VERS A M. LE DUC d’aIGUILLON
Couvert de farine et de gloire h De Saint-Cast héros trop fameux,
Sois plus modeste en ta victoire :
On peut d’un souftle dangereux.
Te les enlever toutes deux.
^1* Robbé de Beauvezet, si connu par ses ouvrages libertins, et par son fameux poème sur le mal de Naples, vient de tremper sa plume dans une autre encre. Depuis quelque temps, sans être dévot, il s’est jeté dans le parti des convulsionnaires, dont il est l’apôtre le plus zélé. Il pousse la fureur au point de faire un poème en faveur de la religion, en six chants 2. H paraît avoir suivi, à peu près, le plan de M. Racine. Il se distinguera sans doute par une ma-
1 Les Anglais ayant fait une descente sur les eûtes de Bretagne, en 1758, le
duc d Aiguillon les battit à Saint-Cast et les força de se rembarquer. On l’accusa
cepen an être resté dans un moulin pendant l’action et de n’avoir pas pris une
part assez active au danger. La Chalotais écrivit dans une lettre qui eut trop de
pu ^ notre général ne s’est pas couvert de gloire, il s’est du moins couvert de larme. » Inde iræ — R, o .
2 Ce poème n’a point vu te jour.
XOVEMIUU-: 17G4
nière dillerente; mais ce({Lii rendi‘accl ouviaige original, c’est une apologie des convulsions, par où le ])oeLe termine son poëme, et pour laquelle tout le reste semble avoir été i)réparé.
19. — M. de La Gondamine ne cesse de' militer en laveur de l’inoculation. De temps en temps il-iuinime le courage des combattants par des Lettres sur cette matière. Il en paraît deux nouvelles de cet illustre défenseur. Son grand argument est que plus de trente mille personnes en France sont tous les ans victimes de la petite vérole naturelle, et qu’elle en mutile, estropie ou déligure un plus grand noml)re. Au contraire, cent personnes au plus succomberaient à la nouvelle pratique, en supposant un accident sur trois cents. Il ne doute point que ce raisonnement ne fasse une grande impiession. Ces deux Lettres doivent incessamment être suivies de deux autres du même auteur, où il rend compte des ouvrages qui ont paru pour et contre l’inoculation.
23. — Le poète lioj, chevalier de Soiat-Micliel, très-connu par ses poèmes lyriques, par le mordant de son génie et la causticité de son caractère, est mort aujourd’hui de consomption. Depuis plusieurs années il s’était entièrement retiré du monde, et menait un genre de vie tout opposé à celui dans lequel il avait vécu : ce qui l’avait fait passer pour mort -. Il avait quatre-vingt-un ans, et ne faisait plus que végéter.'
Il laisse une fortune considérable, et un tils capitaine d’infanterie.
21. — Le Clair, musicien célèbre et très-connu par ses sonates ainsi que par son talent pour le violon, a été assassiné, il y a trois jours, à dix heures du soir, en rentrant chez lui.
28. Micliel-Ange Slodtz, un de nos plus célèbres sciili)leurs, est mort avant-liier.
NovEMBnE. — 2. — On peut se rappeler les instances de 1 impératrice de Russie pour engager M. d’Alembert à passer en Russie, et le refus dans lequel il a persisté h Elle vient
^ Lettres de M. de La Coiidainine à M le dnptP>i->< .
l’inoculation en France Paris, Praull, i7Gi, iii-12. ^ ^ Pi'ésent de
2 Voy. 18 janvier 1764.
Voj. 23 octobre 1762 et 31 janvier 1763.
MKMOIHRS SECHETS DE IIAEII AUMOXT
de lui envoyer une médaille d’or avec une lettre très-obligeante. Cette médaille porte d’un côté le portrait de cette souveraine, et de l’autre le palais qu’elle vient de faire construire pour y recevoir les enfants trouvés.
8. — Un de ces forcenés dont le génie satirique ne peut rester circonscrit dans les bornes de l’honnêteté, vient de faire une sortie alfreuse contre les fermiers généraux, dans un poème qu’il appelle les Anthropophages Rien de si misérable que cette déclamation : c’est un tissu d’injures et d’invectives mal cousues, dans des vers assez plats. Pour leur intelligence, on y a joint des notes qui rappellent à peu près tous les griefs énoncés dans V Anti-Financier . Ce libelle pitoyable attire la sévérité de la police, et en reçoit tout son lustre. Il y a eu des libraires de Rouen envoyés à la Bastille, des colporteurs arretés.
9. — On apprend, par des lettres de Lisbonne, qu’on a trouvé, en creusant dans un vieux bâtiment, brûlé dans le dernier incendie, une urne contenant trois cents médailles d’or de l’empereur Titus, L’inscription qu’elles portent semble indiquer qu’elles ont été frappées après l’expédition de cet empereur contre les Juifs': Tito Vespasxani filio^ Judceis siibactis.
