Voici exactement le poRtrait de madame la
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Dauphine. Cette princesse est d^une taille proportionnée à son âge ^. maigre^ sans être décharnée , et telle que Test une jeune personne qui n'est pas encore formée. Elle est très-bien faite ^ bien proportionnée dans tous ses membres. Ses cheveux sont d'un beau blond ; on juge qu'ils seront un jour d'un châtain cendré : ils sont bien plantés. Elle a le front beau , la forme du visage d'un ovale beau^ mais un peu allongé^ les sourcils aussi bien fournis qu'une blonde peut les avoir. Ses yeux sont bleus , sans être fades ^ et jouent avec une vivacité pleine d'esprit. Son nez est aquilin^ un peu effilé par le bout : sa bouche est petite ; ses lèvres sont épaisses , surtout l'inférieure , qu'on sait être la lèvre autrichienne. La blancheur de son teint est éblouissante ; et elle a des couleurs naturelles qui peuvent la dispenser de mettre du rouge. Son port est celui d'une archiduchesse ; mais sa dignité est tempérée par sa douceur, et il est difficile, en voyant cette princesse^ de se refuser à un respect mêlé de tendresse.
a8. — On raconte aujourd'hui beaucoup d'aventures du bal masqué de Versailles , où il y avait surtout quantité de jolies filles. La plus piquante est celle d'un petit masque qui a vivement agacé M. le duc de Choiseul, et qui a excité sa curiosité au point de vouloir absolument savoir qui il était, sur quoi il lui a promis de se découvrir en un coin écarté ; alors il lui a dit fort confidem-
ment qu'il était l'abbé Terray Le duc s'est récrié sur
l'impossibilité qu'un aussi frêle individu pût être le grand abbé Terray... « Est-ce que vous ne connaissez pas mon secret, de réduire à moitié... d, a repris le masque en riant et s'échappant.
%g, — Le système de la secte des économistes reçoit
tous les jours des contrariétés qui désolent les apôtres de la Science. Taudis qu'ils exaltaient le zèle du Parlement de Dauphiné pour la liberté du commerce , par Varrêt qu'il avait rendu , permettant à toutes sortes de personnes de vendre et tuer des bestiaux , etc. , celui de Bordeaux en rendait un , le a 5 avril , qui défendait de laisser sortir de son ressort aucuns bestiaux, pour remédier à la disette de cette denrée, devenue excessivement chère Des provinces entières qui demandaient du pain, déposent fortement contre leur esprit d'innovation , et maudissent à jamais les auteurs obscurs qui se sont avisés d'écrire sur l'administration; ils leur attribuent, peut-être mal à propos, leurs calamités; mais le concours des circonstances est un argument bien fort, surtout dans la bouche des malheureux qui meurent de faim : les révoltes ont été poussées au point qu'il a fallu faire marcher des troupes, dans le temps où l'on était à Paris et à Versailles dans les fêtes et dans les bals.
3o. — Les préparatifs du feu qui doit se tirer aujourd'hui, ont attiré quantité de curieux. Ils annoncent quelque chose de plus marqué que celui de Versailles , et dans son plan , beaucoup moins étendu , on saisit un ensemble qui, dans l'autre, échappait aux spectateurs. T^ principale décoration représente le Temple de l'Hymen, précédé d'une magnifique colonnade , dont les gens qui veulent tout critiquer ont trouvé les proportions manquées. Ce temple est adossé à la statue de T^ouis XV. Il est entouré d'une espèce de parapet, dont les quatre angles sont flanqués de dauphins , qui paraissent disposés à vomir des tourbillons de feu ; des Fleuves, occupant les quatre façades , doivent aussi répandre des nappes et des
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cascades du même genre. I^e palais est surmonté d'une pyramide terminée par un globe. Beaucoup de pièces d artifice sont rangées autour de la décoration. Auprès de lastatue^et du côté de la rivière^ est un bastion dont les flancs contiennent le corps de réserve de l'artifice, et d'où sortira le bouquet, pièce essentielle à une semblable fête, et qui doit ordinairement la terminer d'une façou à ne plus rien laisser à désirer à l'admiration.
3 1 . -^^ Le feu d'artifice tiré.hier à la place de Loui^ XV a eu les suites les plus funestes. Outre la mauvaise exé* cution , un accident causé par une fusée qui est tombée dans le corps de réserve d'artifice dont on a parlé , a fait partir le bouquet au milieu de la fête et a enflammé toute la décoration , ce qui a rendu ce spectacle fort médiocre. Le sieur Ruggieri n'a pas profité des fautes de son antagoniste Torré, et na pas les mêmes excuses. Outre que son plan était beaucoup moins combiné que celui de l'autre, et n'exigeait pas la même détendue de génie, c'est qu'il n'avait pas éprouvé les mêmes contra* riétés de la part du temps, et le ciel l'avait favorisé entièrement. L'accident survenu au bastion a été fort long, et comme on ne donnait aucun secours au feu^ bien des gens se sont imaginé que cet incendie était un nouveau genre de spectacle, qui en effet présentait un très-beau coup d'œil , et éclairait magnifiquement la place, pendant qu'on formait l'illumination. Mais pendant ce temps il se passait une scène infiniment plus tragique. La place n'ayant, à proprement parler, qu'un débouché dans cette partie du côté de la ville, et la foule s'y portant, indé* pendamment des voituit^es qui venaient prendre ceux qui avaient été invités aux loges du gouverneur et de la Ville, pratiquées dans les hâtimens neufs, un fossé, qu'on n'a-
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vait point comblé , et qui s'est trouvé au passage de quantité de gens poussés par derrière, les a fait trébucher ; ce qui a occasioné des cris et un effroi général. Trop peu de gardes ne pouvant suffire à contenir la presse, ont été obligés de succomber ou de se retirer; fies filoux , sans doute , augmentant le tumulte pour mieux faire leurs coups; des gens oppressés mettant rppee a la main pour se faire jour, ont occasioné une boucherie effroyable , qui a duré jusqu'à ce qu'un renfort puissant du guet ait rétabli Tordre. On a commencé par emporter les blessés comme on a pu , et ce spectacle était plutôt l'idée d'une ville assiégée que d'une fête de mariage. Quant aux cadavres^ on les a déposés dans le cimetière de la Madelaine, et l'on y en compte aujour-' d'hui cent trente-trois. Pour les estropiés , on n'en sait pas la quantité. M. le comte d'Argental, envoyé de Parme, a eu l'épaule démise; et M. l'abbé de Baze, aussi ministre étranger , a été renversé et horriblement fnoissé et meurtri.
1*' Juin. — Extrait cPunè lettre de Lyon du a8
mai 1770.
Le fameux J.-J. Rousseau s'ennuie vraisemblablemeût de son obscurité, et de ne plus entendre parler de lui. 11 a quitté le Dauphiné, et l'on prétend qu'il est aujour^ d'hui dans un petit village non loin d'ici, qu'on appelle La Frète y où l'on assure qu'il catéchise et se forme dn petit auditoire. On prétend qu'il ne tardera pas à se rendre à Paris , et qu'il pourrait bien avoir la folie de vouloir faire juger son décret par le Parlement, tentative dangereuse et dont ses amis espèrent le détourner.