‹ Mémoires secrets de Bachaumont de 1762 à 1787Chapitre 20 sur 58 · AVOCATS GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

AVOCATS GÉNÉRAUX

Séguier Il vit avec sa femme comme avec ses maîtresses.

Barentin Il fait tout en simarre.

De Fleurjr Tient son parquet à Charoone.

On voit par ces détails que c'est une espèce de revue du Parlement y ou du moins de ceux qui y font quelque bruit, qu'on suppose faite par le chancelier. Les noies en

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question , qui exigeraient beaucoup d'explications pour ceux qui ne sont pas au fait de la compagnie , sont en général trèsi-bien faites et d'une grande vérité.

19. -— Tous ceux qui sont entrés aux appartemens le jour du mariage, et au festin royal surtout, conviennent qu'ils n'ont jamais vu de coup d'œil aussi miraculeux. Ils prétendent que toutes les descriptions qu'ils en feraient seraient au-dessous de la vérité, et que celles qu'on lit dans les romans de féerie ne peuvent encore en donner qu'une idée très -imparfaite. La richesse et le luxe des habits , l'éclat des dian^ans , la magnificence du local , éblouissaient les spectateurs et les empêchaient de rien détailler.

L'opéra de Persée y joué le lendemain jeudi, avec toute la pompe et toute la magnificence du spectacle , n'a point eu de succès. On a trouvé mauvais que le sieur Johveau se fut avisé de changer le poème de Quinault, ou plutôt de le profaner par ses corrections sacrilèges. On sait d'ailleurs qu'il est essentiellement triste , et l'on a fort censuré le goût de ceux qui ont assisté au choix des spectacles ^ d'avoir préféré celui-ci , qui a répandu un ennui général siir toutes les physionomies. On a observé que le genre de la musique ne pouvait affecter qife désagréablement les oreilles de madame la Dauphine, accoutumées jusqu'à présent seulement à la vivacité et à la légèreté de la musique italienne. On n'a pas trouvé que les ballets réparassent ce qui manquait d'ailleurs, et les machines, qu'on avait extrêmement vantées, n'ont point produit l'effet merveilleux qu'on s'en promettait. En tout, l'exécution a été plus que médiocre.

ao. — fil se répand dans le public une Lettre de rim-

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pércLtrice'Reine à monseigneur le Dauphin (i), qu elle a chargé madame la Dauphine de remettre à ce jeune prince. Rien de plus tendre et de plus éloquent que cet écrit- Il roule principalement sur le sacrifice que fait cette auguste mère, d'une fille chérie, en faveur d'un époux dont elle espère qu'elle fera la félicité, et qu'elle adopte pour son fils.

m. — Le sieur Ruggieri, l'antagoniste de Torré depuis long-temps, est piqué d'une nouvelle émulation depuis le succès du feu de ce dernier. Comme il est chargé de celui que la Ville se propose de faire tirer, le 3 1 de ce mois, à la place de Louis XV, il sent qu'il est de son honneur de renchérir sur l'ouvrage de son camarade. Ce qui sera fort difficile à cause de l'étendue plus resserrée du local. Il ne peut se distinguer que par plus d'élégance et de propreté , sorte de caractère de ses feux , qui n'ont jamais été servis avec l'abondance, la chaleur, la rapidité de ceux de l'autre.

as. — - Les ducs ont présenté au roi, le la de ce mois, un Mémoire (a) à l'occasion de leurs prérogatives lésées , suivant eux, aux fêtes et le jeudi 17. M. le comte de Saint-Florentin leur a remis de la part de Sa Majesté la réponse suivante :

<f L'ambassadeur de l'Empereur et de l'Impératrice- Reine, dans une audience qu'il a eue de moi, m*a demandé de la part de son maître (et je suis obligé d'ajouter foi à tout ce qu'il me dit) de vouloir marquer quelque distinction à Mademoiselle de Lorraine, à l'occasion pré-

(i) Voyez la Correspondance littéraire de Grimm , lettre du i"' juin 1770.