10. — On écrit de Parme que le célèbre Troncbin, après avoir inoculé heureusement l’infant Ferdinand, a reçu du prince son père les honneurs les plus flatteurs; que la Communauté de la ville de Parme, d’abord alarmée de cette méthode nouvelle, ayant eu part de son heureux succès, a écrit une lettre au ministre de Son Altesse Royale, en remerciement et en témoignage de reconnaissance. En conséquence, elle supplie Son Altesse Royale de permettre d’expédier à M. Tronchin un diplôme par lequel Userait admis au rang de citoyen, avec les cérémonies accoutumées, et d’ériger en son honneur, dans rilôtel de Ville, une inscription en marbre, pour perpétuer la mémoire de ce grand événement; enfin, défaire frapper une médaille, sur laquelle sera représentée d’un côté la tête de ce savant médecin, et de l’autre un revers allégorique avec
1 V AnthropoAuKjle, ou les AntrbpopluKjes. Amslordam, 37 pages.
une devise analogue. Ce revers doit etre composé sur une comparaison ingénieuse, tirée des Mémoires de M.deLa Condamine sur rinoculation. D’après cette comj)araison, il représentera un fleuve rapide, que s’ellbrceront de traverser plusieurs nageurs entraînés par le torrent, tandis (ju’un homme sur le rivage montre à un autre homme une petite bar(|ue, dans laquelle il pourra gagner en sûreté l’autre bord. On lira pour devise ces mots d’Ovide : Tutissimus ibis, Idinfant a approuvé cette propo'sition.
21. — Les noms de Jean-Jacques Rousseau et de Diderot sont si connus dans le monde, qu’il n’est pas besoin de rappeler leur célébrité. Il vient de se passer un fait trop singulier pour ne pas le rapporter. Les rebelles de Corse leur ont député jDOur les engager à leur dresser un code qui puisse fixer leur gouvernement, ayant en horreur tout ce qui leur est venu de la part des Génois. Jean-Jacques leur a répondu que l’ouvrage était au-dessus de ses forces, mais non pas de son zèle, et qu’il y travaillerait. Quant à Diderot, il s’en est défendu sur son impuissance à répondre à cette invitation, n’ajant point assez étudié ces matières pour pouvoir les traiter relativement aux mœurs du pays, à l’esprit des babitanls et au climat, qui doivent entrerpour beaucoup dans l’esprit de législation propre à la confection d’un code de lois.
Il ne paraît pas étonnant que les Corses se soient adressés à Rousseau, auteur du Contrat social^ où. dans une note trôsavantogeuse, il prédit la grandeur inévitable de cette république; mais à l’égard de Diderot, on ne voit pas en quoi il a pu mériter une dislinction si flatteuse L
23. — M. de La Harpe, auteur de Warioick et de TimoUon, quoique très-jeune, vient de se marier : il a épousé la fille du maître du café ou il avait un logement. C’esl- une jeune personne très-jolie, très-bonnète, très-mcdesie, et qui était grosse de plusieurs mois de ce poète fécond. Il paraît que les Muses ont fait les Lais les plus considérables de cet hymen : les deux conjoints n’ont rien du tout.
j Aussi iiVsl-il pas bien certain que des démarches aient été faites auprès de
lui. Quant a Itousseau, on en a des preuves irrécusables dans sa Correspondance avec M. Bulla-I oco et Paoli. — U. ^ unuaiiuc
25. — Balechoii, célèbre graveur, vient de mourir à Avignon. Il s était d’abord fait connaître par des portraits. Il s’est immortalisé par ses magnifiques planches de marine de M. Vernet. La mort de l’auteur va rendre ces morceaux encore plus curieux.
Décembre. — 9. — La Gazette de France d’avant-hier parle d’un Divertis s e^nent de la composition de M. Poinsinet, et exécuté à Trianon, le mercredi 28 octobre, pour l’amusement de nosseigneurs les Enfants de France. Les interlocuteurs sont des personnages moraux, dans le goût de ceux des fables de La flotte, dame Mémoire^ damoiselle Imagination^ etc. On conçoit combien cela doit être froid.
27. — La nouvelle édition du Dictionnaire 'philosophique portatifs attribué à M. de Voltaire, paraît enrichie de huit articles nouveaux et de plusieurs changements dans les anciens. Quoique proscrit presque partout et même en Hollande, c’est de là qu’il nous arrive.
Fous citerons à ce propos une anecdote relative à ce livre. Au mois de septembre dernier. Messieurs de l’Académie des belles-lettres ayant été présenter au roi leur nouveau volume : « Eh bien! dit le roi au président Ilénault, chef de la députation, voilà encore votre ami qui fait des siennes? » Le Dictionnaire venait de paraître. « Le malheureux! dit le président à ses confrères : il travaillait dans ce moment même à revenir en France. » C’est ce qui a donné lieu au désaveu envoyé par M. de Voltaire à l’Académie française, et que personne n’a cru.
Janvier. — 8. — M. de Nougaret ayant fait un livre intitulé ; la Capucinade^ ou Histoire sans vraisemblance^ espèce de roman ordurier, dont des religieux sont les héros, la police a cru devoir réprimer cette licence, et l’auteur est à la Bastille.
