‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 35 sur 123 · E.)1!}UI · texte numérisé non relu

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un enfant, lui promoUant de réi)üuser. La grossesse reconnue, le conseiller est obligé de consentir au mariage. Dans cet intervalle, le chevalier fait écrire au i)ére, par un de ses amis de Paris, qu’il se délie d’un certain baron allemand, (|ui n’est autre chose que La Morlière. Étonnement du conseiller, qui se met en garde. Les couches se font sourdement, et, sous quelque prétexte, on renvoie le prétendant. Celui-ci continue ses assiduités auprès de la fille, (jui veut à toute force l’épouser. Dans cet intervalle, il se présente un })arti qu’on propose au père : il accepte, mais il ne peut déterminer sa hile. La IMorlière tient bon, se présente toujours pour tenir sa parole, et fait arriver lettres sur lettres, qui conhrrnent que c’est un imposteur ; qu’on craigne tout do lui, qu’il est homme à déshonorer une hile et à le publier; qu’il faut éconduire un pareil scélérat à prix d’argent. Le père le tire à part, lui déclare qu’il lui donnera dix mille francs, s’il veut se désister, tmir le secret et laisser faire le mariage de sa hile. Tl éloigne bien loin la proposition : dix mille francs à un homme comme lui ! Bref, on lui en offre trente, qu’il accepte, et il déloge.

L’autre tour du meme homme est à l’égard d’une femme mariée, qu’il séduit également, qu’il engage à quitter son mari, marchand à la place Maubert, et à lui voler tout ce qu’elle trouvera pour vivre heureuse avec lui. Elle accepte tout: le jour pris, elle part, après avoir pillé ce qu’elle peut, se rend dans une allée oii est un jeune homme, ami de I^a Morlière, qu’elle savait devoir l’attendre, hhle monte dans un hacre; elle est conduite dans un quartier isolé, où elle est introduite dans un appartement : il prend l’argent, sous prétexte de le serrer; sort, en laissont la femme avec le jeune homme; va chez le mari, lui conte ce qu’il a vu et ce qu’il sait du prétendu enlèvement; lui dit qu’il voie s’il n’a point été volé. Cela se reconnaît bien vite. Alors il déclare qu’il va le conduire où est sa femme : ce qu’il exécute. Le jeune homme est emprisonné comme complice de vol; La Morlière triomphe, et se trouve hors de toute atteinte.

ap])laudissant à l’ouvrage de M. de la Harpe',

' Le couue (le Waririck, Iragrdic joudr avec suceds le 7 iiovnnhrc*.

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on donne lien de rechercher sa vie et ses mœurs. On en fait un portrait alfreux. C’est déjà un monstre d’ingratitude et de noirceur, si l’on en croit tout ce qu’on en dit. Il faut prendre garde que la jalousie des talents ne cherche à se venger sur le caractère. Mademoiselle Clairon, à la pique particulière qu’elle a contra l’auteur, d’avoir fait une pièce oh elle ne devait pas jouer, joint une jalousie prodigieuse contre sa rivale ‘ : elle rejaillit sur le jeune homme. Fdle accrédite, elle favorise, elle répand tant qu’elle peut les mauvais bruits qui courent sur le compte de ce dernier.

11. — On répand un bon mot qu’on attribue à M. le duc d’Ayen. Sans en discuter le mérite intrinsèque, il donne une idée de la tournure d’esprit des courtisans. C’est à ^l’occasion du vice-chancelier Lorsqu’on lui en donna la nouvelle :

(c Je ne vois, dit-il, dans tout cela, qu’un vice de plus dans l’État. ))

24. — M. le comte de Lauraguais est de retour en cette capitale. Cette grâce, qu’on avait refusée à sa famille et à sa femme, a ôté accordée aux sollicitations de mademoiselle Arnould. Cette anecdote, très-glorieuse pour les arts, mérite d’être conservée. On assure que mademoiselle Arnould a saisi l’instant de la sensation très-vive qu’elle a faite à la cour dans l’opéra de Dardanus^ dans le rôle de Céphise : elle s’est jetée aux pieds du duc de Choiseul et a demandé dans cette posture pathétique le rappel de son Dardanus. Les entrailles du ministre galant se sont émues : il s’est prêté de la meilleure grâce du monde à des instances si tendres. M. le comte de Lauraguais a cru devoir rendre hommage de sa liberté à son auteur; il lui a consacré les premiers jours de son retour. Pour ne point troubler ses plaisirs, madame de Lauraguais s’est retirée au couvent.

Nota. — M. de Lauraguais n’est point de retour. La demande, de mademoiselle Arnould, quoique très-séduisante, n’a pas produit un changement si merveilleux; elle contribuera pour-

^ Mademoiselle Dumcsnil, qui jouait dans cette tragédie.

2 Le cliaiieelier de Lamoignon, ayant été exilé, et Feydeau de Brou s’étant démis, le 11 octobre 1753, de' la charge de garde des sceaux, Bené-Cliarles de 31aupcou obtint la place du démettant et le tiire de vicc-chanceiicr. — II.

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tant beaucoup à ce rappel, qui ne tieiil, dii-oii, quVi la coudition préalable, qu’on exige, de la séparation du comte d’avec son épouse.

Dans une suite du compte liistori(|ue (jui a été rendu de la conduite de, M. Gliastelier Dumesnil en Dauphiné on lit cette clianson. Elle lait anecdote, et mérite d'étre consignée ici.

Margot la ravaucleuso A dit à Dumesnil :

« Cousin, je suis bien gueuse; Viens rebattre mon lit,

Comme ton aïeul Biaise,

Qui jadis l’a battu Pour un quart d’écu ! »

On prétend M. Gliastelier petit-üls d’un cardeur de laine. On lit dans la meme relation le detail d’un placard séditieux, afüclié à Grenoble, dont voici les paroles :

O France! o peuple esclave et servile!

EN MÉFRISANr LES LOIS,

ON t’arrache tes riens POUR t’en former des chaînes.

LE SOüFFRIRAS-1 U,

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