‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 104 sur 123 · PARODIE · texte numérisé non relu

PARODIE

J’ai lu plus d’une fois ta triste Melanie,

Plt je n'ai ressenti ni troidile ni douleur ;

' Il s’y prescule journellemcnl une grande ainuence de monde, pour savoir de scs nouvelles. — R.

iOO

31L.)1()JKES SECUETS de HACllAL’iyiOM

De tes vers si corrects la pesante harmonie A frappé mon oreille et non touché mon cœur.

K II vain tu poursuis ta carrière :

Sans ailes, à la gloire on ne peut pas voler.

Nous pleurerons longtemps la perte de Voltaire, S il ne reste que toi pour nous en consoler.

»). — M. le duc d’Aigiiillon se trouvant chez le roi, on prétend que Sa Majesté parut inquiète de sa santé, lui demanda s’il ne se portait pas bien, et remarqua qu’il lui paraissait Jaune, On assure que le duc de.Noailles, en possession de tout sacrifier à ses bons mots, dit : « Ab ! Sire, Votre Majesté voit

toujours les gens bien favorablement, car le public le trouve bien noir. »

b. — Le sieur Darigrand est un avocat fort renommé dans son genre. Il s est spécialement v'oué aux aliaires cjui intéressent les droits du roi, et c’est le fléau des fermiers généraux K Gomme il a été anciennement à leur service, il connaît tous les détours, tous les subterfuges, toutes les vexations du métier. Ce zèle infatigable à combattre les traitants lui a fait beaucoup d’ennemis. Enfin il a été déféré à l’Ordre, comme ayant pré\ariqué dans les fonctions de son état, comme coupable de s etre jireté a des clioses illicites, comme susceptible de corruption, d escroquerie, etc. Son affaire a été jugée mardi par ses confrères assemblés. Plus de cent ont persisté à le trouver innocent, malgré treize qui le jugeaient coupable. La séance s est terminée par reconnaître qu’if n’était point dans

v ^ ^ 1) 1 e a 1.x , mais bien d’etre rappelé, par le

bâtonnier, a une délicatesse de sentiments dont son éducation ou sa façon de penser ne lui avaient peut-être pas fait assez connaître l’importance, mais qui est essentielle à la noble profession qu’il exerçait.

10. — Il y a une grande fermentation parmi les gens de lettres, à l’occasion du projet singulier de quelques enthousiastes de M. de Voltaire, qui ont proposé de faire ériger une statue à ce grand poète dans la nouvelle salle de la Comédie Française, qu’il est question de construire, sans que l’emplacement en soit encore arrêté. Ils ont cru que ce monumeut

‘ Voy, ti janvier I7(j/.

.AVHIL 1770

serait placé là ])Ü(Mix ({u’ailhoirs, ])uisqii(^ cc li('n ('sL \o. ])riucipal théâtre de sa gloire. Ils ont toujours coiuinaudé à coin{)t(‘, la statue au sieur Pigalle. Elle sera en marbre, et Ton prétend que le marché est conclu à dix mille francs. On veut (pie cela se fasse par une souscription, ouverte senbummt aux gens de lettres. C’est M. d’Alembert qui est chargé de recueillir l’argent On ne doute pas que la somme ne soit bientôt complète.

12. — On a déjà composé l’inscription i)Our la statue projetée de ]\r. de àAltuire. Elle portera. « A Vcltuire. pondant sa vie : par les gens de lettrcîs, ses compatriotes et ses contemporains. »

13. — La Ville lait redoubler les travaux des préparatifs pour les fêtes qu'elle se propose de donner à l’occasion du mariage de M. le Dauphin. On déblaye la place de Louis XY, 011 l’on met les deux gros pavillons en état de hgiirer, par les ornements, avec l’illumination qu’ils doivent recevoir. Quant à celle des boulevards, il paraît qu’on a changé la forme dont elle devait être, et qu’on y a substitué trois cent soixante lanternes à réverbère, qui donneront une clarté très- brillante. Gela s’accordera mieux avec la foire franche (|ui doit y durer neuf jours, et garnir absolument le boulevard depuis la porte Saint-Honoré jusqu’à la porte Saint-Antoine ; ce qui donne lieu à un de ces quolibets dont le Français assaisonne ses plaisirs et se console de ses disgrâces. On sait que M. de Bernage, aux deux mariages de feu M. le Dauphin, avait lourni beaucoup de mangeailles au peuple, et, entre autres, au second, avait fait promener des chars avec des cornes d’abondance d’où se jetaient les cervelas, les saucissons et autres rocamboles pour les gourmands. On dit (pie cclni-là avait donné des indigestions, et que celui-ci donne la foire.