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13. — Dansle grand nombre do chansons, pasqninades, bons mots, jdaisanteries de toute espèce, auxquelles M. de h’Aver ly est en butte, on distingue Tépigramme suivante, relative à une anecdote qu il faut savoir. INI. le contrôleur général ayant indiqué un jour et une heure d’audience pour les receveurs généraux, au commencement de cette année, il les ht entrer et les reçut en bonnet de nuit et en habit noir. M. d’IJrmesson, intendant des finances, était à la tête :
Sait-on poiircpioi le contrôleur pédant,
Ces jours derniers, avec un ris mordant,
En bonnet gras, du cou montrant la nuque,
Admit chez lui les publicains Jaloux?
^ G est qu’il voulait leur faire voir à tous
Qu il n’était pas une tete à perruque,
annonce un fameux médaillon que Garrick a fait frapper pour mademoiselle Clairon Les flatteurs ont déjà lait les vers suivants :
Sur l’inimitable Clairon,
On va frapper, dit-on,
Un médaillon.
j\Iais, quelque éclat qui l’environne.
Si beau qu il soit, si précieux.
Il ne sera jamais aussi cher à nos yeux Que 1 est aujourd’hui sa personne.
Un caustique ^ a fait la parodie suivante :
De la fameuse Frétillon A bon marché se va vendre le médaillon ,
Mais, à quelque prix qu’on le donne,
Fût-ce pour douze sous, fût-ce môme pour un Jn ne pourra jamais le rendre aussi commun Que le fut jadis sa personne.
T tenons de quelqu’un qui a été au colléffe avec . de La Harpe, que les couplets dont il se justillo et nu’il nous donne comme des amusements de sa jeunpsse, sont en effet des couplets inlames et pour le moins aussi abominables
^ Voy, 10 février 1765.
2 Voy, i‘2 février 1 7G5.
SECllIlTS de HAEIIAEMOM’
que ceux de Rousseau; qu’il n’a point, il est vrai, attaqué ses maîtres, dont il a provoqué le témoignage, mais qu’il a maltraité un maître de quartier et d’autres personnages qui, s’ils ne lui avaient point fait de bien, ne lui avaient pas fait de mal. Une telle noirceur, sinon aussi criminelle que l’ingratitude, indique toujours une âme méchante et un cœur gâté.
Février. — 5. — Quoique M. de Sartines et M. le vicechancelier paraissent avoir le projet de supprimer tout à fait le Journal de Trévoux, depuis la mort du continuateur, M. Jolivet, ces magistrats se sont laissés aller aux sollicitations de messieurs de Sainte-Geneviève, et il paraît que cet Ordre s’est emparé de la continuation. Il est actuellement entre les mains de M. Mercier, bibliothécaire de Sainte-Geneviève, et def M. le duc de La Yallière. C’est un littérateur de beaucoup d’érudition, et qui a un génie caustique, propre à répandre le sel nécessaire à un pareil ouvrage. On commence à en être plus content, depuis qu’il est entre ses mains.
(P — M. de Rosoy vient de faire imprimer une tragédie, ayant pour titre : les Déciiis français, ou le Siège de Calais. Il rend compte, dans une préface assez longue, des raisons qui l’ont déterminé à devancer M. de Belloy ; il affirme que sa pièce, présentée aux comédiens dans le temj^s que celle-ci était encore au berceau, resta longtemps entre leurs mains, et qu’après lui avoir été rendue sans qu’on lui donnât aucune raison du retard et du refus, il apprit qu’elle avait été dans les mains d’un ami du comédien à qui il l’avait confiée, lequel ami était fort lié avec M. de Belloy. Il insinue qu’il se pourrait trouver une ressemblance entre les deux drames, et qu’il veut éviter d’être accusé de plagiat.
Du reste, la pièce est mal écrite, et le canevas ne présente aucun trait de génie.
10. — n y a quatorze ans que M. Garrick, le plus grand acteur du théâtre de Londres, vint passer quelques jours à Paris : il vit jouer mademoiselle Cdairon, et reconnut ce qu’elle devait être un jour. Il vient de faire faire un dessin par M. Gravelot, dans lequel mademoiselle Cdairon est représentée avec tous les attributs de la tragédie. Un de ses bras s’appuie sur une pile de livres : on y lit : Corneille, Racine, Gré-
Fi<:\j;ih:ii iTG.'î
billon, Voltaire ; et Mclpoinùnc est à côté, qui la couronne. Dans le haut du dessin on lit ces mots : Pkoi'iiktie acco.mmji;, et ces quatre vers au bas :
J’ai prédit que Clairon illusirerait la scène,
Et mon espoir n'a point été déçu,
Elle a couronné Mclpomène ; iMelpomène lui rend ce qu’elle en a reçu.
Ces vers sont de M. Garrick.
