CHAPITRE IV
Revers de nos ai-mëes. — Etablissement du tribunal révolutionnaire- — lo mars. — De'cret d'accusation contre Maral.
J'arrive à cette journée du lo mars qui nous a été imputée à crime, et que Louvet cite comme une preuve du dessein formé par la Montagne de faire assassiner le côté droit. Les faits portent avec eux toute la vérité, et je n'ai qu'à tracer un récit exact de tout ce qui s'est passé pour repousser victorieusement les inductions odieuses qu'on en a tirées. Moi-même j'ai joué un rôle dans cette affaire; car j'ai eu part à l'organisation d'un tribunal sans appel. Mais je dois prouver, et heureusement il ne faut pour cela qu'ouvrir le Moniteur, que ce n'est pas à la faveur des ténèbres de la nuit et de violences insurrectionnelles que j'ai fait décréter ma motion. C'est encore là une erreur échappée sans doute involontairement à Louvet, mais qu'il n'est pas moins nécessaire de relever pour l'instruction de ceux qui n'étudient pas le Moniteur.
Les troubles révolutionnaires trouvent leur explication dans les causes qui les ont fait naître.
Il faut donc que je remonte aux causes avant de raconter les événements du lo mars. Nos armées, long-temps victorieuses dans la Belgique, se préparaient, sous le commandement de Dumouriez, à envahir la Hollande lorsque de grands revers vinrent les atteindre. Miranda fut contraint de lever le siège de Maestrich, nos troupes rétrogradèrent en deçà d'Aix-la-Chapelle, et repassèrent la Meuse. Ces affligeantes nouvelles parvinrent à la convention le 8 mars. Beurnonville, ministre de la guerre, et allié du parti de la Gironde, en nous en donnant connaissance, s'exprimait ainsi : « La convention jugera sans doute convenable de prendre de grandes mesures pour exciter le zèle des départements, et fournir de prompts secours à nos armées. Paris surtout, où j'ai vu autrefois le plus grand zèle, se signalera sans doute dans cette circonstance, où il s'agit du salut de la république. » Danton et Lacroix, commissaires de la convention près de l'armée de Belgique , qui venaient d'arriver à Paris à l'instant même , parlèrent dans le sens du ministre, et demandèrent comme lui de promptes et grandes mesures. Un membre ayant alors proposé le renvoi de toutes ces motions au comité de défense générale, Barrère, qui votait encore avec les girondins, s'écria : « Nous n'avons pas besoin de ce renvoi ; car nous n'avons point de secret à garder. Une assemblée qui est publique par son essence devrait délibérer sur la guerre au milieu de la place publique. Vous avez changé
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la diplomatie de l'Europe; vos armées ne connaissent plus d'autre tactique que celle d'hommes qui, voulant la liberté ou la mort, se précipitent sur les esclaves. Je sais bien qu'il existe dans le conseil executif un secret naturel pour les mesures d'exécution , pour les plans de campagne ; mais quand on annonce des dangers à la convention nationale, elle devrait désirer que la nation entière se trouvât dans cette enceinte, parce que nous la verrions se précipiter tout entière vers les points menacés pour écraser les despotes. »
Ces discours portèrent l'enthousiasme à son comble. Tous les côtés de l'assemblée montrèrent la même exaltation, tous proposèrent à l'envi des moyens d'enflammer l'ardeur populaire et de pousser les masses à la frontière. Le président Gensonné, Phelippeaux, Robespierre, disputèrent de zèle et de chaleur. Danton, renchérissant sur eux, s'exprima ainsi : « ïl faut le dire à la France entière : si vous ne volez pas au secours de vos frères de la Belgique , si Dumouriez est enveloppé en Hollande, si son armée est obligée de mettre bas les armes , qui peut calculer les malheurs incalculables d'un pareil événement? La fortune publique anéantie, la mort de six cent mille Français, en pourraient être les suites I
« Citoyens, vous n'avez pas une minute à perdre Nous ne pouvons pas attendre notre salut
de la loi du recrutement, dont l'exécution peut être lente Il faut que Paris, cette cité célèbre
lant calomniée contribue, par son exemple, à
sauver la patrie. Je dis que cette ville est encore appelée à donner à la France l'impulsion qui l'année dernière a enfanté nos triomphes. Comment se fait -il que vous n'ayez pas senti que, s'il faut faire les lois avec maturité, on ne fait bien la guerre qu'avec enthousiasme? Toutes les mesures dilatoires, tout moyen tardif de recruter, détruit cet enthousiasme, et reste souvent sans succès.
« Tous les Français veulent être libres. Ils se sont constitués en gardes nationales. Aux termes de leurs serments, ils doivent tous marcher quand la patrie réclame leurs secours.
