‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 117 sur 123 · TROISIÈME ÉPIGRAMME DE M. PIRON CONTRE M. DE LA HARPE · texte numérisé non relu

TROISIÈME ÉPIGRAMME DE M. PIRON CONTRE M. DE LA HARPE

A l’occasion de son SUÉTONE.

Monsieur La Harpe habille en jaune Les plats Césars qu’il publie aujourd'hui.

Savez-vous bien pourquoi? C’est que son Suétone Lst bilieux et méchant comme lui.

iL^e sieur Sénac, premier médecin du roi, dont la santé périclitait depuis longtemps, vient enfin de mourir et a été enterré hier. Cet événement met la Faculté en mouvement. On ne sait encore qui sera nomme à une place aussi importante, qui le devient de plus en plus à mesure que le roi vieillit, et pour laquelle il y a quantité de concurrents. Le sieur Sénac était un homme de beaucoup d’esprit, qui avait écrit sur son métier, mais qui surtout possédait au suprême degré l’art de la cabale et de l’intrigue, dont il avait fait l’apprentissage chez les Jésuites, où il était d’abord entré. Le chemin qu’il a fait depuis ce temps-là vers la fortune est une preuve de ses heureux talents en ce genre.

Voy. 19 novembre 1TG9.

DI'CKMBHK 1770

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2-1. — Un nouvcuii criLi(|uc s’csL clcvù sur los rangs, cl a censuré plusieurs ouvrages nouveaux, entre autres celui du sieur de Saint-Lambert, auteur du poème des Saisons. L’amour-propre de cet auteur a été blessé, et il a protit(i de son crédit pour faire arrêter le livre et mettre à la Bastille le sieur Clément qui l'avait fait. Celui-ci en est sorti par composition et à condition de mettre des cartons à son ouvrage ; mais il s'est vengé par l’épigramme suivante :

Pour avoir dit que tes vers sans génie INt’assoiipissaient par leur monotoine,

Froid Saint-Lambert,- je me vois séquestré; Si tu voulais me punir à ton gré,

^ Point ne fallait me laisser ton poème.

Lui seul me rend mes ehagrins moins amers : Car de nos maux: le remède siqiréme,

C’est le sommeil... Je le dois à tes vers.

30. — Le sieur Collé, lecteur de M. le duc d’Orléans, avait fait imprimer depuis longtemps une comédie en un acte et en prose, intitulée la Veuve, dont la lecture n’avait pas eu un grand succès. 11 vient de s’aviser de la faire jouer par les Comédiens Français : on en a donné hier la première représentation, qui lui a valu une chute complète. Ce drame n’est autre chose qu’un assemblage de conversations à la mode, c’est-à-dire pleines de mots et vides de sens, sans aucune action ni intrigue, terminées par un dénoûment bizarre et romanesque. Les acteurs, d’ailleurs, par leur mauvais jeu, n’ont pas peu contribué à rendre l’ouvrage plus ennuyeux et plus insipide.

31. — Aux couplets, cantiques et chansons qui ont amusé les amateurs de l’Opéra, a succédé une caricature qui fait l’objet de leur curiosité et de leur empressement. 11 faut se rappeler, pour son intelligence, ce qu’on a dit, il y a déjà du temps, que M. le q^rince de Soubise donnait deux mille écus q^ar mois à mademoiselle Ouimard, célèbre danseuse du Théâtre Lyrique; que le sieur La Borde composait la musique

1 Observations critiques sur la nouvelle tradnetion en vers français des Géor- ^iques de Vi>'fjile ; et les pucines des Saisons^ de la Déclamai ion et de la Pcinlure ; suivies de quelcj ues WdWoxums sur le poème de Psyché. Paris, Gejjiy, i770, iu-8^'.

3iL3I()Hll':s SECiîE'l’S DE BACllAU3iO>T

des spectacles de cette Terpsichore, et présidait à leur execution, et qu’enfm le sieur Dauberval était Tami du cœur, ci que ces^demoiselles appellent en termes techniques le grelu clion. En conséquence, dans l’estampe en question, on voi d’une part le prince de Souhise jouant de la poche; le sien: de La Borde tenant un ballet d’une main et de l’autre un( legle ou bâton de mesure; le sieur Dauberval donnantducor et la demoiselle Guimard se balançant comme en cadence, e tenant en main un papier chargé de quelques notes de musi que avec ce titre en gros caractères : Coxcmii a tuoîs.

un

Janvier. — 4. — Les promoteurs du projet de dresser une statue à M. de Voltaire sont fort embarrassés sur le lieu oii elle sera érigée. La nouvelle flétrissure que xdent d’essuxœr ce demi-dieu littéraire, par l’arrêt du Parlement qui brûle plusieurs de ses ouvrages les fait renoncer absolument à la prétention de la placer en lieu public. Le clergé avait déjà fait ses plaintes sur un pareil scandale, et est trop favorablement accueilli en cour aujourd’hui pour se flatter de l’emporter sur lui. On croit qu’on achètera quelque terrain ou jardin qu’on décorera, dont on fera une espèce de Muséum, où l’on mettra ce grand homme; peut-être érigera-t-on successivement d autres statues qui orneront ce sanctuaire des Muses.

9. Le pouvant se venger autrement de M. le chancelier, on assure qu’un membre du Parlement a fait contre le chef de la magistrature l’épigramme suivante, qui fait allusion à ce qui vient de se j)asser et à l’honneur du cordon bleu qiua obtenu depuis peu le chef de la magistrature :

Ce noir vizir, dcspole en France,

Qui pour régner met loiU en l'en.

’ Voj. ü seplciubre ITTü.

•lA.NVlEK 1771

Méritait un cordon, je penso,

Mais ce iresL pas le cordon bleu.

13.— Quelques jours avant la disgrâce (k M. le duc de GlioiseiiQ, on avait gravé son portrait, au bas duquel on lit:

Dans scs traités et dans sa vie Kèfnient la droiture et riionneur.

L'Europe connut son génie Et les inibrtunés son cœur.

Depuis son exil, on y a substitué ceux-ci, qui ne lui font pas moins d’iionneur:

Comme tout autre, dans sa ])Iace,

Il dut avoir des ennemis :

Comme nul autre, en sa disgrâce, il s'acquit de nouveaux amis.

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