COUPLETS ADRESSÉS A MADA31E FàVADT L
Air : Annette à l’âge de quinze ans.
Quand je dirais que vos attraits De l’amour ne sont que les traits,
Que vous êtes ce même Amour;
C’est chansonnette Qu’on vous répète Cent fois le jour.
Irai-je, fade Taconet^,
Pour vous assortir un bouquet.
Désirer d’être le Zépbir?
C’est vain langage ;
Sot persiflage N’est point désir.
1 Crs couplets, réimprimés dans les Mémoires de Favart, sont de l’abbé Cosson. — P».
2 Soutneur de l’Opéra-Comiqiie, auteur de V Almanach chantant, où il chante M cl madame Favart. — B.
:^IKMOmES SECUETS DE P.ACÏTAUMONT
Quand, sur la lyre de CTiiéiin > fd’omenant une faible main,
J essaie à lormer quelques sons,
Soudain je pense Que l’imprudence Fit les chansons.
Comment donc faire en pareil cas?
11 faut songer à vos appas.
D eux seuls je veux suivre la loi,
Je vois Justine ^ :
Aluse badine,
Inspirez-moi !
Je vais dire tout simplement Qu’on est poëte en vous voyant,
Qu’on est amant auprès de vous :
Suis-je le vôtre?..,
Dieux!... l’un et l’autre Est votre époux.
30.’ — On prétend que M. Tévêque d’Orléans, Jésuite, se met sur les rangs pour succéder à la place de l’Académie Française, vacante par la mort de M. de Bougainville.
Juillet. — 8. — Le sieur F'avart a obtenu de la cour 1000 livres de pension, pour avoir fait la pièce de V Anglais à Bordeaux. C’est encore l’abbé de Yoisenon qui a sollicité cette faveur pour son protégé. Son activité, en cette occasion, bien opposée à son caractère d’indolence, confirme de plus en plus le bruit accrédité parmi les gens de lettres, qu’il est le vrai coloriste de cette pièce.
11. — M. le comte de Lauragais, connu par différentes folies en plusieurs genres, et surtout par la manie d’être auteur, a pris l’inoculation sous sa protection. En conséquence, il a fait un Mémoire^ où il traite l’arrêt du parlement des qualifications les plus indécentes, sans parler de ses écarts sur la religion et de quantités de plaisanteries qu’il dirige contre les dif-
1 M. Guérin de Frémicourt, auteur ingénieux et facile de différents couplets insérés dans quelques pièces de M. et iV!'“e Favart — B.
2 Madame Favart se nomme Justine. — B.
s Mirnoire sur l’inoculation ; i763, in- «2.
.lUILLET 1703
férents Corps qui doivent connaître de cette matière; T.e 2 de
cadémie des Sciences, dont il est membre. Ses confrères n’ont pu tolérer les indécences dont il est plein ; ils l’ont arrêté au bout de quelques phrases et lui ont témoig'né leur répup;nance à entendre la suite; ils en ont fait meme un refus absolu. M. de Lauraguais, mécontent de ne pouvoir donner à son ouvrage la publicité qu’il désire, en a envoyé des copies aux ministres et à différentes personnes de la cour, ce qui pourrait lui être funeste ^ . Ce même Mémoire a été relu le 6 : ce n’est plus qu’une dissertation toute simple en faveur de l’inoculation; et l’Académie n’a point hésité à la faire signer par son secrétaire : c’est dans cet état qu’il est imprimé.
13. — J. -J. Rousseani, qui devait suivre milord Maréchal en Écosse, n’y passera point : il reste dans les environs de Neufchâtel, à Motiers, où il est depuis sa sortie de France.
15. -- Tout le monde sait que M. de la Pouplinière visait à la célébrité d’auteur. On connaissait de lui des comédies, des romans, des chansons, etc. : mais on a découvert, depuis quelques jours, un ouvrage de sa façon, qui, quoique imprimé, n’avait point paru. C’est un livre intitulé : Les Mœurs du siècle^ en dialogues Il est dans le goût du Portier des Chartreux. Ce vieux paillard s’est délecté à faire cette œuvre
licencieuse : il n’y en a que trois exemplaires existants ; ils
étaient sous les scellés. Un d’eux ^ est orné d’estampes en
très-grand nombre ; elles sont relatives au sujet, faites exprès
et gravées avec le plus grand soin. Il en est qui ont beaucoup de figures, toutes très-fines. Enfin, on estime cet ouvrage, tant pour sa rareté que pour le nombre et la perfection des tableaux, plus de vingt mille écus.
Lorsqu’on fit cette découverte, mademoiselle de Yandi, une des héritières, fit un cri effroyable, et dit qu’il fallait jeter au feu cette production diabolique. Le commissaire lui repré-
senta qu’elle ne pouvait disposer de cet ouvrage, qu’il fallait
2 Tableau des mœurs du temps clans les dilférents âges de la vie. Sans lieu
d’impression et sans date, grand in-4o.
