CLAIRON, REPRÉSENTÉE EN MÉDÉE
Sans modèle au théâtre, et sans rivale à craindre, Clairon^ sut tour à tour attendrir, effrayer; Sublime dans un art, qu'elle seml)la créer, On pourra l'imiter, mais qui pourra Tatteindre (1)?
Août. — 3. — Messieurs de FAcadémie Française ont décidé aujourd'hui qu'il ne lui convenait point d'accepter aucun don de particulier, fût-il ministre. En conséquence, elle s'est refusée à la générosité de M. de L'Averdy, et elle a arrêté que la médaille d'or de six cents livres serait divisée eu deux, de trois cents livres chacune, pour être partagée entre les deux concurrents d'égale force, M. Thomas et M. Gaillard.
4. — M. le Dauphin, ayant commandé son régiment de dragons à la revue qui en a été faite, voulut souper au camp. Un auteur profita de cette circonstance pour exercer ses talents grivois.
(t) Ce» vers insérés dans le Mercure de France, juillet 1765, p. 76. y portent la signature : Polier. Mel. Past. Are. — H.
«SO M£XOIR£S SECRETS DE BACUAUMONT.
H composa une chanson qu'il fit chanter par un [Mragon-Dauphiii> et qui fut ensuite répétée au souper de Mesdames. La louange naïve qu'elle renferme^ rendue aussi grossièrement, en devient plus piquante et plus naturelle. On attrihue cette galanterie à M. Collet, auteur de YÉpitreàl'Hyfnen. En voici un couplet pour échantillon :
Ma foi, v'ià qu'est arrangé :
Grand merci, nul' capitaine ;
Reprenez votre congé,
L' métier n'a plus rien qui m' gène.
J*ai vu Louis et ses enfants :
J'veux mourir pour ces honnêtes gens.
7. — Les Comédiens Français commencent à s'occuper sérieusement de Pharamond. Ceiie tragédie, qu'une voix assez unanime attribuait à M. Thomas, reçoit aujourd'hui plusieurs pères. MM. le marquis de Ximenès, Colardeau, Barthe, La Harpe, Chabanon et Le Blanc sont sur les rangs. Tous renient cette production. On ne peut qu*admirer la modestie toute nouvelle de nos auteurs, qui. s'enveloppe d'un incognito si difficile à garder, mais devenu aussi prudent que nécessaire par les chutes multipliées qu'ont éprouvées le plus grand nombre.
11. — Projet de souscription pour une Estampe tragique et morale^ in-8* de 1 i pages. Cette souscription roule sur la malheureuse aflaire des Calas. M. de Carmonlelle, lecteur de M. le duc de Chartres, connu par ses dessins pleins d'esprit et de facilité, a composé un tableau que le sieur de La Fosse grave actuellement. 11 représentera six portraits de la plus exacte ressemblance : celui de Ja veuve Calas, ceux de ses deux filles et de son fils : celui de M. Lavaysse, et celui de la -courageuse servante qui a pailagé toutes les disgrâces de ses maîtres. Le fond du tableau est la prison même où s'est rendue la veuve Calas pour attendre le jugement du 9 mars 1765 (1). Elle est assise, ainsi que sa fille aînée, qui esta côté d'elle, la tête appuyée sur la main droite : la fille cadette est debout, derrière sa mère, et penchée sur le dos de la
(1) Par cet arrêt, la mémoire de l'infortuné Calas était réhabilitée; sa venve,sou flis, Lavaysse et la servante étaient déchargés de l'accusation intentée contre eux. — R.
AOUT 1765. 15t
chafse. Ce groupe intéressant est attentif à la lecture d'un •Mémoire que tient M. Lavaysse, placé vis-à-vis et debout. Derrière Jui^ Calas le fils^ un genou posé sur une chaise^ et regardant pardessus ses épaules, porte les yeux sur le Mémoire. Entre les deux groupes, on voit la servante des Galas, toute droite et presque de face, qui en écoute aussi la lecture.
