TOM. III. 2Q
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a perdue en s'expatriant; elle est conférée aujourd'hui à M. Marmontel. On prétend qu'il n'a que l'honorifique , ainsi que son prédécesseur^ et que le philosophe de Ferney^ en renonçant au titre , s'est conservé la pension (i). Cette place est en outre très -jolie, par les agrémens qu'elle procure y comme un logement dans les maisons royales ^ une entrée libre à toutes les fêtes , etc.
— M. de Fcmcemagne va mieux; il est sorti de l'état d'hypocondrie oîi il était tombé, et a repris ce qu'on ap* pelait la Conversation. C'est une assemblée, qui s'établissait chez lui tous les soirs, de gens d'esprit qui s'y rendaient régulièrement; il n'y a ni jeu, ni femmes, et l'on y disserte philosophiquement , comme on faisait à Athènes au Lycée ou au Portique.
La réception de son lecteur, M. Dacier, à l'Académie des Belles - Lettres , n'a pas peu contribué à mettre du baume dans le sang de M. de Foncemagne; il prenait un intérêt très-vif à l'événement. En effet, la faveur pure a influé sur l'élection de ce sujet , qui ne l'a emporté que d'une voix sur son concurrent, M. l'abbé Lebloud, sayant connu, couronné â cette Académie, et qui avait des titres littéraires bien supérieurs à ceux de l'antre candidates) : il n'a eu que seize voix contre dix-sept. M. Dacier n'a encore rien fait que la traduction des Histoires dii^erses d'Élien, et cet ouvrage n'était pas même imprimé lors^ qu'il a été nommé.
(x) Ce qu'on dit ici de cotte pension conservée à M. de Voltaire est «Restitué de toute vérité. — W.
(a) M. Daeier semblait , malgré son m^te réel, destiné à ne devoir qu'à rintrigue son entrée dans les corps litt^irés. Ainsi nous l'avons vu , en iSaa, disputer à M. Casimir Delavigne une place vacante à TAcadémie Française, et ne remporter sur son jeune concurrent qu'à Taide d'une coterie qui, à celte époque , était toute-puissante à TAcadémie. — R.
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— ^11 parait une troisième Lettre manuscrite datée de Versailles, le a5 mars ; elle a pour titre : Réponse de M, de Maupeou à M. Sorhouet {\). Elle contient des anecdotes nouvelles : on ne sait si ce commerce manuscrit durera long-temps, mais on parle déjà d'une quatrième Lettre,
g, — Extrait d'une lettre de Choisjr^ du 8 am/.
a Sa Majesté est venue passer deux jours ici avec une certaine quantité de seigneurs et quatre dames, madame la comtesse Du Barry, madame la maréchale de Mirepoix, madame la comtesse de L'Hôpital et madame la duchesse de Mazarin. C'est la première fois que cette dernière se trouve à de semblables parties ; son attachement pour les Choiseul l'avait toujours rendue peu agréable depuis leur disgrâce.
« MadËime la comtesse Du Barry , qui cherche tous les moyens de dissiper le roi , que l'ennui gagne aisément , avait imaginé de faire venir Audinot jouer à Choisy avec ses petits enfans. C'est la première fois que ce directeur forain paraît devant Sa Majesté/ Il aura pu mettre sur ses affiches de la Foire : « Les Comédiens de bois donneront aujourd'hui relâche a^ théâtre, pour aller à la cour. » On a exécuté trois pièces sur notre théâtre, et les petits enfans n'ont été nullement déconcertés ; ils ont joué à merveille.
« On a donné d'abord 11 n'y a plus d enfans ^ petite comédie en prose du sieur de Nougaret, où il y a de la naïveté et des scènes d'une morale peu épurée. La Guinguette^ ambigu comique de M, de Pleinchêne, a plu
(1) Elle manque au Maupeouana et a été recueillie dans le Journal histO' rique à la date du 1 1 avril 1772, — R.
davantage : c'est une image riante et spirituelle de ce qui se passe dans les tavernes ; c'est un joli Téniers. On a fini par le Chat - Botté ^ ballet pantomime du sieur Arnould. Au reste, ce ne sont point des nouveautés : vous devez avoir vu cela depuis long-temps à la Foire Saint- Germain. On n'a pas même oublié la Fricassée y contredanse très-polissonne. Madame la comtesse Du Barry s^amusait infiniment et riait à gorge déployée, le roi souriait quelquefois ; en général , ce divertissement n'a pas paru l'afCecter beaucoup, jo
9. — Il y avait autrefois quatre pensions affectées pour l'Académie Française; le malheur du temps les avait fait supprimer; on vient d'en rétablir deux, l'une en faveur de M. deFoucemagne, l'autre pour l'abbé Batteiix.