3 11 faisait, en 1820, partie de la Bibliotlicqiie du prince M. Galitzin, — R.
le concours des autres héritiers ; qu’il estimait convenable de le remettre sous scellés jusqu’à ce qu’on eût pris un parti : ce qui fut fait. Ce commissaire a rendu compte de cet événement à M. le lieutenant de police, qui l’a renvoyé à M. de Saint- Florentin. Le ministre a expédié un ordre du roi qui lui enjoint de s’emparer de cet ouvrage pour Sa Majesté ; ce qui a été fait.
IG. — M. le comte de Lauraguais a été arrêté hier, et conduit par ordre du roi, à la citadelle de Metz.
24. — On a découvert, parmi les livres de la bibliothèque du collège de Louis-le-Grand, un manuscrit ^ in-folio, noté et paraphé par M. d’Argenson, lieutenant de police, contenant le détail d’une conspiration formée par les Jésuites et l’archevêque de Paris, de Harlay, contre les jours de Louis XIV. Cette conspiration avait été découverte par l’abbé Blache, et voici ce qu’on en sait.
Cet abbé Blache était de Grenoble; il entra d’abord dans les ordres, vint à Paris, fût aumônier des religieuses de la Villei’Evêque. Quand il eut découvert la conspiration en question, il consulta trois Jésuites, pour savoir ce qu’il devait faire. On sait le nom de deux, le Père Dupuis et le Père Guilloré. Leur réponse fut qu’il fallait laisser agir la Providence, et qu’il n’était point tenu à la révélation. Peu satisfait de cette décision, il consulta séparément le prieur de l’abbaye de Saint- Germain-des-Prés et celui des Blancs-Manteaux; ils furent du sentiment contraire. En conséquence, il fit parvenir à M. Letellier, alors chancelier, un mémoire détaillé, contenant tout ce qu’il savait de la conspiration prétendue. Il pria le chancelier de ne pas lui faire de réponse directement, pour ne point l’exposer à la vengeance secrète des auteurs du complot, mais pour sa tranquillité et pour certitude que sa lettre et ses instructions avaient été remises, il pria le chancelier de faire mettre une lettre rouge initiale à la Gazette de France le dl décembre 1682. Ce qui a été exécuté. Cette lettre majuscule G est grise dans toutes les autres Gazettes.
1 Ce manuscril fait aujourd’hui partie de la bibliothôcpie de M. Rolland de Chaml)audoin. On en a imprime un extrait, en 1763, sous ce titre ; Lettre à un docteiir en tlicolo(jie,par un de ses mniSj au sujet de L empoisonnement de M. l'abbê Blache; in-i2 de 93 pages.
.icrijjvr 17G3
Cette année le cahinefdcsparfumsi'nldôAnill.J.edc.im] portait que c’était là, et par le moyen des odeurs, qu’on devait faire périr Louis XIV.
On motive cette conspiration parce qui s’était passé en 1080. Le clergé venait de publier les quatre fameux articles, auxquels le roi avait donné toute l’autlienticité en les faisant enregistrer dans toutes ses Cours, et en obligeant tous les professeurs de théologie à les enseigner. Cet acte de vigueur brouilla la cour de France avec le régime, et la paix ne fut faite que par la révocation de l’édit de Nantes, que madame de Maintenon, à la sollicitation des Jésuites, obtint de la fuiblesse de Louis XIV.
Quoi qu’il en soit, en 1704, l’abbé Blaclie fut arrêté en vertu d’une lettre de cachet, et mis à la Bastille, oii il est mort. Le jour de son emprisonnement, le lieutenant-général de police, commissaire à cet effet, dressa un procès-verbal, contenant inventaire des papiers de l’obbé Blaclie. Ces papiers furent rangés par cote, et paraphés par M. d’Argenson ; et c’est parmi ces papiers que s’est trouvé le manuscrit en question. Il a été déposé au greffe, le 14 juillet, par MM. les commissaires du parlement, chargés de ce qui concerne le collège de Louis-le-Grand et autres maisons des Jésuites de Paris.
20. — On a trouvé au collège de Louis-le-Grand une médaille, frappée du temps de la Ligue (1590), représentant le cardinal de Bourbon, élu roi sous le nom de Charles X, par les factieux, à la tète desquels étaient les Jésuites. On a trouvé aussi le coin qui a servi à frapper les médailles de ce tempslà : cette dernière pièce est surtout très-curieuse.
29.‘ — I.e parlement a rendu un arrêt, le 22 de ce mois, au sujet de la bibliothèque léguée X)ar M. le président de Ilarlay au collège des Jésuites, à la charge de la rendre publique, ce qu’ils n’ont pas fait. Il ordonne que, vu la difficulté, l’impossibilité même de distraire des autres livres ceux-là qui n’ont aucune marque de distinction, on s’en rapportera au procèsverbal de la remise qui en fut faite aux Jésuites, suivant lequel cette bibhothèque est évaluée à vingt-cinq mille livres, en conséquence, on commencera par prélever cette somme sur la vente. Elle doit être employée à fonder deux bourses,
MlhlOIRES SFXRETS DE RACHAUMONT
dont M. le prince de Tingry, héritier de la maison de Harlay, aura la nomination.
Août. — 3 — extrait d’un sermon prêché a sainte-marguerite, LE MERCREDI, 20 JUILLET, PAR M. l’aRBÉ LABBAT, PRETEE