12. — M. Dandré Bardon, l'un des professeui-s de rAcadémic royale de Peinture et de Sculpture, professeur des élèves protégés parle roi, pour l'histoire, la fable et la géographie, et membre (le l'Académie des Belles-Lettres de Marseille, etc., vient d'exécuter ce que les Léonard de Vinci, les Dufresnoy, les Depilcs, les Le Brun, les Coypel avaient ébauché dans leurs écrits, et tout récemment M. le comte deCaylus. Son ouvrage (I) contient les principes approfondis de différentes parties de la peinture et de la sculpture. On y remarque beaucoup de méthode, de la netteté dans le style, de l'abondance, quelquefois même de la chaleur. Les lecteurs y trouveront un grand fonds d'instruction et beaucoup d'objets de curiosité.
15. — Les Comédiens Français ont donné hier la première représentation de P/iaramond, tragédie nouvelle.
Cette pièce n'a eu qu'un succès médiocre. Ce drame est remarquable par une simplicité de plan bien rare aujourd'hui : cette qualité fait croire au grand nombre des connaisseurs, que Pharamond est de M. de La Harpe (2).
A la fin, on demanda l'auteur : les uns le désiraient sérieusement, d'autres persiflaient. Le sieur Le Kain étant venu pour annoncer le spectacle du lendemain, les instances ont redoublé. Il ^dit que l'auteur n'était pas à la Comédie. On a insisté, on a demandé son nom. Le Kain a répondu qu'on ne le savait pas; et le bon public ne s'est pas aperçu de la contradiction de cet his- ^non, et du mensonge impudent qu'il venait de faire dans l'une ou l'autre réponse.
20. — M. d'Alembert, qui était pensionnaire surnuméraire de l'Académie royale des Science^ vient enfin d'obtenir l'agrément
(0 Traiié de Peinture, 8uivi d'un Essai sur la Sculpture, etc. Paris, 1765,
(2) La Harpe est, en effet, Tauteur de cette tragédie qui fut retirée après dent ■représentations très-orageuses.
152 MEMOIRES SECRlsiTS DE BACUÂLMOKT.
du ]:oi pour la pension de M. Glairaut. Cette nouvelle (i) est trèsimportante par les difîérents bruits qui avaient couru sur la disgrâce prétendue de cet Académicien (2). La pension est de deux mille quatre cents livres.
24, — M. Tabbé de La Chapelle^ de l'Académie royale des Sciences^ ayant lu^ il y a quelque temps^ un Mémoire sur une sorte de corset ou pourpoint propre à se soutenir dans l'eau, YAcadémie avait nommé des commissaires pour faire l'examen de ce corset^ et le jour ayant été pris ensuite pour le mettre à Tcpreuve, M. Fabbé de La Chapelle a fait lui-même Texpérience dans la rivière de Seine^ vis-à-vis Bercy. 11 avait la tête et les bras hors de l'eau et parfaitement libres, au point de pouvoir boju*e, manger^ prendre du tabac, tirer un coup de pistolet, de fusil, etc.
25. — Aujourd'hui s'est tenue l'assemblée publique de TAcadéniie Française pour la distribution du prix partagé en deux., comme on Ta annoncé (3).
11 faisait fort chaud à cette assemblée ; les portes restaient ouvertes. M. Duclos veut les faire fermer, et s'écrie avec sa pétulance ordinaire : « Que diable ! où sont donc ces Suisses ? — xM. Duclos, lui répond une voix du milieu de la foule, où avezvous pris cette phrase? Est-ce dans le Dictionnaire de l'Académie? y* Le secrétaire perpétuel, rentré en lui-même par cette apostrophe, s'est tu, et a senti l'indécence de son propos en pareille compagnie.
ao. — On ne peut trop rire des mouvements que se donne sans cesse M. de Voltaire, pour jouer le public et le persifler. Tout nouvellement encore, il vient d'écrire une lettre à M. Marin (4), censeur de la librairie, pour le supplier d'engager le ma gistrat à interposer toute son autorité, et à arrêter l'introduction d'une quantité d'ouvrages que tout le monde sait être de lui, dont il serait très-fâché qu'on ne le cmt pas auteur, mais qu'il désavoue. Tels sont le Dictionnaire Philosophique, la Philosophie de l^ Histoire, et récemment ses Questions sur les miracles. On p
(1) Elle ét4Mt dénuée de fondement. — R. :2) Voy. ÎA mai 1765.
