‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 48 sur 77 · scène, à l'occasion de l'escroquerie dont on a parlé dans le · texte numérisé non relu

scène, à l'occasion de l'escroquerie dont on a parlé dans le

temps (t), et dont raocuse mademoisdle Ihiprat, chatitease des chœurs de l^Opéra. Le Hémoire contre cet auteur, que différents avocats se disputaient le plaisir de faire, parait enfin; mademoiselle* Duprat le débite elle-même; il est signé d*éi\e, mais on le croit de M« Cocqiieley de Chaussepierre. Il n'est pas aussi plaisant qu'il pouvait Tètre, et Ton a manqué Tà-propos. Marchand, le grand faiseur de pareilles facéties, est désolé de n'avoir pas eu à traiter cette matière; il dit qu'il aurait achetés prix d'argent la clientèle de cette chanteuse.

22 — M. l'abbé Yvon, qui a fait tant de bruit lors de la thèse de Tabbé de Prades (2), et poursuivi comme infidèle, quoique le plus croyant de France, avait entrepris une Htstoire ecclésiaS' tiqm, qu'il avait déjà conduite à son troisième volume. Gomme il avait pour censeur le même que M. Marmontel lors de Bélisaire, le lieutenant de police a cru qu'il n'était pas prudent de laisser à la discrétion d'un pareil examinatenr un livre de l'iniportance de celui en question. Après différents revirements^ l'affaire a été portée devant M. l'archevêque, qui, entouré d'hommes ignorants et à préjugés, s'est absolument opposé àia publicité de la suite de cette Histoire qui devait avoir douze volumes.* En vain l'abbé a <}&mandé ce qu'on trouvait de répréhensible dans son ouvrage ; il n'a pu en ti]*er raison; il a éle' •obligé de suspendre ou de laisser là son manuscrit.

24. — Mademoiselle Le Blanc de Crouzol, connue à TOpà'a sous le nom de mademoiselle Duprat, a excité contre elle un orage considérable par le mémoire qu'elle a répandu contre M. Poinsinet. Il a eu recours à madame la comtesse de Laogeac, ci-devant madame Sabbatin, sa protectrice, et M. de Saint-FI«rentin a exigé des directeurs de renvoyer cette actrice.

^^. — 11 paraît que le sieur Âudinot, dont la troupe joue à Versailles, a beaucoup de succès. On parle surtout de^a'^le, {igée de huit ans, appelée mademoiselle Eulalie, qui réunit les talents du chant, de la danse et de la déclamation. Elle avait déjà reçu les applaudissements les plus distingués, le 3 août dernier, à la fête que M. le chevalier d'Arcq donna à madame la comtesse de Langeac, dans un opéra-comique nouveau, intitulé:

(1) Voy. 27 décembre 1767 et 22 février 1768. (•) Voy. 4 féTTier 1762.

AVRIL n^%. 2G7

Le B&uquH. Il a été donné à Versailles avec nn aussi grand «iccès. 27. — M. de Voltaire remplit Paris de lettres où il parle de sa communion pascale. Dans une entre autres à M. de Falbaire» l'auteur de V Honnête criminel, il avoue cette bonne action ; mais il ajoute : « Toujoure rancune tenante contre maître Aliboron^ dit Fréron. » Tout cela vérifie le pronostic du bon Père Adam, Ce lésuite y très-longtemps assez déplacé chez M. de Voltaire , était le plastron de toutes les plaisanteries y des sarcasmes^ des bons mots de ceux qui étaient à la table de ce poète magnifique. Quelqu'un lui dit, un jour : « Que faites- vous ici, Père ? Ne voyezvous pas que vous «'allez pas à tout ce monde-là? » Le béat répondit : « Je patiente, je guette le moment de la grâce. » Au reste, M. de Voltaire commence à se rendre un peu au grand monde, et le duc de Villa-Hermosa, Espagnol, qui était à Paris pour apprendre le français, a obtenu Tagrément de ce giand homme, et se rend auprès de lui.

