‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 50 sur 123 · AVAIT ENVOYÉ ISABELLE ET GERTRUDE, OPÉRA- COMIQCE DE FAVART · texte numérisé non relu

AVAIT ENVOYÉ ISABELLE ET GERTRUDE, OPÉRA- COMIQCE DE FAVART

Fcrney, le 28 octobre I765.

J’avais un arbuste inutile

Qui languissait dans mon canton ;

Un bon jardinier de la ville Ment de greffer mon sauvageon.

Je ne recueillais de ma vigne Qu'un peu de vin grossier et plat,

Alais un gourmet ha rendu digue Du palais le plus délicat.

Ma ba gue était fort peu de chose :

On la taille en beau diamant...

Honneur à l’enchanteur charmant Qui fit cette métamorphose!

«Vous sentez ])ien. monsieur l’évéque de Mont-Rouge, à qui

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sont adressés ces mauvais vers ? .levons prie d(i présent(n mes compliments à 1\L Favart, qui est un des d(uiK conservateurs des grâces et de la gaieté françaises. Gomme il y a dix ans que vous ne m’avez écrit, je n’ose vous dire : « O mon ami, écrivez-moi? » mais je vous dis : « Ah! mon ami, vous m’avez oublié net. »

REPONSE DE M. L AIîRE DE VOFSENON.

Vos jolis vers à mon adresse Immortaliseront Favart !

C’est Apollon qui le caresse,

Quand vous lui jetez un regard :

Ce dieu l’a placé dans la classe De ceux qui parent ses jardins ;

Sa délicatesse ramasse

Les Heurs qui tombent de vos mains.

Il vous a choisi pour son maître ;

^ os richesses lui font honneur :

Il vous fait respirer l’cdeur

Des bouquets que vous faites naître.

« Il n’aurait pas manqué de vous olfrir sa comédie de Gerrude, mais il a la timidité d’un homme qui a vraiment du talent. Il a craint que l’hommage ne soit pas digne de vous. Vous ne croiriez pas que, malgré les preuves multipliées qu’il a données des grâces de son esprit, on a l’injustice de lui ôter ses ouvrages et de me les attribuer. .Je suis bien sûr que vous ne tombez pas dans cette erreur. Quand il se sert de vos étoiles pour en faire ses habits de fête, vous n’avez garde de l’en dépouiller. Il vous enverra incessamment sa Fée UrgèJe. Il m’a paru qu’elle avait réussi à Fontainebleau, d’où j’arrive. Ce n’est pas une raison pour qu’elle ait du succès ici. La cour est le Châtelet du Parnasse, et le public cosse souvent ses arrêts. Mais vous avez fourni le fond de l’ouvrage : voilà sa caution la plus sûre.

« Adieu, mon plus ancien ami; je ne cesserai de l’être que lorsque le Parlement rappellera les .Jésuites, et je ne vous oublierai que lorsque j’aurai oublié de lire. »

18. — Les Comédiens Français ont donné aujourd’hui VAvare, et Bonneval, qui faisait ce rôle, y a montré une présence d’esprit dont il faut conserver l’anecdote. Acte trois, scène

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onzième, après le troisième couplet où Gléante insinue d’une manière équivoque son regret que Marianne devienne sa bellemère, au lieu de sa femme. Harpagon ayant témoigné sa surprise du compliment, Marianne répond à son tour. Mademoiselle Doligny, qui faisait ce rôle, étant restée court, et le souffleur n’y étant point, le sieur Bonneval a repris sur-le-cliamp, au moment où les trois acteurs paraissaient stupéfaits, et surtout Marianne : « Elle ne répond rien, elle a raison: à sot compliment point de réponse. » Tout le public connaisseur a senti la linesse de la repartie, et l’on a fort applaudi l’intelligence de l’acteur.

19. — Tandis que M.de Belloy reste ici enseveli sous l’auréole de gloire qui l’environne, que les trompettes de la Renommée ne résonnent plus de sa pièce, l’Amérique retentit de ses louanges. On écrit de Saint-Domingue que M. le comte d’Estaing, gouverneur général, a fait représenter, au Cap, le Siège de Calais ; que cette tragédie y a fait fermenter au plus haut degré le zèle patriotique. Non content de cela, le commandant a fait imprimer la pièce à ses dépens, et en a fait distribuer des exemplaires à tous les habitants et soldats.

23. — Le canton de Berne, comme allié de la république de Genève, a cru ne pouvoir tolérer Rousseau sur son territoire. Il a fait signifier à cet illustre proscrit qu’il eût à sortir de ses terres. En vain a-t-il fait valoir les droits de l’iiuma- Tiité ; en vain a-t-il demandé qn’on lui laissât passer l’iiiver dans sa retraite, jusqu’à ce que la saison lui permît de se rendre en Prusse : le canton s’est montré inexorable. Il a poussé la dureté jusqu’à refuser l’offre que faisait Rousseau de se constituer prisonnier tout ce temps-là C se laisser resserrer étroitement, et de ne communiquer avec qui que ce soit. Il a fallu partir. Il s’est rendu, tant bien que mal, à Strasbourg. Le maréchal de Gontades, qui commandait dans cette ville, l’a fort bien accueilli, et lui a permis de se retirer dans un village auprès de Strasbourg, jusqu’à la belle saison, où il se rendra aux instances du Salomon du Nord.

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