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ininellement le jeune homme, officier, comme séducteur, ravisseur, voleur même, car il avait de fausses clefs.
il. — La Renommée littéraire offusquant les divers libellâtes qui courent la même carrière, ces petits auteurs se sont remués et ont engagé le Journal des Savants à faire arrêter cet enfant bâtard. 11 faut savoir que tous les autres doivent un tribut de cent écusà ce père des journaux. MM. Le Brun n'avaient point payé; en conséquence, on a fait saisie et arrêt entre les mains des imprimeurs.
15. — On vante le procédé honnête des Comédiens français à l’occasion de l’incendie de l’Opéra : ils ont député aux directeurs pour offrir leur théâtre trois fois la semaine gratis. Il n’en a pas été de même des Italiens, et l’on est fort surpris dans le monde de l’indulgence du roi à leur égard dans cette circonstance.
16. — L’Opéra n’ayant pu s'arranger avec la Comédie Italienne, qui demandait des dédommagements considérables, il a été décidé qu’en attendant que la salle projetée fût bâtie, il jouerait dans celle des Tuileries, appelée la Salle des Machines. En conséquence, on va travailler à en diminuer l’étendue, qui était un des principaux obstacles à la voix. On ne prendra uniquement que le théâtre, plus long que toute la salle incendiée. On croit que ces travaux dureront environ trois mois, pendant lesquels on sera privé d’Opéra. Le roi fera cette dépense.
19. — On a donné aujourd’hui la première représentation du Bienfait rendu, ouïe Négociant, comédie en vers et en cinq actes, par M. Dampierre. C’est une satire amère et lourde de la noblesse et surtout des grands seigneurs.
26. — Les demoiselles Verrière, les Aspasies du siècle, se distinguent par des spectacles agréables qu’elles donnent chez elles : elles y jouent avec le plus grand succès; elles ont deux théâtres fort ornés et très-fameux pour des particuliers, à la ville et à la campagne. M. Colardeau, jeune poète, a consacré ses talents en l’honneur de ces deux divinités. On y joue enlre autres nouveautés de cet auteur la Courtisane amoureuse, drame en deux actes, en vers* mêlé d’ariettes, qu’il a fait en faveur de l’ainée, vivement éprise de cet auteur.
Mai. — 3. — Mademoiselle de Maisonneuve, petite fille de la
MÉMOIRES SECRETS DE BACllA U MONT.,
femme de chambre de mademoiselle Gaussin, celle dont on a parlé (I), et dont l’abbé de Voisenon a décelé les talents, vient de ■ débuter : elle est très-jeune, fort bien de figure; elle a de la naïveté, de l’intelligence, et promet beaucoup; elle a été très-bien accueillie aujourd’hui; elle a joué dans la Gouvernante ci dans Zenéide. Dans la première pièce, comme elle est tète à tète avec son amant, on vient l’avertir de se retirer : en fuyant, elle est tombée dans la coulisse, et a laissé voir son derrière. Madame Bellecour, dite Gogo, soubrette, est venue très-modestement lui remettre ses jupes. Le tout s’est passé au contentement du public, qui a fort fêté le cul de l’actrice et la modeste Gogo. La jeune personne n’a point été déconcertée, elle est rentrée peu après sur le théâtre. On lui débita plusieurs vers de suite, susceptibles d’allusion à ce qui venait de se passer; le public l'a saisie volontiers : cela a fait sensation; ce qui forme anecdote (2).
G. — Nous avons assisté aujourd’hui à la comédie chez mesdemoiselles Verrière, dans leur salle de Paris : elle est très-jolie, grande pour une salle particulière, d’une belle hauteur, et fort ornée. On y compte sept loges en baldaquin, galamment dessinées et bien étoffées. 11 y a aussi des loges grillées pour les femmes qui ne veulent pas être vues.
On a donné la Surprise de l’Amour , de Marivaux, en trois actes; et la Courtisane amoureuse, deM. Colardeau.
Dans la première pièce, madame de La Mare, la cadette des deux sœurs, faisait le rôle de la marquise; l’autre, celui de soubrette; M. le baron de Vanswiéicn, celui du chevalier; M. Colardeau représentait le comte; et M. d’Épinay, Hortensius; le valet était le président de Salaberry. Le tout a été passablement joué, en général ; mais les deux sœurs ont excellé, surtout
(I) Voy. 22 mars 1703 . — Mademoiselle de Maisonneuve débuta sous le nom de Uoligny, qu’elle a illustré. — R.
(î) Voici les premiers vers de la scène dont il S'agit ; ils dureut effectivement prêter beaucoup à de malignes allusions.
Juliette. — Allons, il fuit un peu faire lile 1 l'orage. amùliquk. — Trop dc.cunfusion a glacé mon courage.
— L’oinour est cependant fait pour en inspirer.
— Je no puis que rougir, me iairè et soupirer.