Les enthousiastes de mademoiselle Clairon ont saisi avec avidité cette occasion de la célébrer : on a institué l’ordre du Médaillon, et l’on a frappé des médailles représentant ce portrait, dont ils se sont décorés.
IL — M. Le Vormandd’Estioles, ayant épousé depuis quelque temps mademoiselle Rem, hile d’Opéra, dont il avait fait sa maitiesse, de tort mauvais plaisants ont ainsi joué sur le mot :
Pour réparer miseriaiii
Que Pompadour laisse à la Erance,
Son mari, plein de conscience,
\ ient d'épouser Rem imhlicam.
12- Mademoiselle Clairon ayant paru menacer de son indignation l’auteur delà parodie rapportée à l’article du 15 janvier, il s est fait connaître, et s’annonce partout pour l’avoir laite : cest M. de Saint-Foix. Il rapporte qu’un jour où l’on jouait à la cour Ohjmpie et les Grâces, il pria, avant la pièce, mademoiselle Clairon de trouver bon que mademoiselle l)ofaisait un rôle de prêtresse, sortît de la scène un peu plus tôt, ahn d’être en état de qiaraître tout de suite et d empecher le roi de s en aller, suivant sa coutume, (]uand on met un intervalle entre les deux pièces. Elle répondit fort insolemment (|u elle ne le voulait point; (]uc mademoiselle Doligny se donnât bien de garde de manquer à la pompe et à la décence du spectacle, sinon qu’elle quitterait la scène ellemêmco Le Breton, piqué, s’est vengé par la cruelle parodie dont il est question.
13. — Entin, a paru aujourd’hui le Siège de Calais, cette tragédie tant annoncée. La fureur avait redoublé, et l’on a peu
MlvMOIUKS SKCKETS DE BAEllAUiUONT
VU de foule aussi considérable. La pièce, plusieurs fois à la veille d’etre sifflée jusqu’à la fin du quatrième acte, a repris fortement, grâce au jeu supérieur de facteur Molé, et a fini par être très-applaudie. Quoiqu’il n’y ait, à proprement parler, qu’un caractère théâtral, point de passion, point d’intérêt, point d’onction, point de vraisemblance dans tout le reste; que les incidents en soient forcés, le style bouffi, et la plupart des tirades hors d’œuvre et pleines de pensées fausses, nous ne doutons point que cette pièce n’oit le plus grand succès éphémère, à cause des grands noms qu’elle illustre encore et des éloges prodigués aux Français de ce temps-là, que ceux de celui-ci veulenf liien s’attribuer. En un mot, c’est un sermon monarchique, que le Gouvernement doit protéger, entendre et faire entendre à toute la nation, s’il est possible.
14. — Mademoiselle Clairon s’étant parfaitement reconnue dans son portrait, tracé d’après nature par Fréron est allée trouver les gentilshommes de la Chambre et a menacé de se retirer, si l’on ne lui faisait pas justice de ce vil journaliste. En conséquence, on a sollicité un ordre du roi pour le faire mettre au For-fÉvêque. Heureusement pour lui, il a la goutte, et ses amis en ont obtenu la suspension jusqu’à ce qu’il fut en état d’y aller. Toute la littérature impartiale crie contre une pareille injustice, d’autant plus grande que cette reine de théâtre, quoique parfaitement ressemblante, n’est point nommée, et n’est même caractérisée par aucun trait assez particulier pour qu’on puisse dire qu’il fait désignée spécialement.
15. — On fait en Hollande une nouvelle édition de la Pucelle^ petit format, enrichie d’estampes très-curieuses et en grand nombre. On f aura dans toute fingénuité du texte.
Un petit auteur, nommé Nougaret, a formé le projet assez plat de donner la continuation de ce poème
^ En publiant dans V Année lÀltéraire les vers de Du Doyer de Gastel à mademoiselle Dolisny (22 janvier 1765), Fréron faisait le plus grand éloge de la sagesse de celle comédienne, qu’il 'comparait à une autre actrice dont il faisait, sans la noinnier, le portrait le plus infâme. Mademoiselle Clairon eut le courage d’avouer la ressemblance, en poursuivant le pamphlétaire. — 11.
Il existe une Suite de la Pucelle d’Orléans, en sept chants, poeme luruïcomkjue, par M. de Voltaire j trouvée à la Bastille le 14 juillet 1789. Herlin et
i'ih’Rii-:ii i7üii
16. — Le démêlé de Fréroii avec mademoiselle Clairon lait grand bruit à la cour et à la ville. Fabbé d(3 Voisenon oyaiit écrit, à la sollicitalion des amis du pr(mii(;r, um3 lettre très-patliétique à M. le duc de Duras, gentilhomme d(3 bi Cbambie, celui-ci a répondu à ral)l)e, (ju’il aime beaucoup, que c’était la seule chose qu’il croyait devoir lui refuser; que cette grâce ne s'accorderait qu’à mademoiselle Clairon seule. Ainsi le pauvre diable, à la honte de devoir son châtiment à mademoise]le Clairon, est menacé de joindre l’humiliation plus grande de lui devoir son pardon. Il dit, comme le philosophe grec : « Aux carrières plutôt!