14. — C’est dans une société particulière i qu’a été enfanté le projet d’ériger à M. de Voltaire la statue dont on o parlé, entre M. d’Alembert, l’abbé Raynal et autres enthousiastes de ce grand homme. La clause de n’admettre à la souscription que des gens de lettres français est si expresse, que les particuliers même à la table desquels ces messieurs

’ Chez madame Xooker. Voy. 19 jui!» 1770.

Miv>iomi:s sKci\KTs de .ba(]haumont

ont conçu cette heureuse idée, ont riuimiliation de ne pouvoir en être, faute d’avoir quelque ouvrage, bon ou mauvais, à produire ; car on n’est pas difficile sur la qualité ni sur la quantité. Il a été arrêté que tous les membres de T Académie française seraient tenus peur bons, quoique plusieurs n’eussent fait que d’assez mauvais discours de réception. Pigalle, de son côté, s’anime et s’évertue pour produire un chefd’œuvre digne du héros littéraire qu’il est chargé de transmettre a la postérité, et dont il espère à son tour être célé- ])ré dans quelque épître. Il assure que, si l’exécution répond a ses désirs, il se regardera comme le plus heureux des artistes; mais que, si l’ouvrage ne répond pas au chef-d’œuvre ju’il imagine, il en mourra de douleur.

hô. — Une cérémonie merveilleuse, qui s’exécute de temps immémorial, à la Sainte-Chapelle, la nuit du vendredi au samedi saint, a eu lieu à l’ordinaire, avec une affluence prodigieuse de spectateurs. C’est à minuit que se rendent en cette église tous les possédés qui veulent être guéris du diable qui les tourmente. Al. l’abbé de Sailly, grand-chantre de cette collégiale, les touche avec du bois de la vraie Croix. Aussitôt leurs huiiements cessent, leur rage se calme, leurs contorsions s’arrêtent, et ils rentrent dans leur état naturel. Les incrédules prétendent que ces énergumènes sont des mendiants qu’on paye pour jouer un pareil rôle et qu’on y exerce do longue main ; mais on ne |)eut croire que des ministres de la religion se prêtassent à une comédie si indécente. Tout au plus peut-être, à défaut de vrais possédés, aurait- on recours à ce pieux stratagème, pour ne pas laisser interrompre la croyance des fidèles à un miracle subsistant depuis tant de siècles et si propre à les raffermir dans leur foi. Heureusement, les possédés sont si communs, que, sans doute, il n’est pas besoin d’en préparer de factices.

19. — M. de La Harpe est un des principaux petits compagnons travaillant au Mercure sous le sieur Lacombe. Cet auteur, d’un génie naturellement malfaisant, paraît se plaire à profiter de cette espèce de dictature pour rendre des jugements qudl croit souverains, et traiter de Turc à Maure les différents écrivains ({ui ont le malheur de lui déplaire. De ce

' -• . vd

nombre est et doit être M. de Belloy. lia saisi assez ingénieusement quelques vers de Gaston et Bayard^ de ce poète, fort obscurs comme le sont beaucoup de ceux (]u’il iait, et les a insérés au Mercure comme une énigme proposée par une société de gens de lettres K

Un plaisant, non moins mordant que M. de La Harpe, propose, pour pendant, l’énigme suivante qui peut servir aussi d’acrostiche :

mes lieureux talents le nombre est innombrable,

Kt vous (levez, lecteur, in en croire sur ma foi : r^'orgueil, vice en autrui, devient vertu dans moi ;

tous les beaux esprits, je suis inexüra])le ;

Eaïr est un Ijesoin pour mon cœur inliumain. l>mitié, ton nom seul me glace et m'épouvante : p:‘arement Ton me plaît; jamais rien ne m’enchante.

Prétendre à mon sulfrage est mutile et vain,

Kt je datte aujourd’hui pour mieux mordre demain.

