‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 123 sur 123 · Il court un quatrain sur les circonstances présentes · texte numérisé non relu

Il court un quatrain sur les circonstances présentes

France, tel est donc ton destin,

L’etre soumise à la femelle !

Ton salut vint de la Pucelle,

Tu périras par la Catin h

1 Outre ce rapprochement entre les destinées de la Catin et de la Pucelle. on en peut faire un autre assez singulier : c’est que toutes deux sont nées au village de Vaucouleurs. — il.

— On rapporte cpic madame la comtesse Ou Barry, ayant rencontré M. le duc de Nivernois, un des protestants au Lit de justice, l’avait arrêté et lui avait dit: « Monsieur le duc, il faut espérer que vous vous départirez de votre opposition ; car, vous l’avez entendu, le roi a dit (]u’il ne changerait jamais. — Oui, Madame, mais il vous regardait. »

26. — Le sieur de La Borde, l’auteur de la Cinquantaine^ ayant indisposé beaucoup de sujets de l’Opéra par une défense indiscrète qu’il a voulu prendre du sieur Yestris contre mademoiselle Heinel, en se mêlant mal à propos dans les querelles de ce tripot, a été obligé de retirer son ouvrage, par la difficulté de trouver des gens de bonne volonté, soit dans le chant, soit dans la danse: il paraît qu’en général le public n’y perd pas beaucoup.

27. — Les plaisants continuent à rire et à faire des épigrammes. En voici une qu’on a débitée sur le soi-disant Parlement :

Quand je vois ce tas de vermine Que l’on érige en Parlement,

Je les pendrais tous sur la mine,

Disait le bourreau gravement;

"iMais, en vertu d’une sentence De ce Conseil irrégulier,

Je ne pourrais, en conscience,

Pendre même lé chancelier. »

28. — Madame la duchesse de Durfoid, belle- bile de ^L le duc de Duras, que tout le monde sait ne point vivre avec son mari, est devenue grosse et est accouchée. M. le chevalier de Boufbers a fait une chanson à cette occcasion L

Mai. — 2. — Le 28 du mois dernier est mort M. de Bacliaumont, âgé de quatre-vingt-un ans. C’était un de ces paresseux aimables, tels ({u’en a l'ourni beaucoup le dernier siècle. 11 a écrit sur les arts avec le goût d’un homme du monde instruit. Il vivait chez madame Doublet, cette virtuose

' Celte chanson, qui fut peut-être chantée devant Bachaumont quelques heures avant sa mort, roule tout entière sur le mystère de rincarnalion cl l’opération du Saint-Esprit; car la duchesse de Durfort s’appelait Marie, comme la mère de Jésus.

31EM0IRES SECRETS DE lîACIlAUMONT

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si connue, dont la maison a été longtemps célèbre par la réunion de tout ' ce qu'il y avait de plus illustres personnages dans tous les genres. Cette dame, qui vit encore, a eu la douleur de survivre à tous ses anciens amis. Elle est âgée aujourdTiui de quatre-vingt-quatorze ans,

iO. — INIadame Doublet est morte, ces jours-ci, âgée de quatre-vingtquatorze ans. C était une '“virtuose dont madame GeofFrin n’est qu’une faible copie. Depuis soixante ans, elle rassemblait dans sa maison la meilleure compagnie de la cour et de la ville, et passait sa vie à former un journal bien supérieur a celui de l'Étoile et autres ouvrages du meme genre. La politique, les belles-lettres, les arts, les détails de société, tout était de son ressort. Elle s’abaissait du cèdre jusqu’à l’iijsope. Tous les jours on élaborait chez elle les nouvelles courantes, on en rassemblait les circonstances, on en pesait les probabilités ; on les passait, autant qu’on pouvait, a la lllière du sens et do la raison; on les rédigeait ensuite, et elles acquéraient un caractère de vérité si connu, que, lorsqu’on voulait s’assurer de la certitude d’une narration, on se demandait : « Cela sort-il de chez madame Doublet? » Au reste, sa réputation avait un peu dégénéré de ce coté : en vieillissant, elle avait perdu beaucoup de ses amis du premier mérite, et avait survécu à toute sa société habituelle. AI. de Bachaumout est le dernier philosophe qu’elle ait vu mourir.

11 est difficile qu au milieu de ce savant tourbillon qui l’entourait, madame Doublet ne passât pas pour être un peu entichée de déisme, de matérialisme et meme d’athéisme. Elle avait bravé jusque-là l’opinion publique et les clameurs des dévots. Depuis le carême dernier, la tête de cette dame s’aflaibiissant, AI. le curé de Saint-Eustache avait cru qu’il était temps de convertir sa paroissienne. Celle-ci n’était’ plus en état d argumenter contre lui, et, avec le secours de la grâce, le pasteur s’était llatté d’avoir réussi. En effet, elle avait reçu le bon Dieu la semaine sainte : pratique de religion que personne de sa connaissance ne se rappelait lui avoir vu faire. On conçoit qu’avec de pareils préparatifs', eî!e Il a pu (pi’éprouver une mort très-édifiante et s’endormir dans le Sei- ' gneur.

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