‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 121 sur 123 · MAUS · texte numérisé non relu

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leur honneur y étant compromis. Ce Mémoire n’est ([ue manuscrit et anonyme, et on le regarde (domine apocryplie.

4. — M. l’evéque de Senlis ' a prononcé aujourd’liui son discours de réception à l’Académie française, où il a succédé à feuM. de Moncrif. La tache n’était ])as facile à remplir pour louer son prédécesseur, et la sécheresse du sujet s’est répandue sur tout l’ouvrage. M. l’abbé de Voisenon, en sa qualité de directeur, avait un plus beau champ, puisqu’il avait à faire l’éloge du mort et du récipiendaire. Aussi y a-t-il employé toute l’artillerie de son es})rit. Il a eu l’art d’égayer la matière et de réveiller les auditeurs par des saillies qui ont été fort applaudies. Jamais séance académique ne s’est terminée plus agréablement.

6. — Plusieurs seigneurs et dames de la cour ont obtenu la permission d’aller à Ghanteloup : de ce nombre sont M. le prince de Tingri, le marquis de Beauvau, leurs femmes et autres, etc., ce qui intrigue fort le chancelier et ranime le parti adverse,

9. — Il paraît, à ce qu’on assure, un libelle sanglant contre M. le chancelier, en forme d’Ode, et l’on dit qu’il est intitulé: les Chancelières^. On se doute bien qu’il est très-rare, et que l’auteur n’a pu l’enfanter que dans les plus profondes ténèbres.

— Les Chancelières font la plus grande sensation dans le public, et sont recherchées avec un empressement sans égal, plus sans doute à raison du personnage qu’elles concernent et de l’objet qu’elles traitent, que de leur mérite intrinsèque. Elles ne valent pas, à beaucoup près, les F/nlippiqnes, qui parurent dans le temps de la Régence, et furent attribuées au sieur La Grange-Gliancel. Le pamplilet en question est plein d’injures atroces, dites pres(|ue toujours en termes impropres, sans chaleur, sans élévation, sans enthousiasme. Le style en est dur et grossier autant que les choses. G’cst plutôt de la prose rimée qu’une ode. 11 y a cependant quelques

^ Armand de Uoqnelaurc.

2 Claude-AiiLüino Guyol Desherbiers, né à Joinville le 20 mai 1745, mort au Mans le 5 mars 1828, est auteur des Cliaucelièrcs. \o\cz h liibliograpliie de la

France^ 1830, p. 1 1 1

MKMOIRES SECRETS DE EACFÎAUMONT

strophes, OU parties de strophes tout à fait différentes ; ce qui annoncerait l’ouvrage de deux mains, ou celui d’un écolier corrigé en des endroits par main de maître. En un mot, c’est plutôt une pièce historique qu’une pièce de poésie h 21. — L’Académie française a tenu aujourd’hui sa séance publique pour la réception de M. le prince de Beauvau et de M. Gaillard. Jamais on n’avait vu à pareille assemblée un concours si prodigieux de femmes. On en comptait plus ch^ quatre-vingts, dont une grande partie dames delà cour, beaucoup de seigneurs, et une multitude immense d’auditeurs de toute espèce. Le discours de M. de Beauvau, qui a ouvert la séance, était court et simple ; en un mot, a paru un discours de grand seigneur. On v a cependant remarqué l’adresse avec laquelle, en faisant l’éloge du roi et de son règne, ce récipiendaire A' a amené indirectement celui de M. le duc de Choi-

seul, en pesant davantage sur les temps de l’administration de ce ministre, qu’il a indiqués comme une époque mémorable de la monarchie. On a applaudi au zèle de l’amitié, sans discuter s’il était juste, ou excessif, ou indiscret. M. Gaillard a mieux rempli son rôle. Il a fait, après les compliments d’usage, une dissertation historique sur les sociétés savantes en France, dont il fait remonter l’origine jusqu’à Charlemagne. Il a présenté un tableau rapide et serré des progrès de ces institutions, et il y a joint des anecdotes précieuses et honorables pour les gens de lettres; mais il y a trop mêlé ce ton d’emphase, mis à la mode par le sieur Thomas, cette bouflissure philosophique, par où il s’est annoncé comme un digne sectateur de la cabale encyclopédique qui l’a porté à sa nouvelle dignité. ^L l’abbé de Yoisenon, encore directeur pour cetle cérémonie, a répondu alternalivement aux deux récipiendaires par deux discours. Mémo style, mêmes sarcasmes, même persiflage que la première fois. Sa figure de singe semblait donner encore plus de malice à ses saillies, et il a soutenu à merveille le rôle d’Arlequin qu’il s'était imposé, suivant ses

1 Cet article, comme plusieurs des suivants, est emprunté an Joiiriicil Jiistorifpihe (U‘- lu réroliiti())i. opin-êc fl'nis hi consiitiLiioii de la mo)iarchie jyaiuunsc par M. df‘‘ Miiiiproa , f Itaiicidlcr t/e i'rancc. Londrt'S, 1 774-75, 8 volumes in-l'J.