21. — M. Boutin voulait intéresser les intendants des finances, ses confrères, à demander justice en corps de la manière outrageante dont il est traité dans le Mémoire ^ do M. le comte de Lauraguais. On ne sait si les autres se sont joints à l’offensé, mais, sur les sollicitations faites auprès de M. le contrôleur général, celui-ci a remis le livre entre les mains du roi, afin que Sa Majesté pût en juger en connaissance de cause. Il paraît qu’elle a traité tout cela de bagatelle, puisque M. le comte de Lauraguais n’a point été à la Bastille, cemme l’exigeait M. Boutin, et que, par les propos qu’on rapporte du roi à cette occasion, le plaignant n’est pas sans beaucoup de torts dans l’affaire qui a donné lieu à la sortie

• Voici les vers de Belloy, (pii oiil^cn elTct, loulc l;i cUirlé d une énigme * *.

Je règle les ressorts de mon art înfLiilÜdle ;

.le concerte si bien le ir jen sur ei teriiblo.

Que i’iin, en se rumpont, par un elt'ort secret,

De l’autre tout ii coup précipite IMl'el;

et ce dédale, oiîrant des détours innombrables,

Parioii't entrecoupes, partout imiiencltab les,

Est plein de fils trompeurs, dont le sombre embarras Egare sans retour et conduit an trépas.

Un OEdipe de province trouva que ces vers caracLérisaietil parlailement r/lroignée. — R.

2 Mémoire sur la Compagnie des Indes, en réponse aux compilations de monsieur l’altbé .Morellet, par M. le comte de***. .S. l770,in-8'>.

mi:moihi:s

RACHAUMOM

en question. Bien des gens même le regardent comme perdu sans ressoiirceo Ce qu’il y a sûrement de fâcheux pour lui, c est que 1 éclat que lait à la cour cette querelle, donne au Mémoire une publicité qu’il n’aurait pas eue. Depuis que le roi en a eu communication, tous les ministres, tous les princes, tous les grands seigneurs veulent lire cet ouvrage, qui jusqu’ici n’était intéressant que pour les actionnaires, et était très-peu répandu. On écrit de Gliâlons qu’on avait saisi un ballot de douze cents exemplaires de ce Mémoire, ce qui va le rendre fort cher dans ce pays-ci. Au surplus, ce qui justifie M. le comte de Lauraguais, même sur le procédé, c’est que le manuscrit paraît lui avoir été dérobé, avoir été imprimé sans son aveu, et qu’il ne se serait certainement pas permis la licence sans exemple de laisser le nom de Boutin en toutes lettres, s’il eût présidé à l’impression.

24. — Les Comédiens Français ont ouvert hier leur théâtre dans la salle des Tuileries, que quitte l’Académie royale de musique. Cette translation, qu’on croyait devoir être fort tumultueuse dans ce pays-ci, où tout fuit époque et excite la curiosité, n’a eu rien d’extraordinaire, que beaucoup de critiques auxquelles elle a donné lieu. La différence du genre des spectacles exigeait nécessairement du changement, et l’on a jugé digne de la magnificence royale de faire supporter ces frais par Sa Majesté. La précipitation qu’on a mise à ce bouleversement peut seule excuser les restaurateurs de la salle. On leur reproche des bévues énormes de toute espèce, mais surtout d’avoir rompu l’haTmonie qui régnait dans la distribution des loges, pour en augmenter le nombre ; d’avoir reculé le théâtre, ce qui produit l’efiet le plus révoltant, prolonge trop la salle et la rend très-sourde pour le fond de l’ampbitliéâtre. Ce sont les Menus-Plaisirs qui ont présidé à ces changements, de concert avec les Comédiens, que l’intérêt %eul a guidés. La fureur des petites loges fait dénaturer les formes les plus convenables, pour y substituer des commodités particulières qui dégradent la noblesse du spectacle. On ne peut que plaindre les artistes, forcés de s’asservir à tant

de petites prétentions, qui enchaînent les talents et les énervent.

/lOo

1 abbé Nollet, inenibrc de rAcadémie des sciences, Irès-reiiommé pour ses expériences de i)liysi(|ue expérimentale, est mort avant-bief, prescpie subitement.

