‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 37 sur 77 · Mademoiselle de La Chassaigne, jeune actrice de la Co · texte numérisé non relu

Mademoiselle de La Chassaigne, jeune actrice de la Co

médie Française et nièce de mademoiselle de Là Motte, ancienne coryphée de ce théâtre, est aujourd'hui l'objet de Tattention et de la jalousie de toutes ses camarades. Quoique peu jolie et d'un talent très-médiocre, elle a été honorée des faveurs du jeune prince de Lamballe, nouvellement marié, et elle porte dans ses flancs le fruit de cette union féconde. Le père du héros, trèsreligieux, a pris toutes les informations nécessaires pour constater la vérité et la légitimité du fait. En conséquence, il a fait assurer l'actrice de sa protection, et Ton est à régler son sort, ainsi que celui de Tenfant à naître.

Juillet. — 1. — J.-J. Rousseau n'a passé que huit jours à Amiens, où, comme on Ta dit, il a été fort couru et fort célébré. M. le prince de Conti Ta envoyé chercher à mi-chemin d'Amiens à Paris,, et l'on présume qu'il est à présent à l'Ile- Adam. 11 déclare avoir renoncé à écrire, et paraît ne s'occuper aujourd'hui que de botanique.

3. — M. Baculard d'Arnaud, grand romancier, après avoir longtemps raconté les aventures de divers héros de galanterie, vient de terminer les siennes ou plutôt de consommer son propre roman par son mariage avec mademoiselle Chouchou, marchande de modes.

4. — Sellius, ce savant en «s, connu par de très-grands ouvrages et par sa vaste érudition, mais surtout parle premier projet de l'Encyclopédie, qull a pporta en France, en 1743, vieirt de Tnouri»(l) à Charenton, misérable et fou*

5. — VERS (2) A MADAME DE RICHELIEU, ABBESSE DE l'aBBAYE- AUX-BOIS, PRÉSEP^TÉS PAR MADEMOISELLE DE MOISTMORENCI, ÂGÉE DE NEUF ANS,

J'entends dire de tous côtés Qu'on n'a point de raison, quand on est à 'mon âge j Cependant je connais le prix de vos bontés, J'admire vos vertus, on ne peut davantage j Je vois de votre cœur les grandes qualités :

(i) Mort le 25 juin 1767. '

(?) Par Leclerc de Uontmerci. -^ R.

Quant à votre esprit» je l'avoue, J'y crois comme je crois en Dieu, Parce que chacun vous en loue.

Et que vous êtes Richelieu.

9. — J.-J. Rousseau n'a fait que passer à rUe-Adam ; il est allé ensuite quelques jours à Fleur y chez M. de Mirabeau, l'auteur de VAmi des hommes^ où il est resté avec beaucoup de mystère : il est actuellement en Auvergne (1)^ dans le château d'un homme de qualité^ qui a bien voulu l'y accueillir et y ensevelir le délire et la misère de ce philosophe humilié.

11. — On annonce la Défense de mon oncle, nouvelle brochure de M. de Voltaire. Il y fait parler le neveu de l'abbé Bazin. On sait que la Philosophie de V histoire a été publiée sous le nom de ce dernier^ personnage chimérique qui n'a jamais existé, et c'est ce livre qu'on veut défendre. On dit le mémoire trèsplaisant. Mais, malgré les prétentions de M. de Voltaire à rire et à faire rire, les gens sensés ne voient plus en lui qu'un malade attaqué d'une affection mélancolique, d'une manie triste qui le rappelle toujours aux mêmes idées, suivant la définition qu'on donne en médecine de cet état vaporeux : delirium circà unum ft idem objectum.

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