‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 44 sur 123 · HT · texte numérisé non relu

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prier d’intercéder en sa faveur et demander son rappel; mais ce seigneur, tout débonnaire, n’a point voulu solliciter pour un pareil scélérat.

2b. Les gazettes annoncent cjue le roi d’Angleterre a ordonné à son procureur général de la Cour du Banc de poursuivre M. d’Lon de Beaumont, dont il est tant question aujourdliui, à la requête de M. de (luercliy, ambassadeur de biance, qu en conséquence, le ])rocés a été commencé contre lui, comme auteur du libelle le plus scandaleux et des calomnies les plus atroces.

^ Mai. q. Il se répand sur la destruction des Jésuites répigramme suivante, qui, quoique grossière, mérite d’ètro conservée comme anecdote caractéristique;

Ils sont f les bons apôtres,

Et Ton ne les plaint pas beaucoup, Car, avant ce malheureux coup,

Ils en avaient bien d’autres.

W. ^ On sait que M. Yanloo, premier peintre du roi, a peint, il y a quelque temps, mademoiselle Clairon en Médée, ,enant d’une main un flambeau et de l’autre le poignard en-' :ore teint du sang de ses enfants, insultant à la douleur de ’ason et bravant sa colère. Le roi ayant ordonné que ce tuileau fût gravé, l’habile peintre en a fait un second, propre faire plus d’effet en gravure. L’estampe a été exécutée par IM. Laurent Cars et Jacques de Beauvarlet, graveurs du roi t de son Académie de peinture. La tète de Médée, c’est-à-dire e mademoiselle Clairon, est l’ouvrage de M. de Beauvarlet.

IL — Les changements faits à la nouvelle salle d’Opéra ont médiocres et n’en réparent point les défauts. On a seuloley reculé ces loges immenses qui olfusciuaient tout le reste.

• revenir du peu de goût, ou, pour mieux

ire, de 1 imbécillité des Comédiens ; on ne conçoit pas que cet reopage si difficile et si impertinent à l’égard des auteurs u’il fait valeter plusieurs années de suite, ait donné les mains recevoir un drame aussi complètement ridicule que celui U Jeune Homme L On sait que l’auteur ne s’en est mêlé

1 Joué et tombé au ThéAtre-Français le 17 mai.

liG MiLmOUIES secrets DE BAEflAUMUM

en rien, et que les Comédiens étaient engoués de cette comédie.

Le matin, M. l’abbé de A'oisenon trouva Molé, qui faisait le rôle du Jeune Homme, chez madame la marquise de Yilleroi, et qui tenait son cahier à la main ; il le prit, et, tombant sur la scène du valet, il sentit, par l’expression de « jeter par la fenêtre, » tout le ridicule du reste de la scène. Il demande à Molé ce qu’il en pense. Ce jeune fat l’assure que son rôle est très-bon; que cette scène est une scène d’humanité qui doit faire le plus grand effet; et l’abbé, de rire, et de dire à la marquise: «Madame, je suis bien trompé, ou ce Jeune Homme donnera bien du fil à retordre à son père. »

20. — Le roi avait souscrit pour deux cents exemplaires du Corneille commenté par M. de Voltaire. Sa Majesté n’en a pris que cinquante, et a fait remettre les autres au père de mademoiselle Corneille. L’impératrice de Russie a fait le même acte de générosité envers mademoiselle Corneille, aujourd’hui madame Dupuits.

26. — Madame Bellot, cette femme qui avait vécu jusqu’à présent dans une grande pénurie et du profit très-mince de ses traductions anglaises, demeure depuis quelque temps avec le président Mesnières, qui s’en est engoué; elle mène sa maison, y fait la pluie et le beau temps. Ce phénomène est d’autant plus rare que cette dame est peu jeune : elle est laide, sèche et d’un esprit mélancolique. Elle a renvoyé le chevalier d’Arcq, avec qui elle vivait.

