‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 26 sur 77 · MAI. — 2. — ÉPIGRAMME COTRE MADEMOISELLE CLAIROIS · texte numérisé non relu

MAI. — 2. — ÉPIGRAMME COTRE MADEMOISELLE CLAIROIS

Quoi ! mille francs j[>our ma v. ... ?

Disait Dubois à son frater.

Frétillon (1), pour beaucoup moins cher,

A fait cent tours de casserole.

— Eh donc ! répliqua le Keyser ;

Sandis, c'est un exemple unique :

La belle, alors, de tout Paris

Ëtait la meilleure pratique :

J'aurais dû la traiter gratis;

C'était l'espoir de ma boutique.

3. — Le chetalier de La Morlière, personnage très-renommé pour sa causticité et ses démêlés avec les Comédiens et différents auteurs, après avoir essuyé diverses corrections de la police à cette occasion, avait enfin reçu, quelque temps avant la clôture des spectacles, un ordre précis de M. Sartines de ne plus s'y présenter. Mademoiselle Clairon avait eu Tautorité de lui faire enjoindre cette défense inouïe, sous prétexte qu'elle ne pouvait jouer à la vue de ce monstre. Quoi qu'il en soit, le chevalier, après avoir présenté différents Mémoires à M. le lieutenant de police et à M. de Saint-Florentin, veut faire un Mémoire en foime de consultation, où, en^xposant l'histoire de ses démêlés avec les Comédiens, il demandem par quelle voie se pourvoir pour jouir du droit qu'a tout citoyen libre d'aller à ce spectacle?

4. — On lit, dans le Mercure de ce mois, une» Lei/re de M, Piron au sieur de La Place , auteur du Mercure, où il annonce sa conversion dans son style ordinaire et avec la tournure d'esprit qui lui est propre. On ne peut encore décider si c'est sincérité, hypocrisie ou persiflage. Cette épitre est occasionnée par Tenvoi

(t) Sobriquet de mademoiselle Qftiron.

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de la traduction d'un psaume. On se doute bien que cet ouvrage^ qui est ie plus édifiant, n'est pas le meilleur de i'au* teur. Quoi qu'il en soit, cette démarche est des plus originales^ et la Lettre y répond on ne peut mieux.

Nous apprenons que M. Piron est furieux de l'impression de sa Lettre. 11 l'avait jointe au Psaume pour lui servir d'introduction, mais il ne comptait pas que M. de La Place la rendrait publique. ,

iO. — L'affaire des Comédien^ est enfin terminée. Elle s'est traitée avec une importance qu'on ne s'imaginerait pas devoir apporter à la vilité des personnages. Dubois a paru demander sa retraite et l'a obtenue. On lui a accordé quinze cents livres de pension, quoiqu'il n'eût que vingt-neuf ans de service, et que, selon la règle, il en faille trente. En eonséquence, pour ne point déroger à l'usage, il est encore censé au théâtre une année, ejt il jouira de sa part, quoiqu'il ne joue plus. On lui accorde^ en outre, cinq cents livres de pension extraordinaire, comme ayant fait une élève, sa fille ; ce qui est de l'étiquette. Les détenus en prison ont été élargis hier au soir.

12. — On fait VHistoire de la maison, ville et duché d'Orléans. On doit trouver à la tête le portrait de S. A. S. Monseigneur le duc d'Orléans, avec ces vers remarquables :

Vous qui d'un œil surpris comptez dans cette Histoire Tant de héros, d'exploits et de vertus, SI vous doutiez, ne doutez plus :

Ce prince vous les fera croire.

24. — L'Académie des Sciencéfe s'étant employée pour faire avoir à M. d'Alembert la place vacante par la mort de M. Clairaut'J), le ministre a répondu aux députés de cette compagnie, que Sa Msyesté était trop mécontente des derniers ouvrages de M. d'Alembert pour lui accorder aucune grâce. On croit que ce discours tombe sur le livre concernant la destruction des Jésuites,

(1) Alesit-Claude Clairant, Tuu de» grands géomètres français, né le 7 mai 1713, mourut d*ane fièrre putride, le 17 mai 1765. Il avait enseigné les mathématiques à madame Du ChAtelet. — R.

JUILLET t765. 147

Juin. — 15. — Mademoiselle Clairon continue à ne point paraître; il y a même à parier qu'elle ne jouera plus. Malgré toutes ses lettres hypocrites où elle parle de son attachement et de son zèle pour le public^ elle vient de tenter Timpossible auprès de M. le maréchal de Richelieu pour obtenir une retraite absolue. Ce supérieur a refusé; il lui a seulement accordé un congé jusqu'à Pâques^ afin qu'elle eût le temps d'aller à Genève et de s'y faire raccommoder ce qu'elle a de malade^ sauf à voir ensuite si sa santé exige absolument cette grâce.

26. — M. Tabbé de La Tour du Pin, prédicateur célèbre dont OQ a quelques ouvrages imprimés dans ce genre, vient d'être arrêté au milieu de sa carrière : il est mort, ces jours-ci, d*une iièvre maligne, plus en philosophe qu'en orateur chrétien. La chronique scandaleuse publie qu*il n'a ni reçu ses sacrements, ni voulu les recevoir.