1^* Ac bicgs de Ccilciis prend avec la lureur que nous avions annoncée; le fanatisme gagne au point que les connaisseurs n osent plus dire leur avis. On est réputé mauvais patriote, 230111 oser élever la voix. I./’auteur est regardé comme le Tyrtée de la nation, et les bas courtisans prônent avec la IdIus grande em23hase une pièce qu’ils sifflent in jyetto.
Ibi. M. de Rosoa , 1 auteur du Siège de Ccdciis^ im2)rimé, vient de se ressentir de sa hardiesse d’avoir osé attaquer M. de Belloy dans sa préface : il est mis au For-l’Évêque, pour les anecdotes qu’il y a débitées, et malgré le pair de France ^ auquel elle est dédiée.
21. — Fréron avait si bien fait mouvoir ses amis, que la reine avait ordonné qu’il eût sa grâce. Mademoiselle Clairon ne s est point trouvée satisfaite. Elle a écrit de nouveau aux gentilshommes de la Chambre une lettre très-pathéti(fue. oii elle témoignait son regret de voir que ses talents n’étaient P us agréables ou roi; qu’elle le présumait, puisqu’on la laissait avilir impunément : qu’en conséquence elle persistait à emancler sa retraite. Elle est allée ensuite en personne chez L le duc de Choiseul, ou, après avoir épanché son cœur, elle lui a lait part de son projet. « Mademoisselle, à repris M. le duc, nous sommes, vous et moi, chacun sur un théâtre mais avec la différence que vous choisissez les rôles qui vous
Paris, 1791, in-18. Nous ignorons si Mémoires. — R.
^ Le duc de Crainmont, — r^
celte conliuLialion est celle dont parlent les
MKMOIRES SECRETS DE RACM AUMONT
conviennent et que a^ous etes toujours sûre des applaudissements du public. Il n’y a que quelques gens de mauvais goût, comme ce malheureux Fréron, qui vous refusent leurs sulfrages. Moi, au contraire, j’ai ma tâche souvent très-désagréahle; j’ai beau faire de mon mieux, on me critique, on me condamne, on me hue, on me haloue, et cependant je ne donne point ma démission. Immolons, vous et moi, nos ressentiments à la patrie, et servons-la de notre mieux, chacun dans notre genre. D’ailleurs, la reine ayant fait grâce, vous pouvez, sans compromettre votre dignité, imiter la clémence de Sa Majesté- » La reine de théâtre a souri avec noblesse à ce propos, et s’est retirée fort mécontente du persiflage. Elle est revenue chez elle, où s’est tenu un comité avec ses amis et la troupe des Comédiens, présidés par M. le duc de Duras, et l’on est convenu que celui-ci ferait craindre à M. de Saint- Florentin la désertion de toute la troupe, si l’on ne faisait pas raison â la Melpomène moderne de l’insolence de Fréron. Cette démarche a fort étourdi M. de Saint-Florentin, et ce ministre écrit à une princesse, que l’affaire devient d une si grande importance, que depuis longtemps matière aussi grave n’aété agitée â la cour; qu’elle en estdi visée, et que, malgré son propre respect pour les ordres de la reine, il ne sait s’il ne sera pas obligé de prendre là-dessus ceux du roi. En sorte que Fréron est encore dans les transes.
22. — Le Siège de Calais a été joué hier â la cour. Le roi en a paru très-llatté; il a accepté la dédicace que M. de Belloy a demandé d’en faire â Sa Majesté, et la pièce doit être imprimée au Louvre, honneur que n’a jamais eu Corneille. ^En outre, le roi a chargé de M. L’Averdy d’aviser au moyen de ré-
compenser cet auteur.
2G. — On a enfin engagé mademoiselle Clairon â souscrire aux volontés de la reine, et Fréron n’ira point au b or-l’Évêque.
27. — Les Comédiens italiens ont donné aujourd’hui la première représentation de Tom Joncs, comédie en trois actes et en prose, mêlée d’ariettes ; musique du sieur Philidor, paroles du sieur Poinsinet. Ce sujet, plus susceptible de pathétique que des bouffonneries de ce théâtre, est absolument raté. L’auteur a semé cette pièce de toutes sortes deplai-
sauteries gTossières et sans aucun sel. T^es deux ])remiers acUîs ont ennuyé. Le parterre s’est mis en l)elle liuineur au troisième acte. A chaque plirase, c’étaient des liuées, des éclats de rire, des cla({uements de mains, (]ui ont })rol()n^é de beaucoup le spectacle et qui l’auraient absolument fait finir, si la pièce eût été plus longue. Le sieur Poinsinet. très-confiant, avait dit plaisamment qu’il allait faire lever le Siège de Calais, voulant faire entendre que, la foule se tournerait vers lui.
iMARS. — 1. — lies Enfants de France, pour qui Poinsinet a fait un Divertissement assez mauvais ^ , ayant su sa disgrâce au Tbéaire-Italien, en ont été si touchés (|ue les gentilshommes de la Chambre, pour faire leur cour, ont exigé des Comédiens de jouer Tom Jones une seconde fois. Dn a distribué beaucoup de billets gra'is^ et, par une révolution assez extraordinaire, cette pièce, huée, bafouée la veille, hier est montée aux nues. On a demandé les auteurs, et ils ont reçu de grands applaudissements.