28. — On assure que le chevalier d’Éon vient de faire paraître un second volume, qui sans doute fait suite au premier.

Des lettres de Londres prétendent qu’il figure mal parmi les honnêtes gens ; qu’il a- eu différentes affaires, suscitées vraisemblablement, mais qui l’ont mis aux prises avec la police du pays; que le gouvernement voit avec peine 1 impunité dont il jouit, sans pouvoir s’assurer de sa personne; qu’il n’a pu arrêter qu’en partie la distribution de son Mémoire, de ses Lettres, etc.; ce qui les rend cependant rares en Angleterre. On dit qu’il en a vendu pour plus de 20,000 livres et qu’il a fait passer le reste à Hambourg.

31. — Il court des vers qu’on peut regarder comme une énigme et ([ui n’ont quelque sens que par leur malignité. Ils

.lUFX 1704

roulent sur des anecdotes scandaleuses, vraies ou fausses mais connues à la cour, où Ton croit tout, parce (ju’on sV sent capable de tout. ^

Après avoir détruit l’autel de Ganymède,

A enus a cpiitté l’horizon ;

A tes malheurs encor, France, il faut un remède :

Cdiasse Jupiter et Junon h

Juin. — 2. — Il ])araît que l’on veut employer tous les moyens possibles pour avoir raison do rinconduite de M. dKon, et que la cour de Londres s’y prêle. On assure qu’elle fait intervenir le corps diplomatiijue pour demander son extradition; que tous les ministres étrangers, conjointement avec M. de Guercliy, ont remis un Mémoire à ce suiet lord Halifax, secrétaire d’Ktat, pour qu’il soit traduit au anc du roi; mais tout cet éclat ne peut avoir de suite et se rea iser^ pour l’objet qu’on se propose, qu’autant qu’il sera autorise par un bill du Parlement.

Algarotti est mort à Pise la nuit du 22

au 2d du mois dernier. Cet ami des arts et des muses a laissé

entre autres choses, un legs de huit mille écus romains à’

M. Mauro Tossi, peintre célèbre de Bologne. Il veut (m’on en

yiploie deux mille à lui élever un mausolée à Pise. Il a donné

ui-meme le dessin de ce monument et a dicté son éjiitaiihe que voici ; ^

IIlC JACET AlCAHOTÏUS, SEIl NON' OMNIS.

On doit pardonner cette inscription peu modeste à un homme

qui a aussi bien mérité de lu littérature et des beaux-arts.

. — Un procès, porté au parlement do Bretagne, iiour statuer sur 1 état contesté d’un enfant né dix mois et dix-se„( jours apres la mort de son père, vient d’occasionner un Mé-

cK.e

le duc de Choiseul, H Jimoit, la duchesse de Crarnmont, sa hur'.'^rver'l.-in^d^f a vivail, s il en laul croire la chroni(|ue scandaleuse du’lenins dans une plus que (r.ilenielle. Quant au Gaiiiimède dont VèniK Pnn l'autel, nous n’avons découvert dans la vie privée de l ouis^'xv”'

aucun doute, l’auteur de l’épigramme a voulu faire alInsioT ^

lieu à d’odieux soupçons - j* ^'*i^sion, non qui puisse donner

moire, signé de plusieurs habiles cliirurgiens et rédigé par M. Louis. On y discute avec beaucoup de clarté et de précision les faits, les raisons et les autorités sur lesquels on veut fonder cette possibilité. Il décide que, le temps de la gestation et le terme de raccoucbement dans toutes les espèces d animaux étant fixés par la nature dbme manière invariable, l’espèce bumaine doit être soumise a ce meme ordre, et que, par conséquent, bout accoucbement qui passe le terme de neuf mois et dix ou douze jours ne peut être regardé comme naturel et ne peut se laire sans danger pour la mère et pour 1 enfant. Le Alémoire est profondément traité et, d’ailleurs, est écrit avec toute l’élégance et la netteté que comporte le sujet.