. (3) Voy. 3 août 1765.
(4) r.elte lettre ne se trouve pas dans les Œuvres de Foltaire. — R.
S£PT£UBR£ 17 T. 5. 153
santé de ces lettres^ et on le laisse se repaître de Tespoir de duper les crédules.
Septembre. — i . — Une contestation s'est élevée depuis quelque temps entie les deux coryphées de la danse au Théâtre Italien : rimportance des personnages^ la singularité du procès^ exigent que nous en rendions compte.
Madame Pitrot^ en son nom Louise Regis^ dite Rei^ quoique mariée^ a la manie de vouloir passer pour fille. Les liens de l'hymen^ le respect dû au sacrement^ des enfants déjà nés^ un aotre prêt à naître^ rien ne peut la persuader qu'elle est femme. Elle s'est dite fille^ pour quitter un époux^ et^ depuis son évasion^ elle ne veut point d* autre qualité : elle en donne pour raison qu'elle a brûlé son contrat de mariage^ comme invalide. Une pareille querelle ne peut que faire voir à quel comble de corruption les mœurs sont montées ; et c'est à un tribunal auguste qu'on porte un procès pareil! Le mai'i fait paraître un Mémoire. M* Marquet n'a point égayé cette matière autant qu'elle le méritait.
Le mariage des deux histrions a été contracté à Varsovie en novembre 4761, et c'est le 29 juin 1764 que la femme s'est évadée,
2. — La Chandelle d'Arras, poème héroï-comique en dia>huit chants (4). Cet ouvrage, attribué à M. de Groubental, l'autour du Balai (2), n'est point sans mérite. Il est bien versifié, a des descriptions pittoresques et voluptueuses. L'auteur ne fait cependant que singer la Fucelle de M. de Voltaire, et ne montre aucune invention. 11 y a une Épître dédicatoire à M. de Voltaire, comte de Ferney, qui est un vrai galimatias. L'ouvrage est parsemé de notes, ou impies, ou diffamatoires, ou au moins satiriques. Toutes ces qualités le rendent fort rare.
3. — Mademoiselle Clairon, qui avait paru aller à Genève pour consulter M. Tronchin sur sa santé, a reçu de cet Ësculape une réponse telle qu'elle la désirait. 11 la menace d'une mort pro-
(1) Berae, 1765, in-S». L'abbé DuLaurens, qui eut quelquefois Grouber de Groubental pour collaborateur, est le seul auteur de ee poëîhe. 11 a été réimprimé ea 1807, précédé d^une notice sur Du Laurens par M. Fayolle. — R.
(2) Cons'antinople (Amsterdam), 1761, in-8o. Ce poëme est de Du Laureus. Ou l'attribua quelque temps à Voltaire. — R.
chaine, si elle remonte sur le théâtre. On croit que cette consultation est concertée. Quoi qu'il en soit, elle a déployé ses talenls chez M. de Yultaire. Ce grand poëte ne la connaissait que par renommée ; il n'avait pas vu cette actrice à son apogée, il a été enchanté, et il lui en a marqué sa reconnaissance, et s'est enthousiasmé dans une Ëpître où il prétend qu'on ne peut avoir de grands talents sans y joindre de grandes vertus. On sent qu'il a ses raisons pour soutenir cet étrange paradoxe.
6. — La république des lettres et les arts regrettent un savant illustre et un Mécène peu commun en la personne de M. le comte de Ca^lus. 11 est mort hier, âgé de soixante- treize ans, de la suite de ses infirmités qui le tourmentaient depuis longtemps, li a conservé sa philosophie jusqu^au bout. On ne saurait croire de combien de livres rares et de choses curieuses il a enrichi la Bibliothèque du Roi et le Cabinet des Médailles. On lui d<Ht une bonne partie de nos découvertes sur les antiquités égyptiennes ; il a fondé, à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, dont il étaft' membre, un prix pour ces recherches, et lui-même est l'auteur de divers ouvrages où les peintres et les sculpteur:^ trouvent beaucoup à profiter. Nous lui devons aussi l'invention de la peinture encaustique, ou en cire, dont M. Bachelier et d'autres artistes ont fait depuis un usage avantageux.
