‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 69 sur 77 · ÉPIGRAMME SUR LA STATUE DE M. DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

ÉPIGRAMME SUR LA STATUE DE M. DE VOLTAIRE

J'ai vu chez Pigalle aujourd'hui Le modèle vanté de certaine statue :

A cet œil qui foudroie, à ce souris qui tue, Je me suiâ écrié : « Ce n'est point là Voltaire ; C'est un monstre — Oh! m'a dit certain folliculaire,

Si c'est un monstre, c'est bien lui. »

18. — CHANSON FAITE DANS UN SOUPER CHEZ M. LE DUC d'ORLÉANS (1).

Voulez-vous que de Fanchette , Je vous parle , mes enfants ?

La petite est si drôlette, Ses appas sont si friands!

C'est que je la bdise.

C'est que je suis aise, C'est que je suis , ma foi ,

Plus content qu'un roi I

Fanchette, sans être belle, A dans son minois lutin ^

(I) Voy. 8 octobre 1770. Cette chanson devint populaire, en s'éloignant de son origine.

44a MEMOIRES SEGfiETS DE BACHAUMONT.

Un tour qai nous ensorcelle , Je ne sais quoi de si fin ,

Que quand je la baise

C'est que je suis aise , C'est que je suis , ma foi ,

Plus content qu'un roi !

Sa bouche est comme une rose Au moment d'épanouir :

Quand la mienne s'y repose , Dieux, que je sens de plaisir !

C'est que je la baise , C'est que je suis aise , C'est que je suis, ma foi y i Plus content qu'un roi!

Sous le voile du mystère Cachons ses autres appas :

Amour dit qu'il faut les taire ; Mais quand je suis dans ses bras ,

C'est que je la baise,

C'est que je suis aise,

C'est que je suis , ma foi ,

Plus content qu'un roi !

Fanchette , reconnaissante , Me rend amour pour amour ; Avec un air qui m'enchante Dans mes bras elle , à son tour ,

C'est qu'elle me baise ,

C'est que je la baise , C'est que je suis, ma foi.

Plus content qu'un roi !

49. — On prétend que des vues politiques se sont mêlées à l'établissement du Colysée, et qu'on aurait quelque envie d'y exécuter le Parthénion annoncé dans le singulier livre de M. Rétif de La Bretonne, dont on a parlé il y a un an (1), puhlié sous Fautorité du Gouvernement, et qui a paru sous le titre de PÔr^ nographe. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu*on pratique dans rinté-

(I) Voy. 19 juillet 1769.

rieur de ce hâtiment une multitude de cabinets et de cellules qu'on prévoit ne pouvoir convenir qu'à des tête-à-tête amoureux. Au surplus^ ce lieu serait infiniment trop petit pour remplir un aussi vaste projet que celui annoncé par. le grave écrivain en question; mais on remarque aussi que ce bâtiment-ci a des pierres d'attente de toutes parts, propres à Tagrandir quand on voudra.

30. — On raconte que le sieur de La Harpe s'est trouvé à dîner, il y a quelques jours, avec le sieur La Beaumelle. On sait combien celui-ci est ennemi déclaré de M. de Voltaire, et que l'autre, par politique, affecte d'être un de ses plus zélés adorateurs. Cependant ces deux champions se sont fait beaucoup de politesses, et le sieur de La Harpe, en quittant le sieur de La Beaumelle, lui a dit : « Croyez que je suis comme Atticus, qui ne prit aucune part dans la guen^e entre César et Pompée. » On rapporte cette anecdote, pour faire voir la vanité de ce petit poète, et coipbien il met d'importance à son amitié.

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