17. — Béhé^ le nain du roi de Pologne Stanislas, étant mort depuis quelques jours de vieillesse et de caducité, à 1 âge de vingt-cinq ans, M. le comte de Tressan l’a honoré d’une épitaphe :

IIlC JACET

Tnigolaus Ferry, Lotraringius,

NÀÏURÆ EUDES,

STRüCTURÆ TEISUITATE MIRANDUS;

AR AnïONINO INOVO DILECTÜS.

In JÜVENTAÏIS ÆTAÏE SENEX,

QuINQüE LUSTRA FUERUNT IPSI SÆCULUM.

ObIIT NÛNA JÜNII

Ax. M. D. G. G. LXIIIL

22. — Nous apprenons par une lettre de Neuchâtel que Rousseau est toujours aux environs de cette ville. Il y lait des lacets et dit qu’il devient femme, puisqu’on ne veut pas qu’il soit homme. Il passe les soirées avec une espèce de fermier qu’il a alfectionné. Quand il entre chez ce bonhomme, il souffle la chandelle de celui-ci et la rallume à la sienne quand il veut revenir, sans doute pour laire tout au rebours des autres.

24. — M. Jolivet, directeur du Journal de Trévoux, depuis l’expulsion des Jésuites, est mort ces jours-ci. Ge triste médecin avait jeté dans cet ouvrage une sécheresse, une insipi-

dite, qui lui avait donné beaucoup do discrédit. Aussi f,n-ave, aussi raide que les premiers autours, il n’avait jias su y joindre une aménité de style dont le père licrtliior parait son pédantisme, üu abbé Mercier, Génovél'ain s’est mis sur les rangs pour la continuation.

26. — Il est arrivé ici, de Vienne, (juelques exemplaires d^un livre intitulé ; Méditations chrétiennes Ce livre n’était point destiné à devenir public. C'est le fruit des retraites de l’auteur, qui éJiliait une auguste famille pur une piete tendre et éclairée, ainsi qu’elle eu faisait le bonheur iiar ses autres vertus. Le ton de douceur, de candeur, de raison, de chante, qui anime, pour ainsi dire, chaque ligne de cet ouvrage, aurait seul fait connaître l’esprit et le cœur dont il est une image aussi fidèle que touchante. Voici un quatrain qui se trouve écrit à la main en tête de ce livre :

L augustG auteur de cet ouvrage,

D un monde séducteur connut la vanité,

Et, dans le printemps de son âge.

Fut cueilli comme un fruit mÙr pour réternité.

, de Londres, du 13 de ce mois, que

affaire de M. d’Eon a été jugée au Banc du roi, le 9; que es jurés ont unanimement déclaré M. d’Éon coupable et son mvrage libelle ; mais que, suivant les formes de ce iiays-là a sentence et la peine ne seront prononcées contre lui qu’au erme prochain, c’est-à-dire dans le mois de septembre; qu’en ttendant, quoiqu’il ait fait courir le bruit qu’il avait décampé e ^ ondres, il continuait à régaler le public d’écrits qu’il fait ûserer dans les gazettes, et où il n’y u ni rime ni raison.

PO quehjucs semaines, au palais

ruileries, le portrait on grand de feu madame la mar-

uise de Pompadour, par Lrouais, peintre de réputation. La

Bssemb ance est des plus frappantes, et la composition du U-

leaii est aussi riche que bien entendue. Cette dernière partie

a ete terminée que depuis la mort de cette femme célèbre.

» C’est le savant bibliographe Banh. Mercier, abbé de Saint t oiror • r

' 173^ mort à Paris en 1799. Voy. 5 février 170^ ne a Lyon

2 Par la princesse Élisabeth de Bourbon-Panne femme de l’-.mnn .

3nne, 1764, in-8‘’. — p,. ’ mnime ue laithiduc Joseph.