— Reprend vos esprits ! — Son, quoi que je me dise Je uc puis revenir d'avoir été surprise...
— Pour un petit malheur faut-il sc dérouter?... — R.
la. comtesse : elles seraient applaudies sur la scène française.
La musique de la seconde pièce est de M. Dupin de Francueil. La comédie est froide, et l'auteur n’a pas tiré tout le parti possible du sujet. La courtisane, trop langoureuse, fait des avances peu décentes sur le théâtre, quoiqu’elles soient naturelles dans le conte. Il y a des détails agréables. La pièce est écrite élégamment et avec facilité. On y reconnaît une plume chaste, qui ne se permet pas la plus légère plaisanterie, quelque susceptibles qu’en fussent le sujet et le lieu. La musique est bonne, bien nourrie. On reproche à l’auteur des longueurs et beaucoup de réminiscences. I/ainée Verrière faisait le rôle de la courtisane ; sa sœur, la soubrette ; mademoiselle Villctle, une marchandé de modes; Le Jeune, l’amoureux; et La Ruettc, le valet. Ce spectacle fort amusant était soutenu d’un orchestre bon et nombreux : en un mot, rien n’y manqua ; il y avait fort bonne compagnie.
12. — L’impératrice des Hussies veut absolument puiser dans nos philosophes un instituteur du prince son fils. Au refus „ de M. d’Alembert, on prétend que son choix doit tomber sur M. Marmontcl, ou sur M. Satirin : ces deux personnages ne seront vraisemblablement pas aussi difficiles que M. d’Alembcrt.
18. — Milord Maréchal, gouverneur de Neufchâtel, qui avait accueilli si généreusement Rousseau sous la protection du roi de Prusse, étant rentré en grâce et dans ses biens par l’intervention de ce monarque, part incessamment pour l’Écosse; le moderne Diogène l’y accompagne.
10. — M. Colarde.au essaie de traduire le Tasse, sans entendre l’original. Ses amis lui ont conseillé de laisser son ouvragCj et de ne point concourir avec M. Watelct, qui a entrepris la même tâche. En conséquence, le jeune auteur est allé chez l’Académicien lui faire hommage de sa modestie, et lui déclarer qu’il ne voulait point aller sur ses brisées. M. Watelet n’a point voulu qu’il s’arrêtât pour lui : au contraire, il l’a exhorté à poursuivre son dessein, à lui lire même ce qu’il avait fait de son ouvrage. M. Colardeau y a consenti : le millionnaire a trouvé que ce n’était point l’original, a paru redouter peu cette concurrence; il a pressé, en conséquence, M. Colardeau de con-
linucr : « C’est au public, a-t-il dit, à nous juger, à décider qui l’emportera. » Belle et louable émulation !
19. — L’Opéra esta la veille de perdre une danseuse vive, gaie et réjouissante : c'est mademoiselle Allard. Un malheureux accident survenu chez elle au duc de Mazarin, la met dans le cas de quitter Paris et de demander su retraite. Ce seigneur, passionnément amoureux d’elle, l’entretenait depuis fort longtemps. On a prétendu que cette actriee était peu fidèle, suivant l’usage ; qu’un rival s’est trouvé chez elle, et que le malheureux duc a essuyé un traitement peu digne d’un homme de sa qualité. Il a la tète cassée; voilà le certain ; du reste, des propos sans fin, des lamentations, des jérémiades de la part de l’héroïne, des invectives, des horreurs de la part de scs camarades femelles, et une fermentation générale dans le public.
Juin. — 2. — On débite un bon mot de mademoiselle Arnould, très-fin et très-joli, mais dont nous doutons qu’elle ait les gants. Ces jours derniers, mademoiselle Vestris, Italienne de naissance, et dont les goûts divers sont très-connus, se récriait sur la nouvelle fécondité de mademoiselle Rcy ; elle ne concevait pas comment cette fille s’y laissait prendre si facilement : « Vous en parlez bien à votre aise, répond l’actrice enjouée; une souris qui n’a qu’un trou est bientôt prise. »
6. — On a trouvé, ces jours-ci, un placard affreux à la nouvelle statue de Louis XV ; elle portait cette inscription latine •: Statua Statuœ. On a arrêté du monde et sévi contre quelques gens qu’on soupçonnait (I).
10. — LETTRE DE M. PAL1SSOT A MM. LES COMÉDIENS FRANÇAIS ORDINAIRES DU ROI.
Je vous présente. Messieurs, un recueil de mes ouvrages :
(I) Ce uc fut point ta seule inscription par laquelle les mécontents témoignèrent leur désapprobation de la paix humiliante qui venait de terminer la guerre ruineuse de Sept ans. Ou afficha sur l'un des côtés du piédestal l’épigramme suivante :
Il est ici comme à Versailles :
Il est sans cœur et sans entrailles.
gt celte autre non moins hardie i
Grotesque monument ! intâino piédestal !
Les Vertus sont A pied, le Vice est à cheval.