EXTRAIT d'une LETTRE DE RENNES
s 25 janvier.
L’évêque de Saint-Brieux, Bareaude Girac, très-lubrique,
qui en prendrait sur l’autel, et en conterait à la Vierge, pour se délasser de ses occupations pendant la tenue des États, a entrepris la conquête d’une dame jeune et jolie, et de plus nièce d’un de ses confrères. Dans sa poursuite amoureuse, dont il ne se cachait aux yeux de personne, se trouvant un jour tête à tête avec cette dame, emporté par sa passion, ilia presse vivement, et oublie la précaution de mettre le verrou. Le mari survient, entre précisément à l’instant du dénouement. La dame ne perd point la tête relie feint que le prélat lui fait violence, saute sur l’épée du mari, etla plonge dans la cuisse du téméraire. 11 y avait bien » de quoi ralentir son ardeur; il se retire confus, humilié, l’oreille basse, et est obligé de garder la chambre. Cette histoire est aujourd’hui publique : on ne parle que de l’adresse de madame île LaM..., qui a donné à l’évêque de Saint-Bricux un coup d’épée dans la cuisse, sans endommager sa culotte. Cette nouvelle est allée jusqu’à la cour; on dit que M. le prince de Conti en a réjoui le roi. M. l’évêque d’Orléans, trcs-scrupuleux pour l’hon-
(I) Caron de Beaumarchais. Voy. ÎS décembre 1766.
nt'ur de 1 épiscopat, a cru devoir en écrire au clergé assemblé aux Étals, qui, entrant dans le même esprit, a répondu que c'était une histoire calomnieuse, inventée à plaisir. Malheureusement, on prétend que Monseigneur en portera toute sa vie la cicatrice imprimée sur sa cuisse.
Février. — t. — Le sieur Pierre Houscastremé,de Navarrins en Béarn, a eu l’honneur de présenter au'roi, le 16 janvier, une Nouvelle démonstration des principes de l’écriture et des dessins à la plume , de sa composition. Cet ouvrage était accompagné des vers suivants :
Un citoyen des Pyrénées,
Qui, sans intrigue et sans appui,
Dans le plus doux repos voit coule.r ses années.
Ose, grand roi, vous offrir aujourd’hui De son amour pour vous ce faible et simple gage.
L’art n'a point orné cet hommage;
De la seule nature, hélas ! il est le fruit :
C’est toujours elle qui conduit
Sa main, son cœur et son ouvrage.
2. — COUPLETS ATTRIBUÉS A M. LE DUC 1>A YEN , DONT U Pi DU ROI, A CE QU’ON PRÉTEND.
Tout y satisfait nos désirs,
Tout aussi les fait naître.
Que l’on goûte ici (1) déplaisirs!
Où pourrions-nous mieux être ?
N’est-ce pas ici le jardin
Où notre premier père »
Trouvait sans cesse sous sa main De quoi se satisfaire ?
Ne sommes-nous pas encor mieux Qu’Adam dans son bocage ?
Il n’y voyait que deux beaux yeux :
J'en vois bien davantage.
Dans ce séjour délicieux,
Je vois aussi des pommes,
'1) A Chois). «
FEVRIER i 767 .
Faites pour charmer tous les yeux Et damner tous les hommes.
Amis! en voyant tant d’appas,
Quels plaisirs sont les nôtres! .
Sans le péché d’Adam, hélas !
Nous en verrions bien d’autres.
11 n'eut qu'une femme avec lui ;
Encor c'élait la sienne :
Ici je vois celles d’autrui,
Et ne vois^as la mienne (I).
Il buvait de l’eau tristement Auprès de sa compagne ;
Nous autres nous chantons galment.
En sablant le champagne.
Si l’on eût fait dans un repas Cette chère au bonhomme, l.e gourmand ne nous aurait pas Damnés pour une pomme.