‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 14 sur 77 · MAI 1763. 7S · texte numérisé non relu

MAI 1763. 7S

la comtesse : elles seraient applaudies sur la scène française.

La musique de la seconde pièce est de M. Dupin de Francueil. La comédie est froide, et Tauteur n'a pas tiré tout le parti possible du sujet. La courtisane, trop langoureuse^ fait des avances peu décentes sur le théâtre^ quoiqu'elles soient naturelles dans le conte. 11 y a des détails agréables. La pièce est écrite élégamment et avec facilité. On y reconnaît une plume chaste^ qui ne se permet pas la plus légère plaisanterie, quelque susceptibles qu'en fussent le sujet et le lieu. La musique est bonne, bien nourrie. On reproche à l'auteur des longueurs et beaucoup de réminiscences. L'aînée Verrière faisait le rôle de la courtisane ; sa sœur, la soubrette ; mademoiselle Villette^ une marchande de mod(fs; Le Jeune, Tamoureux; et La Ruette, le valet. Ce spectacle fort amusant était soutenu d'un orchestre bon et nombreux : en un mot, rien n'y manqua ; il y avait fort bonne compagnie.

12. — L'impératrice des Russies veut absolument puiser dans nos philosophes un instituteur du prince son fils. Au refus de M. d'Alembert, on prétend que son choix doit tomber sur M. Marmontel, ou sur M. Saurin : ces deux personnages ne seront vraisemblablement pas aussi difficiles que M. d'Alembert.

15. — Milord Maréchal, gouverneur de Neufchâtel, qui avait accueilli si généreusement Rousseau sous la protection du roi de Prusse, étant rentré en grâce et dans ses biens par TinterventioH de ce monarque, part incessamment pour l'Ecosse; le mo* deme Diogène Ty accompagne.

16. — M. Colardeau essaie de traduire le Tasse> Sans enteti* dre Foriginal. Ses amis lui ont conseillé de laisser son ouvrage, et de ne point concourir avec M. Watelet, qui a etif^pris la mênie tâche. En conséquence^ le jeune auteur est allé che^ TAcadémicien lui faire hotnmage de sa modestie, et lui déclaret qu'il ne voulait poitit aller sur ses brisées. M. Watelet n'a point voulu qu'il s'an*êtât pom* lui : au contraire, il l'a exhorté à poursuivre son dessein^ à lui lire même ce qùll avait fait de son ouvrage. M. Colardeau vy a consenti : le millionnaire a trouvé que ce n'était point l'original^ a paru redouter peu cette toncurrence; il a prcssé> en conséquence, M. Colardeau de con*

tinucr : u Cest au public, a-Ml dit, à nous juger, à décider qui remportera. » Belle et louable émulation !

19. — L'Opéra est à la veille de perdi*e une danseuse vive, gaie et réjouissante : c'est mademoiselle Allard. Un malheureux accident survenu chez elle au duc de Mazarin, la met dans le cas de quitter Paris et de demander sa retraite. Ce seigneur, passionnément amoureux d'elle, l'entretenait depuis fort longtemps. On a prétendu que cette actrice était peu fidèle, suivant Tusage ; qu'un rival s'est trouvé chez elle, et que le malheureux duc a essuyé un traitement peu digne d'un homme de sa qualité. Il a la tête cassée; voilà le certain ; du reste, des propos sans fin, des lamentations, des jérémiades de la part de rhéroïne, des invectives, des horreurs de la part de ses camarades femelles, et une fermentation générale dans le public.

Juin. — 2. — On débite un bon mot de mademoiselle Arnould^ très'fîn et très-joli, mais dont nous doutons qu'elle ait les gants. Ces jours derniers, mademoiselle Yestris, Italienne de naissance, et dont les goûts divers sont très-connus, se récriait sur la nouvelle fécondité de mademoiselle Rey ; elle ne concevait pas comment cette fille s'y laissait prendre si facilement : « Vous en paiiez bien à votre, aise, répond l'actrice enjouée; une souris qui n'a qu'un trou est bientôt prise. »

6. — On a trouvé, ces jours-ci, un placard affreux à la nouvelle statue de Louis XV; elle portait cette inscription latine : Statua Statuœ. Ou a arrêté du monde et sévi coqtre quelques gens qu'on soupçonnait ( i ) .

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