— Une dame Vestris, échappée des débris de la troupe des spectacles du duc de Wurtemberg, est venue ici, et a donné dans l66 yeux du duc de Duras, qui veut, en conséquence, l'attacher à la Comédie Française. On l'a fait jouer sur le théâtre des Menus Plaisirs pour coup d'essai, et toute la cour du gentilhomme de la Chambre la trouve divine. Elle prétend débuter dans les rôles de mademoiselle Clairon. On verra si le public ratifiera ce jugement très-suspect.

Une autre actrice doit débuter incessamment dans le rôle de Médée; c'est une demoiselle Fleury, appelée la Belle ou la BétSy car elle est susceptible des deux surnoms. On la distingue ainsi de deux autres Fleury, illustres dans les fastes de Cythère : la douairière, ou la marquise de Fleury, celle sur laquelle Chevrier s'est si fort étendu dans son Colporteur; et Fleury la jolie, ou Fleury Hocquart, du nom de son entreteneur. Quoi qu'il en soit, la première veut que son nom passe d'une manière plus durable à la postérité : elle a été initiée à l'art de la déclamation, par le chevalier de La Morlière, auteur très-connu par ses aven- ^res, ses escroqueries et son admirable talent de bien jouer la •comédie sur le théâtre et hors du théâtre.

28, — Madame Denis, n'ayant pas ti'ouvé sa conduite envers «on oncle fort approuvée dans ce pays-ci, s'est enfin rendue à

S68 lf£HOIB£S SEGRKTS CE BACHA UMONT.

ses instances^ à ce qu'on assure, et a donné son consentement pour la vente de Ferney. On prétend que M. de Voltaire, par arrangement, lui a fait ici un sort pécuniaire qui doit la mettre à même de tenir une maison (1); en conséquence, elle en a loué une.

29. — Le président Langlois de La Fortelle vient de mourir: c'était un homme d'esprit, quoique de la chambre des Comptes. 11 avait fait, en sortant du collège, c'est-à-dire il y a plus de vingt ans, un vaudeville fort couru dans le temps et fort caustique, dont le refrain était :

Ah ! le voilà, ah! le voici, Celui qui n'en a nul souci.

KPIGRAMME SUR M. POINSINET LE MYSTIHÉ, PAR M. GCICHARD.

De lui seul toujours satisfait

11 se croit le héros du Pinde :

Il vante tout ce qu'il a fait.

Tout, jusqu'à sa froide Emelinde (2).

« Messieurs, et mon Cercle (3) aux Français ? »

De son cercle il ne sort jamais ;

Catins sont ses douces liesses ;

Il est sans goût, sans mœurs, sans lois ;

Enfin il ressemble à ses pièces :

On ne peut le voir qu'une fols.

M. Poinsinet ayant écrit, à cette occasion, au père de M. Guichard pour lui dénoncer son fils comme un mauvais sujet, il a reçu la réponse suivante (3) :

« J'ai bien Vhonneur de vous connaître. Monsieur; voire réputation en tout genre est établie, et je suis étonné que mon fils ose l'attaquer; je lui en dirai deux mots très-vertement, l^ n'ai point vu son épigramme ou ses épigrammes contre vous. Mais, si, de votre aveu, il n'a que de petits talents^ quel tort peut-

(1) Son oncle lui faisait vingt mille francs de pension. — W.

(2) Voy. 24 novembre 1767.

(3) Voy. 7 sept. 1764.

(4) On n'a pu avoir la lettre envoyée par M. Poinsinet a M. Guichard, mais le* mots soulignés sont de cette lettre. — > B.

il faire à ces grands talents que Paris et la. cour admirent dans M. Poinsinel? Emelinde sera-t-elle moins Ernelinde ? Ainsi du

reste Vous êtes trop sensible; M. de Voltaire est, dit-on, de

même; le moindre trait qu'on lui décoche le rend malade : c'est apparemment le faible des âmes sublimes.

