court un quatrain sur les circonstances présentes
France, tel est donc ton destin, D'être soumise à la femelle!
Ton salut vint de la Puc«lle, Tu périras par la Gatin (l).
— On rapporte que madame la comtesse Du Barry, ayant rencontré M. le duc de Nivernois, un des protestants au Lit de justice, Tavait arrêté, et lui avait dit : « Monsieur le duc, il faut espérer que vous vous départirez de votre opposition ; car, vous Tavez entendu, le roi a dit qu'il ne changerait jamais. — Oui, Madame* mais il vous regardait. »
26. — Le sieur de La Borde, l'auteur de la Cinquantaine, ayant indisposé beaucoup de sujets de l'Opéra par une défense indiscrète qu'il a voulu prendre du sieur Vestris contre .mademoiselle Heinel, en se mêlant mal à propos dans les querelles de ce tripot, a été obligé de retirer son ouvrage, par la difficulté de trouver des gens de bonne volonté, soit dans le chant, soit dans la danse : il paraît qu'en général le public n'y perd pas beaucoup.
27. — Les plaisants continuent à rire et à faire des épigrammes. En voici une qu'on a dâ)itée sur le soi-disant Parlement:
« Quand je^vois ce tas de vermine Que Ton érige en Parlement, Je les pendrais tous sur la mine, Disait le bourreau gravement ; Mais, en vertu d*une sentence De ce Conseil irrégulier, Je ne pourrais, en conscience, Pendre même le Chancelier. »
(1) Outre ce rapprochement entre lc« destinées de la Catin et de imPucellei on en peut faire un autre assez singulier : c'est que toutes deux sont nées au village de Vaucoutours. — R.
MAI .1771. te7
28. — Madame la duchesse de Durfort, belle-fille de M. le duc de Duras, que tout le monde sait ne point vivre avec son mari, est devenue grosse et est accouchée. M. le chevalier de Boufflers a fait une chanson à cette occasion (f).
Mai. — 2. — Le 28 du mois dernier est mort M. de Bachaumont, âgé de quatre-vingt-un ans. C'était un de ces paresseux aimables, tels qu'en a fourni beaucoup le dernier siècle. Il a écrit sur les arts avec le goût d'un homme du monde instruit. 11 vivait chez madame Doublet, cette virtuose si connue, dont la maison a été longtemps célèbre par la réunion de tout ce qu'il y avait de plus illustres personnages dans tous les genres. Cette dame, qui vit encore, a eu la douleur de survivre à tous se^. anciens amis. Elle est âgée aujourd'hui de quatre-vingt-quatorze ans.
16. — Madame Doublet est morte, ces jours-ci, âgée de quati;e-vingtquatorze ans. C'était une virtuose dont madame Geoffrin n'est qu'une faible copie. Depuis soixante ans, elle rassemblait dans sa maison la meilleure compagnie de la cour et de la ville, et passait sa vie à former un journal bien* supérieur à celui de FÉtoile et autres ouvrages du même genre. La politique, les belles-lettres, les arts, les détails de société, tout était de son ressort. Elle s'abaissait du cèdre jusqu'à l'hysope. Tous les jours on élaborait chez elle les nouvelles courantes, on en rassemblait les circonstances, on en pesait les probabilités; on les passait, autant qu'on pouvait, à la filière du sens et de la raison; on les rédigeait ensuite, et elles acquéraient un caractère de vérité si connu, que, lorsqu'on voulait s'assurer de la certitude d'une narration, on se demandait: « Cela sort-il de chez madame Doublet? » Au reste, sa réputation avait un peu dégénéré de ce côté : en vieillissant, elle avait perdu beaucoup de ses amis du premier mérite, et avait survécu à toute sa société habituelle. M. de Bachaumont est le dernier philosophe qu'elle ail vu mourir.
Il est difficile qu'au milieu de ce savant tourbillon qui l'entourait, madame Doublet ne passât pas pour être un peu entichée de déisme, de matérialisme et même d'athéisme. Elle avait bravé jusque-là l'opinion
(1) Cette cfaan^n, qni fut peut-être chantée devant Bachaumont quelques heures ayant sa mort, roule tout entière sur le mystère de Tlncarnation et l'opération du Saint-Esprit; car la duchesse de Durfort s'appelait Marie, comme la mère de Jésus.
((78 MÉMOIRES SECRETS. DE BAGHAUMONT. f
publique et les clameurs des dévots. Depuis le carême dernier, la tête de cette dame s*affaiblissant| M. le curé de Saint-Eustadie avait cru qa*il était temps de convertir sa paroissienne. Celle-ci n*étaft plus en état d'argumenter contre lui, et, avec le secours de la grâce, le pasteur s'était flatté d'avoir réussi. En effet, elle avait reçu le bon Dieu la semaine sainte : pratique de religion que personne de sa connaissance ne se rappelait lui avoir vu faire. On conçoit qu'avec de pareils préparatifs, elle n'a pu qu'éprouver une mort très-édifiante et s'endormir dans le Seigneur.