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Madame Belot, femme auteur, qui a vécu longtemps

Le lourd Ci mier, pédant, crasseux et vain. Prend hardiment la place de Rollin,

Comme au valet prend l’hahit de son miilre.

1 G i MÉMOIRES SECRETS DE BACHAI MOXT.

de traductions anglaises et du produit de quelques romans mauvais, vivait depuis quelque temps avec le président de Meynières. Elle a si fort enjôlé ce président, qu’elle l'a conduit à l’épouser, il y a plusieurs mois. Le mariage s’est déclaré avant-hier. Elle a joué le sentiment, au point de ne vouloir recevoir aucun avantage par son contrat de mariage. On dit joué, parce qu’on ne peut supposer une façon de penser si délicate dans une femme qui a été aux gages de M. de La Pouplinière, à ceux de Palissol, et qui a vécu scandaleusement avec différents personnages, et surtout avec le chevalier d’Arcq, homme très-décrié pour ses moeurs.

13. — M. L. C. D. B., dans une Lettre aux auteurs du Journal encyclopédique, contenant des Observations critiques sur les Considérations sur le gouvernement ancien et présent de la France, par M. le marquis d’Argenson, voudrait insinuer que cet ouvrage n’est pas de ce ministre. 11 prétend y relever des erreurs, des contradictions, et les journalistes le réfutent. Nous ne voyons d’important dans sa lettre, qu’une anecdote assez plaisante. M. d’Argenson était un des plus ardents partisans des abonnements particuliers concernant les impôts : ayant fait part de son projet au roi, Sa Majesté lui dit de le communiquer au contrôleur général. Celui-ci l’ayant écouté tranquillement: a Cela est fort bien, lui répondit-il; mais que deviendront les receveurs des tailles? » Alors, tournant le dos à son collègue : « Apparemment, monsieur, répliqua le comte, si l’on trouvait moyen d’empècher qu’il n’y eut des scélérats, vous seriez inquiet de ce que deviendraient les bourreaux ? »

15. — L’Opéra a donné avant-hier la première représentation de l’ancien Thésée. C’est la septième fois qu’on remet cet opéra depuis son origine. On n’a touché ni au poème de Quinault, ni à la musique vocale de Lully ; mais on a substitué une ouverture nouvelle à l’ancienne et remplacé tous les airs de danse par des morceaux plus modernes. L’ouverture est de M. de Bury, surintendant de la musique du roi. La plupart des airs de danse sont de M. Berton.

L’effet de ce spectacle, en général, est des plus imposants. Peu (L’opéras ont été remis avec autant de magnificence. Le jeu des machines est très-exact, quoique très-compliqué. Une des plus

belles décorations qui se puissent voir, est Minerve descendue dans un nuage qui enveloppe toute la scène, et qui, en disparaissant, laisse voir un palais magnifique à la place de celui que Médée avait embrasé.'L’ acte des Furies offre quelque chose de plus piquant encore que dans Castor. Les démons paraissent avoir réellement percé la terre pour obéir à Médée. Les flambeaux, dont ils sont armés, jettent par intervalles une flamme qui les enveloppe et qui forme le plus bel effet. C’est à M. Laval qu’on est redevable de ces découvertes ingénieuses.

18. — Le fameux J.-J. Rousseau de Genève est à Paris depuis quelques jours. 11 a d’abord logé dans la rue de Richelieu, et s’est ensuite retiré au Temple, à l’hôtel Saint-Simon, sous la protection du prince de Conti. 11 est habillé en Arménien, et doit passer à Londres avec M. Ilumc. 11 parait que le parlement veut bien fermer les yeux sur son séjour ici.

22. — Nous ne pouvons nous empêcher de rapporter la manière dont le roi a annoncé à madame la Dauphine la mort de son mari (1). 11 avait chargé le grand-aumônier de rester auprès du mourant jusqu’au dernier instant. Ce prélat s’étant rendu près du roi. Sa Majesté a pris sur-le-champ son parti, a fait venir M. le duc de Berry, et, après lui avoir fait un discours relatif aux circonstances, il Ta conduit chez madame la Dauphine. En entrant, il a dit à l’huissier de la Chambre : « Annoncez le roi et M. le Dauphin. » Cette princesse a senti ce que cela voulait dire, et s’est jetée aux pieds du roi.

