‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 110 sur 123 · S ECU ET S · texte numérisé non relu

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places que pour amener insensiblement celui-ci, et faire rougir, s il était possible, M. Séguier du rôle indigne qu’on lui reproche d’avoir joué dans la dénonciation, dont il avait été chargé au Parlement, des livres scandaleux contre lesquels le clergé se soulevait. On a remarqué, en effet, beaucoup d’embarras dans cet Académicien, qui était présent, et qui pendant toute la tirade faisait une très-mauvaise contenance.

sieur Le Kain forme, pour la Comédie Française, un acteur ^ dans le tragique, dont il donne les plus grandes espérances, quant au talent. Il a cinq pieds six pouces, de grands yeux noirs, des sourcils très-prononcés, le reste de la figure a 1 avenant ; il n’a que dix-neuf ans. Déjà cet Adonis porte le désordre dans le sérail des actrices : mademoiselle Dubois surtout a jeté son dévolu sur lui; elle a déclaré qu’elle voulait jouer les rôles de toutes les pièces où il paraîtrait, et, sous prétexte de faire des répétitions avec lui, elle l’attire chez elle, ce qui donne une jalousie prodigieuse à ses consœurs.

12. — “ Le sieur Thomas et la cabale encyclopédique s’applaudissaient de la sortie vigoureuse que le premier avait faite dans son discours, dont on a parlé. (3n travaillait à son impression;, mais M. le chancelier, sur les plaintes de l’avocat général Sèguier, a envoyé chercher le manuscrit et l’auteur; il a défendu à ce dernier de faire paraître son ouvrage, lui a déclaré qu’il le rendait responsable de tout fragment quelconque qui s’en répandrait et le ferait rayer de la liste des Académiciens. Indépendamment de cette secousse particulière, le clergé, moins indulgent, se remue de son côté ; il est indigné que le sieur Thomas ait choisi le jour de réception d’un archevêque-, où beaucoup de prélats étaient présents à la cérémonie, pour semer devant eux des propositions condamnables elles associer en quelque sorte à son irréligion, en les promulguant sous leurs yeux.

15. — M. Thomas a eu une explication avec M. Séguier, où il a déclaré à ce magistrat qu’il n’avait nullement eu en vue d’attaquer son li^quisitoirQ; que son discours était fait avant

1 Ma.iJuil Lari', e.

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que cel ouvrege })ari\l, et (ju’il ravail lu devaiiL gens (/U cUU de ratiester : d’un autre côté, il est certain (jiie l’abbé de Yoisenon prévint M. Séguier avant la séance, et lui déclara, en plaisantant, qu’il s’attendît a être liien tancé. ^ ^

1(3. — Le sieur Labeaunielle, semblable au milan qui, dépouillé par l’aigle, laissait croître ses plumes dans le silence pour se venger de son ennemi, après avoir passé douze ans dans la retraite, lacéré de toutes parts par M. de Voltaire, est sorti, comme on a dit armé de pied en cap, et va lui rendre tous les coups qu’il en a reçus. Il fait imprimer actuellement la Henriade corrigée, où il trouve plus de trois mille vers à reprendre. Il attaque encore mieux le plan; mais, par une maladresse impardonnable, il s’est avisé de vouloir substituer ses vers à ceux de M. de Yoltaire. C’est La Motte qui traduit V Iliade en vers. Le sieur de La Beaumelle a, en outre, un Commentaire sur toutes les Œuvres de ce poëte, dans le goût de celui que le dernier a fait des Œuvres^ de Corneille. Indépendamment de ces ouvrages de critique, 1 auteur en question en a beaucoup d’autres, tels que des traductions, une Vie de M. de Maiipertuis avec la correspondance du roi de Prusse, une Vie dUlenri IV, etc.L

19. — Le sieur Dorât, qui adresse successivement des vers cà toutes les nvmplies de Paris, et dont les poésies seront un jour le journal galant des diverses divinités qui auront régne successivement, vient d’adresser une Épître a mademoiselle Dermeux, jeune danseuse de l’Opéra, qui a des grâces naissantes joint un talent très-décidé pour son art. ^

20. — La querelle de M. Thomas avec j\L Séguiei a donné lieu à une espèce d’épigramme ou de chanson, et qui roule sur le zèle hypocrite que ce dernier fait paraître pour la religion dons son Réquisitoire, et qu’on assimile à l’ardeur que le sieur Préroii aliecte dans ses feuilles pour la meme caus.' :

Entre Séguier et Préroii,

Jésus disait à sa mère :

« Enseignez-moi donc, ma clière,

Eefpiel est le bon larron? »

1 Voy. 27 août 1770.

Ces ouvrages u oui paiiiLcLe impiiuies.