30. — Mademoiselle Beauvoisin, courtisane dbine jolie ligure, mais sans taille, courte et ramassée, avait été obligée, par cette raison, de quitter l’Opéra dont elle avait été danseuse. Elle s’était livrée, depuis quelques années, à tenir une maison de jeu : ses charmes, son luxe, et l’aniuence de joueurs opulents qui s’y réunissaient, avaient rendu sa maison célèbre ; mais il s’y était glissé beaucoup d’escrocs, sui- Aomt l’usage; il s’y était passé des scènes ({ui avaient attiré l’attention de la police, et elle avait été mmiidée cliez M. de Sartines, et avait reçu de ce magistrat une forte réprimande*, avec injonction de fermer son tripot, ou du moins d’éviter le moindre éclat, à peine de punition exemplaire. Elle avait cru se soustraire à la vigilance de la police en se faisant inscrire comme danseuse surnuméraire à Versailles pour les fêtes qu’on y prépare. Par un préjugé de ces demoiselles, elle croyait avoir plus de consistance; mais, sur de nouvelles plaintes que la maison de cette tille était un coupe-gorge effroyable, où se réunissaient des jeunes gens de distinction, elle a été enlevée aujourd’hui et conduite à Sainte -Pélade retraite destinée aux nymphes d’un certain ton qu’on ne veut pas mettre à 1 Hôpital. Cet enlèvement a jeté l’épouvante parmi les joueurs afliliés à sa maison, obligés de chercher asile ailleurs.

Mai. 5. — M. le duc de Villars, gouverneur de Provence, vient de mourir dans son gouvernement. Ce seigneur, lils du maréchal de ce nom, n’avait })as couru la même carrière et avait bien dégénéré de la vertu de ses ancêtres. Il élait taxé d un lice qu il avait mis a la mode a la cour, et qui lui avait valu une renommée très-étendue, comme on peut le voir dans la Fucelle. Du reste, il avait beaucoup d’esprit; il était homme de lettres, et membre de l’Académie française depuis 1/34. Il était aimé dans son gouvernement, où il s’était tort bien comporté à certains égards.

nouvelle église de Sainte-Geneviève n’avance point, faute d argent. Dans cet intervalle, les critiques

^iKMomics si^cf\p/rs dp hacüaumünt

s’exercent à y chercher des défauts. Le sieur Patte, architecte du prince des Deux-Ponts, vient de publier un Mémoiy^e\ oii il prétend que les piliers de ce nouvel édifice n’en pourront jamais supporter la coupole. Il fait, à cette occasion, une description de ceux de Saint-Pierre de Rome et de l’église des Invalides, qui, quoique de la même proportion, ne soutiennent que des dômes beaucoup inférieurs. Cette assertion est étayée de l’appareil scientifique d’une infinité de calculs algébriques. ÔL Soufllot annonce que toute sa réponse sera d’élever sa coupole et de prouver la possibilité du fait par le fait même. L’audace du sieur Patte paraît d’autant plus grande, qu’il n’a jamais rien fait, et que son adversaire est déjà connu par plusieurs ouvrages, surtout par un dôme construit à

Lvon.

9. — Depuis quelques jours le bruit court que mademoiselle Clairon ne fera point le rôle d'Athalie. quoiqu’elle l’ait déjà répété : ce qui la mortifie infiniment; mais elle paraîtra toujours dans le rôle d’Ainénaïde. On assure que madame Du Barry a obtenu du roi qu’on ne ferait pas un passe-droit aussi injuste à mademoiselle Dumesnil. D’un autre côté, madame de Villeroi se donne de grands mouvements pour empêcher ce nouvel arrangement. On connaît la passion extrême qu’a cette dame pour mademoiselle Clairon, et combien elle est zélée pour em})êcher que la délicatesse de cette actrice ne soit

blessée en rien.

XO. — M. le prévôt des marchands a reçu, ces jours-ci, à table, un paquet contenant des couplets imprimés sur les réjouissances, où, à travers le ton grivois qui y règne et la bonhomie apparente de l’auteur, on trouve beaucoup de traits de causticité qui empêcheront délaisser répandre cette chanson. On en peut juger par le commencement :

Eu bon Français pourtant, Il faut, quoique sans argent.

Entrer en danse, etc.

l:3. — àlesaemoiselles Camargo et Carton, deux anciens sujets émérites de l’Opéra, sont mortes depuis peu. L’une a été.

^ Ménioire sur la construclion de la coupole 'projette pour couronner l êglhe de Suinte-Geuevièpe. Paris, 1770, in-it-.