(( Je demande, par forme de mesure provisoire, que la convention nomme des commissaires, qui ce soir se rendront dans toutes les sections de Paris, convoqueront \e^ citoyens, leur feront prendre les armes, et les engageront, au nom de la liberté et de leurs serments, à voler à la défense de la Belgique. La France entière senhra le contre-coup
de cette impulsion salutaire hâtons- nous de
réparer nos fautes. Que ce premier avantage de nos ennemis soit, comme celui de l'année dernière, le signal du réveil de la nation »
Des applaudissements réitérés suivirent cette harangue, et le décret proposé par Danton fut rendu à l'unanimité dans les termes suivants :
(f La convention nationale décrète que des commissaires pris dans son sein se rendront ce jour, dans les quarante-huit sections de Paris, pour les
instruire de l'état actuel de l'armée, pour rappeler à tous les citoyens en état de porter les armes le serment qu'ils ont prêté de maintenir jusqu'à la mort l'égalité , la liberté, et pour les requérir au nom de . la patrie de voler au secours de leurs frères dans la Belgique.
« Des commissaires chargés de la même mission seront envoyés dans tous les départements de la république. »
En même temps la convention décrétait la réunion de Louvain et de Namur à la république française. Jamais on n'avait vu plus d'accord dans le sein de la représentation nationale.
Dans la séance du 9, les divers commissaires envoyés prés des sections de Paris, vinrent présenter leur rapport. Partout ils avaient trouvé les citoyens animés de l'ardeur la plus vive, partout les enrôlemenls volontaires dépassaient l'attente publique; mais partout aussi la plus grande fermentation commençait à régner. En même temps les lettres du ministre de la guerre, de Miranda et deDumouriez, en nous rassurant sur notre avenir, nous donnaient des détails sur nos récents désastres, et faisaient connaître que la faiblesse et l'impéritie, sinon la trahison des généraux Stengel et Lanoue, avaient été la cause première de nos revers et de la levée du siège de Maestrich. Ces détails divers répandaient dans nos rangs une agitation excessive. Les propositions se croisaient. On demandait que les commissaires nommés pour faire
lever en masse toute la France, se répandissent immédiatement dans les départements. Mais ces commissaires émirent le vœu qu'avant de partir, on leur donnât des garanties contre les trahisons dont nous étions entourés. Plusieurs sections de Paris parurent à la barre pour peindre le zèle qui poussait les citoyens aux frontières, et pour inviter la convention à les rassurer sur l'intérieur, en faisant justice des conspirateurs royalistes. C'est alors que fut proposé par plusieurs membres l'établissement d'un tribunal extraordinaire. J'en fis adopter le principe en ces termes :
(f La convention nationale décrète l'établissement d'un tribunal criminel extraordinaire, sans appel et sans recours au tribunal de cassation, pour le jugement de tous les traîtres, conspirateurs et contre-révolutionnaires. » Danton lit en môme temps voter la mise en liberté de tous les détenus pour dettes, et l'abolition de la contrainte par corps.
Les mêmes causes produisent ordinairement les mêmes effets. Si la proclamation des dangers de la patrie et l'appel fait au peuple de Paris en septembre 1792 avaient excité des troubles et des massacres, il n'était pas probable qu'un semblable mouvement se fît en mars lygS sans quelque agitation et quelques symptômes fâcheux. Aussi dès le g mars la fermentation de la capitale commençât-elle à se manifester par des mouvements tumultueux, au milieu desquels les presses de Gorsas furent brisées, et ce député journaliste contraint
à prendre la fui le. Les girondins ont prétendu que ces troubles étaient excités par des brigands apostés. S'il en eût été ainsi ils eussent été étouffés aussitôt, car c'était dans ce moment surtout que l'on pouvait dire avec vérité : le peuple est debout , et le peuple eût fait justice de séditions auxquelles il n'eût point participé. II est si vrai que c'était bien le peuple en corps qui concourait aux votes des sections et à l'agitation de la capitale, que toutes les professions utiles en souffrirent pendant ces deux journées, et qu'il fallut un décret de la convention pour renvoyer les boulangers à leur fournil et les employés des postes à l'expédition des dépêches.