« Votre délicatesse 5urle chapitre des mœurs est, par exemple, on ne peut mieux placée. J'ai en main une lettre anonyme de votre fabrique à Hérissant contre mon fils , laquelle , jointe h d'autres faits de cette nature, prouve merveilleusement que vos moeurs sont irréprochables, et combien ce malheureux fils aurait dû les respecter. Les siennes ne sont pas si pures, si j'en crois ces chansons obscènes que vous marquez lui avoir entendu chanter à votre table. Je puis vous assurer cependant. Monsieur, de sa réserve à cet égard devant moi et parmi mes sociétés; ce <ïui me ferait conclure, avec votre permission, qu'il faut absolument que votre cercle ne soit pas bien composé. Comme Taccusation est grave, et qu'en matière de moeurs je suis au moins aussi rigide que vous, je vous prie de m'envoyer quelques-unes de ces chansons, pour voir un peu si cela est dé la force de Gilles j garçon jpeintre (I), et (Je Cassandre^ aubergiste (2).

« Je suis, avec tous les sentiments que vous méritez. Monsieur, etc.

« P. S. Pardon si, dans la suscription de cette lettre, je ne fais point usage de votre qualité d'Académicien des Arcades de Rome ; je craindrais de paraître faire une plaisanterie. »

30. — La secte des Économistes, fort alarmée du départ de l'abbé Bandeau qui se dispose à passer en Pologne, où il est nommé, comme on a dit, à un bénéfice, après ditférenls conciliabules, a déféré la plume à M. Dupont, un de ses membres. 11 a\ait déjà travaillé au journal de la Société, connu sous le nom des Éphémérides, et il va reprendre cette tâche. Quant à 1 abbé Bandeau, avant de partir il n'a pas voulu laisser la France, sans ses dernières instniclions sur ce que ces enthousiastes appellent la science : il a consigné ses principes dans VAvis au

11) Opéra-comique da sieur Poinsinet. — B. \^) Paradé jouée en société. — B.

petiplesur son premier 6e.«o«n, et dans la Lettre d'un gentilhomme de Languedoc à un conseiller au Parlement de Rouen. U se récrie, dans l'un et Tantre, sur les craintes qu'a occasionnées l'exportation. Il attaque, entre autres, les Remontrances du Parlement de Rouen, et provoque cette Cour, avec une hardiesse et une véhémence qui caractérisent un homme très-ahondant dans son sens. Cet ouvrage fait grand bruit.

— Il est question de créer à l'Académie des Belles- Lettres deux places d'honoraires de plus, et deux places de pensionnaires. Les deux premières paraissent destinées au cardinal de Bemis et à M. de Boulogne, intendant des finances. Les deux plus anciens des associés monteront à celles de pensionnaires, qui seront désormais fixées à douze, ainsi que celles d'honoraires, et il se trouvera deux places d'associés à donner.

Mai. — 4. — Toutes les circonstances de la coinmumoD pascale de M. de Voltaire sont remarquables : voici Tordre et la marche de cette cérémonie (i). Il faut savoir d^abord qu'il a fait bâtir l'église paroissiale de Ferney, avec cette inscriptioD, très-propre à fournir matière aux dissertations des commentateurs futurs : Diçavit Deode Vollairc (i>). M. de Voltaire est parti de chez lui, précédé de deux de ses gens portant des hallebardes, en forme de suisses. Venait après l'architecte avec le plan de l'église, espèce d'offrande que le catéchumène faisait précéder comme acte de sa réconciliation. Il marchait ensuite, avec la figure d'un pénitent, avec la componction sur le visage et sans doute dans le cœur. Deux gardes-chasse fermaient la marche, la baïonnette au bout du fusil. A l'entrée de l'église, s'est trouvé le Père Adam, qui a fait le rôle de médiateur entre le ciel et le pécheur. On est instruit du reste, et du sermon surtout. U ne faut pas oublier les tambours et les fanfares qui célébraient ce grand jour.

— Les Comédiens Français se disposent à jouer dans la semaine prochaine Béverley , tragédie bourgeoise, que le sieur Saurin a tirée d'une pièce de Moore, intitulée The Gamester. Le

(!) La cérémonie burlesque que Ton se plaît à décrire ici est une puredérisiOB^ tout cela est de la plus grande fausseté. — VST.

(2) Le rédacteur, pour faire une plaisante équivoque, e«tr«pie à dessein ViBseti^ tiou de Téglise. qui est : Dêo erexit yoltaire.

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