11. — La ville de Reims ayant proposé une espèce de concours pour la meilleure inscription à mettre au bas de la statue du roi, qu’elle fait exécuter depuis longtemps par le fameux Pigalle, voici les vers qu’on a jugés les plus dignes de Louis XY. On doit se rappeler que c’est à Reims que le roi est sacré :

C’est ici qu’un roi bienfaisant Avilit jurer d’être voire père ;

Ce monument instruit la Terre Ou’il fut fidèle à son serment L

14. Fréron, dans son m 22, finit par cet article: « Faute à corriger dans le n*^ 20, page 290, ligne 12 : François- Marie Arouer de Voltaire \ lisez \ François-Marie Arouet de Voltaire. »

Bien des gens, en remarquant cette pitoyable et infâme plaisanterie, l’avaient mise sur le compte de l’imprimeur. Le journaliste a eu peur qu’elle ne fut en pure perte, et par cette affectation décèle qu’il a regardé cette tournure comme trèspiquante : il fait voir jusqu’à quel point de platitude peut descendre un homme d’esprit aveuglé par la passion.

19, Tout le monde court après la nouvelle estampe de mademoiselle Clairon: elle est gravée, d’après le tableau de M. Vanloo, par MAL Gars et Beauvarlet, graveurs du roi. On sait qu’elle est représentée en Aledee'. On a saisi, dans le cinquième acte de cette tragédie , l’instant ou Alédée vient de poignarder ses enfants et s’enfuit dans son char en les montrant à Jason. La gravure de la planche a été payée par le roi, ainsi que la bordure du tableau. Quant au tableau, madame la princesse de Oallitzin en a fait présent a mademoiselle Clairon. AL Nougaret a fait les vers suivants pour être mis au bas du portrait :

Celte actrice immortelle enchaîne tous les cœurs ;

Ses grâces, ses talents lui gagnent les sulFrages Du critique sévère et des vrais connaisseurs :

Et de nos Jours, bien des auteurs Lui doivent le succès qui suivait leurs ouvrages.

1 Ces vers, de Clicquotde Blervaclie, ne sont que la traduction d’une inscrip* lion en prose, de bidcrol, que l’on trouve dans la Correspondance Utléraire de Grinim, 15 janvier 1704. — ï\.

SEPTRMimr. 1704

Septembre. — 2. — Mercredi, 29 août, la Faculté de médecine assemblée, M. de L’Épine, l’ancien des douze commissaires nommés pour rendre compte sur le fait de l’inoculation, a lu un Mémoire qui a tenu deux heures et un quart de lecture du texte, non compris les notes qu’il n’a pas eu le temps de reprendre. Ce Mémoire conclut à défendre provisoirement l’inoculation, sauf à l’admettre, si elle se perfectionne par la suite dans les pays étrangers, au point d’étre exempte de tous les inconvénients très-grands qu’il lui reproche. Les commissaires, au nom desquels M. de L’Kpine parlait, sont MM. Astruc, Bouvard, Gocliu, Baron, Verdelham et Macquart. Mercredi prochain, il y aura une assemblée sur le meme sujet, pour écouter le Mémoire en faveur de l’inoculation.

4. — M. le marquis de Paulmi a été élu hier membre honoraire de l’Académie des sciences, à la place de feu M. le comte d’Argenson.

— Il paraît un livre, intitulé : Des passions qu’on attribue à madame de Boufllers^. L’auteur les réduit à deux classes, l’amour et l’ambition. Elle traite la première avec toutes les grâces dont son sexe peut embellir un sujet digne d’elle. Le développement de cette passion dans le cœur d’une jeune personne est rendu d’une façon neuve, avec une touche de pinceau également ingénieuse et sensible.

