‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 47 sur 77 · ÉPITRE A M. LE PRÉSIDENT OGIER, SUR SA MISSION EN BRETAGNE · texte numérisé non relu

ÉPITRE A M. LE PRÉSIDENT OGIER, SUR SA MISSION EN BRETAGNE

Pour les fanges de la Vilaine Quitter les trésors de la Seine; Cher Ogier, quel aveuglement !

Tu veux passer bien saintement La rigoureuse quarantaine.

Reçois mes adieux : Carnaval Est trop bien ici pour te suivre Dans un pays où tout va mal, Où pas un homme ne s'enivre, Nulle femme ne songe au bal.

Longtemps j'en ai fait mes délices ; Mais, depuis un lustre, je vois Qu'on ne parle à ces bons Gaulois, Que de dragons et de supplices ; Que, pour les réduire aux abois, De par le plus juste des rois, On a fait cent mille injustices Et violé quarante lois.

Malheureux ! la cour les abhorre Et les hait ; c'est là le bon ton.

Que vas-tu faire en ce canton ?

Tu brûles d'être utile encore A notre bien-aimé Bourbon ; Tu veux que son peuple breton Plus que jamais l'aime et l'adore, Et ne tremble plus à son nom.

Quoi donc ! oserais-tu lui dire Qu'en dépit de leurs ennemis, Les Bretons sont lés plus soumis, Les plus zélés de son empire? Je te crois un peu trop prudent *.

Dans ce pays, cher président, Répands de nouvelles alarmes :

Prends ce qui lui reste d*ai^ent; Laisse- lui ses fers et ses larmes.

14. — Mademoiselle Grandi, danseuse en double de l'Opéra et figurante d'un talent médiocre et d'une figure très-ordinaire, se plaignait , il y a quelques jours , sur le théâtre de TOpéra , d'avoir perdu un amoureux qui lui avait donné mille louis en cinq semaines. Un des spectateurs lui dit qu'elle était faite poui* trouver aisément à remplacer cette perte. La demoiselle répond que cela ne se répare pas si facilement : elle ajoute qu'en tout cas elle ne veut d amant, qu'à la condition d'un carrosse et de deux bons chevaux, avec au moins cent louis de rentes assurées pour les entretenir. La conversation tombe. Le lendemain il arrive chez mademoiselle Grandi un magnifique carrosse, attelé de deux chevaux. Trois chevaux suivent en laisse, et Ton trouve cent trente mille livres en espèces^ dans le carrosse. On ne dit point encore le nom de ce magnifique personnage, bien digne d'être inscrit dans les fastes de Cythère. On assure que c'est un étranger, ce qui est injurieux pour la galanterie française.

45. — On ne tarit point sur les histoires de toute espèce auxquelles donne lieu l'arrivée de madame Denis dans ce pays-ci. H passe pour constant aujourd'hui que M. de Voltaire est encore a Ferney,avec un secrétaire et le Père Adam, qu'il a recueilli lors du désastre de la Société, et duquel il disait plaisamment, en le présentant à la compagnie ; « Messieurs, voilà le Père Adam. Il est inutile de vous avertir que ce n'est pas le premier homme du monde. » En effet, ce Jésuite est, dit-on, très-borné.

19. — On écrit de Rennes que le procureur général ayant re- 4iuis que la Lettre d'un gentilhomme de Bretagne à un nobk Espagnol, dont on a parlé, fût brûlée par la main du bourreau, un des conseillers du Parlement, dit : « Eh ! Messieurs, ne nous lasserons-nous jamais de faire brûler la vérité ? »

20. — Le mariage de mademoiselle MazareUi, cette virtuose également connue sur le Pai-nasse et à Cythère, est enfin déclaré avec M. le marquis de Saint-Chamond. Elle jouit de tous les honneurs et privilèges de son titre de marquise; elle a pris

livrée; on lui porte la robe, le sac, le carreau à l'église, etc.

