‹ Mémoires secrets de Bachaumont de 1762 à 1787Chapitre 36 sur 58 · Û^% MÉMOIRES SECRETS · texte numérisé non relu

Û^% MÉMOIRES SECRETS

Yaldâhon aUrait séduit mademoiselle Le Mdnnier^'il pourrait l'épouser, pairce qu'elle esl lii>re et majeure; mais il prouve ea outre par trois jugemens qu'il ne l'a point séduite. Il réfiite toutes les calomnies inventées sur sa parenté et sur sa personne; et après avoir également, détruit les objections tirées du danger pour lestneeut^s, pour Itionnéteté publique ^ pour l'afTail^lissement de l'autorité paternelle , que l'adversaire me^ en 'avant , il en condut que Topposition du sieur Le Monnier au mariage de'sa fille avec son amant est aussi vaine qu'odieuse. Ce Mémoire 9 sorti de la plume éloquente du sieur Lojseau de Mauléon, est appuyé d'une Consultation, en date du 7 novembre, du sieur Pialez , un des avocats les plus accrédités en ces sortes de matières. On s'attend à recevoir incessamment la nouvelle de l'arrêt du Parlement de Metz, que tout le public désire trouver favorable aux deux amans , et que les jurisconsultes annoncent devoir être tel.

20. — Seconde épigramme de M, Piron sur ce que M. de La Harpe brigue une place à V Académie.

Quoi, grand Dieu! La Harpe veut être

Du doux MoDcrif le successeur !

Favoris d'Apollon , songe» à votre honneur : Voudriez-vous qu'on prît le Louvre pour Bicêlrefl) ?

lii. — De jeunes officiers, qui dans leurs garnisons se sont amusés à jouer la comédie avec les actrices,. «1hardis par leur succès en province , ont voulu déployer leurs talens à Paris. A cet effet, ils ont loué la salle d'Andinot, sur les boulevards, et^ dans la nuit du 19 €u 09

(i) V. 19 novembre 1769. — R.

BÉGEMBRE IJJO. ^43

ûé 06 mols^^kUt 'exécute sur .ce théâtre le Déserteur^ les Sakots 9 deux opéras comiques fort en vogue. Ils avaient distribué environ six cents billets, et rassemblée étak très*nonbreuse et composée de tout ce qu'il y a de plus distingué en gens de qualité et en amateurs. M. le due de Chartres a bien voulu les honorer de sa présence. IVf al heureusement, cela n'a pas pris autant qu'ils sen flattaient, et, malgré leur passion extrême pour leur, talent, ils seront qbligés de se borner à en amuser les provinciaux. Ils avaient fait tous les frais , et cette folie leur a coûté beaucoup d'argent.

22. — Troisième épigramme de M Pivon contre M. de La Harpes à r occasion de son Suélone.

Monsieur La Harpe habille en jaune Les plats Césars qu'il publie atijourd'hui. Sovez-vous bieu pourquoi? C'est que son Suétone * Est bilieux et méchaot camme lui.

a3. — Le sieur Sénac, premier médecin du roi, dont la santé périclitait depuis long-temps, vient enfin de mourir et a été enterré hier. Cet événement met toute la Faculté en mouvement. On ne sait enbore qui sera nommé à urie place aussi importante, qui le devient de plus en plus à mesui^ que le roi vieillit , et pour laquelle i^ y a quantité de concurrcns. Le sieur Sénac était un homme de beaucoup d'esprit, qui avait écrit sur son métier, mais qui surtout possédait- au suprême degré, l'art de la cabale et' de ri'atrîgue, dont il avait fait l'appientissage Cftez les Jésuites ^ oij 'il était d'abord entré. Le chemin ^'il a fait dejJuis ce- temps-là vers la fertune , est une preuve dç ses hAipeux taleos eh ce genre.

a44 MÉMOIRES SECRETS;