26. — 11 paraît un nouveau livre, intitulé le Compère Matthieu (2), attribué au marquis d’Argens. C’est un roman satirique en trois volumes; cadre adroit, où l’auteur a enchâssé et réduit en action beaucoup de principes de la nouvelle philosophie. La religion n’est pas l’objet sur lequel il s’exerce le moins. En général, il y a de la gaieté, du mouvement, de la variété dans cet ouvrage un peu grivois. La décence et les mœurs n’y sont pas toujours bien respectées, ce qui ne lui donne que plus d’attraits pour les jeunes gens et les esprits libertins.

(1) Louis, Dauphin, père de Louis XVI, né à Versailles le 4 septembre 17-29, •

mourut à Fontainebleau, le 20 décembre 1763 . *

(2) Londres, 1766, 3 vol.iu-8®. Ce roman fameu*. souvent réimprime, est «le l’abbé Du Laurens.

MÉMOIRES SECRETS DE BACHAl’MONT.

28. — Il court une lettre très-singulière du roi de Prusse au célèbre J.-J. Rousseau (1). Si elle est authentique, elle peut expliquer les motifs du changement de ce philosophe sur le lieu de sa retraite. Voici l’épître attribuée au Salomon du Nord : « Vous avez renoncé à Genève, votre patrie ; vous vous êtes fait chasser de la Suisse, pays tant vanté 'dans vos écrits; la France vous a décrété : venez donc chez moi. J’admire vos talents, je m’amuse de vos rêveries qui, soit dit en passant, vous occupent trop et trop longtemps. Il faut, à la lin, être sage et heureux. Vous avez fait assez parler de vous par des singularités peu convenables à un véritable grand homme. Démontrez à vos ennemis que vous pouvez quelquefois avoir le sens commun : cela les fâchera, sans vous faire tort. Mes États vous offrent une retraite paisible : je vous veux du bien, et je vous en ferai, si vous le trouvez bon. Mais si vous vous obstinez à rejeter mes secours, attendez-vous que je ne le dirai à personne. Si vous persistez à vous creuser l’esprit pour trouver de nouveaux malheurs, choisissez-les tels que vous voudrez. Je suis roi, je puis vous en procurer au gré de vos souhaits; et, ce qui sûrement ne vous arrivera pas vis-à-vis de vos ennemis, je cesserai de vous persécuter, quand vous cesserez de mettre votre gloire à l'être. »

30. — M. l’abbé Ladvocat, professeur de la chaire d’hébreu fondée par feu M. le duc d’Orléans, et fameux par ses connaissances dans les langues orientales, est mort hier (2). 11 était bibliothécaire de Sorbonne, et avait donné, entre autres ouvrages, un Dictionnaire historique en deux volumes.

Janvier. — 10. — Il paraît un Mande>nent de M. l’ archevêque de Paris, qui ordonne des services dans cette capitale pour le repos de

(1) Cetle lettre a été composée par Horace Walpole , connu par sa correspondance avec madame Du DcITand. Il était lîls du célèbre ministre du roi d'Angleterre Georges II. — R.

(2) Né à Vaucoulcurs, le 3 janvier 1700.

l'Ame de feu M. le Dauphin. On l’admire, et l’on est attendri du pathétique qui règne dans cet ouvrage. On raconte, à cette occasion que M. l'archevêque s’étant trouvé avec Piron, ces jours-ci, lui a demandé ce qu’il en pensait et s’il l’avait lu : « Non, Monseigneur, a répondu le vieux caustique ; et vous? »

18. — Nos nymphes d’Opéra reproduisent les beaux jours de la galanterie antique. Mademoiselle Allard, célèbre danseuse, et remarquable par sa gaieté et ses folies chorégraphiques, pénétrée de douleur de la mort de son amant, M. Bontemps, a déclaré que de six semaines elle ne pourrait contribuer aux plaisirs du public. Mademoiselle Basse, danseuse de chœurs, peu connue par ses talents, mais très-digne de l’être par sa constance héroïque, ayant elle-même engagé son amant, M. Prévôt, à contracter un mariage que sa famille désirait, a refusé toutes les pensions qu’on voulait lui faire. Elle a demandé qu’on eût soin de scs enfants, et s’est retirée dans un couvent, où elle doit prendre le voile, après une vocation bien décidée.