'7. — Le Siège de Calais continue à faire l’engouement de la cour et de la ville. Il n’est, dans les talons rouges, que le comte d’Ayen qui ait le courage de se déclarer, et de larder la pièce de tous les sarcasmes que lui présentent les circonstances. On lui reprochait, ces jours-ci, un tel acharnement contre ce monument patrioti([ue :'« Vous n’ètes donc pas bon Français? lui disait-on. — Bon Français! A Lieu ne plaise, s’écria-t-il , que je ne le fusse pas meilleur que les vers de la pièce! » En elfet, elle est barbarement écrite.
.8. — Nous ne pouvons omettre un trait dont nous sommes sûrs, et qui est trop propre à découvrira nu l’aine du sieur Fréron, pour l’oublier. L’imprimeur Barbon étant allé voir ce journaliste au sujet de VEssai d'une tradAiction en vers de V Iliade que vient de donner au public j\L de Bochefoid, b réron demanda s il s’intéressait beaucoup à cet ouvrage. Le libraire répondit que non, puisque rauteur bavait fait hnprimer à ses frais. « Gela posé, répliqua-t-il, ce n’est point la peine de le lire ni d’en parler. » On sent facilement à ce langage quel ressort fait remuer sa plume, et le cas à faire de ses éloges ou de ses critiques.
^ Voy. 9 décembre 1764. o
miLmoires secrets de raghaumont
10. — La ville de Calais, enchantée de la comméoioration que M. de Belloy a faite de ses antiques héros, lui a écrit une lettre fort reconnaissante, lui a fait offrir des lettres de bourgeoisie, avec un présent, et La supplié de trouver bon qu’on plaçfit son portrait dans son Hôtel de Yille.
12. — On ne peut rendre l’aflluence du peuple qui s’est présenté à la Comédie, où l’on donnait gratis la tragédie du Siège de Calais : la rue et les alentours étaient pleins dès le matin. On a commencé le spectacle à une heure et demie, et il a été écouté avec une attention surprenante de la part des spectateurs. On ne doute pas qu’il n’y eût là des gagistes qui les avertissaient d’applaudir aux endroits désignés. L’auteur a été obligé de se montrer, et a été reçu avec les acclamations les plus réitérées ; on lui a fait l’honneur insigne de joindre son nom à celui du roi, et l’on a crié : Vivent le roi et M, de Belloy i Les courtisans en grand nombre étaient présents à cette cérémonie : ils sont partis sur-le-champ pour en rendre compte à Versailles.
14. — Entre les différents vers faits à l’honneur de M. de Belloy, on a distingué le madrigal, ou plutôt l’épigramme suivante :
Belloy nous donne un Siège, il en mérite un autre :
Graves Académiciens,
Eaites-lui partager le vôtre Où tant de bonnes gens sont assis pour des riens.
21. — Le parlement a enfin accordé au B ieiionnaire 'philosophique et aux Lettres de la Montagne les honneurs de la brûlure; mais on les a accouplés malheureusement à trois libelles obscurs et fanatiques qui déparent cette apothéose : Avis important à nosseigneurs les cardinauœ, archevêcjues et évêques^ aux seigneurs de la cour^ etc. Lettre d'urn Cosmopolite et les Réflexions impartiales
^ Bruxelles, 1765, ia-i2 .
2 Sur le héqaisiioire de M. Johj de Flenrj et sur Varrélé du Parleiuoit de Paris, du 2 janvier 1701, qui condamne au feu l’Instruction pastorale de M.l Arciievêque de Paris. Paris, Romain Constaiil, i7Gi, in-12.
liéjlexions iinj)artiales d’ini Fraiirais papiste et roqaliste, elc. Alais^ chez Narcisse Buisson, imprimeur, à l’enseigne du PrüùaL/ilis)ne. 1763, in-l2 de 2 34 pag.
AVniL 1705
22. — Goldüni esl attaclié plus (juo jamais à lu Franco : il vient dètre lait maître de daiigue italieiiiie des Kul'aiits de Trance, avec deux iinlle éciis d’appointements.