• dans son temps, une très-célèbre sauteuse ; c’est elle, en (pielqne sorte, qui a créé cette danse haute, si à la iriode aujourd’hui, mais qui s’est bien perfectionnée depuis, bille était renommée pour la légèreté et la vivacité de ses gambades, et son nom fait, encore époque dans les fastes du théâtre de l’Académie royale de musi(|iie. L’autre, chanteuse des chœurs et d’un talent fort médiocre, s’était acciuis une grande considération entre ses camarades par ses saillies, dont ({uel({u(;sunes ont été rédigées depuis en apophthegmes, ont fait pro-

verbe, et sont consignées dans un ouvrage intitulé : le Code lyrique, ou Règlement de V Opéra de Paris^. Elle s’était, d’ailleurs, illustrée parles conquêtes les plus distinguées, et se vantait de riionneur unique d’avoir partagé sa couche avec trois rois. Toutes deux étaient retirées depuis longtemps avec des pensions proportionnées à leur mérite tliéâtral. Celle de la première était de quinze cents livres, et celle de la seconde, de quatre cents livres seulement.

19. — Tous ceux qui sont entrés aux appartements le jour du mariage, et au festin royal surtout, conviennent qu’ils n’ont jamais vu de coup d’œil aussi miraculeux. Ils prétendent que toutes les descriptions qu’ils en feraient seraient au-dessous de la vérité, et que celles qu’on lit dans les romans de féerie ne peuvent encore en donner qu’une idée très-imparfaite. La richesse et le luxe des habits, l’éclat des diamants, la magni ticence du local, éblouissaient les spectateurs etles empêchaien t de rien détailler.

« L’opéra de Persée, joué le lendemain jeudi, avec toute la pompe et toute la magniücence du spectacle, n’a point eu de succès. »

21. — Le sieur Ruggieri, l’antagoniste de Torré depuis longtemps, est piqué d’une nouvelle émulation depuis le succès du feu de ce dernier. Gomme il est chargé de celui que la Ville se propose de faire tirer, le 21 de ce mois, à la place de Louis XV, il sent qu’il est de son honneur de renchérir sur l’ouvrage de son camarade : ce qui sera fort difhcile à cause de l’étendue plus resserrée du local. Il ne peut se distinguer

^ Par Meusnier de Querlon.

que par plus d’élégance et de propreté, sorte de caractère de ses feux, qui n’ont jamais été servis avec l’abondance, la chaleur, la rapidité de ceux de l’autre.

22. — Les ducs ont présenté au roi, le 12 de ce mois, un Mémoire ^ à l’occasion de leurs prérogatives lésées, suivant eux, aux fêtes et le jeudi 17. M. le comte de Saint-Florentin leur a remis de la part de Sa Majesté la réponse suivante :

« L’ambassadeur de l’Empereur et de l’Impératrice-Reine, dans une audience qu’il a eue de moi, m’a demandé, de la part de son maître (et je suis obligé d’ajouter foi à tout ce qu’il me dit';, de vouloir marquer quelque distinction à Mademoiselle de Lorraine, à l’occasion présente du mariage de mon petit-lils avec l’arcbiducliesse Antoinette. La danse au bal étant la seule chose qui ne puisse tirer à conséquence, puis- (|ue le choix des danseurs et des danseuses ne dépend que de ma volonté, sans distinction de places, rangs ou dignités, exceptant les princes et princesses de mon sang, qui ne peuvent être comparés ni mis en rang avec aucun autre Français, et ne voulant d’ailleurs rien innover à ce qui se pratique à ma cour, je compte que les grands et la noblesse démon roj^aume, (ui vertu de la fidélité, soumission, attachement et même amitié qu’ils m’ont toujours marqués et à mes prédécesseurs, n’occasionneront jamais rien qui puisse me déplaire, surtout dans cette occurrence-ci, où je désire marquer à l’Impératrice ma reconnaissance du présent qu’elle me fait, qui, j’espère, ainsi que vous, fera le bonheur du reste de mes jours.

« Bon pour copie. Saint-Florentin. »

24. — On raconte un bon mot de l’abbé Terray au roi, qui indique dans ce ministre une présence d’esprit, dont la nation ne peut qu’être fort aise par la bonne opinion qu’elle en doit concevoir du génie et des ressources du ministre, qui, s’il n’avait pas devers lui de quoi se rassurer, ne serait certainement pas plaisant. On dit que Sa Majesté lui ayant demandé comment il trouvait les fêtes de Versailles : « Ah ! Sire, a-t-il répondu, impayables ! »

Ml est dans \d. Correspondance iUUraire àe Onmm, lettre du if juin 1770, où l’on trouve aussi une version un peu différente de la réponse du roi.

