‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 120 sur 123 · EPITAPHE DE MOA'Cr.IF, PAR LE SIEUR DE LA PLACE · texte numérisé non relu

EPITAPHE DE MOA'Cr.IF, PAR LE SIEUR DE LA PLACE

Iioalisant les mœurs de 1 ùge d’or,

Ami sûr, auteur agréable,

Gi-gd, qui, vieux comme Nestor, b ut moins bavard, et plus aimable.

— Gn a parlé “ du spectacle donné par les ofliciers sur le théiitre d’Audinot. M. le duc de Ghoiseul, encore ministre de la guerre, avait trouvé cette représentation fort indécente et indigne de l’état de ces militaires; en conséquence, il avait donné des ordres pour qu’ils fussent mis au For-l’Éve que; mais cette punition n’a pas eu lieu, par égard, à ce qu’on dit, pour M. le duc de Ghartres, qui avait assisté à ce spectacle.

Février. — 9. — Ge pavs-ci fourmille de gens oisifs qui se lont des plaisirs de ce qui, pour des gens sensés, ne serait qu’un objet de mépris et de pitié. Une querelle d’histrions a divisé depmis quatre jours notre pétulante jeunesse. Une danseuse excellente de l’Opéra et le meilleur danseur sans contredit, rivaux de talents et jaloux T un de l’autre depuis

^ Voy. l i cl l.j (icccmbrc' 1770.

Voy. 21 décembre 177U.

FKVmKll 1771

longtemps, sont désunis par divers motirs. Leur inimitié a éclaté à Loccasion d’un pas où mademoiselle lleinel a voulu danser, et dans lecjuel Vestris s’est ménagé tout !(', brillant, comme maître des ballets. Cette dispute a aigri les })arties cL excité parmi leurs partisans le projet de s’en venger, ùlardi dernier, il a éclaté contre A'estris, qui a été sifllé dans la cliaconne qui termine l’opéra. Outré contre sa rivale, (ju’il a rencontrée dans les coulisses, et dans les yeux de qui il a cru voir le triomplie de la mortiücatioii qu’il venait d’essuyer, il s’est emporté contre elle en propos les plus injurieux, ce qui a produit une scène des plus vives et a indisposé les spectateurs contre lui. Chacun en a parlé diversement, mais le plus grand nombre a été pour mademoiselle lleinel. L’affaire portée devant le ministre de Paris, celui-ci a cru devoir rendre justice à l’outragée. Le public a applaudi aujourd’hui cette danseuse avec une fureur inexprimable, dans le ballet des Fêtes grecques et romaines, bien disposé à ne pas tccevoir demain Yestris avec la même bonté. Ses admirateurs prétendent bolancer le parti de mademoiselle lleinel, et on s’attend demain à un événement comique à l’Opéra, à ce sujet. Tous nos jeunes gens s’y sont donné rendez-vous pour y suivre raffection qui les domine.

11. — Le complot formé d’humilier l’amour-propre do Yestris, et non son talent, a attiré hier un monde étonnant à l’Opéra. Mais on s’est réconcilié avec lui, quand ou a appris qu’il avait fait la veille les excuses les plus soumises a mademoiselle lleinel. Le public indulgent lui a fait grâce et justice, en 1 applaudissant à outrance, du parteri’o, des loges et de partout. De sa part, pour mériter cette faveur, il s’est surpassé dans la chaconiie, et y a fait de si grands etïbils. ([u’en sortant de la terminer, il s’est trouvé ]nal.

12. — M. Bernard, si connu sous le nom de Gentil Fcrnard, secrétaire général des dragons, vient de tomber dangereusement malade, au point qu’on l’a cru mort. Il est célèbre par de petits vers galants qui sont recherchés de la bonne compagnie. Il y a de lui un Art d’aimer, qu’il a eu l’art de lire et de ne jamais faire imprimer, non plus que ses autres ouvrages. Ceux qu’il a donnés au public étaient de

MI'L'^IOIRES SECRETS DE RACÜAUMONT

société. Castor et Polhtx est la seule production qui puisse véritablement lui mériter rimmortalité.

20. M. de Mairan est mort ce soir, âgé de près de cjuatre-vingt-quatorze ans. Il^avait toujours mené une vie lort rangée : il allait encore dîner en ville trois fois par semaine. Il avait un extérieur net et propre, et, du côté du

physique, ne se ressentait en rien des incommodités de la vieillesse.

23. — M. le chancelier, accompagné de M. le ducde La Vrilliére,deM. Bertin, de M. Monteynard et de M. Tabbé Terray, des conseillers d’Ltat et des maîtres des requêtes, s’est rendu ce matin, à onze heures, au Palais, tous Messieurs duGonseil assemblés a la Grand'Ghambre, et y a fait un discours pour annoncer l’objet de sa mission i.Geux qui l’ont entendu y ont remarqué la meme élévation de style et de pensées que dans celui prononcé le 24 janvier, et il y a apparence qu’il est de la fabrique du même orateur, c’est-à-dire du sieur Le Brun.

2h. — Le Gentil Bernard n’est pas mort de la cruelle attaque qu’il a eue, mais il est dans un état plus cruel que la mort même, étant tombé en enfance.

23. — .On n’a pu découvrir l’auteur du Cantique infâme contre mademoiselle Rosalie. Il nepeut partir que d’un ennemi très-ulcéré ; mais elle-même y a donné lieu par sa langue envenimée, en sorte qu’on ne peut la plaindre. Dans cet assaut d’injures entre les chevaliers de ces demoiselles, on ne peut assigner lequel est l’agresseur: il s’ensuit toujours une grande fermencation dans le tripot lyrique, et les amateurs cherchent à garnir leur portefeuille de ces nouveautés.

Ma us. — 3. — Il court dans le monde un Mémoire qu’on attribue à la Isoblesse, mais qui n’est signé de personne, dans lequel on lait parler ce corps respectable comme devant connaître de tous les laits du point d’honneur, et qui, discutant les inculpations faites aux magistrats dans le préambule de l’Édit de décembre dernier, en infère qu’ils n’ont pu conlinuer leurs fonctions jusqu’à ce qu’ils en aient été justifiés,

^ L’cnregislreinent d’un édit du roi portant établissement de six Conseils supérieui's à Arras, Blois, Cliàlons, Clermont-Ferrand, Lyon et Poitiers, et abolition (ie la vénalité des. charges. - R.

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