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sion de foi, et reniait ce déluge de brochures impies, obscènes, scandaleuses, révoltantes, dont il inonde l’Europe, de nouvelles productions du même genre se répandaient clandestinement, et attiraient la curiosité du public à la faveur de ce nom célèbre. De ce nombre est la C.anonisalion de saint Cucufin, capucin d’Ascoli, par le pape Clément Xlll, et son apparition au sieur Aveline, bourgeois de Trorjes, mise en lumière par le sieur Aveline luimême. Tel est le titre de cette plaisanterie, où l’auteur disserte tantôt en philosophe et en érudit, tantôt s'égaie en farceur ou en homme du monde. 11 commence par établir que les païens, malgré cette pluralité des dieux qu'on leur [attribue, n'en croient qu’un : il compare ces dieux secondaires à nos saints, et voudrait mettre dans ce catalogue saint L’Hôpital, saint de Thou et saint Henri IV. Il vient à la cérémonie de la canonisation, qu’il décrit avec le ton d’un arlequin sur les tréteaux : du reste, il déclame contre la multitude des fêtes, et prétend qu’il vaudrait mieux travailler que s’enivrer au cabaret, axiome de morale que personne ne lui contestera. Ce pamphlet, recueil abondant de saillies, de quolibets, et de ces anecdotes comiques et impies, très-propres à amuser un cercle de femmes et de petits-maîtres, est recherché avec la plus grande fureur. . .
10. — M. Petit, qui a succédé depuis peu à M. Ferrcin dans la place de professeur royal d'anatomie au Jardin du Roi, a fini hier le cours de ce médecin, qu’il avait continué depuisdeux mois. On ne saurait rendre l’affluence qu’a attirée à cette école, presque déserte autrefois, l’éloquence du nouvel orateur. Mais ce qui l’a flatté encore plus, et ce qui est sans exemple, c’est un compliment que lui a adressé ex abrupto un des élèves, à la fin de son discouflde clôture; il l’a comparé à Jésus-Christ pour la douceur, la modération, la charité et l’esprit lumineux qu’il répandait dans se9 instructions. Le professeur, ému de celte apostrophe, risible en tout autre cas, n’a pu s’empêcher de verser des larmes de joie; et tous les spectateurs ont été attendris d’une scène aussi touchante.
M. Petit se plaignait, en entrant, de la difficulté qu’il avait à pénétrer, des suflbeations qu’il essuyait, de sa robe qu’on déchirait; il implorait le secours d’un inspecteur de police, chargé de veiller au bon ordre et à la déqencc en ce lieu : « Ma foi. Monsieur, lui
a-t-il répondu, je n'y puis rien : ce n’est pas ma faute; c’est la vôtre : Pourquoi parlez- vous si bien ? »
11. — La reprise du Siège de Calais a occasionné une discussion fort vive entre les Comédiens et l’auteur. On a déjà parlé (1) de celle qui avait précédé; l’autre était encore plus importante, puisqu’elle roulait sur une affaire d’intérêt, et que les parties ont été sur le point de la porter en justice et de plaider. On sait, en général, que les honoraires d’un auteur de pièce en cinq actes sont du neuvième de la recette, mais seulement tant qu’elle sc joue de continuité et qu’elle n'est pas interrompue; il est obligé de souffrir une diminution dans le cas contraire. Les Comédiens ont prétendu que M. de Bclloy était dans le dernier cas. Celui-ci a soutenu que sa tragédie n’avait été arrêtée que par un événement dont la fatalité seule est due aux acteurs ; que, la retraite de mademoiselle Clairon en ayant été la suite, il n’avait pu consentir à laisser reparaître son drame dénué de ce puissant secours; ainsi il ne devait souffrir en rien de la faute ou de l’impertinence de la troupe. Cette querelle a réveillé l’animosité des contendants. Heureusement M. le maréchal duc de Richelieu a interposé son autorité et a forcé les Comédiens à rendre justice au Corneille moderne. 11 est à craindre que tant de tracasseries multipliées ne. le dégoûtent de la carrière dramatique, et ne l’empêchent de nous donner d’autres chefs-d’œuvre.
25. — Tous les princes du sang, tous les ministres, les principaux magistrats chargés de la police de Paris, se sont rendus hier à minuit chez le sieur Torré, dont le spectacle doit s’ouvrir aujourd'hui sous le nom de Fêles de Tempe ; on a fait un essai de l’illumination et du coup d’œil qui en résulterait. 11 paraît que cet artiste ingénieux a eu les suflrages des grands du royaume, et a reçu une approbation générale. Le public a vu avec une satisfaction complète le Gouvernement s’intéresser à ses plaisirs, et les hommes d’État les plus occupés se dérober à leurs travaux importants, pour veiller sur cette partie de l’administration, qui en était une essentielle chez les Romains, et que ne dédaignaient pas les sages et les héros.
Ce spectacle s’est ouvert, en effet, ce soir, avec le concours qu’at-
(t) Voy. 1 î février 1769. .