DE SA1NT-EVSTACHE
« Nemo vos deeipiat per philosophiam et inanem faltadnm. »
(Pacl, ad Colos., II, 8.)
... Dans les règnes précédents, les princes marquaient leur religion en protégeant les ministres de l’Église Les magistrats
persécutent l’innocent et oppriment la religion Les esprits
se soutiennent par une modération forcée et une politique
momentanée Tôt ou tard la Révolution éclatera dans un
royaume où le sceptre et l’encensoir s’enlre-choquent sans cesse... La crise est violente et la Révolution ne peut être que trop prochaine... » •
Le prêtre, auteur du sermon, a été décrété de prise de corps par le Châtelet.
A. — On attribue à M. de Voltaire la fable suivante sur l’expulsion des Jésuites :
Les renards et les loups furent longtemps en guer re ;
Les moutons respiraient. Des bergers diligents
Ont chassé, par arrêt, les renards de nos champs ;
Les loups vont désoler la terre.
Nos bergers semblent, entre nous,
Un peu d’accord avec les loups (I).
12. — Les Comédiens Italiens ont donné une pièce nouvelle, en deux actes, mêlée d’ariettes; elle est intitulée : les Deux Talents. La musique est de M. le chevalier d’Herbain, amateur; les paroles sont de M. de Bastide.
Le poeme est médiocre; la musique pleine de richesses, mais accumulées sans goût, sans intelligence et sans fruit pour les auditeurs.
1 3. — On a fait l’épigramme suivante sur les Deux Talents :
Poème plat, style commun,
Grands airs bruyants, musique vide ;
Pauvre d’Herbain, chétif Bastide,
Vos deux talents n’en font pas un.
14. — On débite, imprimé, un Portrait de M. de Voltaire , de deux cents vers environ. 11 paraît que c’est quelqu’un qui, sous le voile de l’éloge, a prétendu tourner en ridicule ce grand homme, quoique Fréron paraisse donner cet écrit comme d’un louangeur de bonne foi. Voici le début :
(!) Cette fable faisait partie d’une lettre de Voltaire, dont ou trouve un fragment dans la Correspondance littéraire de C.rimm, !S juin )7fi3. — R.
Je chante un mortel exigu
Et dont le frêle individu
N’a presque point de consistance ;
Mais, s’il n’a ni hanche ni eu,
S’il est aussi sec qu’un pendu,
Le ciel le fit en récompense D’esprit abondamment pourvu.
Après avoir détaillé les qualités de cet homme universel, l'auteur finit ainsi :
Quand on jouit de l’avantage •- De réunir tant de trésors,
Il est permis, pour son usage,
De n’avoir qu’un petit visage,
Point de mollets et peu de corps.
On attribue cet écrit à M. de La Vieville.
17. — Le Saiil de M. de Voltaire, malgré la défense et la sé* vérité de la police, est imprimé :
20. — La Faculté de Médecine, ne voulant rien faire avec ' précipitation, ramasse avec soin tous les faits relatifs à la matière dont le parlement l’a chargée. Elle a écrit dans les cours étran- ; gères, pour avoir de toutes parts les notions les plus sûres et les plus multipliées sur l’inoculation. Interea patitur juxtus; c’est-àdire que cette utile pratique reste proscrite : ce. que M. le comte de Lauraguais avait prévu, et ce dont il se plaignait si fort.
25. — Aujourd’hui M. l’abbé Rousseau a prononcé, devant messieurs de l’Académie française, le panégyrique de saint Louis. Le père Elysée, assez fameux prédicateur, a fait le même panégyrique devant messieurs de l’Académie des Sciences et de celle des Inscriptions.
Cette après-midi, on a adjugé le prix d’éloquence à M. Thomas, cet athlète invincible, couronné tant de fois qu’on ne peut nombrer ses victoires Le sujet était YÉloge de Sully. MM. Sanrin,
Duclos et Watelet se sont relevés successivement pour achever la lecture de ce long ouvrage. On a été surpris du ton dogmatique et libre qui y règne : plusieurs endroits sont une satire amère de l’administiation actuelle; mais le moyen de louer un ministre,
sans critiquer ceux qui ne lui ressemblent pas ! La séance a fini sèchement; M. d’Alembert, qui est en possession d’égayer l’Académie par quelque caricature du jour, étant encore auprès du roi de Prusse.
26. — Hier, s’est faite l’ouverture du Salon avec toute l'affluence possible. On sait qu’on y expose les différents ouvrages que les peintres, sculpteurs et graveurs de l’Académie veulent y envoyer. La collection de cette année continue à donner une idée de l’École française, la seule aujourd’hui de l’Europe. Il semble que le public se soit porté plus volontiers en foule vers le tableau de M. Vanloo, représentant les Trois Grâces enchaînées de (leurs par l’Amour. Le coloris en est des plus brillants; il est nourri de peinture. On a trouvé les figures un peu flamandes; on les eût désirées plus sveltes. La Chasteté de Joseph , par M. Deshayes, attire beaucoup d’attention. Les marines de M. Vcrnet, ses Quatre Parties du Jour, et, en général, tous ses tableaux sont recherchés des amateurs. La Piété filiale, de M. Greuze, se considère avec la plus grande admiration. Enfin, le Prométhée en marbre, deM. Adam; 1 ePygmalion, deM. Falconnet, emportent les suffrages en cette partie:
29. — On répand, dans le public une estampe, gravée il y a plusieurs années, mais qui était restée dans lftplus grand secret : elle a été faite à l’occasion de la démolition qu’on voulait faire de la Colonne Médicis (I). Elle représente l’extérieur de cet ouvrage, et la coupe intérieure est perpendiculaire. Dans un coin du tableau, on voit l’Ignorance en bonnet d’âne, qui amène à sa suite des pionniers et autres ouvriers prêts à démolir. Au pied delà Colonne se trouvent des sauvages qui se disposent à la
(t) Cette colonne fut ainsi nommée du nom de Catherine de Médicis qui la lit construire dans l'angle d’une cour latérale de P Hôtel delà Jieine, depuis Hôtel de Soissons. Le prince de Carignan, dernier propriétaire de ce monument, étant mort chargé de dettes, ses créanciers obtinrent la permission de le faire démolir pour en Tendre les matériaux. Cette démolition s'opéra pendant les années 1748 et 1749; et la colonne allait y être comprise, lorsque Bachaumout se préseuta pour l'acquérir dans l’intention de la donner à la Ville, à la condition qu’elle serait conservée. On la lui adjugea pour 1500 livres. L’emplacement de l'hAtel fut acquis par les magistrats de la Ville, qui y firent commencer, en 1762, la construction d'une Halle aux blés terminée en 1772. La colonne de Médicis fut conservée, suivant l'intention de Bacliauinont, cl on la voit encore adossée au mur extérieur de la Halle. — 1t.
défendre. Ils supportent les armes de M. Bignon, alors prévôt des marchands. On sait que ce fut M. de Bachaumont qui s'opposa pour lors à cette barbarie, ayant acheté le monument.
Cette gravure, conséquemment très-injurieuse au prévôt des marchands, avait été supprimée : elle réparait depuis peu, à l’occasion des travaux qu’on fait dans l’hôtel de Soissons.