^ 24* — Ub nouveau critique s'est élevé sur les ran^s , et a censuré plusieurs ouvrages nouveaux ^ entre autres celui du sieur de Saint-Lambert; , auteur du poëme des 4S'a<>oiz^. L'amour -propre de cet auteur a été blessé^ et il a profité de son crédit pour faire arrêter le livre ( i )^ et mettre à la Bastille le sieur Clément qui l'avait fait. Celui-ci en est sorti par composition et à condition de mettre des cartons à «on ouvrage ; mais il s'est vengé par l'épigramme suivante :

Pour avoir dit que tes vers sans génie M'assoupissaient par leur monotonie , Froid Saint-Lambert , je me vois séquestre ; Si tu voulais me punir à ton gré , Point ne fallait me laisier ton pÎDëme. Lui seul me rend mes chagrins moins amers: Car de nos maux le remède suprême C'est le sommeil Je le dois à tes vers.

a6. ■— Hymne en î honneur de mademoiselle RosaUe Leifosseurj actrice de V Opéra.

Sar l'air : "Bahet , que Ces gentille.

Le sot Orgueil , un jour ,

Convoita l'Impudence : '

Un monstre à cet amovr

Dut bientôt sa naissance :

Ce chef-d'œuvre heureux

Fut bien digne d'eux.

Jugez-en pur sa vie!

(x) Observations critiques sur la nouvelle traduction en vers franâtùf des Géorgiques de Virgile; et les poèmes des Saisons, de la DéoàamlftittD et^de la Peinture; smvies de quelqueâ Réflexions «ur ït poâpne de Psjrckd(*), Pa^s, Lejay, 1770, in-S**. — R.

(*) Les, Réflexions sur I4 poëme de Psyché «on^iU Meusnier de QMerlon ; e'Mt GN^ ment lui-même qui me l'a dit. ( Beuckot^-Biog, uniu. aAicfe GLiBEifT. )

, Le crime excite tous ses sens , 4

L'appât de l'or fait Àes pencbans , Son nom manque à ces traits toucbans ; Eh bîen ! ^'est Rosalie .

D'un Lapon bien camard

Dépeignez-vous la mine ,

Avec le cœur et l'art

^Qu'eut jadis Messaline t Un affreux yenin Circule en son sein , '

La mort est moins cruelle.

Si , par un immense détail y Un seul objet vaut un sérail , Si jour et nuit c'est nouveau bail y

Ëh bien ! c'est encore elle.

Priape est le seul Dieu

Que cette njmpbe adore ,

Mais son sceptre plaît peu

Si Plutus ne le dore.

Un mystère affreux Fait eacber ses feux ;

C'est un Giton femelle.

Si Ton vous disait que Cypris Prive d'une nuit Adonis •

Pour la passer avec Laïs ,

£h bien I c'est encore elie.

Vers un gou&e d'horreurs Un vil penchant l'entraîne ^ Et son perfide cœur L^est comme son haleine*

Son déminaient »

Va toujours chantant :

Ho ! le plaisant modèle !

Quand vous allez à l'Oj^ra '

246 MÉMOIRES SB(mBTS. •

Crojez-vous entendre un oastraft, Payant pour qu'on l« claque là.. .

Ek bien ! c'est entote elkr. » , .

Son peu d'esprit est fait

Au jargon des coulisses; ^

Elle est le Poinsinet Du sexe et des actrices , ^

Sans pudeur , sans* foi y Priape (i) est salêi, Sbn œil toujours l'appdtéî Cette boîte au repei^tir Dont on vit tous les maux srofttr, Si quelqu'un veut encor rouvrit , Eh bien! Messieurs , d*est elle (2).

