L'affaire de M. le comte de Morangiès est plus
(i) V. 19 juin 1770. — R.
(a) Recueilli dans le Mauptouana^ tome Y, p. xoi-116. R.
que jamais le sujet des conversations de Paris ; son évasion de la Tournelle lui a aliéné ses partisans honnêtes, qui étaient persuadés de son innocence et de sa probité. On rapporte qu'un chevalier de Saint-Louis, présent, lui a crié dans ce moment : oc Monsieur de Morangiès , qui quitte la partie la perd. » Madame Gode ville , femme renommée pour ses galanteries et ses escroqueries, et fort liée avec M. de Morangiès , présente aux conclusions de Tavocat-général , dit bêtement au sieur Linguet, lorsqu'il fut annoncer à sa partie qu'elle eût à se retirer : « Monsieur Linguet, offrez mon appartement au Temple à M. de Morangiès. » L'enclos du Temple est un endroit privilégié où se retirent les banqueroutiers. Enfin le sieur Vermeil n'a pas manqué de se prévaloir de la circonstance, de demander acte de la fuite de M. de Morangiès, comme un indice de sa frayeur et des remords qu'il éprouvait. Il a fait remarquer, au contraire, avec quelle sérénité ses cliens avaient entendu les conclusions de l'avocat -général, et étaient disposés à se constituer prisonniers pour l'éclaircissement de la vérité ; ce qu'ils ont offert eux-mêmes sur-le-champ. Enfin l'avocat Linguet a perdu la tête comme le comte ; pendant que les juges délibéraient, il a voulu balbutier quelques phrases qu'on ne lui a pas laissé finir. Il a eu l'audace d'entrer dans la chambre où les magistrats s'étaient retirés pour délibérer entre eux; mais on l'a mis à la porte, et l'on a fait poser deux sentinelles pour que personne ne pût approcher et écouter les opinions.
j 4. — Dans l'affaire des Vérons on distingue surtout un mémoire signé de M** La Croix, jeune avocat qui donnerait les plus grandes espérances s'il eii était le vrai père. Il est précis, rapide, plein de sarcasmes , mais dé-
cens , et d'ailleurs placés dans la circonstance relativemcilt à celui de l'avocat Longuet qu'il réfute, et dont l'ironie est la 6gure favorite. Ce La Croix a fait quelques ouvrages de littérature ignorés.
Il paraît un autre Mémoire dans la même affaire pour le nommé Gilbert , l'ami fidèle du petit-fils de la veuve Véron , dont la fermeté fournit des traits d'une générosité très-rare aujourd'hui , et qu'on ne chercherait pas dans un cocher ou piqueur de M. de Mailly, tel que l'était ce Gilbert. Le mémoire est de M^ Courtin.
i4« — * Depuis le Réquisitoire du i4 mars, il semble que les écrivains patriotiques aient repris plus d'activité, et comme pour marquer l'impuissance de la police et du ministère^ les brochures se multiplient en foule. Depuis le cinquième Supplément il paraît un autre pamphlet intitulé : V Auteur du Quatrième supplémeitt à M. de MaupeoUy chancelier de France. De Paris j ce lundi i3 aifril 1772 (i). Il y a apparence que c'est antidaté ^ et que cela ne s'est pas imprimé depuis hier. L'auteur en question turlupine ^ de son côté, le chef suprême de la justice, et maître Jacques de Vergés sur certaines expressions de son Réquisitoire. Il raj^elle des anecdotes atroces contre le sieur Breuzard , conseiller, qui a fait la dénonciation du quatrième Supplément ^m nouveau tribunal, et peint ce magistrat non -seulement comme assassin de son firère, mais comme empoisonneur de sa première femme. Suit une prétendue Copie d^une lettre volée à r éditeur de la quatrième Correspondance , ( elle
(i) On trouye dans le Maupeouana (tome lll) p. 87-89) nn pamphlet portant ce titre, mais il est daté du lundi 6 avril 177a et il n'y est point parlé du sieur Breuzard. L'assassinat et Tempoisonnement dont on accuse ce personnage sont rappelés dans la trente-septième lettre de la Correspondance secrète, — K.
est la trente -sixième y et de M. de Maupeou à M. Sorhouet ) datée de Paris le %^ mars , où l'on dévoile les inquiétudes du chancelier et ses projets secrets pour opérer efficacement les liquidations.
i5. — La licence est poussée au point qu'il n'est pas de plaisanteries qu'on ne se permette , et qui ne trouvent à s'imprimer. On répand ici l'annonce isui van te :
« Messieurs , vous êtes avertis qu'il est arrivé pour la FoireSaint-Germain un personnage intéressant.
« Le sieur Fiquet de Normanville , dit le vil Normand^ fils d'un aubergiste 9 devenu le receveur de la duchesse de La Force,' petit -fils d'un valet d'écurie devenu aubergiste, président parjure et intrus au Conseil Supérieur de Rou^n, est venu en cette ville avec beaucoup de prétentions. Il s'agit de traiter la réunion des deux Conseils en un Parlement , d'être premier président du Conseil de Rouen actuel ou du futur Parlement postiche à la place de M. de Crosne qui ne 3'entend à rien , ou même d'obtenir une place méritée parmi messieurs les maîtres des requêtes.
« Le sieur Fiquet est reconnaissable à sa tête à perruque, sa face pleine, son nez large, ses yeux noirs, ses sourcils châtains, son cou court, sa taille fournie de cinq pieds quatre pouces, s& démarche rustique, son propos burlesque.
« On le verra souvent à la porte de M. de La Michaudière, dans l'antichambre de M. le chancelier, chez des filles, à la Comédie Italienne.
« Ceux qui apprendront de ses nouvelles sont priés d'en donner à M. ***, faubourg Bouvreuil, à Rouen ; ils recevront récompense. »