12. — On a publié un Mémoire contenant des observations sur la disposition de la nouvelle église de Sainte-Geneviève ; production critique d'un nommé Desbœufe, qui prend le titre d*élève de l'Académie royale d'Architecture. Cette Académie, dans sa conférence du 19 août, après avoir examiné cette critique, a décidé que la brochure était indécente, peu réfléchie et remplie de faussetés ; en conséquence, elle a arrêté que dorénavant le nommé Desbœufs ne pourrait plus rentrer au nombre des élèves de l'Académie et jouir des avantages qui leur sont accordés, et que son nom serait ra^é de ses registres.
14. — Madame Pi trot fait paraître un Mémoire en réponse à celui de son mari(l). Comme aucun avocat ne pouvait décemment se charger d'une pareille défense, récrit parait être l'ouvrage de la femme même, et n'est signé que d'elle. On n'ignore point
(1) Voy. 18 août 1765. ,
que le sieur Ëlie de Beaumont en est i*auteur. Les louanges qu'il s'y donne l'assurent davantage. Cette production prouve que le sieur Pitrot est un coquin, et n'empêche point ladite dame d'étio une coquine. Il n'est pas plus plaisant que Fautre, malgré les velléités qu'on y trouve de l'être de temps en temps.
22. — M. D , de Mareuil en Touraine, capitaine de cavalerie, ayant été assassiné à Paris le 5 juillet 1762, et blessé si dangereusement qu'il en a gardé le lit dix-huit mois, vient d'adresser un Plticet en vers à M. le duc de Choiseul, où il lui demande la restitution de ses appointements. 11 y a de Taisance, de la finesse et de la bonne plaisanterie dans cet ouvrage un peu long.
29. — L'inoculation vient de recevoir un furieux échec par un événement bien capable d'alarmer tous ceux qui se sont soumis à cette pratique. Madame la duchesse de Boufflers, inoculée par Gatti, il y a deux ans, vient d'essuyer une petite vérole des plus caractérisées. On en voit l'histoire dans la Gazette du 10 septembre. Le docteur est obligé d'y convenir du fait, et se retourne à dire qu'il avait cru pouvoir assurer madame la duchesse que l'inoculation avait bien^ris, d'après les symptômes reçus des praticiens; qu'il s'était trompé sans doute. Les coryphées de cette méthode ne se trouvent point battus, et, en convenant même que madame la duchesse de BoufQers aurait été bien inoculée, ils la regarderaient seulement comme une de ces. victimes malheureuses, destinées aux phénomènes rares sur un nombre infini; mais ils tombent tous sur le docteur. Us disent que c'est un charlatan qui ne sait pas bien inoculer; qui, pour s'attirer plus de pratiques, traitait légèrement une maladie qui veut les plus grands soins et la plus grande circonspection.
Octobre. — 9. — M. l'abbé Aubert, l'auteur des Fables, vient de célébrer la convalescence de M. le comte de Saint-Florentin (1). Tout le monde sait l'accident qui lui est arrivé (2). L'auteur met beaucoup d'onction et de facilité dans son Ëpître ; il finit ain^ :
(i) Vèr$ à M. le comte de SainUFlorentin. Par», !765, in-8». (1) Il vràit été blesse à la chaste assez grièvement pour qu'on fût oUigé de lui faire Tamputation de la main. On répandit alors Tépigramme suivante :
Ci-gît la main d'un grand ministre Qat ne signa que dd •înittrc. — R.
De ta précieuse vie Ne va plus hasarder le cours :
C'est s'affliger pour la patrie.
Que de s'affliger pour tes jours !
C'est au public à juger de cet éloge et à ratifier ces sentiments llalteurs.