21 . — M. de Beauchamps, auteur des Redierches sur les tliéâtres de France, de quelques romans et pièces dramatiques, est mort, il y a déjà quelque temps (1), dans un âge assez avancé. Avant de mourir, il avait consigné ses sentiments dans une espèce de testament qui roUle purement sur sa façon de penser, et est une espèce d'apologie de sa manière de vivre. Il ne dit rien de nouveau sur les motifs d'incrédibilité, et répète seulement en assez bon ordre les principaux arguments qu'ont fait valoir ceux quiont écrit sur cette matière. Cet ouvrage manuscrit court dans les mains des gens du parti, et sans doute il sera imprimé quelque jour.

22. — Si la réforme que Ton se propose de faire dans les communautés religieuses a le vœu du Gouvernement et d-unc partie même des ordres monastiques, il y a des particuliers intéressés à la combattre, et qUelques-uns se sont permis d'attaquer la Commission par des écrits qu'ils ont fait paraître anonymement. On vient d'y répondre sous le titre de Lettres d'un l'eligieux à son supérieur général sur la réforme des communautés religieuses ; troisième lettré sur la conveniualité (2). On ne peut présenter avec plus de décence et avec de meilleures preuves les raisons que l'auteur met en avant pour justifier son assertion.

23. — Un chat s'étant introduit dernièrement au Parlement, dans rassemblée des chambres, cet animal a attiré Tattentioii <le Messieurs ; M. de Saint-Fargeau, président à mortier, graod ami de cette engeance, a pris ce chat, et l'a caché sous sa robe, croyant an'êter par là le désordre et le scandale ; mais cet animal a miaulé, égratigné, fait le diable^ et il a fallu le mettre à la porte. Un plaisant de l'assemblée, M. Héron, couseiller, a4it ■^à-dessus le bon mot, matière de l'épigramme suivante :

Tandis qu'au temple de Thëmls On opinait sans rien conclure, Un diat vint sur les fleurs de lis Étaler aussi sa fourrure.

(i) Le 12 mars 1761.

'Xi Amsterdam (Paris), 1768, iii-12. ^

« Oh ! oh I dit un des magistrats.

Ce chat prend-il la compagnie Pour conseil tenu par les rats ?

— Non, reprit son voisin tout bas; C'est qu'il a flairé la bouillie *

Que Ton fait ici pour les chats. »

27. — M. Tabbé Barthélémy a remis trois mille livres de pension qu'il avait sur le Mercure, dont mille livres en faveur de M. de Guine3^ raille en faveur de M. de Chabanon, mille à la masse. Il en avait dëjà remis deux mille, il y a quelque temps, dont mille en faveur de M. Marin, censeur de la police, et mille à la masse. Les arrangements ultérieurs du Mercure n'étant pas finis, les choses restent in statu quo.

28. — Un des principaux griefs de M. de Voltaire contre M. de La Harpe, c'est d'avoir retenu de mémoire les divers lambeaux que le premier récitait à l'autre, dupoemc de la Guerre civile de Genève, et de les avoir fait paraître sans son aveu ; d'autant qu'il y a une tirade contre M.Tronchin, que Tauteur n'eût pas voulureudre publique. Tel est le fait, comme le raconte madame Denis (1).

29. — Mademoiselle Heinel, célèbre danseuse de Sluttgard. dont on a prôné les succès prodigieux à l'Opéra, oîi elle a débuté depuis peu, vi'cnt d'opérer une merveille plus grande encore : ses charmes ont séduit M. le comte de Lauraguais, au point de lui faire oublier ceux de mademoiseUe Arnould. Il a donné trente mille livides pour présent de noces à l'Allemande, vingt mille à un frère qu'elle aime beaucoup, un ameublement exquis, un carrosse, etc. On compte que la première coûte cent mille livres à ce magnifique seigneur. Mademoiselle Heinel ne s'était jugée modestement qu'à quatorze mille livres.