23. — L’on apprend la mort du célèbre Servandoni, arrivée le 20 de ce mois. C’était un homme d’un talent supérieur en architecture, mais d’une inconduite inconcevable. Nous avons négligé d’annoncer.celle d’Armand, comédien célèbre, mort il y a deux mois (1). 11 y avait des écarts, dans son jeu, qui n’appartenaient qu’à lui, et qui le rendaient plus original.

26. — Mademoiselle Doligny continue à donner des exemples d’une sagesse et d’une vertu rares. M. le marquis de Gouffier, éperdument amoureux d’elle, lui a d’abord fait les offres les plus brillantes qu’elle a refusées. 11 a poussé la folie au point de la demander en mariage, et de lui envoyer le contrat prêt à signer. Elle a répondu prudemment qu’elle s’estimait trop pour être sa maîtresse, et trop peu pour être sa femme.

Février. — 2. — Le Barnevelt, tragédie de M. Le Mière, sur lequel on comptait, essuie à présent des difficultés. Il y a, dans ce drame, des morceaux qui ont trait aux circonstances actuelles. Barnevelt , comme l’on sait, fut jugé par une commission (2). En

(1) Le 26 novembre 1765. Hélait né en 1699.

(2) MM. de La Chalotais, de Caradeuc, Charetle de La Colinicrc, efc. avaient été renvoyés devant une commission extraordinaire, comme prévenus d'avoir fomente •les troubles en Bretagne. — R.

MEMOIRES SECKETS DE UACIIAPMONT.

conséquence, fortes et grandes tirades contre ce tribunal. Notre, (iouvernement a craint qu'on ne fit des allusions malignes. En un mot, la police a redemandé cette pièce aux Comédiens.

0. — 11 paraît que mademoiselle Clairon se dispose à satisfaire aux vœux du public, et qu’elle doit remonter sur la scène après Pâques, c’est-à-dire à l'expiration de son congé. Cependant elle a toujours sur le cœur cette terrible excommunication. Elle ne cesse de faire des consultations et d’intéresser quantité de jurisconsultes dans sa cause. Il y a souvent des comités chez elle, et l’on vient enfin d’y rédiger un Mémoire pour la eour de Rome. Elle souhaiterait, en outre, qu’au lieu de la qualité de Comédiens Français, on intitulât sa troupe : Académie royale de Déclamation.

12. — M. de Méhégan, Irlandais, connu par quelques romans, par scs démêlés avec Fréron, et comine ayant travaillé à quelques journaux, vient de mourir (I). Il avait eu l’illustration de la Bastille pour son livre intitulé : L'origine des Guèbres, ou la Religion naturelle mise en action , où il y avait des choses hardies.

13. — L’Antiquité dévoilée par ses usages (2), se répand à Paris avec la permission de la police. 11 y a déjà longtemps qu'elle tenait en échec un libraire qui en avait fait passer douze cents exemplaires. 11 vient d’avoir permission de les débiter avec des cartons.

23. — On a parlé d’un drame, intitulé : La Partie de chasse de Henri IV, comédie en trois actes et en prose, de M. Collé, lecteur de Son Altesse Sérénissime Monseigneur le duc d’Orléans. Il se. répand aujourd’hui imprimé (3). Ce prince parait ici, en quelque sorte, en déshabillé. On y peint quelques instants de sa vie privée. L’auteur avertit qu’il a puisé le fond de cet ouvrage dans upe pièce anglaise, la même dont M. Sedaine a tiré : Le Roi et le Fermier. Ainsi voilà le mérite de l’invention nul. Celui de M. Collé est d'avoir adapté, dans son premier acte, différents traits et discours tirés des Mémoires de Sully. Dans les autres, il peint la naïveté, la sensibilité, les qualités aimables, et les faiblesses peut-

(I) I.e 23 janvier 1760.

(î) Amsterdam, 1766, 3 vol. iu-12. Suivant Griirim , cet ouvrage posthume de Boulanger a été refait par le baron d'Holbach. I.c Trécis de la vie de l'auteur, imprimé à la tête du livre, est de Diderot.

(3) Florence (Paris), 1706, iu-S®.

être de ce grand roi. Quelques gens de mauvaise humeur ju gent que c’est le dégrader ; d'autres, qu'il est consolant de sc retrouver dans son maître. Quoi qu'il en soit, la pièce n'a pu être jouée aux Français par ces raisons.