5. — La Faculté de médecine s’est assemblée ce matin pour entendre la lecture du Mémoire favorable à l’inoculation. Il a été lu par M. Petit, qu’on appelle communément rAiiatomiste. MM. Geoffroy, Lorry, Thierry et Malouart l’avaient signé. La matière mise en délibération, il a été arreté : la tolérance de l’inoculation. Cet avis a passé à la pluralité de cinquante-deux voix contre vingt-cinq.

0. — Le roi s’est rendu aujourd’hui à Sainte-Geneviève, accompagné de M. le Dauphin et de plusieurs seigneurs de la cour. La cérémonie ^ s’est faite sur les onze heures et demie.

1 1764, Cet ouvrage, et le traité De Z’am/l/é fAmsteidam et Paris, Desaiiil, 1762, in 8o), pareillement attribué à madame de Roulllers, est de madame la présidente d’Arconville, morte à Paris en I8ü5,âgée de quatre-vingt-cinq ans, — li.

2 Voy. 29 juillet 1765.

^ La pose de la première pierre de la nouvelle église. — Pi.

M. de Coste a présenté les médailles ; MM. de Marigny, Soullot et Gabriel entouraient le roi. Le Père Bernard avait préparé une ode relative à la fête ; il l’a présentée au roi, qui est allé voir la bibliothèque de Sainte-Geneviève, où il est resté trois quarts d’heure à se faire rendre compte des principaux ouvrages qu’elle renferme.

CcTcle^ ou la btOiréc à la 'uiodc^ de M. Poinsinet, a été joué aujourd liui avec peu d’affluence, la réputation de 1 auteur ne prévenant pas pour lui. La pièce a reçu de trèsgrands applaudissements. Une précieuse moderne, deux petites-maîtresses subalternes, un marquis fat, un plat robin, un Suisse bonhomme, un poétereau aussi vilain que bas, un médecin à la mode et un abbé musicien, composent ce joli groupe . nous ne parlons point d’une soubrette et d’une jeune personne qui y sont pour peu de chose. Il n’y a ni intrigue, ni marche théâtrale, mais beaucoup de saillies et des personnages peints avec une grande vérité. Le rôle du médecin est, sans contredit, le premier. On prétend que c’est Lorry; l’abbé de La Croix est le prototype du musicien ; le poëte se désigne par Mes dix-neuf ans. ouvrage de M. De Rosoy; enfin la femme est connue pour être madame la comtesse de Beauharnais. Malgré son succès prodigieux, le sujet pouvait être mieux traité, et l’on sent que l’auteur n’a vu la bonne compagnie que de loin; il n’a pas cette touche fine et légère qui désigne l’homme du grand monde.

12. Rameau, sans contredit un des plus célèbres musiciens de 1 Europe, et le père de l’école française, est mort aujourd’hui d’une fièvre putride, accompagnée de scorbut. Il avait quatre-vingt-trois ans. Le roi lui avait accordé des lettres de noblesse, pour le mettre en état d’être reçu chevalier de Saint-Michel; mais il était si avare, qu’il n’avait pas voulu les faire enregistrer, et se constituer en une dépense qui lui tenait plus à^cœur que la noblesse. Il est mort avec fermeté. Differents prêtres n’ayant pu en rien tirer, M. le curé de Saint- Eustaches j est présenté, a péroré longtemps, au point que le ma a e ennuyé s est écrié avec fureur : « Quel diable venez-

vous me chanter là, monsieur le curé? Tous avez la voix fausse ! »

SEPTEMnill-: 17(;4

16. — On joarle beaucoup du maria^^c secret de inadeiuoiselle Clairon avec M. de Valbelle, son ainaiiL inliiiu). On ])rétend que cette actrice doit se retirer à Pa(|ues, et que c(3 sera l’époque de la publication de son hymen. En attendant, elle a toujours en titre un Russe, qui se contente de lui Ijaiser la main, et l’on assure que c’est ce qu’il peut faire de mieux.

C’est une fureur pour courir après l’estamixî de cette célèbre héroïne ; on assure qu’elle a déjà fait cinq cents louis.