Les désordres qui signalèrent les journées des 9 et lo mars étaient-ils de nature à ne pas pouvoir être pris comme compensation de l'élan énergique tout nouveau qu'ils imprimaient au peuple, et de la force qu'ils donnaient à la défense de notre indépendance nationale? Fallait -il museler l'anarchie avant de songer à couvrir nos frontières? c'est ce que je n'ai point à examiner ici. Mais s'il était coupable de songer avant tout à soustraire la France au joug étranger, si nous devions pour calmer l'irritation des esprits calmer la soif de vengeance des Parisiens; s'il fallait pour nous préserver de cette fièvre brûlante négliger de repousser l'Europe coalisée, les girondins ont été aussi coupables que nous. Ils ont appuyé les décrets du S mars qui excitèrent l'effervescence publique :
comment donc ont-ils pu nous reprocher les efFets naturels d'une crise qu'ils ont comme nous cru nécessaire de faire naître? Mais, disent-ils, nous avons été attaqués par le peuple au lo mars, est-ce nous qui l'avons lancé contre nous-mêmes ? est-ce nous qui avons fait briser les presses de Gorsas? Ce n'est pas la Montagne non plus. Si vous seuls avez été frappés, c'est l'effet de nos positions respectives. Traînés à la remorque dans la carrière révolutionnaire, votre marche lente et forcée n'a pas été un secret pour les masses, et au moment où vous-mêmes en appeliez à leur énergie, elles vous reprochaient votre précédente faiblesse. Quand vous nous aidiez à mettre le peuple en mouvement, vous fournissiez des armes pour vous écraser. Je reprends le récit des faits.
Dans la soirée du g mars la plupart des sections vinrent protester dans le sein de la convention de leur zèle républicain et promettre de voler aux frontières. Des discussions sans objet s'engagèrent sur la rédaction de leurs adresses. Le côté droit voulait ainsi empêcher la franche manifestation de l'opinion générale des Parisiens. Je m'écriai : « Beaucoup de sections doivent se présenter; si l'on ouvre la discussion sur chaque pétition , trèspeu pourront être entendues. Je demande que Ton n'accorde la parole sur aucune pétition. » Ma motion fut adoptée, et les adresses des sections prouvèrent que l'on s'y occupait exclusivement des enrôlements volontaires que nous avions décrétés.
La séance du lo mars fut entièrement èonsacrée à l'organisation du tribunal révolutionnaire d'après le principe adopté sur ma motion. Lesage d'Eureet - Loire et Robert Lindet présentèrent deux plans différents qui furent discutés pendant tout le cours de la séance. C'est alors que Danton demanda que la discussion fût hâtée, parce qu'il fallait avant tout songer au départ de nos commissaires et au salut de la patrie : « Qu'ils partent cette nuit même , s'écria-t-il. Voyez, citoyens, les belles destinées qui vous attendent. Quoi! vous avez une nation entière pour levier, la raison pour point d'appui, et vous n'avez pas encore bouleversé le monde î II faut pour cela du caractère, et la vérité est qu'on en a manqué. Je mets de côté toutes les passions; elles me sont toutes parfaitement étrangères, excepté celle du bien public. Dans des circonstances plus difficiles, quand l'ennemi était aux portes de Paris, j'ai dit à ceux qui gouvernaient alors : Vos discussions sont misérables ; je ne connais que l'ennemi ; battons l'ennemi. Vous qui me fatiguez de vos contestations particulières, au lieu de vous occuper du salut de la république , je vous répudie tous comme traîtres à la patrie. Eh! que m'importe ma réputation! que la France soit libre, et que mon nom soit flétri!.... » Puis, à la fin de la séance, il traçait ainsi le plan de nos travaux: (( Ce soir, organisation du tribunal révolutionnaire, demain mouvement militaire; que demain
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VOS commissaires soient pariis; que la France entière se lève, coure aux armes, marche à l'ennemi; que la Hollande soit envahie; que la Belgique soit libre; que !e commerce d'Angleterre soit ruiné; que les amis de la liberté triomphent de cette contrée; que nos armes partout victorieuses apportent aux peuples la délivrance et le bonheur, et que le monde soit vengé. »
Ces paroles de Danton furent accueillies par les applaudissements unanimes de l'assemblée, et la lin de la discussion relative à l'organisation du tribunal révolutionnaire, fixée à la séance du soir.
Qu'on se rappelle les motions qui se succédaient depuis deux jours sur les dangers de la patrie, les harangues des commissaires conventionnels dans les sections, le grand mouvement national que l'on venait d'exciter, et l'on ne sera pas étonné si l'on apprend que Paris n'était pas dans un état de parfaite tranquillité. Des groupes se formaient dans divers endroits. Quelques attroupements tumultueux parcouraient les divers quartiers de la capitale. Nous le savions tous quand nous fixâmes notre prochaine réunion à neuf heures du soir, et à cette heure les symptômes alarmants s'étaient plutôt dissipés qu'accrus; aussi ne fut-ce pas sans étonnement que je vis à la séance du soir les bancs de la droite presque entièrement dégarnis, ce dont je ne pus pas m'empècher de faire la remarque à mes collègues, en leur disant : Ces messieurs dorment sans doute quand nous veillons pour le salut I. 8
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de la patrie. Ils ne dormaient pas cependant; ils méditaient contre nous une injuste accusation de plus. Or voici les faits qui y donnèrent lieu.
