‹ Mémoires secrets de Bachaumont [édités et continuésChapitre 26 sur 86 · L'histoire arrivée en Angleterre à M. d’Éon de Beau · texte numérisé non relu

L'histoire arrivée en Angleterre à M. d’Éon de Beau

mont (1) donne lieu de faire des recherches sur son compte, et voici ce qui en résulte. 11 passe pour avoir été employé dans les négociations de la paix plutôt par intrigue que par véritable choix du ministère. Sa première mission en Russie a été celle d’un spadassin. Le grand-duc voulait un maître d’armes : on choisit M. d’Éon, qui avait ce talent, dans la confiance qu’il ménagerait le retour d’un ministre de France à Saint-Pétersbourg. Ce qu’on avait prévu arriva; il s’insinua dans l’esprit du grandduc, fut de ses parties de plaisir; il fit entrevoir que la France enverrait volontiers un ambassadeur 11 fut secrétaire d’am-

bassadeur, et enfin d’ambassade. On lui donna un brevet de capitaine de dragons. Dans cet intervalle, il publia quelques écrits sur le commerce, dont il se fit honneur. Ils pouvaient en faire à son auteur, mais il n’était que prête-nom, à ce qu’on prétend. On veut que ces écrits soient de son oncle et de M. Dupin, qui n’ont pas voulu réclamer. Quoi qu’il eu soit, il était comblé de gràceS, avait deux mille écus de pension, le titre de ministre plénipotentiaire, et la croix de Saint-Louis, lorsqu’il a eu une rixe en Angleterre, chez le lord Halifax, contre un Français, M. de Vergy, à l’occasion de la paix dernière, que ce dernier prétendait honteuse, et qu’il a soutenue nécessaire. M. de Guerchy, ambassadeur, ayant voulu interposer son autorité, M. d’Éon n’en a tenu compte ; ce qui l'a obligé à porter des plaintes à la Cour de France. Depuis, M. d’Eon a passé dans la cité de Londres, et, malgré toutes les réclamations du ministère, il est inviolable. Le roi d’Angleterre ne peut le faire enlever de son asile. Il était important de conter une anecdote toute politique, mais qui regarde un homme dfc lettres.

(I) Charles-Geueviéve-Louis-Auguste-André-Timothée d’Éon de Beaumont, né a Tonnerre le 5 octobre 1718, mort à Londres le 11 mai 1810. Les aventures et les nombreux écrits de ce singulier personnage contribuèrcut encore moins à sa célébrité, que le voile mystérieux dont son véritable sexe fut si longtemps enveloppé. Comme tout devait être bizarre dans sa destinée, on a remarqué d’élraugcs contradictions sur les registres de la paroisse où il reçut le baptême; on y lit : ® Né d’hier... a été baptisée par nous, » etc. — K.

23. — M. l'abbé de Marsy vient de mourir. Il avait été Jésuite, et s’était distingué alors par plusieurs poésies d’un élégance et d’un goût exquis. Il était sorti de cet ordre d’une façon assez désagréable, et il en courait de très-mauvais bruits ^1). Il a fait, depuis, plusieurs autres ouvrages, entre autres Y Analyse raisonnée de Bayle , qui a eu les honneurs de la brûlure, et toutes les censures cumulées des Facultés de théologie, de la Sur- • /

bonne, et des évêques.

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