‹ Mémoires secrets de Bachaumont de 1762 à 1787Chapitre 37 sur 58 · Ce pays-ci fourmille de gens oisifs qui se font · texte numérisé non relu

Ce pays-ci fourmille de gens oisifs qui se font

(i) V. ai décembre 1770. — R, (a) De La Serre V-. ■— R,

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dès plaisirs de ce qui j pour des gens sensés , ne serait qu'un objet de mépris et de pitié. Une querelle d'histrions a divisé depuis quatre jours notre pétulante jeunesse. Une danseuse excellente de l'Opéra , et le meilleur danseur sans contredit, rivaux de talens et jaloux l'un de l'autre depuis long- temps, sont désunis par divers motifs. Leur inimitié a éclaté à l'occasion d'un pas où mademoiselle Heinel a voulu danser, et dans lequel Yestris s'est ménagé tout le brillant ^ comme maître des ballets. Cette dispute a aigri les parties et excité parmi leurs partisans le projet de s'en venger. Mardi dernier, il a éclaté contre Yestris , qui a été sifRé dans la chaconne qui termine l'opéra. Outré contre sa rivale , qu'il a rencontrée dans les coulisses, et dans les yeux de qui il a cru voir le triomphe de la mortification qu'il venait d'essuyer, il s'est emporté contre elle en propos les plus injurieux; ce qui a produit une scène des plus vives et a indisposé les spectateurs contre lui. Chacun en a parlé diversement ^ mais le plus grand nombre a été pour mademoiselle Heinel. L'affaire portée devant le ministre de Paris, celui-ci a cru devoir' rendre justice à l'outragée. Le public a applaudi aujourd'hui cette danseuse avec une fureur inexprimable, dans le ballet des Fêtes Grecques et HomaineSy bien disposé à ne pas recevoir demain Yestris avec la même bonté. Ses admirateurs prétendent balancer le parti de mademoiselle Heinel , et on s'attend demain à un événement comique à l'Opéra à ce sujet. Tous nos jeunes gens s'y sont donné rendez-vous, pour y suivre l'affection qui les domine.

10. — On a donné avant-hier aux Français une pièce en trois actes, en vers, et l'on pourrait dire contre tous,

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qui a pour titre : le Persifleur (^i). C'est une satire qui, sans être une bonne pièce ^ n'est pas sans mérite. Il n'est guère possible d'en faire l'analyse. Elle est écrite facile* ment , et fait honneur au style de l'auteur, déjà connu par plusieurs drames et romans, joués au théâtre et répandus dans le monde. 11 se nomme Sauvigny.

1 1 . -^ Le complot formé d'humiiier l'amour^propre de Yestrii^, et non son talent, a attire hier un monde étonnant à l'Opéra. Mais on s'est réconcilié avec lui, quand on a appris qu'il avait fait la veille les excuses les plus soumises à mademoiselle Heinel. Le public indulgent lui a fait grâce et justice, en l'applaudissant à outrance du parterre, des loges et de partout. De sa part, pour mériter cette faveur, il s'est surpassé dans la chaconne-, et y a fait de si grands efforts , qu'en sortant de la terminer il s'est trouvé mal.

II. — M. Bernard, si connu sous le nom de Gentil Bernard j secrétaire-général des dragons, vient de tomber dangereusement malade, au point qu'on l'a cru tnort. Il est célèbre par de petits vers galans qui sont recher^ chés de la bonne compagnie. Il y a de lui un Art d aimer j qu'il a eu l'art de lire et de ne jamais faire imprimer, non plus que ses autres ouvrages. Ceux qu'il a donnés au pu* blic étaient de société. Castor et PoUux est la seule pn>> duction qui puisse véritablement lui mériter l'immor*» talité.

19. — L'arrêté du Parlement de Normandie a été l'é* digé en Lettre au Roi (a) ; elle est écrite supérieurement.

(i)M. de Biovre préleodît que le Persifleur avait beaucoup d^enfans air parterre — K.

(a) Lettre du Parlement de Pformandie au roi, sur Te'tat actuel du PaitémeTW de Paris; du S février l'j'jt. in-8<» de i5 pages. — R.

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tja presse nous a déjà transmis cet ouvrage patriotique , mais dont M. le chancelier arrête, autant qu'il peut, la

publicité. .

ao. — M. de Mairan est mort ce soir, âgé de près de quatre-vingt-quatorze ans^ Il avait toujours mené une vie fort rangée : il allait encore dîner en ville trois fois par semaine. Il avait un extérieur net et propre, et, du côté du physique ) ne se ressentait en rien des incommodités de la vieillesse*

21. — On parle beaucoup dans le monde des Remon^ trances de la Cour des Aides au Roi^ au sujet de l'état actuel du Parlement de Paris. Elles ont été fixées le 18 de ce mois toutes les chambres assemblées ^ et c'est aujourd'hui que les gens du roi de cette cour apprendront à Versailles si le roi agréera qu'elles lui soient présentées. Ceux qui en ont eu lecture ^ assurent que c'est un morceau d'éldquence sublime.

a3. ^^ M. le chancelier, accompagné de M. le duc dé La Yrillière > de M. Bertin , de M. Monteynard et de M. l'abbé Terray^ des conseillers d'État et des maîtres des requêtes, s'est rendu ce matin à onze heures au Palais, tous messieurs du Conseil assemblés à la Grand'-^ Chambre, et y a fait un discours pour annoncer l'objet de sa mission (î). Ceux qui l'ont entendu y ortt remarqué la même élévation de style et de pensées que dans celui prononcé le 24 janvier, et il y a apparence qu'il est de la fabrique du même orateur, c'est<^-dire du sieur Le Brun.

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