Le lo, dans l'après-midi, les attroupements réunis aux Champs-Elysées prirent un caractère séditieux. Les discussions de la convention devinrent le sujet de nombreuses motions , dans lesquelles les députés qui avaient voté avec la minorité dans le procès de Louis XVI furent maltraités. On se porta ensuite aux Jacobins et aux Cordeliers , où l'on prêcha l'insurrection contre la convention; mais dans ces deux clubs ces propositions furent repoussées par des députés montagnards, parmi lesquels figuraient Dubois- Crancé et Marat. En même temps la commune veillait à la sûreté publique, Pache et Santerre prenaient de salutaires mesures pour empêcher l'insurrection d'éclater. Ils arrêtaient la clôture des barrières, et veillaient à ce que les malveillants ne pussent pas faire battre la générale et sonner le tocsin.
Pendant ce temps nous étions en séance, poursuivant l'organisation du tribunal révolutionnaire. Nous apprîmes qu'un mouvement se manifestait dans Paris, et aussitôt la discussion fut interrompue, le maire et le commandant général mandés à la barre, et nous ne reprîmes le cours de nos travaux qu'après avoir obtenu la preuve qu'aucun trouble sérieux n'était à craindre. La séance fut levée à quatre heures du matin. Depuis dix heures du soir, Paris jouissait de la plus grande tranquil-
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lité. Le lendemain, ii mars, il ne fut point question des appréhensions de la veille. La convention continua ses occupations habituelles, et le décret relatif au tribunal révolutionnaire, rendu dans la nuit précédente, fut modifié et rédigé sur la proposition d'Isnard (i), dans les termes suivants:
(( Il sera établi à Paris un tribunal criminel extraordinaire, qui connaîtra de toute entreprise contre-révolutionnaire, de tout attentat contre la liberté, l'égalité, l'unité, l'indivisibilité de la république, la sûreté intérieure et extérieure de l'Etat, et de tous les complots tendant à rétablir la royauté ou à établir toute autre autorité attentatoire à la liberté, à l'égalité et à la souveraineté du peuple, soit que les accusés soient fonctionnaires civils ou militaires, ou simples citoyens. »
Le 12, plusieurs pétitionnaires envoyés, disaientils, par la section Poissonnière, se présentèrent à la barre, demandant le décret d'accusation contre Dumouriez. On était loin encore de soupçonner la trahison de ce général ; aussi un mouvement d'indignation s'éleva-t-il de toutes parts contre les dénonciateurs. On demanda généralement qu'ils fussent improuvés. Quelques députés provoquèrent même leur arrestation immédiate. Ce fut alors que, pour la première fois, une voix s'éleva dans
(i) Isnard était l'un des plus impétueux orateurs du côte' droit. Il Cgura depuis dans les re'actions royalistes.
{IVote de l'yîuleur.)
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notre enceinte pour flétrir les attentats du lo, et réclamer la punition des coupables. Cette voix €tait celle de Marat !!! Oui, Marat dénonça les mouvements du lo mars, nomma Fournier, dit r Américain f comme un de leurs auteurs, et se plaignit que des pétitions eussent été colportées pour faire demander les têtes de Gensonné, de Guadet et de Vergniaud ; crime atroce, ajoutat-il, qui tend à amener la dissolution de la convention !
Ce fut le lendemain seulement que Vergniaud vint se plaindre des mêmes événements, et que le côté droit essaya de les présenter comme le résultat d'un complot suscité contre lui par la Montagne. Dans cette séance, on ordonna au ministre de la justice, Garât, de poursuivre et traduire devant les tribunaux le comité insurrectionnel qui avait présidé aux troubles, et Garât répondit à notre barre qu'il n'existait pas de comité insurrectionnel ; que les troubles du lo mars avaient été spontanés et sans but, et qu'à la tombée de la nuit il n'en restait aucune trace; en effet Paris était à l'ouverture de la séance dans le calme le plus complet. Dans un rapport subséquent, le môme ministre attribuait les troubles de Paris aux dissensions des représentants. « Pour mieux déterminer les faits, ajoutait-il, ayant des amis dans les deux côtés de la convention, je me flatte d'avoir lu dans leur âme; voici les soupçons qui se sont établis des deux côtés : je rapporte ces confidences parce qu'elles
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ne peuvent nuire à personne. Des membres du côté droit m'ont dit : Ne voyez-vous pas que ces hommes veulent yous mener à l'anarchie, pour l'accomplissement de leurs vues criminelles? mais ils peuvent en avoir deux, ou d'ériger un nouveau trône, ou d'élever un pouvoir de triumvir ou de dictateur. Les membres du côté gauche ont aussi un système très-lié, très-suivi, sur les conspirations attribuées au côté droit. Ne voyez-vous pas, disentils, que, sous le prétexte de modérer le cours trop rapide de la révolution, on veut tuer la liberté? Les membres de la droite, par leurs discours, leurs journaux, répandent que Paris et la convention sont remplis de brigands. Par là ils cherchent à soulever les départements, pour détruire la Montagne, la sainte Montagne, et anéantir sous ses débris la liberté et la France.