3o. — Le sieur Collé, lecteur de M. le duc d'Orléan»^ avait fait imprimer depuis long-temps unie comédie en un acte et en prose, intitulée ïa Preuve ^ dontia lecture n'avait pas eu un grand succès. Il vient de s'aviser d« la faire jouer par les Comédiens Français : on en a donné hier la première représentatk^n qui lui a vahli une chute complète. Ce drame n est autre chose qfd'un assemblage de conversations à la mode, c'ëât-à-difè pleines de mots et vides de sensj sans aucune action ni intrigue, terminées par un dénouement, bizarre et romanesque: Les acteurs', d'ailleurs, par leur mauvais jeif, n'ont pas peu .contribué à rendre l'ouvrage «rnoère plus ennuyeux et plus insipide.

(]) A Texemple d'un précédent éditeur nous altérons un peu la pureté du texte. — 11.

(a) A la suite de cet Hymne ^ et à la date du a8 décembre 1770, on trouve dans les Mémoires secrets un Cantique en t honneur 3e maderrioiselle Deruieux, célèbre danseuse de V Opéra, Gomme il n'*iest f eman|uab1^. que par son obscéiilté, nous n'avons pas cru devoir le coto6#^^; x6dSÂ Abus'lëinebtîbimDns ici parce qu'il en a été question. — R.

DiciMBRE Ï77O. 247

3i. < — AuxJcoi^ipletSy cantiques et ch^nsoas qui > ont « armûsé )es*ainatesrs de l'Opém a suecédé uùe caricature qui fai^ rqjijet^e leuricuriosité et dé leur empressement. Il faut se rappeler^ pour son intelligence, ce qu'on a dit il y a déjà du temps , que M. le prince de Soubise donnait dèlix mille écus par mois à mademoiselle .Guiiftard , célèbre danseuse du théâtre lyrique; que le sieur La Borde composait la muéique des spectacles de cette Terpsichore, el présidait à leur exéctitioitf , et qu'enfin le si«ur Dauberval était l'ami du cœur, ce que ces demoiselles appeilentftcn termes techniques le gréluchon. En conséquence, dans l'estampé en question on voit d'une pfot le prince de Soubise jouant de la poche; le sieur de La Borde tenant un ballet d'une main et de l'autre une règle ou bâton de mesure 4 le sieur Daubervdl donnant du cornet là demoiselle Guimardse balançant ccHume en cadence, et tenant en thain un papier ehargé de quelques n«(tes de musique avec ce titre en gros caractères ;

€QNCEaT À TROIS.

4 Janvier.— -Les prom^teprs du projet de dresser une st^ue à M. de «Voltaire sont fort embarrassés sur le lieu où elle sera érigée. La ijouvelle flétrissure que vient d'essuyer ce demi-dieu littéraire par l'arrêt du Parlement qui brûle plusieurs de ses ouvrages (i), les fait renoncer absolument à la prétention de la placer en lieu public. Le clergé avait déjà fait ses plaintes siir un pareil scandale, et est trop favorablement accueilli en cour aujourd'hui.

■ (i) V. 6 septembre 1770. — R.

a48 MJÎHOiaES SEQaETS.

pour se flattes de l'emporter sur lui. On croit qu'on achètera quelque terrain on jardin , qu'on décorera , dortt on vfera un^ espèce de Muséum , où l'en nfetti:;^ ce grand homme; peut-être érigera*t-on su'cçafisivement d'autres» statues qui orneront ce sanctuaire des Muses.

5. — Le sieur Turpîn , continuateur des f^ies des Hommes illustres (i)^ vient éfêire nommé, par le roi, historiographe de la marine. C'est M. le duc de Praslin qui, convaincu du mérite de cet auteur, a fait créer ^n sa faveur une pareille place. Il ne lui manque phis que la matière. Depuis long-temps nos héros en cette partie sont extrêmement rares, et la dernière guerre (o) surtout n'offre que beaucoup de désastres , et plus eocore de fautes énormes à décrire. Il est à souhaiter que cette nouvelle fasse fermenter l'anour et la glofre dans lei ports, et donne le désir aux officiers de la marine de fournir matière à l'historien. On peut juger des talens de celui-ci par sa sublime épître dédicatoire au pvînce de Condé, en tête de la Fie de Louis II de Bourbon y dit le grand Condé.

