)
Cet écrit contient 66 pag"es, et commence par ces paroles remarquables:
"Le relig-ieux à qui on avait attribué la Lettre ou Dissertation pour la défense de la comédie, a satisfait au public par un désaveu aussi humble que solennel. L'autorité ecclésiastique s'est fait reconnaître: par ses soins la vérité a été vengée, la saine doctrine est en sûreté, et le public n'a besoin que d'instruction sur une matière qu'on avait tâché d'embrouiller par des raisons frivoles, à la vérité, et qui ne seraient dignes que de mépris, s'il était permis de mépriser le péril des âmes infirmes."
— Voyez page 279, et aussi la note au bas de la page2G4. — Volume .'îème, Œuvres choisies de Bossuet.
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La femme DJÉCOLLETÊE DANS LA VIE MoDERNE, PAR KlIZA- BETH StuART PhELPS — DÉFENSE EN FAVEUR DE LA MO- DESTIE, PAR LE "Pioneer Press" de St-Paul, 17 Août,
La femme décolletée dans la vie Moderne — Cet Article qui parut dans le Forum pour le mois d'Août, 1890, asugg-éré au Pioneer Press de St-Paul d'écrire et de publier un autre Article intitulé: '"''Défense en faveur de la Modestie,'^ dans lequel il donne des éloges bien mérités à Klizabeth Phelps, l'auteur de "La femme Décolletée dans la vie Moderne." Nous avons lu les deux Articles avec plaisir, et nous pensons qu'ils sont très importants et capables d'induire et de porter un grand nombre de personnes à un changement dans les usages et les coutumes de la société et de créer une opinion publique contre tout ce qui est bas, vil et indécent dans la littérature, dans les beaux arts, dans la peinture, dans les vêtements, dans la conversation, etc .... Afin de corroborer ce que nous avons dit dans notre livre au sujet des Romans, de la Modestie et des Théâtres etc, nous y ajouterons la plus grande partie de l'Article du Pioneer Press.