, ^ct-'etée littéraire^ une Letrre de
J . de la Condamine, don Quieliotle-né de riiiociilutioii, où 1 relute uiifait qudl se croit personnel, inséré dans le Ranport des commissaires contre riiioculalioii F 11 déclare qu’il est prêt a accepter le déli qu’on lui a fait, et sur leijuel ou voudrait mettre en doute son courage de se l'aire inoculer pour éprouver si cette opération réussirait sur un sujet qui a déjà eu la petite vérole. ^
Avril. — 4. - Il paraît un ü/énoirc de M. Loijseau, jeune avocat, qui traite son métier plus eu orateur qu’en juriscoiisulte. Cet ouvrage fait grand bruit comme littéraire. C’est liistoire des amours de M. Le Lœul'de Valdalion, moiisquelaiie de la première compagnie, avec mademoiselle Le Moii-
iien’- i T, r F'®™'®" président de la Cliambre des comptes e Dole, n lait parler le jeune liomme; il raconte d’une maniere tendre et touchante toute son intrigue, qu’il ne révèle qu a la derniere extrémité, et contraint à le faire iiour repousser les imputations atroces du père de la demoiselle. Rien de plus agréablement écrit que ce roman, plein d’incidents et de peintures voluptueuses. C’est le même sujet qu’on avait annonce devoir être traité par .I.-J. Ilousseaii ^
Ce jeune liomme s’était déjà laissé condamner par conlumace au parlement de Franche-Comté, à vingt ans d’absence eu vingt mille livres de dommages-intérêts. M. LeMonnier
ë^nde, et a voulu se pourvoir
ddTiZi dui augmente encore l’intérêt
])our le malheureux amant.
(î.— Il y aune fermentation très-grande dans le trinol comique Un acteur assez médiocre, nommé Dubois, s’est fait
i esl plaml , I, de n’.volr éle “
1 Douze commissaires avaient été nommés o-ir !•. y-.OMO ' i lour examiner cl diseuler les avaulagcs el les i.ico né FnU ,iri
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MÉMOIRKS SECRETS DE BACIIADMONT
teur, qui a nié la dette. Mademoiselle Clairon, très-vive sur le point d’honneur, a ameuté toute sa cohorte, et 1 on a parlé à M. de Richelieu, gentilhomme de la Chambre. Celui-ci a traité l’allaire comme une alTaire de vilains; il n’a pas voulu s’en mêler, et on a remis la décision aux Comédiens, disant qu’ils étaient les pairs de Dubois, et qu’ils pouvaient le juger. En conséquence, il a été chassé, lui et un nommé Blainville, qui paraissait avoir rendu quelque faux témoignage dans l’affaire. Mademoiselle Dubois, fille de l’expulsé, prend la chose fortement à cœur; elle met en œuvre tous ses charmes auprès de M. le duc de Fronsac, et se flatte de réintégrer son pere.
10. — M . le corn te de Lauraguais et mademoiselle Arnould sont deux personnages trop intéressants dans le monde liUéraire pour ne pas rassembler avec empressement tout ce qui a rapport à eux. Depuis quelque temps il a débuté à l’Opera une danseuse fort bien tournée, nommée mademoiselle Robbe; elle a donné dans les yeux à M. deLauraguais, qui n a pu s empêcher de témoigner à mademoiselle Arnould l’impression qu il avait éprouvée. Celle-ci a reçu cette confidence avec la même philosophie que l’amant la faisait; elle a pris sur elle de suivre la passion nouvelle de M. de Lauraguais, et d en apprendre les progrès de sa propre bouche. Un jour qu elle lui demandait où il en était, il ne put s’empêcher de lui témoigner qu’il était désolé devoir toujours chez sa nouvelle divinité un certain chevalier de Malte qui l’offusquait fort. «Un chevalier de Malte! s’écrie mademoiselle Arnould; vous avez bien raison, monsieur le comte, de craindre cet homme... .
il est là pour chasser les infidèles. »
11. Il passe pour constant que Garrick, ce fameux comédien de Londres, qui est à Paris depuis longtemps, a pour but de travailler à une pièce qui puisse servir de pendant au Français à Loyidres. On assure qu’il a un talent admirable pour saisir les ridicules, et qu’il joue parfaitement la pantomime. Reste à savoir si sa composition aura la finesse de tact, la délicatesse de goût de M. de Roissy, qualités bien rares
dans un Anglais. ^
Id. — Mademoiselle Clairon ne cesse de sontfler le^ leu c e
la discorde dans sa troupe. Elle est furieuse, à ce c|u on pie-
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tend, du qui court (jue Dubois aura uu ordr(; du roi pour continuer son rôle de Mauni, dans le Si(Uje de CdUiis, dont on avait déjà cliar^^é un autre acteur, àladeinoiselb^ Dubois à si bien mis en œuvre ses cliarines auprès de àl. le duc de Dronsac, qu’elle a obtenu ce (|u’elle voulait. On assure (pi’il y a des comités fré({uents entre les Comédienr : on cabale, on fait des inenées. On ne sait comment linira cette histoire.
Id. — M. Diderot s’étant trouvé obli^m do vendre sa bildiothèque pour des dispositions.de famille, cette nouvelle s’est répandue chez les étrangers. On en a parlé à l’impératrice des rxussies. et cette princesse vient de faire écrire une lettre ^ très-llatteuse a notre philosophe. Dlle lui marejue que, instruite des raisons qui le lont se défaire de ses livres et du prix qu iis valent, elle désire les acheter* qu’en conséquence elle a donné orc^re qu on lui comptât une somme de (juinze mille livres, qu on lui avait assuré valoir cette acquisilion. et mille livres en outre en forme de gratification, dont elle prétend qu’il jouisse tous les ans. Sa INIajesté Impériale ajoute qu’elle ne veut point le priver d’un dépôt aussi précieux et aussi utile; elle le prie de garder cette bibliothèque jusqu’à ce qu’elle la lui fasse demander.