7. — Dajfis la querelle qui s'est élevée, il y a plus d'un an, sur les avantages ou les désavan^ges de la Compagnie des Indes, on a déjà cité (3) l'auteur du Siècle de Louis XIFcommQ un écrivain politique dont le suffrage devait être de quelque poids dans la balance. Yéici comme il s'est exprimé plus positivement sur cet objet dans une lettre à M. Dupont, auteur des Éphémérides du Citoyen.^ datée de Ferney le j6 juillet 177.0:

(i) V. 9 avril 1767. — R.

(a) La guerre de Sept^Ans. — (3) V. 9 janvier ï 7 70. — R.

a A l'égardd^la Compagnie des Indes , je doute fort que ce cx}iûmerce puisse jamais être florissant entre les mains des particuliers; j'ai bien peur qu'il n'essuie autant d'avanies que de pertes , et que la Compagnie .Anglaise ne regarde nos nëgociaos^comme de petits interlopes qui viennent se glîsser entre ses jambes. »

Il finit par prier M. l'abbé Roubaud de faire ses tendres complimens k M. l'abbé Movellet.

9. — Ne pouvant se vengef autrement de M. le chancelier, on assure qu'un membre du Parlement: a fait contre la chef de la magistrature l'épigramuïe suivante , qui fait allusion à ce qui vient de se passer et à l'honneur eu cordon bleu qu'a obtenu depuis peu le chef de la magistrature : ^ -

Ce noir visir, despote en France, Qui pour régner met tout en feu , Méritait un cordon , je pc^Sf? , Mais ce n'est pas le cordon bleu.

jo. — ^Onapublié ce matin un Arrêt du Conseil, daté du 2 de ce mois , qui supprime la Réponse des États de Bre* tagne au Mémoire du duc d Aiguillon^ comme contenant des principes attentatoire^ à l'autorité du roi, et répétant des faits calomnieux et injurieux pour une personne honorée de la confiance de Sa Majesté, et dont elle a dans tous les temps approuvé l'administration.

la.*— Les Comédiens Françaiis ont donné aujourd'hui, pour la première fois, et vraisemblablement pour la dernière , une pièce nouvelle en cinq actes et en prose , qui a pour titre : le Fabricant de Londres (i). Ce drame ne

(x). Par Fenouillot de Falbaire. EUe a été traduite en aUemand par Wieland , et en italien , par Elisabeth Gamii^r«Tiirrtf. Ces traductions furent représentées avec sulicès à Vienne et à Yioenoe. — H.

aSo * MÉMOIRES SECRETS.

pécht pas seulement par la trivialité du dialogue , mais encore par le tissu du roman, dont la coûtexture est aussi mal ourdie que. platement imaginée. Le public lui a fait justice. L'auteur est celui de V Honnête criminek Les Comédiens, pour cette fois, se disculpent de ^'étre prêtés à la jouer, pai* des considérations psErticulières pour 4es peî^sohne» auxquelles Ils sont obligés de déférer. I

1 3. ^ Quèlcfues jours ayant la diàgraee de H. le duc de Cboiseul(r), on avait gravé son povHrait, au bas duquel «m: lit:

Dans se& traités et daas sa vie , Régnent la droiti^re et l'honneur.

L'Europe connut son génie , - Et les infortunés son coeur.