30. — 11 paraît très-constant que madame Denis est à Paris pour y rester; que sa séparation avec son oncle, M. de Voltaire, est une suite de querelles domestiques qui ne leur permettent plus de vivre ensemble. Les dépenses considérables que M. de Voltaire a faites aux Délices et dans ses châteaux de Tourney et de Ferney ont fort dérangé les affaires de ce grand homme, qui n'a

(i) H. de La Harpe avait pris à H. de Voltaire non-seulement deax cfaanUde'o Guerre civile de Genève . mais eacore les Mémoires sur le roi de Prusw «' d^autres manuscrits. — W.

pas assez compté avec lui-même. Il se trouve aujourd'hui fort en avance sur ses revenus^ dont la plupart ne sont pas liquidés ; ce qui Ta forcé à une réforme de maison dont Fentretien était très-cher, et surtout entre les mains de personnes peu économes. Dans cet embarras, M. de Voltaire, qui se trouvait un riche malaisé, a voulu, pour se débarrasser tout de suite de ses créanciers et se mettre au niveau, vendre sa terre de Ferney, comme d'une défaite plus facile, ou comme celle dont la vente rendrait davantage. Il a fallu le consentement de madame Denis, sous le nom de laquelle elle était achetée, -et cette nièce Ta refusée opiniJIréaient. Inde irœ (1) !

31. — Longchamps, cette promenade fort en vogue dans les jours de la semaine sainte, a commencé à s'ouvrir hier avec toute Taffluence que promettait la beauté du jour. Les princes, les grands du royaume, s'y sont rendus dans les équipages les plus lestes et les plus magnifiques; les filles y ont brillé à leur ordinaire; mais mademoiselle Guimard, Iol belle damnée , comme l'appelle M. Marmontel dans son Épitre (2) peu catholique, a attiré tous les regards par un char d'une élégance exquise, trèsdigne de contenir les grâces de la moderne Terpsichore. Ce qui a surtout fixé l'attention du public, ce sont les armes parlantes qu'a adoptées cette courtisane célèbre : au milieu de Técusson se voit un marc d'or, d'où sort un guy de chêne. Les Grâces servent de support, et les Amours couronnent le cartouche. Tout est ingénieux dans cet emblème.

Avril. — i. — 11 paraît deux nouveaux chants de la Guerre civile de Genève, le quatrième et le cinquième, qui terminent ce poème satirique. Ils sont imprimés, ainsi que les autres. 11 paraît que cette publicité est une suite de l'infidélité de M. de La Harpe. On assure que M. de Voltaire, irrité de ces larcins et des tracasseries qui en résultent, a signifié qu'il ne voulait plus recevoir chez lui tous ces petits auteurs. Ce sont ses termes (3).

(1) n n'y a rieu de vrai dans cet article, sinon que M. de Voltaire chassa madame Denis. Il ne se serrit, dans le public, du prétexte du dérangement de sa fortune, que pour sauver encore Thonneur de sa nièce. — "W.

(2) Voy. 6 fétrier 17e8.

(3) Le fond de cet article est vrai. — W.

3t$2 MEMOIRES SECRETS DE BAGHAUMONT.

3. — Le pariement de Bretagne a rendu^ le 29 mars^ nn arrêt qui condamne un nommé Boctoy à être renfermé le reste de ses jom*s dans une maison de force, comme soupçonné d'ayoir voulu faire imprimer une brochure sur les Troubles de la Frtmce, ot comme soupçonné d'avoir voulu donner le jour à deux libelles^ dont Tun, intitulé : le Royaume des Femmes, et l'autre : les Aventures du comte de***. Les manuscrits ont été lacérés et brûlés. On ne sait encore quels sont tous ces ouvragés criminels, et que! mérite littéraire ils peuvent avoir.

7. — Le sieur Riballier, syndic de la Faculté de Théologie, vient d'obtenir de la cour, à la nomination de Pâques, l'abbaye de Chambon. Son Corps regarde cette faveur comme la récompense de sa coBiplaisance pour la cour, et de toutes ses menées dans son sein pour faire échouer le zèle des défenseurs de la foi, concernant TaiTaire de Bélisaire, C'est aussi un dédommagement (le tout le ridicule dont a été couvert ce docteur par M. Marnwntel, M. de Voltaire, et différents plaisants qui se sont égayés sur cette matière.