^ passé aujourd’hui a la Comédie française une scène dont il n’y a pas encore eu d’exemple depuis l’institution du théâtre : c’est une suite de la fermentation dont nous avons annoncé les progrès. Les Comédiens, instruits delà certitude de l’ordre du roi pour faire jouer Dubois, n’ont point voulu en avoir le démenti, et le complot s’étant formé chez mademoiselle Clairon de ne pas jouer, il s’est exécuté de la façon suivante. Tout étant disposé. Le Kain est arrivé sur les quatre heures et demie; il a demandé aux sernainiersmui jouerait le rôle de Mauni. « C’est Dubois, lui a-t-on répondu suivant l’ordre du roi. - Cela étant, a-t-il répli(|ué voilà mon rôle, » et il s’en est allô. Molé est venu ensuite qui a fait la même chose. Brizard et Dauberval ont suivi les traces de ces mutins. Enfin est entrée l’auguste Clairon sortant de son lit, assurant qu’elle était toute malade, mais qu’db
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^ Oii la irou'o dans i3 avril i7Gj. — II.
1^. C Hun-ain- v.vXm^x., à ,|„,e ,iu
MEMOIRES SECRETS DE RAGllAUMO^T
savait ce qu’elle devait au public et qu’elle mourrait plutôt sur le théâtre que de lui manquer. « Qui fait le rôle de Mauni? » a-t-elle demandé. Ensuite, sur la réponse que c’était Dubois, elle s’est trouvée mal, et est retournée se mettre au lit. Grand embarras dans le reste de la troupe : point de gentilshommes de la Chambre. L’heure s’approchait. On consulte M. de Biron, qui se trouvait là par hasard. On convient de donner le Joueur^ au lieu du Siège de Calais^ et de glisser cette annonce à la suite du compliment. Cependant la nouvelle avait transpiré et faisait l’entretien du parterre. On s’arrête à la vue du complimenteur, homme de mine piètre et mesquine, le sieur Bourette; il annonce sa mission, et déclare que la défection de quelques acteurs les met dans le cas de substituer le Joueur au Siège de Calais. A l’instant, des huées, des sifflets ; le mot de Calais ! se répète de tous les
endroits de la salle ; on crie : A V Hôpital la Clairon! Alolè^
Brizard^ LeKain^ Daubervad au For-VEvêque ! L’orateur est obligé de se retirer, et l’on met de nouveau en délibération ce qu’on fera. Cependant le tapage continuait, et la garde voulait imposer silence. M. de Biron envoie dire qu’elle se contienne et laisse le public en liberté, qui ne cessait de répéter : La Clairon à V Hôpital! etc. M. de Biron, consulté de nouveau par les Comédiens, leur conseille d’essayer toujours d’entrer en scène, ce qui ayant été exécuté par Préville et madame Bellecour, les cris ont redoublé. Les acteurs, ne pouvant se faire entendre, rentrèrent dans la coulisse, et le spectacle ne pouvant avoir lieu, un sergent vint haranguer le parterre delà part de M. le maréchal de Biron; il annonça qu’on allait rendre l’argent ou des billets.
Préville et l’autre semainier, le soir même, ont été rendre compte de l’aventure à M. le lieutenant général de police, qui leur a témoigné combien il était sensible à cela, mais qu’il ne pouvait se dispenser d’exercer ses châtiments.
16. — Fermentation étonnante dans Paris au sujet de cette histoire, grand comité des gentilshommes de la Chambre tenu chez M. de Sartines. Le résultat est d’envoyer les coupables au For-l’Évêque. Brizard et Dauberval y vont aujourd’hui. ]\Iolé et Le Kain, en fuite, se sont arrêtés à une certaine dis-
tance, et ont écrit une belle lettre, où ils rendent compte de leur conduite, et déclarent que l’iionneur ne leur permet pas de jouer avec un fripon.
Mademoiselle Clairon reçoit des visites de la cour et de la ville, au sujet de cet événement. Elle ne ])eut digérer Tairront qu’on a voulu lui faire de la mettre en face de Dubois. Dn rapporte, à ce sujet, qu’ayant interpellé quebpies officiers qui faisaient cercle chez elle, et leur avant demandé si, dans leur corps, ils n’en useraient pas de même si quelqu’un d’eux avait fait une bassesse, ce (pi’ils feraient, s’ils ne le chasseraient pas, et si, par extraordinaire, la cour voulait les forcer à garder un infâme, ils ne quitteraient pas tous? « Sans doute, mademoiselle, répond l’un d’eux avec vivacité mais ce ne serait pas un jour de siège. » ^