Mars. — 7 . — Le Père Fidèle, de Pau, Capucin de la province d’Aquitaine, a prononcé au Couvent des Capucins de Paris une Oraison funèbre de Monseigneur le Dauphin (t), qui paraît imprimée.

A travers tout le galimatias et le ridicule dont elle est pleine, ou découvre une imagination vive et ardente, un génie hardi et fécond. 11 ne manque à ces deux facultés, que du jugement pour les diriger; l’auteur fait un abus de termes, qui dénature absolument ses idées. On prétend qu’il a pillé une pareille Oraison funèbre, prononcée autrefois pour le Grand Dauphin, qu’on trouve imprimée dans quelques recueils. Elle était si plaisante,

(jue madame de Maintenon ne trouva point de meilleur moyen, pour mettre un terme à la douleur de Louis XIV, que de lui faire lire cet ouvrage, dont il ne put s’empêcher de rire.

9. — M. de Caylus, en mourant, avait souhaité qu’on mît sur son tombeau à Saint-Germain l’Auxerrois, sa paroisse, un vase antique de porphyre très-cher et très-précieux (2). Le curé de la paroisse a fait des difficultés : il a témoigné des scrupules de faire entrer dans son église cet ornement profane. La chose n’est point encore décidée. M. de Caylus voulait qu’on y joignît pour épitaphe : Ci gît Caylus.

II. — L'Académie des Sciences vient de perdre un célèbre chimiste, M. Hellot,mort à Paris le 15 février, âgé de quatre-vingthuit ans. Il avait été chargé de la composition de la Gazelle de France , depuis 1718 jusqu’en 1732; et cette Gazette, à ce qu'on prétend, était devenue très-intéressante entre scs mains. Maisson mérite brille essentiellement dans les Mémoires de l'Académie, où il développe les plus grandes connaissances dans la chimie, et le style le plus correct dans sa composition. Le Conseil l’avait chargé d’une espèce d’inspection sur les teintures, l’exploitation des mines, et la fabrication des porcelaines de France ; et il a

(I) Paris, Vente, 1706, in-So.

(i) On lui fil, à cette occasion, cette épitaphe satirique : •

Ci-gît un genti homme acariître et brusque.

Oh ! qu'il est b.en logé sous ci-ttc cruche étrusque '. — !t.

répandu sur tous ces objets des lumières qui seront très-utiles à ceux qui lui succèdent.

12. — L’ Oraison funèbre , par le Père Fidèle de Pau, a fait tant de bruit dans ce pays où l’on rit de tout, qu’il a fallu l’arrêter, et la police vient de la défendre ; ce qui l’a rendue très-chère. Depuis quelque temps, l’auteur en avait débité une avec des notes, dont on a saisi deux cents exemplaires dans sa chambre.

14. — On est resté longtemps indécis sur la rentrée de mademoiselle Clairon ; il y a eu même là-dessus dissension entre M. de Valbelle, son amanl, et l’actrice en question. 11 parait que le goût naturel de celte héroïne pour la scène, l’envie de perpétuer sa célébrité, et peut-être des raisons de fortune, l’avaient déterminée à passer par-dessus la satisfaction quelle se croyait en droit d’attendre pour un châtiment (1) qu’elle ne s'était attiré que par des motifs aussi nobles que louables. Ce militaire, délicat sur l’honneur, n’avait pas pensé de même, et prétendait qu’il fallait tout sacrifier plutôt que de faire une démarche peu glorieuse. La dispute avait été si vive entre eux, que le bruit d’une rupture avait couru. Cependant des amis communs ont cherché à les rapprocher, et M. de Valbelle a consenti à s’en rapporter à un comité de gens sages et •éclairés. En conséquence, on est allé au scrutin chez mademoiselle Clairon, et, le grand nombre ayant été pour qu’elle rentrât, M. de Valbelle y a acquiescé.

18. — M. Villaret, le continuateur de Y Histoire de France commencée par l’abbé Velly, est mort ces jours-ci. 11 laisse son Histoire à Louis XI : il était plus diffus que son prédécesseur, et n’était pas aussi bien goûté par quantité de gens. Le libraire a choisi M. l’abbé Garnier, pour lui succéder.