« Voilà ce que j'ai entendu à mon grand étonnement, et lorsque j'ai essayé de les dissuader et de défendre les membres de la convention, contre lesquels chacun des deux côtés s'élevait avec plus de fureur, ils m'ont tous dit : Vous ne connaissez pas ces hommes, nous serons leurs victimes, et vous serez leur dupe. Eh bien , c'est moi qui, par mes fonctions au milieu de tous les partis, ne m'associant à aucun, crois avoir mieux jugé et les hommes et les événements. Je pense qu'il y a des moyens très-simples de calmer les inquiétudes, et si ce n'est d'étouffer entièrement les haines, au moins de prévenir les malheurs qui peuvent ré-
sulter de leur exaspération. Les scélérats ne peuvent avoir de force que par les suites de vos querelles. Vous pouvez les déjouer en ne vous occupant d'aucun des objets particuliers qui excitent les passions , mais seulement des objets généraux qui tiennent au salut de la république. La seule séance d'hier, et cela résulte des rapports qui m'ont été faits à la mairie, a produit en bien un effet prodigieux sur la capitale. Avec de semblables mesures , la sagesse et la vertu du maire de Paris parviendront à maintenir le calme. Il a été beaucoup calomnié ; quant à moi, je ne l'ai pas suivi dans les bureaux du ministère de la guerre; mais je l'ai vu au conseil exécutif voter constamment pour les mesures les plus favorables à la liberté, mais les plus calmes et les plus modérées. Je l'ai vu se livrer avec la plus grande activité à la recherche des malintentionnés et des agitateurs; je l'ai toujours trouvé debout, veillant à la tranquillité publique. »
Et la convention nationale décida que le maire de Paris, Pache , et le commandant général Santerre , avaient bien mérité de la patrie.
Voyons cependant comment ces faits si simples ont été dénaturés par nos adversaires : selon eux, la Montagne avait conçu le projet d'égorger le côté droit; elle avait pour cela indiqué une séance du soir, et toutes les mesures étaient prises pour qu'une insurrection formidable amenât la réussite de ses horribles projets. Ce projet n'a , disent-ils,
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échoué que par la présence d'esprit de Kervélégan , député du Finistère, qui se mit à la tête d'un bataillon de fédérés brestois, et intimida ainsi les factieux. Louvet va plus loin : selon lui la Montagne était d'accord avec Pitt et Cobourg. Elle avait conspiré le mouvement du lo mars avec Dumouriez, par l'entremise de Danton et de Lacroix. On devait livrer à Cobourg les têtes des républicains du côté droit. Aussi Dumouriez marcba-t-il bientôt sur Paris, en annonçant qu'il venait défendre la saine majorité de l'assemblée, c'est-à-dire le côté droit, dans l'intention de déshonorer les girondins en les faisant passer pour ses complices! Ils prétendent également que la force seule dicta dans la nuit du lo mars l'établissement du tribunal révolutionnaire. Étrange aveuglement de l'esprit de parti, qui, non content de dénaturer les faits, ne se donne pas même la peine de coordonner entre elles ses accusations !
Nous voulions, suivant le récit de Louvet, vendre à Dumouriez les têtes de nos collègues; et en même temps Dumouriez s'était engagé à se prononcer contre nous en faveur du côté droit, dans l'intention de le dépopulariser. C'est-à-dire que nous avions médité l'étrange complot d'ôter leur influence à des hommes morts, et de faire marcher Dumouriez au secours d'un parti qui devait ne plus exister ! De pareilles imputations se réfutent par leur propre absurdité! Je veux cependant, une fois pour toutes, repousser ces allégations
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vagues d'intelligence avec l'étranger, de conspiration pour faire haïr la république. Peut-être une pareille tâche est-elle bien inutile; peut-être après quarante années n'est- il pas un homme de bonne foi que de telles assertions ne fassent sourire de pitié. Cependant une preuve de plus ne peut nuire, si elle n'est point nécessaire, et ce qui abonde en fait de raisonnement ne vicie pas toujours.