10. — * On vient d'imprimer un Supplément aux Étrennes supérieures de Normandie (i). Il n'a que six pages, mais contient une multitude d'anecdotes infamantes pour la plupart des membres ; on cite différens Arrêts du Parlement de Normandie, condamnant à différens supplices plusieurs personnages du niême nom, et qu'on ne manque pas de donner pour parens des nouveaux magistrats.
11. — Aujourd'hui, dès le grand matin, le Palais s'est trouvé rempli de curieux, pour entendre le plaidoyer de M. l'avocat-général de Vergés dans l'affaire de la veuve Véron et héritiers contre le comté de Morangiès. Tous les roués de la cour n'ont pas manqué de s'y rendre avec plus daffluence que jamais: on y comptait beaucoup d'officiers-généraux et nombre de militaires de grades inférieurs, dans le dessein, sans doute, de s'emparer de la Tournelle, d'assiéger, pour
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aiiisi dire , les juges , et de les gêner dans leurs suffrages par leur présence.
Cependant M* Jacques de Vergés n'a poitit paru in* timide de cette bruyante et redoutable assemblée; il a parlé depuis sept heures et demie jusqu'à deux heures avec la plus grande présence d'esprit. '
Ijorsque Tavocat-général a rendu ses conclusions , qui tendaient à la prise de corps contre le comte de Morangiès , M* Linguet , son avocat , est venu l'avertir qu'il était temps de s'en aller. Ce seigneur est devenu pâle , a peî'du la tête ; le marquis de Poyanne a été obligé de l'emmener, et le peuple l'a suivi jusqti'à son carrosse, avec des huées , l'appelant escroc , voleur, etc. Ce procès nous rappelle en petit les fameuses divisions des Ro-> mains, entre les plébéiens et les patriciens; on ne connaît y de mémoire d'homme , affaire qui ait occasioné une scission aussi générale.
La veille. M* Linguet avait donné un nouveau mémoire, inf:itulé RepUqae ; c'est le plaidoyer débité dans une audience extraordinaire qu'il avait demandée pour le lundi, et qui se tient l'après-dîhée avec l'appareil ordinaire des autres. Il était important pour sa partie de détruire les impressions fâcheuses restées dans l'esprit des juges et des auditeurs d'après la réplique de M* Vermeil du samedi. Celui-ci, de son côté, a répandu une réplique au plaidoyer du comte de Morangiès ; elle était signée d'un autre avocat, nommé La Croix; elle contient des faits graves contre le comte, et la suppression demandée par l'avocat-général n'était motivée que sur une raison de forme , c'est-à-dire sur ce que le mémoire n'était pas signé des parties , et non sur ce qu'on y avançât rien de calomnieux.