24. — Mademoiselle Pré ville, actrice de la Comédie Française, d’un talent noble et distingué dans le haut comique, de mœurs assez honnêtes pour une comédienne, vivait depuis longtemps avec Molé, autre acteur, dont elle était éprise. Celui-ci, jeune et ardent, ne s’en est pas tenu à elle : il a porté ses vues ailleurs, et l'on parle même de son mariage avec mademoiselle d’Épinay . L tt première en est tombée malade de jalousie : elle est dans une langueur qui fait craindre pour sa vie. Ce bel exemple lui ferait

(Il Voy. Ifi avril I76S.

un honneur infini, si elle poussait l’héroïsme jusqu'à en mourir.

29. — L’Encyclopédie paraît enfin tout entière ; il y a dix nouveaux volumes. Par un arrangement assez bizarre, le libraire les a fait venir de Hollande, aux environs de Paris, où ils sont imprimés ; et c'est aux souscripteurs à les faire entrer ici à leurs risques, périls et fortune. 11 est à présumer cependant que le Gouvernement, sans vouloir prêter son autorité à cette publication, ferme les yeux là-dessus, et que le tout se fait avec son consentement tacite.

Aviul. — 1. — M. de Chabanon a été voir M. de Voltaire cet hiver, pour le consulter sur ses diverses tragédies. Un soir qu’il se trouvait en verve, rentré dans sa chambre, il écrivit les vers suivants à ce grand homme, qu’il suppose occupé de travaux métaphysiques :

J’ai volé, pour vous voir, des rives de la Seine;

Kt l’estime et le goût, de vous, m’ont approché :

Faible et timide aiglon, sous vos ailes caché,

J’attends que votre vol me dirige et m’entraîne.

Redevenez vous-même, et prenez votre essor.

Faut-il que je vous voie encor,

• Pour des songes métaphysiques,

Quitter l'illusion de nos jeux poétiques?

Tous vos doutes heureux valent-ils un transport ?

L’homme est un livre obscur et difficile à lire;

On n’en connaît pas la moitié.

Qu’cst-ceque notre esprit? On a peine à le dire :

Mais tel qu’il est, il fait pitié ;

11 est petit, faible et pusillanime ’ Chez tant de sots, dignes de nos mépris :

J’aime à l’étudier dans vos charmants écrits:

11 s’y peint éclatant, immortel et sublime (1).

2. — Les Comédiens redoublent leurs efforts pour réussir dans leur projet de se réhabiliter, tant civilement que canoniquement. Ils prétendent avoir trouvé des lettres patentes de Louis XIII

(1) Voyez, dans les Œuvres de Voltaire, sa réponse à res vers : elle commence ainsi :

Almiblc amant de Polymnie,

Jouissez de cet 3ge heureux...

qui les établissent «valets de chambre comédiens du roi. » M. de Saint-Florentin s'intéresse fortement pour eux ; il s’est chargé d'un Mémoire qu’il doit lire au Conseil, samedi ou dimanche, . jour où doit se rapporter ce grand procès. Mademoiselle Clairon parle haut et fait dépendre sa rentrée de cette condition.

3. — M. Gibcrt, de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, a été élu aujourd’hui secrétaire des Pairs, à la place de M. Villaret : de trente-trois voix, il en a eu vingt neuf. M. Thomas était son concurrent,, et il redoutait fort ce puissant adversaire.

7. — L’affaire des Comédiens a été rapportée, ces jours-ci, devant le roi. M. de Saint-FloÆntin ayant commencé la lecture de son Mémoire en faveur de ces histrions, Sa Majesté l’a arrêté dès la seconde phrase : «Je vois, a-t-elle dit, où vous voulez en vc. uir. Les Comédiens ne seront jamais sous mon règne que ce qu’ils ont été sous celui de mes prédécesseurs : qu’on ne m’en parle plus. » Le Conseil s’est rompu là-dessus.