9. — M. de Chabanon, de l'Académie des Belles-Lettres, revenu depuis quelque temps d'auprès de M. de Voltaire, a cini devoir saisir le moment de solitude où se trouve ce grand homme, pour lui offrir de retourner à Femey et de lui tenir compagnie. Il a répondu par une lettre fort polie, oiiil éconduit M. deChabanon avec l'honnêteté la plus adroite ; ce qui prouve le dire qu'on lui attribue (1), qu'il ne voulait plus de ces petits auteurs (2).

40. — Quoique les vers suivants ne soient pas merveilleux, on ne-peut se refuser de les insérer ici comme historiques et ne se trouvant imprimés iiulle part. Us ont été présentés à M. le président Ogier, par de jeunes jardiniers qui sont venus à son passage par Rennes, avec des corbeilles dé fleurs et vêtus galamment:

0 vous que le plus grand et le meilleur des rois, Pour finir nos malheurs, honora de son choix,

(1) Voy. ier avril 176«.

(2) Je n'ai point eu connaissance de cette anecdote : elle me parait fort d«»' teuse. — AV.

AVRIL 17 es. «G6

Dee faveuF8 de Louis, sage dépositaire.

Vous, notre illustre appui, notre ange tatéhiipe,

0 généreux Ogier! en quittant ces climats,

Quel flatteur souvenir ne nous laissez-vous pasi

Ah ! qu'avec juste titre, à voire bienfaisance.

Le plus doux sentiment de la reconnaissance

Conserve pour jamais un temple en tous les coeurs.

De nos mains, en partant, daignez prendre ces tieors ;

Nous vous les présentons au nom de Flore même,

-Et, mettant en vous seul sa confiance extrême,

Flore, aux cris des Bretons, ose mêler ses cris,

£t, vous dit avec eux, en bénissant Louis z

« Achevez, sage Ogier, de calmer nos alarmes;

Du bonheur sur ces bords assurez le retour :

Portez aux pieds du roi nos soupirs et nos larmes,

Et portez-y surtout nos respects, notre amour. »

II. — Le bruit est général, depuis quelques jours, que M. de Voltaire a fait ses pâques (4). Il passe pour constant qu'il est arrivé de Ferney ici, en même temps, deux lettres de ce grand homme, qui s'expliquent tout différemment là-dessus. Dans la première, écrite à M. le duc de Ch*oiseul,M. de Voltaire renouvelle et perpétue les désaveux, si souvent faits, de toutes les productions clandestines qu'on lui attribue; elle contient une (espèce de profession de foi, et il y déclare que, pour preuve de la vérité de ses sentiments, il a profité de sa solitude et des bonnes instructions du Père Adam, pour faire un retour vers Oieu et se présenter à la sainte table. Dans Tautre, à madame ^a marquise du Defifand, il se plaint du public peu reconnaissant^ il se désespère de voir que, malgré le sacriGce qu'il lui a fait de ^a santé et de sa liberté, en consacrant sa vie à ses plaisirs et à «on amusement, il soit assez injuste pour adopter légèrement tous les bruits que ses ennemis font courir sur son compte, et <iu'en dernier lieu , il apprend que , poiu* comble de ridicule, ^n débite et Ton croit à Paris qu'il s'est confessé et a fait ses pàques. Il finit par ajouter qu'il n'est ni assez hypocrite pour se

(0 Wagnière a donné de curieux détails sur cette communion de VoUairç, ^ oyei les Jlfemotrcs sur Yoltaire et sur ses ouvrages. Paris, Aimé André, !8îi. ^meltf, p. 70^71. — IL

se 4 MEMOIRES SECRETS BE BÂCHA UMONT.

prêter à des actions aussi contraires à sa façon de penser^ ni assez imbécile pour donner de bonne foi dans de pareilles puérilités. Toutes ces inconséquences sont dans le caractère de M. de Voltaire^ et n'étonnent point ceux qui le connaissent.