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propTGS expressions eu répoiiscî u ses coiilrèrcs 4'^^ repioeliaient le peu de gravite de ses discours.

Ensuite le sieur Duclos a lu une continuation de Vllv^loirc de V Accidc'inie^ commencée successivement par Pellisson (d par l’abbé dd>livet, depuis son origine j'us(|u’en i^OO. En su qualité de secrétuire de l’Academie, il a cru devoir avancer C(d ouvrage ]usqu’à nos joui's. Ce n’est (|u une chronologie sans suite et sans liaison des variations légères (|u a éprouv(‘es cette compagnie de})uis ce temps. Il y a j'ecueilli toutes l(*^ anecdotes relatives à son olqet : (|uoi(|ue puériles et minutieuses, elles ne devaient pas moins entrer dans ce travail, qui, au fond, est très-peu de chose. E’iiistorien a joint aux faits des réllexions bourrues, en style dur, comme lui, qui ont fait rire, et ne contrastaient pas mal avec les gentillesses, les gaietés du directeur.il a üni par une apologie prétendue de l’Académie, sur le reproche qu’on lui lait d’admettre dans un corps où il ne doit point y avoir d’honoraires, tant de gens qui ne peuvent qu’y jouer ce rôle ; et le public a trouvé qu’il avait fort mal justitié sa compagnie, ou pliilôt qu'il avait élève une question quhl n’avait nullement résolue. On ne doit pas omettre que dans rhistori(|ue du sieur Duclos, cet Académicien avant lait mention d’une anecdote concernant le président de Lamoignon , grand-père de ÔI. de ôlalesherhi's d'aujourd’hui, et ayant ajouté, en nommant cet ancien magistrat, V ce nom si cher aux lettres. » tous les spectateurs oiit envisagé, comme de concert. ÔI. de Lamoignon de Malesherbes, et l’on a battu des mains pendant plusieurs minutes et à plusieurs reprises: éloge bien llatteur pour ce magistrat, qui se distingue aujourd’hui par sa qualité encore plus rar(' de patriote, et que la Erance entière envisage comme un de ses plus chers défenseurs.

Le public, et les femmes surtout, aurait été bien aise d’entendre quelques-unes des fables dont ^1. le duc de Aivernois a amusé si délicieusement les auditeurs dans plusieurs séances; mais ce seigneur s’est relusé aux instances qu'on lui a laites, déclarant que, par un réglement nouveau, aucun Académicien ne pouvait rien lire sans avoir communiqué son ouvrage à un comité de ses confrères ; ([u’il n’avait pas pies cett('

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précaution, et qu’il ne pouvait répondre aux désirs de l’assem- ) ee. On présume que ce règlement a été fait à l’occasion du e iscoiirs de M. lliomas, dont on a parlé Tan passé, et qui fit un si grand scandale à la cour et à la ville.

sieur Guérin, cliiriirgien du prince de Conti, a eu, il y a quelque temps, une rixem l’Opéra avec M. le marquis de Langeac, colonel à la suite des grenadiers de France. Ce dernier, ayant trouvé mauvais que l’autre eût regardé indécemment sa maîtresse, l’a traité comme un gredin, le menaçant de lui^ faire donner des coups de- bâton par ses gens. Le sieur Guérin a pris au collet M. de Langeac, a fait semblant c e ne pas le connaître, et l’a forcé à venir cliez le commissaire. La, il s est réclamé du prince son maître, et lui a été renvoyé. Cependant son adversaire jetait feu et flammes... On répand la copie d’une lettre écrite à cette occasion, dit-on, à M. de Langeac, par le prince de Conti:

, ^^^^sieur, que vous voulez faire périr le sieur

Guérin sous le bâton. Je vous prie de songer qu’il est mon chirurgien; qu’il m’est fort attaché, et j’en ai besoin, car j’ai beaucoup vu de filles; j’en vois encore... J’ai eu des bâtards, mais j ai toujours eu soin qu’ils ne fussent pas insolents... » Les pasquinades continuent. On a fait le quatrain suivant, à l’occasion des six Conseils supérieurs:

La Cour royale est accouchée De six petits Parlementaux,

Tous composés de m ;

Le diable emporte la nichée !

20. — L’impératrice des Russies a fait enlever tout le cabinet de tableaux de M. le comte de Thiers, amateur distingué, qui avait une très-belle collection en ce genre. M. de Marigny a eu la douleur de voir passer ces richesses chez l’étranger, faute de fonds pour les acquérir pour le compte du roi. On distinguait parmi ces tableaux un portrait en pied de Charles Fr roi d’Angleterre, onginal de Van Dyck. C’est le seul qui soit resté en France. Madame la comtesse DuBarry, qui déploie de plus en plus son goût pour les arts, a ordonné de l’acheter : elle l’a payé vingt-quatre mille livres, et sur le reproche qu’on lui faisait de choisir un pareil morceau entre

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