•27 —Voici exacteinciU le porlrail de madaine, la Dauphine. Ceuê princesse est d’une taille proportionnée à son âf;e, niaio-re, sans être décharnée, et telle que l’est nne jeune personne qui n’est pas encore l'orinée. Mlle est tres-hien laite, bien pio portionnée dans tous scs membres. Ses cheveux sont d un beau blond; on juge qu’ils seront un jourd’un cbalain cendre : ils sont bien plantés. Kilo a le Iront beau, la lorine du visage d’un ovale beau, mais un peu allongé, les sourcils aussi bien l'ournis jiu’une blonde peut les avoir. Ses yeux sont bleus, sans être fades, et jouent avec une vivacité pleine d’i'spnt Son nez est aquilin, un peu efblé par le bout; sa bouene es petite: ses lèvres sont épaisses, surtout l’inleneure, qu on sait être la lèvre autriebienne. La blancheur do son teint est éblouissante, et elle a des couleurs naturelles ipii peuvent la dispenser de mettre du rouge. Son port est celui d’une arcbiduebesse; mais sa dignité est tempérée par sa (loucenr, et il est dilTicile, en voyant cette princesse, de se reluser a un respect mêlé de tendresse.

28. On raconte aujourd’hui beaucoup d’aventures du bal masqué de Versailles, où il y avait surtout quantité de jolies filles. La plus piquante, est celle d’un petit masque qui a 'dvement agacé M. le duc de Cdioiseul, et qui a excité sa curiosité au point de vouloir absolument savoir qui il était ; sur quoi il lui a promis de se découvrir en un coin écarté ; alors iUui a

dit fort conlidernment qu’il était l’abbé Terray... Le duc s’est

récrié sur l’impossibilité qu’un aussi Irêle individu put être le grand abbé Terray... « Est-ce ipie vous ne connaissez pas mon secret, de réduire à moitié’?... » a repris le masipie en riant el s’échappant.

p(). __ Le système delà secte des Lconomistes reçoit tous les jours des contrariétés qui désolent les apôtres de la Science, Tandis qu’ils exaltaient le zèle duParlementde Dauphiné pour la liberté de. commerce, par l’arrêt qu’il avait rendu permet- ' tant à toutes sortes de personnes de vendre et tuer des bestiaux, etc., celui de Bordeaux en rendait un, le 25 avril, qui défendait de laisser sortir de son ressort aucuns bestiaux, pour remédier à la disette de cette denrée, devenue excessivement chère... Des provinces entières qui demandaienl du

miLmoihes

BAGHAU.MOIST

pain déposent fortement contre leur esprit d’innovation, et maudissent à jamais les auteurs obscurs qui se sont avisés décrire sur l’administration: ils leur attribuent, peut-être mal a propos, leurs calamités, mais le concours des circonstancesest un argument bien fort, surtout dans la bouche des malheureux qui meurent de faim: les révoltes ont été poussées au point qu’il a fallu faire marcher des troupes, dans le temps

où 1 on était, a Paris et à Versailles, dans les fêtes et dans les bals.

préparatifs du feu qui doit se tirer aujourd’hui ■ont attiré quantité de curieux. Ils annoncent quelque chose de plus marqué que celui de Versailles, et, dans son plan, beaucoup moins étendu, on saisit un ensemble qui, dans l’autre, échappait aux spectateurs. La principale décoration présente le temple de l’Hymen, précédé d’une magnifique colonnade, dont les gens qui veulent tout critiquer ont trouvé les proportions manquées. Ce temple est adossé à la statue de

Imuis XV. Il est entouré d’une espèce de parapet, dont les quatre angles sont llanqués de dauphins qui paraissent disposés à vomir des tourbillons de feu; des Fleuves, occupant les quatre façades, doivent aussi répandre des nappes et des cascades du même genre. Le palais est surmonté d’une pyramide terminée par un globe. Beaucoup de pièces d’artifice sont rangées autour de la décoration. Auprès de la statue, et du côté de la rivière, est un bastion dont les flancs contiennent le corps de réserve de l’artifice, et d’où sortira le bouquet, pièce essentielle à une semblable fête, et qui doit ordinairement la terminer d’une façon à ne plus rien laisser à désirer à l’admiration.