18. — Mademoiselle De Miré, de l’Opéra, plus célèbre courtisane que bonne danseuse, vient d’enterrer son amant. Les philosophes de Paris, qui rient de tout, lui ont faîl ré})itapbe suivante.^ qu’on suppose gravée en musique sur son tombeau

Mi. Ré, La. Mi. La.

23. — M. Rochon de Cbabannes, auteur de plusieurs comédies, s’étant attaché au char de mademoiselle Dangeville, l’actrice bienfaisante l’a présenté à M. le duc de Praslin et a procuré à M. Rochon, par l’entremise de ce ministre, une place de 2,000 écus dans les bureaux des Aflaires étrangères. Il est à craindre que la politique ne refroidisse son génie comique.

27. — M. de Voltaire, suivant son usage, persiüe le public et désavoue \q Dictionnaire philosophique. N oici une anecdote à ce sujet, que nous tenons du sieur Cramer, son imprimeur à Genève, et qui est à Paris.

Il nous a conté qu’il avait écrit, il y a quelque temps, une lettre à M. de Voltaire, dans laquelle, en lui rendant compte de ce nouveau livre dont on parlait à Paris, fort scandaleux, fort connu, tort couru et très- bien fait au dire des connaisseurs, il ajoutait qidon le lui attribuait; qu’il le priait, en conséquence, de vouloir bien lui en envoyer un exemplaire. M. de Voltaire lui a répondu qu’il avait, ainsi que lui, ouï parler de ce Dictionnaire philosophique; qu’il ne l’avait pas lu, mais qu’il désirait très-ardemment, ainsi que M. Cramer, l’avoir en sa possession; qu’il lui demandait en grâce de lui en procurer la lecture, dès que ce livre tomberait entre ses mains. M. Cramer a riposté à M. de Voltaire qu’il avait fait voir sa lettre à tout le monde, suivant ses intentions, qu’il présumait, quoiqu’il ne le lui eût pas ordonné ; qu’actuellement

MKMOIRRS SECRETS DE RACHAUMONT

que la farce était jouée, il le suppliait de nouveau très-instamment de lui envoyer un exemplaire de cet ouvrage

Hier, on a célébré aux Pères de l’Oratoire un service pour le repos de l’ame de Rameau. C’est l’Opéra qui en a fait les trais, et, comme on voulait éviter les querelles occasionnées lors de celui fait à Saint-Jean de Latran pour feu Grébillon, on a fait les invitations, sur le billet, au nom de la veuve ; il y avait seize cents billets. Le concours a été nombreux, l’orcliestre était immense, et l’on n’a jamais vu d’exécution aussi complète. On avait adapté aux circonstances différents morceaux de Castor et Polluæ, et d’autres opéras de Rameau. Le tonds de la messe était celle de Gilles : digne façon de célébrer ce grand liomme. C’est ainsi qu’autrefois, à la mort

de Raphaël, on exposa sur sa tombe son tableau de la Transfiguration,

vient d’imprimer en Hollande un manuscrit ^ que les curieux s’étaient procuré à grands frais : c’est la confession du curé d’Étrépigny. Yoici quelques détails sur ce personnage.

Jean Meslier, curé d’Étrépigny et de But, en Champagne, mort en 1723, âgé de cinquante-cinq ans, laisse trois copies, de sa main, d’un ouvrage contenant ses sentiments sur la religion. Sur le verso d’un papier qui servait d’enveloppe était écrit : «J’ai vu et connu les abus, les erreurs, les vanités, les folies et les méchancetés des hommes; je les ai hais et détestés; je n ai osé le dire pendant mavie^ j^le dirai au moins en mourant et après ma mort. C’est afin qu’on le sache, que j ai écrit le présent Mémoire, afin qu’il puisse servir de témoignage à la vérité à tous ceux qui le liront. » Ce curé était de fort bonnes mœurs; il ne lisait que la Bible, quelques Pères et des philosophes. On croit qu’il s’est laissé mourir de laim, 11 ayant rien voulu prendre sur la tin de sa vie.