16. — Rousseau, retiré à Motiers-Travers, près de Neufcbâtel^ pour se soustraire auK décrets prononcés contre lui tant en France qu'à Genève, ne s'y est point encore trouvé à l'abri de SOS ennemis. On apprend que la persécution suscitée contre lui par les ministres du saint Évangile, a poussé quelque? fanatiques à tenter de violer l'asile de sa retraite. Ils sont venus poui* l'accabler d'injures et de pierres; ils ont voulu enfoncer la porte et massacrer M. Rousseau. Eveillé en sursaut, il a crié au secours ; le châtelain, qui logeait à quelques pas de là, est accouru accompagné de beaucoup d'honnêtes gens. Les coquins avaient disparu. Ils ont cherché à engager Rousseau à fuir. Ce philosophe a paru décidé à tous les événements. Le gouvernement de Neufchâtel a pris des précautions oour prévenir de nouvelles insultes, et mettre ordre au zèle dangereux des enthousiastes.
22. — On devait donner aujourd'hui à Fontainebleau la première représentation d'une comédie nouvelle de M. Sedaine, en cinq actes et en prose. Elle est intitulée : le Philosophe sans le savoir. Mais la police y a trouvé différentes choses à réprimander, entre autres un duel autorisé par un père. On a châtré cette pièce {absolument, et l'auteur ne peut se résoudre à la donner en un pareil état.
26. — La Fée Urgèle, opéra à ariettes, a élé joué aujourd'hui à Fontainebleau pour la première fois. C'est le conte de Voitaii^, intitulé : Ce qui plaît aux dames,réàuïi aux règles d'un drame. 11 est en quatre actes ; les paroles sont de l'abbé de Voisenon,sous son prête-nom ordinaire, Favart ; la musique est de Duni. Ce spectacle a fait la plus grande sensation à Fontainebleau. Les critiques ne sont pourtant pas contents de la musique ; il en est qui s'étendent jusqu'aux paroles; qui y trouvent des indécences. En général, les décorations, la richesse et l'éclat de la représentation ont beaucoup séduit.
29. — Sur la léte monstrueuse et cruelle du Gévaudan; Poème. L'éditeur de cet ouvrage avertit, avec raison, que Fauteur aune manière qui lui est propre, et qu'il écrit comme personne n'écrit. Il s'excuse de n'avoir point ornésce poêrae d'un beau portrait de la bête du Gévaudan, ou bien de celui de Fauteur. Voici le sommaire de ce merveilleux ouvrage : « Exposition des fureurs de la Bête. Digression très-curieuse sur la fêle de la Gargouille, qu'on célèbie à Rouen. Réflexions sur la galanterie qui semble régner dans les démarches de la Bête. Portrait dudit Monstre. Réflexions utiles sur la cherté du bois, qu'il occasionne. Description des chasses où on Fa manqué. Projet intéressant de faire un beau miracle à Fcncontre de cette Bêle. Conclusion. » 11 ne reste qu'à citer quelques vers dé ce poëme. L'auteur parle de Fabord du Monstie :
De certaine distance alors à quelques tolse^, Par derrière, à la gorge, ou bien par le côlé, Qu'il attaque sans cesse avec rnpidilé. Sur sa propre victime il va, court et s'élance : Pour lui couper la gorge aussitôt il commence. (Monstre indéfinissable) il est d'ailleurs poltron... Oe grande et forte griflTe il a la patte armée, etc.
livoudrait que le Monstre fût auprès d'Amiens, parce que
Notre digne prélat, par sa foi, par son zèle. Nous en délivrerait avec juste raison.
Par le moyen du jeûne, ainsi que Foraison ; Sur le cou de la béte appliquant son étole, Il la rendrait plus douce à l'instant et plus molle, Par un signe de croix, qu'une simple brebis.
Ce poëme, le plus plaisant qui ait paru depuis la fameuse tragédie du Tremblement de terre de Lisbonne^ est de la composition de M. le baron de R..., gentilhomme de Picardie, et poêle d'aussi bonne foi que le sieur André, perruquier (l).
(t) Cet article est emprunté àu Journal encyclopédique du 1»' octobre 1765.
30. — RÉP029SE DE M. L^ABBÉ DE VOISENON A M. FAVART^ SUR LA DÉDICACE DE LA COMÉDIE D*ISABELLE ET GERTRUDE.
Je sens le prix de ton hommage :
Quelque dieu de la terre en eût été flatté.
Mais tu penses en homme sage ; Dans ramitié tu vois la dignité.
