‹ Mémoires secrets de Bachaumont [édités et continuésChapitre 61 sur 86 · SLR LA TRAGÉDIE I)E BÉVERLEY, IMITEE DE L’ ANGLAIS PAR · texte numérisé non relu

SLR LA TRAGÉDIE I)E BÉVERLEY, IMITEE DE L’ ANGLAIS PAR

M. SAl'RIN.

Grâce à l'anglomanie, enfin sur noire scène Saurin vient de tenter la plus affreuse horreur :

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En bacchante on veut donc travestir Melpomène ! Racine m’intéresse et pénétre mon cœur,

Sans le broyer, sans glacer sa chaleur.

Laissons à nos voisins leurs excès sanguinaires. Malheur aux nations que le sang divertit !

Ces exemples outrés, ces farces mortuaires Ne satisfont ni l’âme ni l’esprit.

Les Français ne sont point des tigres, des féroces. Qu’on ne peut émouvoir que par des traits atroces,* Dérobez-nous l’aspect d’un furieux.

Ah ! du sage Boileau suivons toujours l’oracle :

11 est beaucoup (V objets que l’art judicieux Doit offrir à l’oreille et reculer des yeux (l).

Loin en ce jour de crier aù miracle,

Analysons ce chef-d'œuvre vanlé :

Un drame tantôt bas, et tantôt exalté.

Des bourgeois ampoulés, une intrigue fadasse,

Un joueur larmoyant, une épouse bonasse ;

Action paresseuse, intérêt effacé;

Des beautés sans succès, le but outre-passé;

Un fripon révoltant, machine assez fragile ;

Un homme vertueux, personnage inutile,

Qui toujours doit tout faire et qui n’agit jamais ;

Un vieillard, un enfant, une sœur indécise;

Pour catastrophe, hélas ! une horrible sottise ;

Force discours, très-peu d'effets;

Suspension manquée : on sait partout d’ava'nce Ce qui va se passer; aucune vraisemblance Dans cet acte inhumain, ni dans celte prison.

Où Béverley, d’une âme irrésolue,

Deux heures se promène en prenant son poison, Sans remarquer son fils qui lui crève la vue,

Et qu’il nq voit qu’afin de l’égorger.

D’un monstre forcené le spectacle barbare Ne saurait attendrir, ne saurait corriger :

Nul père ayant un cœur n&çeut l'envisager.

Oui, tissu mal construit et de tout point bizarre,

Tu n’es fait que. pour affliger.

Puisse notre théâtre, ami de la nature,

Ne plus rien emprunter de cette source impure l

(!) Art poétique, chant lit.

A M. SAL’RIN. SL'Il LE ROLE DE MADAME BEYF.RIEY.

Saurin, cette femme si belle,

Ce cœur si pur, si vertueux,

A tous ses devoirs si lidèle,

De ton esprit n’est point l’enfant heureux?

Tu l’as bien peint ; mais le modèle Vit dans ton âme et sous tes yeux (1) !

14. — Un nommé Mouton, élève de l’Académie d’Architeelure, entretenu à Rome, suivant un brevet de nomination du 23 septembre 1765, a été exclu de l'Académie, le 19 août 1767, par M. Natoire, directeur de la maison royale de l’Académie à Rome, pour n’avoir pas satisfait à son devoir pascal, ou du moins n’avoir pas rapporté un billet de communion, quoiqu’il en rapportât un de confession. Ce Mouton vient de faire imprimer un Mémoire à consulter (2), dans lequel il demande si lés Français envoyés par le roi à l’Académie de Rome sont obligés de souffrir les exactions introduites par le sieur Natoire, et s’il ne doit pas les faire connaître, afin qu’il y soit pourvu; s’il est fondé à demander contre M. Natoire une réparation d’honneur et des dédommagements, etc. •

Si cette cause est portée en justice, jamais fait plus singulier n’aura occupé la magistrature. On ne croit pas qu'il y en ait d’exemple. 11 était réservé à nos jours de produire des phénomènes dans tous les genres. 11 parait que cette expulsion est la suite d’une cabale jésuitique, tenue chez le sieur Natoire, qui admettait dans son cercle tous les boute-feux de la Société, et notamment l'abbé de Caveirac et l’abbé d’Alais, renommés par leürs libelles. Ce jeune homme avait en horreur des propos séditieux qu’il leur avait entendu tenir chez son directeur, et s’était retiré de la compagnie. Peut-être en avait-il donné avis à M. l’ambassadeur. Son Excellence contraignit depuis M. Natoire à ne plus recevoir dans la maison royale ces ennemis de la France. Inde mali labes.

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