i^. — p M. d'Aiembert a été élu secrétaire de l'Académie Française y à la place de M. Duclos^ qui vient de mourir. '
•— < Le sieur Duchanoy, élève de M. Petit, a répandu Tannée dernière une Lettre à M. Portai ^ lecteur du roi, professeur de médecine au collège royal , dans laquelle, pénétré d'un louable enthousiasma pour son maître, il le défend sur la critique qu*il (M. Portai) a faite des oU" i^rages anatomiques de M. A. Petit dans son Histoire de l'anatomie et de la chirurgie; mais poussant son zèle trop loin sans doute, il attaque M. Bouvart même y ennemi plus redoutable et plus déclaré encore de son héros. Il se permet une satire directe, et^ ce semble, étrangère à la question, et fait une accolade de M. Portai et de M. Bouvart très-injupieuse. Voici le passage :
(cDans le peu que vous dites, Monsieur, touchant la manière dont M. Petit a défendu son opinion sur les naissances tardives contre M. Bouvart, il est aisé de s'apercevoir de la liaison qui règne entré ce dernier et vous. Jamais couple ne fut mieux assorti : simile simili gaudet ^ même goût pour la vérité, même respect pour les bienséances, même politesse, même justesse dans le raisonnement; érudition aussi bien choisie de part et d'autre ; égale légèreté dans le style ; si gens de votre espèce pouvaient être amis , c'en serait sans doute assez pour le devenir : au moins cela suffit-il pour vous rapprocher et vous tromper mutuellement en feignant de l'être. Je ne vois qu'un point où votre ami M. Bouvart Tempcurte sur vous , c'est par l'illustration que l'excellence de son ame et ses bons procédés envers ses confrères, etc., lui ont [acquise; mais, euge^ puer^ avec les dispositions que vous montrez, vous passerez votre modèle. »
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Quand il a été question de recevoir docteur le sieur Duchauoy, M. Bouvart, lors de l'a^semblëc pour juger de Tinformation de vie et de mœurs du sujet, a fait rapporter un statut de la Faculté, par lequel tout candidat ^ convainai d'avoir écrit contre un docteur de la Faculté , doit être exclu. La cabale du médecin outragé a fait valoir cette loi , et il a été arrêté que le candidat serait tenu de faire une lettre d'excuse à M. Bpuvart; il l'a fait d'une façon très-humiliante. Cependant celui«ci, traitant la chose peu généreusement, a renvoyé la lettre à la Faculté, en ajoutant qu'il la regardait comme une nouvelle injure, et qu'il s'opposait toujours à la réception du sieur Duchanoy. M. Petit , intéressé à la défense de son protégé , y a mis toute la chaleur possible. On exige aujourd'hui une rétractation formelle, précise , authentique du sieur Duchanoy, et c'est le point de difficulté. Il y a beaucoup de cabales pour et contre, et ces deux chefs divisent tout le collège de médecine*
' — On a rendu compte, dans le temps (i) , d'uâe partie d'ouvrage hie par M. Thomas à une assemblée de l'Académie Française, tirée d'un Essai sur le caractère ^ les mœurs et Vesprit des femmes dans les dijférens siècles. Celui-ci paraît imprimé. L'auteur y veut faire voir ce que les femmes ont été, ce qu'elles sont, et ce qu'elles pourraient être. Il traite la première partie, qui est historique , d'une façon intéressante et curieuse ; sa marche même est assez rapide , et c'est sans contredit le meilleur morceau de l'ouvrage. La seconde est un tableau de nos mœurs actuelles relativement à cette partie de l'espèce humaine, mais contenant moins de faits qiie d'observations, et dans ces dernières l'ccrivâin est sou^
(i)V. limai 1771. — R.
vent diffus, entortillé et trop minutieux. Quant à la troi^ sième^ elle est fort courte, et paraît uniquement destinée à caractériser, sous les traits d^une femme parfaite , madame Necker, l'héroïne de l'ayteur, qu'il a déjà célébrée précédemment dans un portrait sous lequel les gens au fait reconnaissent parfaitement que c'est elle qu'il a eu en vue.
Madame Necker est une Genevoise qui tenait une espèce d'école dans la ville ; M. Necker, banquier de cette république, et aujourd'hui son ministre, en est devenu amoureux, et l'a épousée. Elle rassemble chez elle des philosophes et des beaux esprits , et c'est dans un de ces comités qu'a été conçu, ainsi qu'on l'a dit dans le temps, le projet d'élever une statue à M. de Voltaire (i).
i3. — * Il paraît un cinquième Supplément à la Ga* zETTE DE France (a), plus long que les précédens. L'auteur a étendu sans doute ses correspondances, et donne des nouvelles des principales villes du royaume. Il prend consistance de plus en plus ; c'est aujourd'hui une gazette scandaleuse très en règle, mais dont les retoui's périodiques ne sont pas encore assurés.
— Supplément au Roman comique , ou Mémoires pour setvir à la vie de Jean Monnet. Rien de si plat que cette brochure ; les Mystifications même de Poinsinet^ si susceptibles d'une plaisanterie gaie et caustique, nont aucun''caractère risible sous le pinceau de ce fade bar* bouilleur; en un mot, c'est un livre bleu dans toute la valeur du terme, un vrai poisson d'avril que ce bateleur littéraire a donné au public.