Tu réunis tous les suffrages, Et le public, tiré de son erreur»
Te rend ta gloire et tes ouvrages :
Rien ne peut à présent altérer ton bonheur ; Tes succès sonl à toi. J'en goûte la «douceur. Et n'ai Jamais voulu t'en ravir l'avantage :
Ton esprit en a tout l'honneur.
C'est mon cœur seul qui les partage.
Ce commerce de louanges et de fadeurs ne détruit point Toplnion très- fondée que Favart fait les carcasses des pièces, et que Tabbé de Yoisenon habille la poupée.
NovEBiBRE. — 1. — On apprend que J.-J. Rousse^tu s'est retiré dans une petite île du canton de Berne, appelée Tîle Saint-Pierre. Los persécutions qu'il a essuyées ont noirci son imagination : il est devenu plus sauvage que jamais. Le roi de Prusse lui fait beaucoup d'instances pour le faire venir à Berlin. On croit qu'il s'y rendra.
14. — LETTRE DE M. VOLTAIRE A M. l'ABBÉ DE VOISENON , QUI LUI AVAIT ENVOYÉ ISABELLE ET GERTRUDE, OPÉRA-COMIQUE DE PAVART.
Feruey, le ÎS octobre 1765. •
J'avais un arbuste inutile
Qui languissait dans mon canton ;
Un bon jardinier de la ville
Vient de greffer mon sauvageon.
Je ne recueillais de ma vigne ;
Qu'un peu de vin grossier et plat,
Mais un gourmet l'a rendu digne
Du palais le plus délicat.
Ma bague était fort peu de chose :
On la taille en beau dianKint...
Honneur à l'enchanteur charmant.
Qui fll cette métamorphose !
• « Vous sentez bien, M. Tévêque de Mont-Rouge, à qui sont adressés ces mauvais vers? Je vous prie de présenter mes compliments à M. Favart, qui est un des deux conservateurs des grâces et de la gaieté françaises. Comme il y a dix ans que vous ne m'avez écrit, je n'ose vous dire : « 0 mon ami, écrivez-moi? » mais je vous dis : a Ah ! mon ami, vous m'avez oublié net. »
RÉPONSE DE M. l'aBBÉ DE VOISENON.
Vos jolis vers à mon adresse Immortaliseront Favart !
C'est Apollon qui le caresse.
Quand vous lui jetez un regard :
Ce dieu l'a placé dans la classe Ueceux qui parent ses jardins; Sa délicatesse ramasse Les fleurs qui tombent de vos mains.
11 vous a choisi p(^ur son maître; Vos richesses lui font honneur :
11 vous fait respirer Todeur Des bouquets que vous faites naître.
« Il n'aurait pas manqué de vous offrir sa comédie de Gertrude, mais il a la timidité d'un homme qui a vraiment du talent, il a craint que l'hommage ne soit pas digne de vous. Vous ne croiriez pas que, malgré les preuves multipliées qu'il a données des grâces de son esprit, on a l'injustice de lui ôter ses ouvrages et de me les attribuer. Je suis bien sûr que vous ne tombez pas dans cette erreur. Quand il se sert de vos étoffes pour en faire ses habits de fête, vous n'avez garde de Ten dépouiller. 11 vous enverra incessamment sa Fée Urgèle, 11 m'a paru qu'elle avait réussi à Fontainebleau, d'où j'arrive. Ce n'est pas une raison pour qu'elle ait du succès ici. La cour est le Châtelet du Par-
ItiO ll£MOia£S SECRETS DE BÂCUAIMOKT.
nasse, et le public casse souvent ses arrêts. Mais vous avez fourni le fond de Touvrage : voilà sa caution la plus sûre.
« Adieu, mon plus ancien ami ; je ne cesserai de l'être, que lorsque le parlement rappellera les Jésuites, et je ne vous oublierai que lorsque j'aurai oublié de lire. »
18. — Les Comédiens Français ont donné aujourd'hui l'Avare y et Bonnevai, qui faisait ce rôle, y a montré une présence d'esprit dont il faut conserver Tanecdote. Acte trois, scène onzième, après le troisième couplet où Cléante insinue d'une manière équivoque son regret que Marianne deirienne sa belle- mère, au lieu de sa femme. Harpagon ayant témoigné sa surprise du compliment, Marianne répond à son tour. Mademoiselle Doligny, qui faisait ce rôle, étant restée couil, et le souffleur n'y étant point, le sieur Bonnevai a repris sur-le-champ, au moment où les trois acteurs paraissaient stupéfaits, et surtout Marianne : a Elle ne répond rien, elle a raison ; à sot compliment point de réponse, v Tout le public connaisseur a senti la finesse de la repartie, et l'on a fort applaudi l'intelligence de l'acteur.
