A mesure que les opérations (2) de M. l’abbé Terray
(1) Le sieur Billard, caissier-général de la Poste, aidé de l’abbé Grizel, son confesseur, venait de faire une banqueroute frauduleuse de plusieurs millions. — R.
(2) Differents Édits bursam venaient de paraître, qui réduisaient de plusieurs dixièmes les arrérages des effets royaux. — R.
se développent, les malédictions publiques s’accumulent sur sa tête. Plusieurs malheureux d’entre le peuple osent, dans leur désespoir, se livrer contre lui, tout haut, aux plaintes les plus énergiques et aux résolutions les plus sinistres. Les magistrats patriotes, à portée de voir ce ministre, ne lui déguisent pas toute l’horreur que leur inspirent la confiance et l’arbitraire de ses dispositions. M. le président Hocquart se trouvant à dîner avec lui chez M. le premier président, sur ce que cet abbé, en parlant de ses opérations forcées, prétendait qu'il fallait saigner la France, lui répondit vivement : « Cela se peut ; mais malheur à celui qui se résout à en être le bourreau ! »
Du reste, on en rit, on en plaisante à la manière française. Le jour de l’ouverture de l’Opéra, où les premiers arrêts du Conseil venaient de paraître, comme on étouffait dans le parterre, qu’on y était dans une gêne effroyable, quelqu’un s’écria : « Ah! où est notre cher abbé Terray? Que n’est-il ici pour nous réduire de moitié! » Sarcasme qui, sous l’apparence d’un mauvais quolibet, devrait être bien douloureux pour ce ministre., auquel il annonce que son image nous tourmente jusqu’aux lieux les plus agréables, et empoisonne même nos plaisix’s.
V 5. — On est toujours curieux de tout ce qui sort de la bouche de H mademoiselle Arnould, le Piron femelle pour les ripostes et les saillies. M. Caron de Beaumarchais, l’auteur des Deux Amis, dénigrait l’Opéra actuel, devant elle : « Voilà, disait- il, une très-belle salle, mais vous n’aurez personne à votre Zoroastre. — Pardonuez-moi, reprit-elle, vos Deux Amis nous en enverront. »
— On voit une caricature qui représente le roi jouant au billard, et l’abbé Terray ramassant les billes. Outre celte facétie, il y a des vers effroyables contre Sa Majesté, le chancelier et M. l’abbé Terray.
On a trouvé à la statue de Louis XV une inscription très-injurieuse pour le monarque, et que le respect ne permet pas de . rapporter. • ^
— On parle d’une nouvelle comédie de M. de Voltaire, intitulée le Dépositaire. Elle roule sur un trait fort connu de la vie de Ninon de l’Enclos. On doute qu’elle passe à la police, quoiqu’il ait substitué un marguillier au grand-pénitencier.