Depuis son exil on y. a substitué ceux-ci, qui ne lui font pas moins d'honneur :

Gomme tout autre , dans sa place , Il dut avoir des ennemis:

Comme nul autre y en sa disgtjace , ^ Il s'àcquii de il6Hiveaux Éixii^,

17. -^ IJn caustique a répandu lé Pater ^suivant, dédié au roi : .

ic Notre père, qui êtes à Versailleft^ votre nom soit glorifié: votre règnie est ébranlé s votre v(donté n'est pas plus f3|;^cutée sur la ter^e <|ae dsuis le ciel : rendezrBùus notre pain quotidieti ^ que vous nous avez ôté(a): par-

(i) Le ^i déeerabre 1776 il aWt étèexUé à sa terre de GhanCtloup.. — R. (2) i«s querelles entré les pa4«B|^B8 et IrftoiMfr avaient. porir origine Jà publication d'un Édit de 1764, penwttaAt la libw exportatiùD des blés. «^R.

jAirvrER 1771. 25 1

donnez à vos PslHeiâens^ «qui ont sotitenu .Vos intérêts, comme vous pArdoûnèz à ^m nrittistres^^ni tes ont vèndw: ne succombez plus auie tentertions de la Du Barry, mais dëlivréa-nous du diable de Ghanceliet. »

18. -^ Les écrî vagins qui, depuis plttileuï^s années, se sont propfô^é poué tàehlé d^ébranler et de détf uife la reli<^ gion par tous les moyens j30ssibles, viennent de reproduire atï joàir : ïsmaél vengé, ou Eâ^paêitiùrt f^ttfirelle des prophéties hébraïques qke les chrétien^ appliquent à Jésus y leur prétendu Messie. C'est l'ouvrage d'un certain ' Isaac Orobio, juif espagnol, qui avait écrit dans sa langue naturelle. Il a été traduit en français par un autre juif, appelé Henriquès.

10, — M. Séguier, premier avocat - général , en apportant au Parlement les dernières lettres de jussion ( 1 ), prononça le discours suivant :

a C'est à regret q»)6 ffétis nous trouvoïis dans l'obligation d'apporter de troisièmes lettres-patentes du roi , en forme de jussion. Si ïa rigueur de notre ministère impose, en ce moment, silence à notre sensibilité, nous n'en faisons pas moins les vœux Içs plus ardens pour que la cour puisse trouver, :dàds'!les ressources inépuisables de sa sagesse , les moyens le!» pius efficaces pouf détourner l'orage dont nous sommes menacés. Nous osons espérer qu'elle nous rendra justice, et sera convaincue que c'est avec la plus grande douleur que nous avons pris par écrit les conclusions que nous laissons à la cour. »

On cite ce-discours .camme renarquiable par les tours oratoires que prend le magistrat p^ttr n« pas se compro-

(i)' Lc^ PaK&ement de Paris iijiiUtt iâvété de suspendre tsw tervifie^urdidaire , le roi lai enjoignit^ par lettres de jussion^ de reprendre ses fonctions : elles, restèrent sans effet. — R.

metti^ dans la position critique où il se trouve , soit visà-vis de la Cour, soit vis-à-vis de la Compagnie.

21. — On assure que M. le chancelier, sentant la nécessité d'avoir dans son parti des plumes éloquentes , s'en est attaché plusieurs , et qu'il fait même sollieiter de loin M. de Voltaire (i)^ dont il flatte Ja vanité.

22. --r^Épigramme de M, Piron contre là tjraduction de Suétone y par M. de La Harpe.

Dans l'abseoce de mon valet Un colporteur borgne et bancroche "* Entra jusqu'en mon cabinet, •

Avec force ennui dans sa poche :

(t hes douze Césars pour six francs , Me dit-il ; exquis , je vous jure.

L'auteur, qui connaît ses talens, 'L'a dit lui-même en son Jlftfrci/r«.

C'est Suétone tout craché ,

Et traduit traduit! Dieu sait comme !

Ce sont tous les monstres de Rome ' . Qu'on se procure à bon marché!

De ce recueil peset chaque homme ; Des empereur» se vendent bien ; Caligula seul vaut la somme , ^

Et vous aurez Nëron pour rien.