Je ferai donc remarquer à nos calomniateurs que la Montagne n-était pas et ne pouvait pas être liée comme un seul homme à tel ou tel engagement particulier. Beaucoup d'entre nous ne se connaissaient que de vue et ne se rencontraient qu'à l'assemblée. Le club des Jacobins était de même une assemblée nombreuse composée d'individus entièrement étrangers les uns aux autres. Il pouvait devenir quelquefois un foyer d'insurrection et de révolte, il pouvait s'allumer dans son sein un incendie subit, mais il eût été impossible de le faire servir à tramer des complots secrets. D'ailleurs les jacobins et la Montagne étaient loin d'être composés d'éléments homogènes. Réunis en corps de parti contre la Gironde, ils se subdivisaient en beaucoup d'opinions différentes. Ainsi l'on y trouvait une masse de patriotes purs, mais enthousiastes, que la passion de la liberté entraîna plus d'une fois à des excès, mais qui n'étaient poussés dans le torrent révolutionnaire quepar le zèle de la chose publique. On y trouvait en même temps des hommes qui se jetaient
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au milieu de nos ojages pour essayer d'y faire leur chemin; on y frouvait des athées fanatiques et de fanatiques réformateurs; des amis de tel ou tel chef qui avaient pour la plupart des intentions et des vues différentes; enlin il s'y était peut-être glissé des intrigants vendus à l'étranger, mais en trop petit nombre pour agir sur les masses. Ils pouvaient bien s'associer au cours des choses pour essayer d'en tirer profit, mais bien certainement ni eux, ni personne, ne pouvait prétendre à le diriger. Supposons toutefois, pour un instant, que les chefs de la Montagne et des deux clubs aient voulu fomenter ensemble un vaste complot; supposons que le secret, si difficile à garder entre quelques hommes, ait été caché à tous les yeux pendant cette lutte; croit-on que lorsque ces chefs se sont divisés entre eux, des indiscrétions ne fussent pas sorties de la bouche des vaincus.'^ Croit-on qu'Hébert, Danton, Fabre d'Eglantine, n'eussent pas jeté à la tête de Robespierre leur ancienne complicité ? C'était de conspiration avec l'étranger que la faction Hébertiste était accusée ; d'où vient qu'aucun de ses membres n'a récriminé , en expirant, contre Robespierre? D'où vient, au contraire, que Chabot a avoué sa participation à une intrigue royaliste isolée, sans chercher à y englober ceux qui l'envoyaient à l'échafaud? Passons encore sur tant d'absurdités. Mais aujourd'hui que le trône triomphe , s'il avait eu des défenseurs parmi les républicains exailés, ne les
verrions -nous pas réclamer le salaire de leur dévouement? Et où est aujourd'hui marquée la place des survivants? Dans la retraite ou dans l'exil. Ce n'est pas ainsi que le pouvoir traite les instruments qui l'ont servi. Il est tel girondin qui depuis la restauration a reçu de hautes marques de reconnaissance. Il en est à la chambre des pairs , dans nos cours et dans nos tribunaux; il en est qui approchent de fort près le trône. Qu'on me cite des montagnards récompensés, flattés, accueillis ! Bien plus, il n'est pas de vils services dont les alTidés du pouvoir ne se soient vantés depuis la restauration. Tel s'est enorgueilli de trahisons multipliées; tel s'est avoué conspirateur-, tel a revendiqué l'honneur d'avoir fait de faux serments; il n'est pas eniin jusqu'aux services rendus par l'espionnage et la bassesse la plus abjecte qui ne se soient parés de leur infamie, et je répéterai que dans toutes les classes et tous les rangs, les seuls députés montagnards ont été exempts de ces dégradantes apologies.
Je reviens au lO mars, et je rappelle que les mouvements tumultueux de Paris avaient été fomentés par tous les partis, puisque tous les partis avaient pris part à l'excitation tentée pour pousser le peuple aux frontières; que les scènes du lo mars ont été une suite nécessaire de cette exaltation ; que la Montagne, siégeant seule dans l'enceinte de la convention, avait calmé en peu d'heures le désordre qui s'annonçait menaçant; que Pache et Santerre, tant calomniés par nos ennemis , avaient le lende-
main, reçu des éloges pour leur zèle; enfin que Marat et Dubois-Crancé avaient pacifié les deux clubs des Jacobins et des Cordeliers, et étaient parvenus à leur faire abandonner leurs sinistres projets.
Je rappellerai en outre que Marat fut le premier à dénoncer les troubles du lo mars; qu'il provoqua le décret d'accusation contre Fournier l'Américain, l'un de ses auteurs; que Lasource, girondin exalté, lui adressa des éloges dans la séance du 12; et enfin, ce qui est plus décisif encore, qu'un membre de la droite ayant dans cette même séance insulté Marat, le nom du provocateur fut, par une décision unanime, malgré la partialité révoltante dont on usait babituellement à l'égard de Vami du peuple, inscrit au procèsverbal avec censure.