— Le feu d’artifice, tiré hier à la place de Louis XV, a eu les suites les plus funestes. Outre la mauvaise exécution, un accident causé par une fusée qui est tombée dans le corps de réserve d’artifice dont on a parlé, a fait partir le bouquet au milieu de la fête et a enflammé toute la décoration, ce qui

a rendu ce spectacle fort médiocre. Le sieur Ruggieri n’a pas profité des fautes de son antagoniste Torré, et n’a pas les mêmes excuses. Outre que son plan était beaucoup moins combiné que celui de l’autre, et n’exigeait pas la inême éten-

.iriN 17"()

due de génie, c’est qu’il n’nvait pus éprouvé les uiéines contrariétés de la part du temps, et le ciel l’avait favorisé entièrement. L’accident survenu au bastion ‘d été lort long, et, comme on ne donnait uiucun secours au teu, bien des gens se sont imaginé ({ue cet incendie était un nouveau genie de spectacle. 'jui en eilet présentait un très-beau coup d’(nil et éclairait magniri(|uement la place, pendant (pi’on tonnait 1 illumination. Mais, pendant ce temps, il se passait une scène inllniment plus tragique. La place n ayant, a proi)rement paiLi, qu’un débouclié dans cette partie du coté de la ville, et la foule s’y portant, indépendamment des voitures qui venaient prendre ceux qui avaient été invités aux loges du gouverneur et de la Ville, pratiquées dans les bCitiments nœufs, un tossé, qu’on n’avait point comblé, et qui s’est trouvé au passage de quantité de gens poussés par derrière', les a tait trébucher, ce qui a occasionné des cris et un elfroi général. Trop peu de gardes, ne pouvant suffire a contenir la presse, ont été obligés de succomber ou de se retirer; des tilous, sans doute, augmenant le tumulte pour mieux faire leurs coups; des gens oppresses mettant l’épée à la main pour se taire jour, ont occasionné une boucherie etlroyable, qui a duré jusqu a ce qu un renfort puissant du guet ait rétabli l’ordre. On a commencé par emporter les blessés comme on a pu, et ce spectacle était plutôt l’idée d’une ville assiégée que d’une fête de mariage. Quant aux cadavres, on les a déposés dans le cimetière de la Madeleine, et l’on y en compte aujourd’hui cent trente-trois. Pour les estropiés, on n’en sait pas la ([nanti té. ÔI. le ( ointe d’ Argentai, envoyé de Parme, aeul’épaule démise, et ^1. l’abbé de Kaze, aussi ministre étranger, a été renversé et horriblement froissé et meurtri.

— 1. — Extrait cTune lettre de lajon^ du 28 mai i770. « Le fameux J. -J. Rousseau s’ennuie vraisembla-

blement de son obscurité, et de ne plus entendre parler de lui. Il a quitté le Dauphiné, et l’on prétend qu’il est aujourd’hui dans un petit village qu’on nomme la Frète, où l’on assure qu’il catéchise et se forme un petit auditoire. On prétend qu’il ne tardera pas à se rendre à Paris, et qu’il pourrait bien avoir la folie de vouloir taire juger son décret par le

MlîJIOIP.r.s SEC.nF.TS DE nAEIlAUMO.NT

Parlement, tentative dangereuse et dont ses amis espèrent le détourner.

3. — M. le Dauphin a paru fort inquiet, dès le commencement du jour du Dr juin, de ce que son mois n’arrivait pas. 1 est de deux mille écus, destinés à ses menus plaisirs On ne pouvait deviner le sujet de cette impatience. On l’a découvert enfin par l’usage qu’il a fait de son argent. Il a envoyé

la somme entière à M. le lieutenant général de police, avec la lettre suivante :

« .rai appris le malheur arrivé à Paris à mon occasion, j’en SUIS pénétré. On m’apporte ce que le roi m’envoie tous les mois }mui mes menus plaisirs; je ne peux disposer que de cola, je vous l’envoie : secourez les plus malheureux. J’ai,

Monsieur, beaucoup d’estime pour vous. [Siané] Louis- A[GUSTE.

« A Versailles, le nr juin 1770. »

Madame la Dauphine a aussi envoyé sa bourse à M. de Sartines. Mesdames en ont fait autant. Les princes du sang ont SUIVI cet exemple respectable, et des particuliers l’on't imite. 11 en est qui n’ont pas meme voulu qu’on sût d’où venaient les secours qu’ils envoyaient. Les fermiers généraux ont donné cinq mille livres.

