‹ Mémoires secrets de Bachaumont [édités et continuésChapitre 62 sur 86 · On assure que le Mémoire de mademoiselle Le Blanc · texte numérisé non relu

On assure que le Mémoire de mademoiselle Le Blanc

(1) M. Saurin a une femme fort aimable.

(î) Voy. 14 février 1769.

de Crouzol a été présenté au roi pour l’amuser dans ses Petits Appartements; qu’il s'en est beaucoup réjoui, et que M. Poinsinet, très-glorieux déjà d’avoir occupé un moment Sa Majesté, se flatte qu’elle n’aura pris par cette lecture aucune impression défavorable de ses mœurs ni de ses talents, et qu’elle lui fera l’honneur encore plus grand de lire celui qui justifie si complètement son innocence. .

19. — On s’imagine tenir la clef de la conduite de M. de Voltaire, en supposant, ce qui est facile à croire, qu’il ait toujours un désir ardent de rentrer dans sa patrie, ou du moins de venir à Paris. On veut que, sur ses sollicitations auprès d’un grand ministre, celui-ci lui ait fait entendre que la reine s’y opposait, prévenue contre lui, et le regardant comme auteur de tous les libelles contre la religion qui se répandent depuis quelque temps en France ; que la seule façon de démentir ces calomnies, et de mériter l'indulgence de celte Majesté, était de faire un acte de catholicité qui détruisît les imputations de ses ennemis; que, d’après ces conseils, ce vieux pécheur se soit déterminé à rentrer dans le giron de l’Église. Malheureusement, à force de vouloir donner de l’éclat à sa conversion, il a joué une scène de dérision, dont on n’a pas manqué de se prévaloir auprès de la reine, pour l’indisposer encore plus contre lui; et conséquemment toute cette hypocrisie est en pure perte, et ne lui servira ni poulie ciel ni pour la terre (1).

20. — Un ami de M. le marquis de Chauvelin, lieutenant général nommé pour commander les troupes en Corse, lui a adressé le madrigal suivant, à l’occasion de la douleur où se trouve madame de Chauvelin, qui n’accompagne pas son mari et prend peu de part à la gloire qu’il va acquérir :

* Sous mes doigts ma lyre est muette :

Je la pince en vain nuit et jour.

Ta gloire me plaît moins qu’elle ne m’inquiète.

Peut-être j’entends peu les finesses de cour;

Mais mon àme flétrie à la douleur s’apprête,

Quand mes yeux éblouis contemplent sur ta tête Des lauriers arrosés des larmes de l’Amour.

(lj 11 n’y a pas un mot de vrai dans tout cet article. — XV.

Page 1