On a trouvé, dans ses papiers, en imprimés : Traité sur

Il paraît, d après le témoignage de Wagnière, que le libraire Cramer jouait ' ollaire, qui voulait se mettre tà l’abri de la persécution. Les leUres a Cramer n ont point ém recueillies dans les OEiivres de Voltaire. - U. trnit e inanuscrit, mais une aual\se de ce manuscrit, sous le litre d’Kx-

V Extrait ^ Jcaii Mt.slier. La prél'ace est de Voltaire, auteur de

OCTOUHI^: 17(;4

Vexi^iencp- de Dieu et sitr ses attributs^ ])ar "SI. (!(* iMUKilon, et les Kcjt exions dupère Touenemine^ Jdsidte, sur V athéisme., et, en marge, il y a des notes et des réponses signées de sa main.

Il avait écrit deux lettres aux curés de son voisinage, ])our leur faire part de ses sentiments. 11 leur déclare (jidil a consigné au gretie de Sainte-iMeneliould, justi(;e de sa i)aroisse, une copie de son écrit, mais qu’il craint qu’on ne le supprime, suivant le mauvais usage établi d’em])éclier que les peuples ne soient instruits et ne connaissent la vérité.

Un jour qu’il se trouvait à Paris, dans une compagnie où l’on parlait du nouveau Traité de la Religioji^ fait })ar l’abbé Iloutteville, un jeune libertin ayant voulu plaisanter : « Monsieur, lui dit le curé d’un ton sévère, il est fort aisé de tourner le religion en ridicule, mais il faut beaucou})

plus d’esprit pour la défendre. »

Il était fort ardent pour la justice. Le seigneur de la paroisse ayant un jour maltraité des paysans, il refusa de prier Lieu pour lui, suivant l’usage. Ce seigneur en ayant porté ses plaintes à M. de Mailly, archevêque de Peims, celui-ci le réprimanda et l’obligea de le faire. Il le lit, en déclarant à ses paroissiens par quel ordre, et en priant le Seigneur de convertir ces riches au cœur dur, désignant son archevêque et son se-igneur, et de leur donner l’humanité dont ils avaient besoin.

Octobre. — 2. — M. Poinsinet, 'auteur de la comédie du Cercle, l’ayant fait imprimer avec une Lpître dédicatoire à M. deLaFerté, intendant des Menus-Plaisirs, pleine d’une basse et sordide adulation, on a fait ré})igramme suivante :

On s’étonne et même on s'irrite Le Yoir encenser un butor ; N'a-t-on pas vu l’Israélite Jadis adorer le Veau d’or?

Un auteur peut, sans être cruche, Emmécéner un La Perte ;

C’est un sculpteur qui d’une bûche Sait faire une divinité.

(5. — Monsieur rardievèque étant à Conllans depuis quel-

MEMOIRES SECRETS DE JîACUAU.UONT

ques jours, à 1 occasion d’une liumeur flstuleuse dont on le croit atteint au podex, les plaisants ont fait l’épigranime suivante. On s’adresse à Moreau, son cliirurgien :

Moreau ! quelle est ta gloire et ta vocation !

Le ciel t’a réservé pour cette occasion :

Il anime ton zèle et ton patriotisme.

Par toi s’opérera ce grand événement :

Ton bras sapera sourdement Le fondement du fanatisme.

14. — Il court dans le monde une épître familière de l’auteur de la Soirée à la 7node^ à une jeune femme qui lui a lait présent d’une robe de cliambre. Avec des choses heureuses on y trouve ces vers singuliers :

Que d’autres dans Paris étalent leurs galons,

Leur large broderie et leur frisure à l’ambre,

Et le luxe de leurs talons !

Dans mon bonnet de nuit, dans ma robe de chambre.,.

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