23. — Voici ce que nous apprenons de M. de Villaret. Au sortir du collège, il s’était destiné au barreau. 11 débuta dans le monde littéraire par un roman intitulé la Relie Allemande, ou les Galanteries de Thérèse (t), roman tout à fait ignoré pour l'honneur de son auteur. 11 fit en société avec M. d’Ancourt’, actuellement fermier-général, et M. Bret, une pièce (2) qui fut jouée sans succès, en 1744, au Théâtre Français. Des affaires domestiques l’obligèrent, en 1748, de s’éloigner de Paris et de prendre le parti du théâtre. 11 alla à Rouen, où, sous le nom de Dor-val, il débuta dans les rôles d’amoureux. 11 y joua ensuite avec succès le Glorieux, le Misanthrope , Y Enfant prodigue, etc. 11 fut souvent applaudi à Compïègne pendant les voyages de la cour. Il sentit bientôt les dégoûts d’un état qu’il n’avait embrassé que par nécessité ; il renonça au théâtre à Liège, où il était à la tête d’une troupe de comédiens, qui ne se soutenaient que par scs talents, et il se retira à Paris, où il avait arrangé les affaires qui l’avaient obligé de s’en éloigner. 11 a poussé la continuation de l’Histoire de l’abbé Velly jusqu’au dix-septième volume induit ; Amsterdam (Paris), 1715, iu-tî.

(2) Le Quartier d'Jiicer, comédie en uu acte et en vers libre}, non imprimée.

MAI 17Ct».

siverncnt. Il joignit une belle àme à des talents assez distingués pour l’histoire.

24. — Le Clergé a trouvé très-mauvais qu’on eiit choisi le moment où il venait de proscrire authentiquement Y Encyclopédie , et celui où il allait se rassembler, pour publier la continuation complète de cet ouvrage, au nombre de dix volumes. 11 a tant crié que M. de Saint-Florentin s’est fait donner les noms de tous ceux qui en avaient retiré les exemplaires, et leur a envoyé un ordre du roi de lesrapporter au lieutenant de police. Les libraires, auteurs et coopérateurs des travaux de celté édition sont mis à la Bastille.

Mai. — 4. — Madame Geoffrin est une femme riche de Paris, qui joint à son opulence un grand goût pour les arts. Sa maison est le rendez-vous des savants, des artistes et des hommes fameux dans tous les genres. Les étrangers surtout croiraient n’avoir rien vu en France, s’ils ne s’étaient fait présenter chez cette virtuose célèbre. En un mot, c'est elle qu’a voulu, autrefois, ridiculiser le sieur Palissot dans sa comédie des Philosophes. Il est question aujourd’hui de son voyage en Pologne. Quoique âgée de soixante ans, madame Geoffrin est sur le point de se rendre aux vives sollicitations du monarque (I). Ce prince, n’étant que comte de Poniatowski, avait vécu, dans son séjour à Paris, fort intimement avec cette dame; elle l’appelait son fils, et lui a rendu des services dignes d’une mère. Ce jeune seigneur ayant été mis au Fort-l’Évêque pour quelque dérangement dé fortune, elle fit face à ses dettes et le retira de cette maison. Poniatowski en a conservé une reconnaissance indélébile, et il sollicite fortement sa bienfaitrice de se rendre auprès de lui. Cet événement mémorable honore l’un et l’autre.

14. — Aujourd’hui M. le duc de Duras, gentilhomme de la chambre du roi, de service, a donné au nom de Sa Majesté une fête très-élégante à M. le prince héréditaire de Brunswick. C’est à l’hôtel des Menus-Plaisirs qu’elle s’est passée. On y a joué pour cc seigneur la pièce de M. Collé, la Partie de chasse de Henri IV. Elle a été exécutée par les Comédiens Français avec beaucoup «le succès.

(I) Stanislas-Auguste, Gis aîné du comte Poniatowski, gentilhomme lithuanien «lu roi de Pologne le 1 septembre I7M et couronné le ?5 novembre suivant. — R

21 . — Madame Geoflrin est partie aujourd'hui pour Varsovie, au grand regret de ses amis, qui la voient avec peine entreprendre à son âge un si long voyage. On assure que le roi de Pologne lui a ménagé une galanterie bien digne d’un monarque délicat. Il lui a fait construire une maison exactement semblable à sa maison de Paris, distribuée et meublée de même; elle croira entrer dans la sienne. C’est l’ingénieuse fiction d’Aline (1 ) réalisée.

22. — L’auteur du poëme de Richardel (2), en ayant fait envoi à M. de Voltaire, par une petite pièce en vers, ce grand poète a répondu de même. Voici ces deux morceaux :

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