Juillet. — i. — 11 se répand une Requête des Bénédictins au roi, imprimée, et qui a été présentée à Sa Majesté par M. le duc d'Orléans. C'est une feuille de quatre pages, signée par un grand nombre de religieux de Saint-Germain des Prés et autres. Elle parait être l'ouvrage des plus savants de l'Ordre. Us se plaignent somoiairement d'être astreints à des pratiques minutieuses, à des formules puériles, à une règle gênante et qui n'est d'aucune utilité à rÉtat. Ils demandent à n'être plus tondus, à faire gras, à porter l'habit court, à ne plus aller à matines à minuit, etc., en un mot, à être comme séculiers. Us prétendent la réunion des petites maisons en grandes, et se regardent dès lors comme plus en état d'être utiles au public. Ils offrent d'instniire et entretenir gratis soixante gentilshommes. Cette Requête fait grand bruit. 5. — La république des lettres vient de perdre M. Panard, âgé de S(Hxante-onze ans. 11 est mort à Paris, le 13 juin dernier (1). On peut le regarder comme le père du Vaudeville français. M. Marmontel Ta surnommé le La Fontaine du Vaudeville, M. Favart Ta très-bien caractérisé dans ce vers heureux :

Il chansonna le vice et chanta la vertu.

Le philosophe poète vivait de trois cents livres de pension, que

(i) Né à Kogent-le-Roi, près de Chartres, vers 1694.

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lui faisaient madame Carré de L'Orme^ madame de *** et M. de... 11 avait surtout enrichi de ses productions le Tiiéâtre Italien et encore plus rOpéra-Comique.

43. — La Requête des Bériédictins (\) n'a point eu le -succès qu'ils s'en promettaient. On n'a vu dans cet ouvrage, qu'un désir effréné de secouer le joug, et sans un examen bien réfléchi. M. de Saint-Florentin en a témoigné le mécontentement du roi aux supérieurs dans une lettre, qui se voit imprimée à la suite de celle de ces mêmes supérieurs, qui en font part à toutes les communautés. Dom Pernetti, dom Le Maire, qui avaient la plus grande part à cet ouvrage très-bien fait, sont exilés.

15. — Les Comédiens Italiens ont donné aujourd'hui la première représentation de la Réconciliation villctgeoise^ comédie en un acte et en prose, mêlée d'ariettes. Ce drame très-commun, quant à l'intrigue et aux paroles, n^est pas plus saillant du côté de la musique qui n'a rien de neuf. Il n'est point tombé cependant, et pourra se traîner pendant quelques représentations. On attribue ce poème à M. Séguier, avocat général. En ce cas, il est surprenant qu'il n'y ait pas plus d* esprit. M. Poinsinet est le prête-nom.

21 . — Les sieurs Lucotte, architecte, et Poiraton, peintre, feront, le 15 août 1765, sous la protection de M. le marquis de Marigny. l'ouverture d'une nouvelle école, sous le titre d'Ecole des Arts (?). Il y aura, dans cette école, des professeurs d'architecture, de dessin, de mathématiques. Comme ces messieurs ont eu pour objet Futilité publique, ils ouvriront leur école gratis en faveur de ceux qui, ayant des dispositions naturelles, ne sont point en état de se procurer des maîtres.

22. — L'affaire des Bénédictins ne paraît point encore finie entre eux. Il se répand une Réclamation des religieux Bénédictins du monastère des Blancs-Manteaux contre la Requête des religieux de Saint-Germain des Prés (3). Elle est précédée d'une

(0 Voy. 1er juillet 1763

(2) Cette école, qui fut effectivement ouverte le 15 août 1765, ne parait pas avoir obtenu une consistance durable. — R.

(3) Requête présentée au ro i par le Supérieur général^ le régime et la plu* nontbreuse partie de la Congrégation de Saint-Maur , contre Ventreprise de ningt-huit religieux de l'abbaye de Saint- Germain des Prés, à Paris. (Amsterdam (Paris), 1765, in-l".

Requête au Roi du 30 juin. Ces religieux s'élèvent avec force contre l'entreprise do leurs confrères. Ils revendiquent leur froc, leur tunique^ toutes les cérémonies puériles dont on voulait les défaire ; ils prétendent que leur gloire y est attachée. Le tout est écrit dans un style et avec un esprit qui ne sont rien moins que chrétiens et charitables. Cet ouvrage fort long est bien inférieur à la feuille légère des premiers.

27. — Messieurs de l'Académie Française ayant réduit à deux pièces les quinze qu'ils avaient jugées dignes de leur attention, se trouvant embarrassés sur la préférence à donner et voyant une égalité parfaite^ ont résolu d'en référer à M. le contrôleur général. Ce cas unique lui a été exposé. Le ministre a offert à ces Messieurs de suppléer au prix par une somme de deux cents écus^ qu'il donnerait de sa poche. Les députés lui ont demandé la permission d'en rendre compte à leur compagnie. Il parait qu'on eût désiré que M. de L'Averdy en parlât au roi, et obtînt cette faveur de Sa Majesté.

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