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à un certain intendant : on en pourrait faire un conte épigraminatique très-bon et très-salé. On la met ici pour les gens de lettres qui en voudront faire usage.
Une jeune fille très-jolie se trouvant à faudience d’un intendant, un place! à la main, Monseigneur la lorgne, la démêle, l’aborde, lui dit de passer dans son cabinet. Rien de plus pressé que d’expédier le reste des suppliants; il rentre, l’amour dans le cœur, le feu dans les yeux : « Qu’y a-t-il pour votre service, belle enfant? — C’est un placet, Monseigneur. — Un placet? Ah ! il n’y a rien que de juste, sans doute : un ange comme vous doit avoir raison. Si vous étiez aussi favorable à ma demande! » En même temps, il appuyait des baisers ardents; ses mains libertines avaient laissé échapper le placet pour des attouchements plus délicieux. » Eh ! mais. Monseigneur, vous n’y songez pas! Vous ne savez pas ce que je vous demande : lisez. » En même temps, notre Agnès ramasse le placet, et, en se baissant, découvre de nouveaux charmes. Sa Grandeur n’y tient point, et, de gré ou de force, il fait exaucer sa requête. Revenu à lui, il jure à la demoiselle le plus inviolable attachement : sa cause est gagnée, avant qu’il l’ait sue. Le bel ange s’envole rapidement, et Monseigneur, n’avant rien de mieux à laire, parcourt le j)hicet. Il le relit à deux fois : qu’elle surprise! c’est une plainte amère contre un chirurgien ignorant ou Iripon... On devine le reste. Monseigneur a pris, depuis ce temps, la coutume de lire les placets, avant de présenter le sien.
31. — M. Racine, dernier du nom, fils du grand Racine, de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, est mort d’une fièvre maligne; il ne faisait plus rien comme homme de let-
tres; il était abruti par le vin et la dévotion.
— Les propositions de l’impératrice de Russie à M. d’Alembert sont des plus favorables : elles sont uniquement à la charge d’assister, sans titre, à l’éducation du prince, son hls, pendant le temps de six ans. Sa Majesté Impériale lui ofirc un traitement semblable en tout à celui des cinbassadeurs. avec toutes leurs franchises et tous leurs privilèges, un hôtel magnifique et l’état de cent mille livres de rentes, dont les fonds, au l)out de six ans. lui devront être assurés è perpétuité
KKVUIEU 1703
en terres, maisons ou autres eiïets à sa volonté, (|u’on aelièterait en France.
Février. — 2. — On doit se .rappeler (jii’il y a (|uel(|ues années M. de Voltaire ayant appris rextrenie indigenee où était réduite la petite-nièce du grand Corneille, touché de son état, ütolfrir à son père d’en prendre soin, et delà retirer chez lui à sa terre près Genève : ce ejui fut accepté avec beaucoup de reconnaissance. Tous les journaux s'empressèrent alors de publier cette généreuse action. Mademoiselle Corneille a vécu depuis ce temps au clnlteau de Ferney, où i\I. de Voltaire et madame Denis se sont occupés à lui procurer une éducation et des connaissances qu’elle n’avait pu acquérir chez ses parents. On vient d’apprendre qu’elle épouse jM. Dupuits de La Chaux, cornette de dragons, qui possède une terre en Dourgogne, près de celle de Ferney, et a huit à dix mille livres de rentes. En faveur de ce mariage. M. de Voltaire lui donne un contrat de vingt mille livres. Quelque temps auparavant, il lui avait assuré quatorze cents livres de rentes viagères : elle aura, de plus, le produit de l’édition des Œuvres de Corneille, à laquelle préside M. de Voltaire, et qu’il doit accompagner de ses remarques : ce sera un objet de plus de vingt mille écus.
3. — Il court une tragédie manuscrite de M. de Voltaire, intitulée Saul. Ce n’est point une pièce ordinaire, c’est une horreur dans le genre de la Pucelle., mais beaucoup plus impie, plus abominable. On n’en peut entendre la lecture sans frémir.
8. — On parle aussi des Contes moraux de mademoiselle Uncy. Cette héroïne est remarquable, et il faut en faire l’histoire en deux mots. Elle a été élevée dès sa plus tendre jeunesse par les soins de M. de Meyzieux, neveu de M, Duverney. Ce galant homme avait coutume d’édiKjuer ainsi de jeunes personnes pour ses plaisirs. Celle-ci ne connaissait point d autres parents. L’heure étant venue, M. de Meyzieux lui témoigna ses intentions. Elle résista, et le combat fut si vif et si opiniâtre, que son bienfaiteur la renvoya, l’expulsa ; et la demoiselle a depuis intenté un procès à son bienfaiteur, pour avoir une légitime, une pension au moins : elle a perdu.