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~^.- M le chevalier de Laurès, auteur estimable crni a remporte plusieurs fois le prix à l’Académie française ist à

Franck Îexa”' “"P"®® Comédiens

au pub ic Ne T donner

a adressé une courte ÉpUre à M. le Lr,i«w/cZS^^^

n c ui t m \ 1^ '^'^Près du tribunal

cil questioxi. \ oici cette singulière supplique :

Animé par ta voix, par ton goût éclairé Je sentis dans mes sens une llamme nouvelle IIS passer dans mon drame épuré Quelc|ues traits cie ce feu sacré Dont ton esprit, Chauvelin, étincelle.

Mais ton génie en vain sur mes faiLles écrits -paraît lait rétléchir un rayon de ta gloire,

ÎSi mes travaux dans l’ombre étaient ensevelis;

^De tes bienfaits tu perdrais tout le prix,

S lis ne pouvaient, hélas ! vivre cpi’eii ma mémoire bers ma reconnaissance, et préviens ce malheur •’

Que de nos juges de la scène Ta main officieuse enchaîne la rigueur Et pue Turne de Melpomèiie,

hayorahle a mes vœux, m’anuouce un sort ilatteur.

Je le dois ohtemr, puiscpie j’ai ton suffrage.

Et mes succès seront l’ouvraue De ton esprit et de ton cœur."^

y.i. — La Cour des aides avcdt arrêté qu’il serait fait des remontrances au roi sur l’enlèvement, à Compiègne des deux magistrats du Parlement de Bretagne. Ce Parlement ctairt aussi Cour des aides dans son ressort, celle de Paris comme fraternisant avec elle, avait cru ne pouvoir se dispenser de ce devoir ; mais le roi a trouvé cette démarche déplacée, et n’a pas voulu les recevoir. Ces remontrances, conséquemment, sont restées consignées au greffe, d’où elles semblaient ne devoir jamais sortir; mais quelque copiste inlidèle en a laissé transpirer des exemplaires maniiscrits, et le public les recherche avec avidité. Elles sont courtes, et retracent^ d’une façon très-énergique le cruel tableau des proscriptions et des tyrannies exercées en Bretagne; elles en

SEi‘TI!::,llUll< 1770

désignent les auteurs avec des couleurs vraies et (dlravantes;

elles attaquent eniin et l'cnversent ces maxinu^s terril)les dont les adulateurs du trône l'ont la base du pouvoir d(îs rois, ou plutôt des despotes. On peut leur reprocher un ton de dureté, qu’on sent naître de riiidignation de ràine libre et liôre qui les a suggérées, mais qu’on trouve toujours déplacé en parlant à un souverain. On les attribue à M. de Maleslierbes, premier président de cette Cour, et elles sont, en ellet, dans son style b

baron allemand, ofiîcier dans le régiment d’Anlialt, s’est enfermé, un de ces jours derniers, dans sa chambre, avec son chien. Il a bridé la cervelle de cet animal avec un pistolet, et s’est passé plusieurs fois son épée à travers le corps, mais sans se blesser à mort sur-le-cliamp : il est tombé en faiblesse, et n'a pu s’achever. I.e bruit de l’arme à leu ayant excité une rumeur dans la maison, on est accouru à l’endroit d’où il partait; on a enfoncé la porte, et l’on a trouvé ce spectacle tragique. On a fait revenir l’ofiicier, qui ne mourra point, à ce q.u’on espère. Il paraît que le dégoût de la vie, qui gagne considérablement dans cette capitale, a été la cause de ce suicide. Interrogé pourquoi il avait tué le chien, il a répondu qu’il aimait beaucoup cet animal; qu’il craignait qu’il ne lut malheureux en lui survivant. Interrogé pourquoi il avait préféré le pistolet pour tuer le chien, il a répondu que c’était par une suite du meme attachement qu’il avait choisi de donner à ce compagnon fidèle la mort la plus prompte, la moins douloureuse et la plus sûre; que, pour lui, il avait regardé l’épée comme un instrument de trépas plus digne de lui. On voit par là que l’extravagance de l’officier était combinée et réfléchie. On ne peut se rendre raison d’un sang-froid aussi extraordinaire. On accuse de nouveau la philosophie du jour, comme autorisant de pareils forfaits et comme les encourageant d’une manière trop sensible par l’expérience.

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