19. — Tandis que M. de Belloy reste ici enseveli sous Fauréole de gloire qui l'environne, que les trompettes de la Renommée ne résonnent plus de sa pièce, l'Amérique retentit de ses louanges. On écrit de Saint-Domingue que M. le comte d'Estaing, gouverneur général, a fait représenter, au Cap, le Siège de Calais; que cette tragédie y a fait fermenter au plus haut degré le zèle patriotique. Non content de cela, le commandant a fait imprimer la pièce à ses dépens, et en a fait distribuer des exemplaires à tous les habitants et soldats.
23. — Le canton de Berne, comme allié de la république de Genève, a cru ne pouvoir tolérer Rousseau sur son territoire. 11 a fait signifier à cet illustre proscrit qu'il eût à sortir de ses terres. En vain a-t-il fait valoir les droits de Thumanité ; en vain a-t-il demandé qu'on lui laissât passer l'hiver dans sa retraite, jusqu'à ce que. la saison lui permît de se rendre en Prusse : le Canton s'est montré inexorable. Il a poussé la dureté jusqu'à refuser l'ofiTre que faisait Rousseau de se constituer prisonnier tout co temps-là (1), de se laisser resserrer étroitement, et de ne crmmu-
(1) Voyei, dans les Œuvres de Rousseau, s» lettre du 20 octobre 1765, à M.df Oraffenried. — R.
DECEMBRE 1765. IGl
DÎqucr avec qui que ce soit. Il a fallu partir. 11 s'e$t rendu, tant bien que mal^ à Strasbourg. Le maréchal de Contades, qui commandait dans cette ville^ l'a foii bien accueilli, et lui a permis de se retirer dans un village auprès de Strasbourg, jusqu'à la belle saison^ où il se rendra aux instances du Salomon du Nord.
24.— M. Challes Jeune sculpteur, estmortilyaquelquelemps. Il était auteur de la chaire de Saint-Roch^tant critiquée, et qu'on disait ressembler à ime loge d'Opéra. Malgré les défauts qu'on lui reprochait, il avait des talents, et les ouvrages qui restent de lui font regretter sa perte.
29. — Le Philosophe sans le savoir, ci-devant intitulé le Duel, ayant occupé depuis longtemps l'attention des magistrats, sans avoir rien arrêté de fixe sur le sort de ce drame, on en a, pour terminer le comité, donné aujourd'hui une représentation à huisclos. Tous les gens à simarre y ont ^té convoqués, et la pièce a enfin passé au moyen des corrections faites : elle doit être jouée lundi.
30. — On peut juger de la futilité de notre goût et de notre paresse, par la liste des almanachs nouveaux. Les titres suivants les désignent assez : L'Amusement à la mode : L' Jprès-souper des dames y ou les Amusements d'Églé : Le Badinage amusant : Le Calendrier des amis : Les Caractères, ou la pure Vérité : Chiffon, ou la Chiffonnière de Vénus : Etrennes récréatives : Eirennes variées, ou Mélange amusant : Etrennes pour les jeunes enfants, ou Alphabet historique et amusant, avec figures : La Grécanicomanie, ou l'Amusement des Belles : L'Inventaire du pont Saint-Michel, pièce nouvelle en un acte : Je ne saurais me taire : Les Papillotes, ou Extrait du Recueil de*** : Le Perroquet, ou les Masques levés : Tout ce qu'il vous plaira. Ceci n'est encore qu'une légère ébauche du débordement dlalmanachs dont nous allons être inondés.
Décembre. — 3. — M. Crevier, le continuateur de RoUin, vient de mourir. M. de Voltaire l'avait caractérisé à merveille; il rappelait ie lourd Crevier (\).