15. — M. le cardinal de Luynes se trouvant ces jours-ci chez madame la duchesse de Chevreuse, M. de Conflans plaisanta Son Éminence sur ce qu'elle se faisait porter la queue par un chevalier de Saint-Louis. Le prélat répliqua que c'était un usage; qu'il en avait toujours un pour gentilhomme caudataire : « Et le prédécesseur de celui-ci, qui plus est, ajouta-t-il, portait le nom et les armes de Conflans. — 11 y a longtemps en effet; répliqua l'autre avec gaieté, il y a longtemps qu'il se trouve, dans ma famille, de pauvres hères, dans le cas de tirer le diable par la queue. » Son Éminence déconcertée est devenue la risée générale, et a été si furieuse, qu'elle a exigé de madame la gouvernante qu'elle ne reçût plus chez elle cet homme à bons mots.

16. — 11 n'est plus de doute sur le fait des pâques de M. de Voltaire : on varie seulement sur les motifs, que les uns attribuent à la peur du diable, d'autres à la politique. L'acte dont il a accompagné cette cérémonie peut servir de commentaire à sa conduite. Le jour même, et sortant de la sainte table, il a prêché ses vassaux : il leur a débité tous les principes de la morale la plus pure ^et la plus sage ; il a apostrophé un de ses paysans, connu pour un coquin; il l'a exhorté à se réconcilier avec Dieu, à reconnaître combien il lui était redevable, et à lui son seigneur, de n'avoir pas été pendu; il a fini par lui dire, s'il n'avait pas encore accusé se^ fautes, de le faire à son pasteur, ou à lui. Ce dernier mot ayant gâté tout le reste, a fait dégénérer en farce ce spectacle vraiment édifiant pour les dévots. Les deux lettres dont on a parlé sont également vraies, et celle à madame du Deffand donne encore mieux la clef de cette étrange conduite.

17. — M. le marquis de Ximenès, fort connu dans la république des lettres, comme auteur et comme protecteur, est sur le point de se marier avec la fille d'un nommé Jourdan, dont on a quelques romans et autres ouvrages peu connus. Son peu de fortune et sa très-mince réputation donnent à cet hymen un air de désintéressement, qui fait beaucoup d'honneur à M. de

Ximenès. La mère était une madame Duhalley, fort renommée autrefois par sa beauté, son esprit^ sa galanterie et ses intrigues ; elle avait fini par épouser le pauvre diable^ père de la demoiselle en question.

i9. — Un nommé Lévêque, garde-magasin des Menus-Plaisirs, a laissé une veuve fort riche. Malgré la jouissance des plaisirs de toute espèce que lui offrait ce tripot, elle s'est éprise de M. Caron de Beaumarchais, auteur d'Eugénie, plus renommé encore par ses intrigues que pour ses talents littéraires, et veuf aussi. Tous deux convolent en secondes noces; et, quoique la femme soit encore dans le deuil ^ elle a déposé ses crêpes funèbres pour s'orner des atours de Thymen le plus galant.

On assure que M. le duc d'Aumont, à qui madame Lévêque a présenté son contrat de mariage à signer, comme au gentilhomme de la Chambre d'année, son supérieur, lui a répondu : « Rappelez-vous, Madame, le sort de la première ; je crains bien de signer en même temps votre billet d'enterrement. »

20. — On voit, dans V Avant-Coureur du 18, la déclaration suivante de M. de Voltaire :

« Ta appris dans ma retraite qu'on avait inséré dans la Gazette d'Utrecht, du M mars 1768, des calomnies contre M. de La Harpe, jeune homme plein de mérite, déjà célèbre par la tragédie de Warwick et par plusieurs prix remportés à l'Académie Française avec l'approbation du public. C'est sans doute ce mérite-là même qui attire les imputations envoyées de Paris contre lui à l'auteur de la Gazette d'Utrecht.

« On articule, dans cette Gazette, des procédés avec moi dans le séjour qu'il a fait à Ferney. La vérité m'oblige de déclarer que ces bruits sont sans aucun fondement, et que tout cet article est calomnieux d'un bout à l'autre. Il est triste qu'on cherche à transformer les nouvelles publiques et d'autres écrits plus sérieux «n libelles diffamatoires. Chaque citoyen est intéressé à prévenir les suites d'un abus si funeste à la société.

« Fait au château de Ferney, pays de Gex en Bourgogne, ce 31 mars 1768. Sipné Voltaire. »

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