‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 34 sur 77 · VERS SUR BÉLISAIRE · texte numérisé non relu

VERS SUR BÉLISAIRE

Bélisaire proscrit, aveugle, infortuné, Ferme dans le malheur, simple, sublime et sage, Instruisant l'empereur qui l'avait condamné, De la terre attendrie eût mérité l'hommage.

Oui, sans doute, chez des païens :

Mais parmi nous, chez des chrétiens, Peindre Dieu bienfaisant, exalter sa clémence, Pour nous unir à lui par les plus doux liens !... Jusqu'où peut nous conduire une telle morale ? Que ce blasphémateur soit puni par le feu ! N*a-t-il pas dû savoir qu'il causait du scandale, Quand, malgré la Sorbonne, il faisait aimer Dieu?

8. —M. de Voltaire s'occupe actuellement de la famille des Sirven. Ces infortunés^ dans un cas à peu près semblable à ce* lui des Calas^ sont depuis quelques années sous sa protection. En attendant qu'il ait armé les lois en leur faveur^ il écrit à

(1) On ne la trouve point dans les Œuvres de Marmontel. — B.

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toutes les Puissances pouf en obtenir des secours. Le roi de Danemark lui ayant envoyé pour eux quatre cents ducats^ notre poète a répondu à cet envoi par ces beaux vers :

Pourquoi, généreux prince, âme tendre et sublime. Pourquoi vas-tu chercher, dans nos lointains climats, Des cœurs infortunés que Tinjustice opprime? C'est qu'on n'en peut trouver au sein de tes États. Tes vertus ont franchi, par ce bienfait auguste. Les bornes des pays gouvernés par tes mains, * Et partout où le ciel a placé des humains, Tu veux qu'on soit heureux, et tu veux qu'on soit juste. Hélas ! assez de rois, que l'histoire a faits grands. Chez leurs tristes voisins ont porté les alarmes :

Tes bienfaits vont plus loin que n'ont été leurs armes

Ceux qui font des heureux sont les vrais conquérants !

il. — M. Araignon^ avocat, vient de faire imprimer une comédie en cinq actes, et en prose. C'est un drame romanesque qui offre lé tableau, toujours attendrissant, de l'innocence persécutée et triomphante. 11 a pour titre : le Vrai Philosophe (1). Cette comédie est dédiée à messieurs les maire et échevins de Saint-Malo, comme un témoignage de la reconnaissance de Tau* tcur, gratifié, par ces magistrats, d'un brevet de citoyen Malouin, ainsi que d'une médaille d*or, au sujet de sa tragédie du Siéye ^^ Beauvais.

18. — On parle beaucoup d'une cassette, précieuse pour les papiers qu'elle contient, laissée par monsieur le Dauphin à madame laDauphine, et dont cette princesse a fait gardien monsieur l'évêque de Verdun, son premier aumônier. On prétend que dans cette cassette sont différents mémoires, ouvrages et instructions du prince défunt, à remettre au duc de Berry, le Dauphin actuel, lorsqu'il sera en état d'en profiter.

28. — Le sieur Fréron, toujours acharné sur M. de Voltaire, et qui doit une partie de la célébrité de ses feuilles à la guerre qu'il a livrée à ce grand homme, pour réveiller l'attention de sou lecteur, vient de lâcher, suivant son usage, une nouvelle satire très-propre à piquer la malignité du cœur humain, et à

(») Paris, Panckouke, 1767, iu-8».

réjouir les ennemis da sien. U se fait écrire une lettre par un

f^rétendu abbé M , qui lui envoie la traduction d'une Épitre

persane à Saadi, Cette épitre^ très-bien faite, reproche à M. de Voltaire, sous le nom de Saadi, tous ses défauts, et surtout son amour-propre, son envie, son inquiétude. Il y est peint des couleurs les plus offensantes et malheureusement les plus vraies. Cette épître finit par une espèce d'épilogue en quatre vers :

Un miroir, à nos yeux distraits, Vient-il offrir notre grimace?

Il ne faut pas briser la glace, Mais, s'il se peut, changer nos traits.

29. — M. de Voltaire, à force de s'intriguer et de se remuer en faveur des Sirven, commence à faire prendre couleur à cette affaire. On vient de publier, sous son nom, un Mémoire à consulter et une consultation, faits l'un et Fautre par main de maître. Le même sentiment qui a dicte les lettres pathétiques que Ton a lues et les divers écrits publiés au sujet des Calas, à l'auteur du Truite de la Tolérance, lui a fait prendre la plume dans cette occasion, et on ne doute pas que le Mémoire à consulter ne soit de lui. La consultation paraît être de M. Éiia de Beaumont^ connu au barreau et célèbre surtout par des mémoires en faveur des Calas. Elle est signée de cet avocat, et souscrite de onze jurisconsultes fameux.

Avril. — 5. — La tragédie des Scythes, de M. de Voltaire, imprimée depuis long-temps (1), commence à se distribuer. On y remarque une épître dédicatoire aux Satrapes Elochivis et Ndrisp (Choiseul et Pi^aslin), du ton le plus bas et plein de Tadulation la plus outrée. Cette adulation sent l'homme qui a envie de revenir à Paris, et qui fléchit le genou devant les tout-puissants pour obtenir cette grâce.

Le post-scriptum est amusant, par une sortie que fait l'auteur contre ^uchesn^, sur l'impression de plusieurs de ses tragédies, qu'il prétend être horriblement défigurées : c'est une parade à Tordinaire, mais plaisante.

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