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titulë : la Guerre de Genève; il est en quatre chants et en vers de dix syllabes. On prétend qu'on y retrouve la même plume qui a fait la Pucelle, C'est plus à dësirer qu'à espérer.
9. — M. Tabbé Perau^ continuateur des Vies des Hommea iUustreê de la France, commencées par feu M. D'Auvigny, est mort le 31 mars^ âgé de soixante-sept ans. 11 était devenu aveugle^ et c'est M. Turpin qu'il avait choisi pour mettre la dernière main à cet ouvrage. -
iO.— On cite la réponse de M. Bret, le censeur du livre de Bélisaire, lorsque M. le lieutenant dé police lui annonça qu'il était rayé du tableau. Ce magistrat lui donnait cette nouvelle avec, toute la mansuétude dont il est capable^ les larmes atx yeux : il paraissait la lui apprendre à regret. « Eh bien ! Monsieur^ lui dit Bret^ ne me plaignez pas tant ; c'est un malheur^ mais ce n'est pas un déshonneur^ » et Bret s'en alla^ faisant une pirouette.
12. — On exalte^ on se transmet de bouche en bouche un mot sublime du sieur Le Kain : c'est sur la fin de Tannée dramatique et dans les foyers^ qu'il a été dit. On félicitait cet acteur sur le repos dont il allait jouir^ sur la gloire et l'argent qu'il avait gagnés : a Quant à la gloire, répondit modestement cet acteur, je ne me flatte pas d'en avoir acquis beaucoup. Cette sorte de récompense aous est contestée par bien des gens, et vous-même mêla contesteriez peut-être, si je voulais l'usurper. Quant à l'argent^ je n'ai pas. lieu d'être aussi content qu'on le croirait : nos parts n'approchent pas de celles des Italiens, et, en nous faisant justice, nous aurions droit de nous apprécier un peu plus. Une part aux Italiens rend vingt à vingt-cinq mille livres, et la mienne se monte au plus à dix ou douze mille. — Comment, mor- Weu! s'écria un chevalier de Saint-Louis qui écoutait le propos, comment, morbleu! un vil histrion n'est pas content de douze mille livres de rentes, et moi qui suis au service du roi, Çtti dors sur un canon, et prodigue mon sang pour la patrie, je sois trop heureux d'obtenir mille livres de pension. — Eh ! comptez-vous pour rien. Monsieur, la liberté de me parler ainsi ? » reprend le bouillant Orosmane.
13. — Il se répand assez généralement deux chants du poème de M. de Voltaire sur la Guerre de Genève. Le premier verse le ridicule à grands flots sur Genève et ses habitants ; il est assez
gai, mais d'une gaieté grivoise^ qui sent l'homme sortant de la taverne. Il n'y a point de ces morceaux délicats^ tels qu'on en trouve dans la Pucelle, Le second est une satire horrible contre J.-J. Rousseau : il y est peint sous les couleurs les plus odieuses et les plus infâmes. Il est fait pour intéresser en faveur de ce malheureux ses propres ennemis, et l'humanité seule réclame contre cet abominable ouvrage.
1 4. — On vient dlmprimer à Avignon la Passion de Noire- Seigneur Jésus-Christ y mise en vers et en dialogues. Nous n'avons rien à ajouter à ce titre, digne de la barbarie des siècles les plus absurdes et du plus mauvais goût (1).
17. — M. de Saint-Foix, historiographe des ordres du roi, vient de publier V Histoire de V ordre du Saint-Esprit (2). On y trouve une anecdote bien extraordinaire, soutenue d'assertions plus extraordinaires encoi^e. Cet auteur y prétend, à l'article du duc d'Ëpernon, que ce seigneur donna le second coup de couteau à Henri IV, loi'sque Ravaillac eut porté le premier, et il ajoute : « Ce fait est rapporté dans un manuscrit de M. le duc d'Aumale. Il est d'autant plus digne de créance, que M. le duc d'Aumale, vivant parmi les Espagnols, était à portée de savoir la vérité des choses, et que d'ailleurs, ayant eu une maladie de langueur très-longue, dans laquelle il avait communié deux fois, il n'est pas vraisemblable qu'il eût laissé subsister une pareille calomnie, s'il n'eût été sûr de ce qu'il avançait. »
18. — On se communique l'extrait d'une lettre (3) d'un gentilhomme flamand qui voyage, précieuse par l'anecdote qu'elle contient, relative à ce qui a été dit sur la proposition faite par les Corses à J.-J. Rousseau de leur donner des lois. Voici comme l'auteur s'exprime sur cette république, ou plutôt sur son chef.
« M. Paoli est âgé de quarante-deux ans, d'une figure mâle et belle, ayant le port très-noble et l'air de ce qu'il est, du chef d'un peuple libre. Son érudition serait surprenante, même dans un homme de lettres de profession. 11 est versé dans la littérature anglaise et française, mais Tacite et Plutarque sont ses au-
(1) Arignon (Paris, Lacombe), 1667» in-8o.
(2) Paris, veuve Duchesne, 1767, in-l2.
(3) Cette lettre, adressée aux auteurs du Journal Encyclopédique^ se trouve* dan» le volume du 15 mars 1767, pages i?6-133. — n.
AVRIL 1767. ÎOÎ)
leurs favoris. Il est d'une éloquence admirable ; je n'ai vu personne mettre autant de grâce et de force dans ses discours. Il joint à tant de talents une philosophie éclairée et eiempte de toute espèce de préjugés. 11 a fait un bien étonnant à son pays : il y a établi une police exacte ; il a affermi la constitution^ qui ressemble beaucoup à celle d'Angleterre et qui me paraît excellente ; il a établi à Corte une imprimerie et une université^ dans laquelle il a su attirer des gens de mérite. Les gazettes ont parlé des démarches qu'il a faites pour engager M. J.-J. Rousseau à se retirer dans son île. J'ai vu toute sa correspondance à ce sujet avec cet écrivain ; elle fait également honneur à Tun et à l'autre, n
19. — On assure que M. de Voltaire a un commentaire tout prêt sui* les tragédies de Racine ; il attend pour le faire paraître que M. Lunau de Boisjermain ait mis au jour celui qu'il promet depuis longtemps.
20. — M. Le Blanc^ auteur de Manco Capac, vient d'épouser, il y a quelque temps, une demoiselle Gouilli. Cette fille, célèbre par la mort d'un officier qui s'est brûlé la cervelle, de désespoir de ne pouvoir se marier avec elle, était maîtresse de M. Clairaut, e avait vécu avec lui jusqu'à sa mort.