O. — Le sieur Boucher, premier peintre du roi, vient de mourir. Depuis qu’il occupait ce poste distingué, sa réputation a\ait diminué, et il n’avait rien lait qui fût digne de sa place. Le seul morceau qu’il avait exposé au dernier Salon était plus que médiocre. En général, cet artiste a joui d’une réputation ])récoce, et portée beaucoup au delà de ce qu’il méritait. Il avait .un pinceau facile, agréable, spirituel, et peut-être trop fin pour les détails champêtres auxquels il sAtait consacré. Toutes ses bergères ressemblaient à celles de Imntenelle, et avaient plus de coquetterie que de naturel. Son genre n’était pas proportionné à son rang; c’est comme si 1 on donnait le sceptre de la littérature à un faiseur d idylles ou d’églogiies.

sieur De Kosoy est à la Bastille depuis environ trois semaines pour deux ouvrages qu’il faisait imprimer

I voy. 4 août

Voir aussi \'Ui$toire de la détention des philosophes e t

il.'l

sans permission, et qui ont été arretés avant ({u’ils ])arussent. On n’en connaît ([iie les titres ; run était intitulé les Jours cVAriste, et devait servir de pendant aux KnHs d'Young ; l’autre était aussi une espèce de parodie d’iin ouvrage très-connu, puisqu’il l’intitulait le Aouvel Arai des

hommes.

On prétend que, sur le bruit, accrédité depuis quebiue temps, que le sieur Palissot devait faire une nouvelle édition. Irès-augmentée, de sa Dioicicide^ le sieur De Rosoy avait présenté à M. le chancelier une recpiéte, au nom des auteurs, ses confrères, contre ce lléau de la littérature, par laquelle il suppliait le chef de la justice de défendre au sieur Palissot de faire imprimer son ouvrage, comme un libelle ditfamatoire contre tous les gens de lettres, à peine de répondre, en son propre et privé nom, de toute édition quelconque qui en paraîtrait, meme de tout fragment qu’il en pourrait répandre ; que le sieur Palissot, en récriminant contre les vexations du plaignant, l’avait représenté comme plus répréhensible (]ue lui, et avait dénoncé les deux ouvrages qui ont été arrêtés, comme s’imprimant furtivement.

P2. — Un de ces persifleurs dont la cour abonde, et qui tournent tout en ridicule, a parodié ainsi le Mémoire des ducs et de la noblesse, dont on a parlé h

Sire, les grands de vos États Verront avec beaucoup de peine Oudme princesse de Lorraine Sur eux au bal prenne le pas.

Si Votre Majesté projette De les llétrir d’un tel affront,

Ils quitteront la cadenette Dt de la cour s’exileront.

Avisez-y, la ligue est faite.

Signé : l’évéque de Noyon,

La Vaupalière, Beaufreniont,

Clermont, Laval et de Villette.

des gens de lettres à la Bastille et à Vincennes, etc., par J. nelort, Paris. i82y in-8é, t. III, p. 75-96.

ï Voy. 22 mai 1770.

mi:moii{es secrets de cachaumont

L’épigramme de cette tin consiste surtout dans le mélange des noms les plus nouveaux avec ceux des plus anciens de la noblesse, et le marquis de Villette termine cette liste de la manière la plus sanglante ^

13. — Mademoiselle Clairon, dans l’espoir de se relever de l’espèce de cliute ({u’elle a éprouvée à la cour, lors de la représentation Atlialie^ répète actuellement le rôle d’Aménaïde dans Tancrède^ qui a toujours été son triomphe. Pour dédommager aussi mademoiselle Dumesnil de l’humiliation ([u’elle aurait reçue de ne point paraître dans une occasion aussi importante, il est question de jouer S émir amis ^ une des pièces oii cette actrice est le plus sublime. On ne doute pas que madame Du Barry, qui connaît tout son mérite et la protège spécialement, ne lui ait ménagé cette représentation. Cette dame lui a fait présent d’une robe magnifique, à ce ({u’on assure.

14. — Madame la comtesse de Noailles, dame d’honneur de madame la Dauphine, et dont les fonctions sont de guider cetfe princesse dans tout ce qui est étiquette et cérémonial, voit avec peine qu’elle s’affranchisse de ses conseils, et lui fait sans cesse des représentations sur ce qu’elle se familiarise Lrop; ce qui la rend peu agréable à la princesse et au public, et ce qui donnera la clef de la chute de la pièce de vers suivante, qui, par une adresse assez heureuse, est tout à la fois un éloge très-flatteur pour madame la Dauphine et une épigramme contre madame de Noailles.

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