Malgré tant de faits qui dénotent l'innocence de la Montagne dans les mouvements du 10 mars, on n'en a pas moins répété depuis les calomnies de ses adversaires, et ce qui est plus grave, on a en même temps rejeté sur cet événement fortuit, pour en faire son ouvrage, toutes les plaies de la république. On a prétendu que dans la nuit du 10 mars la Montagne avait forcé les suffrages et dominé par la terreur, et l'on a rattaché toutes les mesures acerbes de l'époque à cette prétendue domination de quelques heures. Écoutons encore Louvet :
«( Je me contenterai, dit -il, d'ajouter (pie c'est
à cette époque, à jamais fatale, du lo mars lygS, qu'il faut rapporter la destniclion de la liberté de la presse, l'entière violation du secret des lettres, les premières atteintes généralement portées aux propriétés, la naissance de la guerre de la Vendée, si constamment, si cruellement entretenue par Marat, par les municipaux de Paris, par Pacbe, Ronsin et la foule de leurs complices; l'envoi de quelques proconsuls dans les départements; la première tentative de la fondation de ce comité de salut public ^ (\u\ tyrannise aujourd'hui la France, et la création de ce tribunal révolutionnaire qui la couvre de sang : événements odieux, établissements exécrables qui n'étaient encore que le prélude et les moyens de tous les fléaux j de toutes les épouvantables plaies dont mon pays allait être frappé
H Je ne quitterai pas cet article sans une observation de quelque importance. Lorsque la force eut arraché ce décret du tribunal révolutionnaire, nous sentîmes qu'il fallait du moins nous réunir pour bien choisir ses prétendus y^reV. Nous parvînmes en eiï'et à nommer d'honnêtes gens; mais auraient-ils accepté? Marat n'attendit pas l'événement. Il cria à la contre- lévolution, menaça d'appeler le peuple, fit casser la liste des jurés et proclama la sienne. »
Je ne prétends point répondre en détail à cette longue kyrielle d'accusations sans bases; qu'il me suffise de dire qu'à l'époque du lo mars la Gironde
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ay^^ encore presque toujours la majorité, et que §j js mesures iniques furent dès-lors décrétées, ç',t sur elle qu'en doit retomlier la responsabilité, ailleurs, quant au tribunal révolutionnaire, /ai déjà fait remarquer que ce fut la rédaction dTsnard qui reçut la sanction de l'assemblée; quant à l'envoi de proconsuls dans les départements, j'ai montré que cet envoi était antérieur au lo mars, que la Gironde y prit part, et qu'elle tira de son sein la plus grande partie des commissaires; enlin je dois dire que le comité de salut public, à l'époque de son organisation, fut en grande majorité composé de girondins, à tel point que des murmures éclatèrent de notre côté, et que Bentabolle, si je ne me trompe, s'écria : « On cbarge du salut public des ennemis de la patrie et des conspirateurs ! » Quant à la dernière assertion de Louvet, celle relative au cbangeraent des listes des jurés, je dois dire que ma mémoire, aidée du Moniteur et des écrits du temps, me laisse la conviction qu'elle est entièrement fausse et dénuée de fondement.
Mais voyons jusqu'où l'esprit de parti a pu entraîner un homme d'esprit comme Louvet.
« Le comité Valazé , dit-il, composé (je crois l'avoir déjà dit, mais qu'on me pardonne les répétitions, j'écris avec tant de hâte) des républicains les plus vigoureux, de ces membres du côté droite qui ne ressemblaient guère aux côtés droits des deux premières assemblées , profondément affligé
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de cette nouvelle faute des girondins , me chai,Q^ de la réparer, en préparant aussi une plus*,, rieuse dénonciation de ce complot du lo mars. . l'écrivis , mais je ne pus obtenir de la prononcer De là vient que, dans les derniers temps, on ne me voyait jamais à la tribune. Je pris le parti de faire imprimer ce discours. On y trouvera toutes les principales circonstances, tous les principaux auteurs de cette conspiration. Je n'y ai rien avancé que de très-exact; et malheureusement presque toutes les conjectures que j'y ai hasardées sur les événements dont l'avenir me paraissait gros, ont encore été des prédictions. Son titre est ; y/ la convention nationale et à mes commettants , sur la conspiration du lo mars et la faction d'Orléans. Il fut réimprimé dans plusieurs départements ; à Paris, je fus obligé d'en faire tirer jusqu'à six mille exemplaires, n On trouve à la suite de ce morceau cette note curieuse. « J'en excepte Bourdon de l'Oise. La suite a fait voir, je crois, qu'il n'était qu'égaré. Il faut bien qu'il le soit encore, puisque aujourd'hui il reste l'ennemi des députés proscrits, et mon ennemi. Cela ne m'empêchera pas de lui rendre cette justice, de déclarer qu'il ne paraît pas qu'il ait vraiment appartenu à la faction d'Orléans. M
Ainsi Louvet n'a rien avancé que de très-exact. Il a peint la faction d'Orléans ; il en a nommé les principaux membres, tout cela en s'appuyant de preuves. Cependant il reconnaît s'être trompé
à l'égard de Bourdon de l'Oise ; et pourquoi ? Parce que Bourdon de l'Oise a pris une part active au 9 thermidor et à la réaction qui a suivi cctle journée célèbre I Quelles étaient donc les preuves si fortes que ce seul fait est venu détruire? Qu'estce que Louvet appelle donc des preuves? Comment a-t-il pu sur des fondements si légers porter contre des collègues une accusation infamante? Et voilà comme les hommes de parti écrivent l'histoire.