— Que cent fois Belzébuth t'emporte , Lui dis-je , bouillant de fureur !

Fuis , avec ton auguste escorte I »

Et puis de mettre avec humeur , Ainsi que leur introducteur , hes douze Césars à la porte.

a3. — - Les ouvrages périodiques retentissent depuis

(i)V. 9 avr^l 1771. — R.

JANVIER 1771. a 53

long-temps de ia'querelle qu'un nommé Patte ^ architecte cTu duc des Déux-Ponts, a intentëe au sieur Souflot; M prétend prouver à ce dernier, par A et par B, que le dôme de la nouvelle église de Sainte-Geneviève ne peut pas s'élever. En général , on a trouvé mauvais qu'un artiste sans mission , sans caractère , critiquât avec autant d'acharnement et de présomption le chef-d'œuvre d'un homme connu , et qui a déjà fîiit ses preuves dans le genre en question. Cependant les objections de l'adversaire ont paru assez fortes pour partager les architectes, et attirer l'attention des savans en cette matière. Les plus connaisseurs n'ayant rien décidé de positif sur la querelle, l'Académie d'Architecture a évoqué à elle la contestation.

L'espèce de guerre ainsi intentée par le sieur Patte au sieur Souflot a attiré beaucoup d'ennemis au premier. L'humeur et la mauvaise foi s'en sont mêlées; enfin, la calomnie a été mise en œuvre, et l'on a fait courir depuis quelques jours le bruit que, dans le désespoir de se voir abandonné de tout le monde, il s'était donné plusieurs coups de couteau, et' jeté ensuite par la fenêtre. Cette atrocité a été tellement accréditée , qu'elle s'est répandue et soutenue depuis ce temps. Le sieur Patte est obligé de se montrer en public , et d'aller aux lieux les plus fréquentés pour démentir une si fausse nouvelle, et constater son existence aux yeux des genç trop crédules.

a4« — On a admiré aujourd'hui , au Palais, le ((iscours de M. le chancelier, à l'installation du Conseil, pour tenir lieu du Parlement (i)» Malgré la position critique

(i) Tous les meihbres dft Parlement ayant persisté dans leur refuf de rc> prendre leurs fonctions ordinaires, furent exilés, et leurs offices déclarés vaeans et Confisqués. Un ordre du roi ênjoigai» aux membres de son Conseil d*État de se rendre au Pahis pour remplacer, par inieifm, le Parlement. — K.

a 54 Ml^MOniES, SECRETS.

où il se trouvait^ il s'est remis de la frayeur qa'il avait éTabord ressentie en arrivant y et a parl^ avec beaucoup de présence d'esprit, dç fermetë et d'éloquence. C'est un nommé Le Brun^ ei^evant Jésuite, son secrétaire intime, auquel on attribue cette harangue.

a5. — Il court un vaudeville en cinquante aouplets contre cinquante demoiselles de l'Opéra : il en est.peu qui n'y soient très*<inaHraitées; aussi le théâtre lyrique est>-il dans une grande fermentation pour découvrir l'aur teur de ce^ calomnies et le faire punir sévèrement. U a jugé à propos de distinguer mademoîselie Rosalie, et a fait en particulier pour elle un Cantique servant de suite au premier ( i ), qui ne chante rien moins que ses louaages, et qui part à coup sur d'un ennemi très*ulcéré. Ces nouveautés intriguent beaucoup les amateurs^ et font ua« grande sensation parmi eux.