('à) Il est rapporté dans la Correspondance iitte'raire de Grimm , lettre du i^'^juiu 1770. On y trouve aussi une version un peu différente de la réponse du Roi. - R.

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sente du mariage de mon petit-fik avec larcniduchesse Antoinette. La danse au bal étant la seule chose qui ne puisse tirer à conséquence , puisque le choix des danseurs et des danseuses ne dépend que de ma volonté^ sans distinction de places , rangs ou dignités y exceptant les princes et princesses de mon sang^ qui ne peuvent être comparés ni mis en rang avec aucun autre Français , et ne voulant d'ailleurs rien innover à ce qui se pratique à ma cour, je compte que les grands et la noblesse de mon royaume, en vertu de la fidélité^ soumission j attachement et même amitié qu'ils m'ont toujours marqués et à mes prédécesseurs, n'occasioneront jamais rien qui puisse me déplaire, surtout dans cette occurrence-ci, où je désire marquer à l'Impératrice ma reconnaissance 'du présent qu'elle me fait, qui, j'espère, ainsi que vous, fera le bonheur du reste de mes jours. »

Bon pour copie. Saint-Florentin.

23. — ' Ou a fait hier à Versailles , sur le magnifique théâtre de la cour, la répétition à'AthaUey dans toute sa pompe et telle qu'elle doit être exécutée aujourd'hui. C'était depuis quelque temps un problème si ce serait mademoiselle Dumesnil ou mademoiselle Clairon qui fe^ rait le rôle. La dernière l'a emporté enfin, malgré l'énormité de cette injustice. Mais on ne sait si la première ne sera pas bien vengée par l'indignation générale du public contre sa rivale , qui au demeurant a déclamé plus que senti son rôle. On n'en a nullement été content. On est partagé sur les chœurs , qui font un merveilleux effet au gré d'une partie des spectateurs , et qui refroidissent et affaiblissent l'action , suivant d'autres amateurs. On se rénnit plus complètement sur le spectacle et sur les

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(lécoratious , qu'on assure être de la plus grande beauté et d'une vërité d'imitation admirable ; surtout le dernier tableau a fait un effet prodigieux : cinq cents hommes sur la scène ) débouchant par quatre côtés sur dix de front j ont présenté le coup d'œil le plus imposant et le plus terrible.

*jtl\. — On raconte un bon mot de l'abbé Terray au roi , qui indique dans ce ministre une présence d'esprit dont la nation ne peut qu'être fort aisé par la bonne ojpinion qu'elle en doit concevoir du génie et des res* ^ sources du ministre , qui , s'il n'avait pas devers lui de quoi se rassurer ^ ne serait certainement pas plaisant. On dit que Sa Majesté lai ayant demandé comment il troU'vait les fêtes de Versailles? « Ah ! Sire, a-t-il répondu , impayables ! »

^5...^ Aucun des spectateurs du feu de Versailles n'en est sorti satisfait. Il ne répondit en rien à l'idée qu'on s'en était faite et au Prospectus qu'en avait distribué l'auteur. Cette girandole de vingt mille fusées n'a produit aucune sensation , et a terminé le spectacle on ne peut plus mal. On ne sait encore quelle récompense aura Tôrré : on parle de lui donner le cordon de Saint^Michel , honneur qui , comme on sait , est affecté aux talens.

i6, -*— On voit ici quelques cahiers du commencement du Dictionnaire Encyclopédique d^ M. de Voltaire. Cet ouvrage, ainsi qu'on la prévu et annoncé, n'est autre chose qu'un titre vague pour réunir toutes les broutilles du vaste porte-fenille de cet écrivain ^' qui n'ont point encore trouvé de place convenable dans ses autres productions» Ce sont tous articles frappés au coin du génie de cet auteur, toujours impie et satirique.

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