Au bout de quelques jours, les girondins, qui avaient d'abord jugé comme nous les événements du 10 mars , se ravisèrent et commencèrent à vouloir en faire peser sur nous la responsabilité. On pense bien que ce nouveau ferment de discorde fut loin de rendre nos discussions plus calmes et plus modérées. Les orages devinrent l'état habituel de la convention. Une pétition, un décret, qui autrefois auraient passé sans exciter la moindre discussion, donnaient lieu aux scènes les plus affligeantes et les plus tumultueuses. Les tribunes se mêlaient souvent à ces scandaleuses interruptions. Alors les girondins criaient qu'il n'y avait pas de sûreté pour eux à Paris, et appelaient à leur secours les forces départementales. Les montagnards accusaient à leur tour leurs adversaires de prêcher la guerre civile, et quelquefois des jours et des nuits s'écoulaient dans ces tristes débats.
Cependant, malgré les injures réciproques des
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deux parlis , tous les membres de la convention avaient jusque-là tenu à honneur de respecter l'inviolabilité de leurs collègues. Le côté droit dévia le premier de cette règle sacrée. A propos d'une adresse de la société des jacobins qui accusait une partie de la convention de tendre à la tyrannie, Marat, signataire de cette pièce, fut décrété d'accusation, sur la motion de Guadet. Le comité de législation rédigea l'acte d'accusation du pamphlétaire, et y inséra une foule de griefs sur lesquels la convention avait depuis sa réunion passé maintes fois à l'ordre du jour. Quels que fussent les torts de Marat, la forme de cet acte d'accusation ne pouvait être regardée que comme inique. On y spécifiait un grand nombre de faits que l'on qualifiait de crimes, on en reconnaissait la culpabilité, et l'on déterminait quelle loi leur était applicable; c'était enfin une condamnation anticipée. On conçoit un pareil acte de la part d'un accusateur public qui comparait devant le tribunal comme partie contre l'accusé; mais de la part de la convention, c'était usurper les fonctions de juge sans renoncer au droit d'accuser. Les girondins préparaient ainsi les précédents dont on se servit depuis contre eux. Ils crièrent alors à l'injustice, et peut-être ils eurent raison; mais ils avaient été non moins injustes, et ils avaient dressé l'échafaud sur lequel ils portèrent bientôt leurs tètes.
Marat fut acquitté à l'unanimité par le tribunal révolutionnaire, et ramené en triomphe par le
peuple dans le sein de la convention. Sans porter un grand intérêt à cet individu , 'les montagnard-; virent avec plaisir l'humiliation qui rejaillissait de sa victoire sur leurs fiers ennemis. Hélas ! nous eussions dû sentir plutôt combien d'avilissement tombait sur la convention entière de ces funestes dissensions! Ce fut pourtant un tableau assez curieux que celui de l'entrée triomphale de Marat au milieu de ceux qui l'avaient proscrit; ce qui le rendit plus piquant encore, fut la nécessité où le président Lasource (girondin) crut être d'adresser des compliments de félicitation au triomphateur, et des remerciments aux citoyens qui l'avaient accompagné. Il s'en lira avec des phrases vagues qui annonçaient tout son embarras, et qui furent accueillies par les applaudissements ironiques de la gauche et des tribunes.
Cet événement, peu grave en lui-même, eut d'immenses résultats. Une issue judiciaire avait été donnée à nos querelles; un fait isolé faisait planche pour d'autres occasions; ainsi le décret d'accusation contre Marat, que les girondins regardèrent comme un coup de parti, fut de leur part une maladresse fatale; car on peut le ref^arder à juste titre comme le prélude immédiat du 5i mai.