27. — Malgré la réclamation presque univ^selle de la France mourant de faim , demandant dû pain , et maudissant l'expoptation , malgré l'examen de la question faite par plusieurs Compagnies souveraines dont- qud^ ques-upes même , après avoir adopté le nou^ieau système, s'en sont désistées ensuite en rendant des arrêts prohi* bitifs , les économistes persistent dans leur raisonnement, et répliquent à tout ce qu'on a dit et fait par une réponse spécieuse d'abord^ mais qui peut se réduire à rien. Le sieur Dupont , le rédacteur de$ Éphémérides et le secrétaire de la secte, prétend dans des Obsenfutions sur les effets de la liberté du commerce des grains et sur emix des prohibitions y que les réglemens pareils à ceux qu'on sollicite aujourd'hui ont produit beaucoup de dhettes , et en cent vingt-trois 21ns ont occasioné soixante-cinq

(i) V. a6 décembre 1770. — R.

jAixyim 1771- a55

années de chërté^lus grande qiië celle dont on se plaint à présent. Mais ént-elles été longues? N'avaient-elles pas été précédées de fléaux qui les avaient déterminées? c'est ce qu'il faudrait éclairoir, et ce que Tauteur n'a eu garde de fairç.

Le même auteur « discuté les Lettres sur la Théorie des lois ciifiles{i)^ livre qu'il affecte d'annoncer avoir été y«ndu pubKquement pendant un mois chez Desaint, libraire au Palais-Royal , et en plusieurs autres endroits. Il déclare qu'il veut répondre aux raisonnemens , et non aux injures du sieur Linguet; mais le lecteur trouve qu'il réplique fort mal aux raisonnemeos «t très-bien aux injures , si c'est bien y répendre que d'invectiver avec plus d'adresse et un sang-froid plus apparent. On voit avec peine l'homme sous le manteau philosophique^ et le publie juge le sieur Dupont très-quitte envers son adversaire sur cet objet.

a8. — Le sieur Ghampfort, auteur de quelqpes ouvrages, et surtout d'une comédie intitulée kt Jeime Iri" dienn€{%\ joignait à ises talens littéraires une jolie figure et de la jeunesse; il cheminait même vers la fortune , et devait passer avec le baron de Breteuil dans une cour étrangère. Tant de prospérités l'ont amolli : il s'est livré avec trop d'ardeur au plaisir^ et il se trouve aujourd'hui atteint d'une maladie de peau effroyable, qui pavait tenir de la lèpre. Ce jeune homme, dont la philosophie n'a pas encore i>taucoup corroboré le cœur, se désole de sonrétat et lombe dans le désespoir. Il est entre les mains dû sieur Bouvart.

(i) V.io août 1770. — R. • '

(a) V. 3o avril 1764. — K.

!256 M£MOIR£S«SEGRETS.

ag. — Éfitaphe de Moncrifpar le sienfde La Place.

Réalisant les mœurs de l'âge d'or, Ami sûr^ auteur agréable, Gi-gft qui , vieux comme Nestor , Fut moîji» bavard , et plu» airfiable.

3i . — On a parlé (i) du spectacle danné ^ar les officiers sur le théâtre d'Audinot. M. le duc de Choiseul, encore ministre de la guerre, avait trouvé cette représentation fort indécente, et indigne de l'état de ces militaires; en conséquence^. il avait donné des ordres pour qu'ils fussent mis au Fort-rÉvaque ; mais cette punition n'a pas eu lieu, par ^ard, à ce qu'on dit, pour M. le duc de Chartres, qui avait assisté à ce spectacle.

3 FÉVRIER. — On recherche avec empressement une Lettre du Parlement de Bretagne au Roi^ à l'occasion de ce qui se passe au sujet des membres du Parlement de Paris ^ pour supplier Sa Majesté de les rappeler à leurs fonctions. Cette pièce est plus estimée^ comme oratoire , que les diverses productions de nas magistrats de la capitale.

7. — On a remis avant hier sur le théâtre de l'Opéra Pifame et ThishéÇa.), dont on a «changé le dénouementi L'Ampur vient ressusciter Pyrame, ce qui n'a pas eu le succès qu'en attendaient les auteurs. On n'est pas conteqt de la composition des ballets , et , depuis que Vestris en a la direction , il n'a réussi que dans ceux qu'il a copiés des autres.

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