‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 51 sur 123 · M. Gballes, jeune sculpteur, est mort il y a quelque · texte numérisé non relu

M. Gballes, jeune sculpteur, est mort il y a quelque

^ Voyez, dans les OEiitn'es de l>ousseni/ d sa lettre dn 20 oetobre 1705, A 31. de cralTenried . — lî.

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lenips. Il élail auleur de la chaire de Saiiil-llocli, (anl, criliqiiée,’et qu’on disail ressembler à une lo^e d’Opbra. Mal^u’ô les défaulsqu’on lui reprochai! . ilavaü des lalenis, et les ouyra^^es qui reslenl de lui Ibnl re^reller sa per!e.

29. — Le PhilGsoplie sans le savoir, ci-devan( inlilulb /c J)uel, ayant occu[)é depuis longhunps rallenlion des rna^dstrats. sans ayoir rien arrelé de lixe sur le soi‘f d(' ce draiiKu on en a, pour terminer le comilé, donné aujoui-d’hui une re.présentation à huis clos. Tous les ^ums à simarre y étail convoqués, et la pièce a enfin passé au moyen des corrcclions faites : elle doit être jouée lundi.

20, — On peut juger de la futilité de notre goût et de notre paresse par la liste des almanachs nouveaux. Les titres sui-

vants les désignent assez : L' Amusement a la mode : IL Aprèssouper des dames, ou les Amusements d' É glé : Le Badmage amusant: Le Calendrier des amis: Les Caractères, ou la pure Vérité: Chiffon, ou la Chiffonnière de Vénus: létrennes récréatives : Êtrennes variées, ou Mélange amusant : Étrennespour les jeunes enfants, ou Alphabet historique et amusant, avec figures : La Grécanicomanie, ou V Amusement des Belles : U Inventaire du pont Saint-Michel, pièce nouvelle en un acte: Je ne saurais me taire : Les Papillotes, ou Extrait du Recueil de** ^ : Le Perroquet, ou les Masques levés : Tout ce qidil vous plaira. Ceci n’est encore qu’une légère ébauche du débordement d’almanachs dont nous allons être inondés.

Décemure, — 3. — M. Grevier, le continuateur de Rollin. vient de mourir. M. de Voltaire l’avait caractérisé à merveille ; il l’appelait le lourd Crcvier L

Madame Belot, femme auteur, qui a vécu longtemps de traductions anglaises et du produit de quelques romans niau\ais, vivait depuis quelque temps avec le président de Meynières. Elle a si fort enjôlé ce président, qu’elle l’a conduit à l’épouser, il y a plusieurs mois. Le mariage s’est déclaré aNant-liier. Elle a joue le sentiment, au point de ne vouloir

Le lourd Crevier, pédant, crasseux et vain, Prend hardiment la place de Rollin,^

Comme un valet prend l’iiahil de so^ maître.

>1KM()1RES SRCKETS DE RACHAUMONT

recevoii aucun avantage par son contrat de mariage. On dit parce qu’on ne peut supposer une façon de penser si délicate dans une femme qui a été aux gages de M. de La Pouplinicre, a ceux de Palissot, et qui a vécu scandaleusement avec différents personnages, et surtout avec le chevalier d’Arcq, homme très-décrié pour ses mœurs.

13. M. L. G. D. B., dans une Lettre aux auteurs à\\ Journal oncyclopéchque^ contenant des observations critiques sur les Considérations sur le gouvernement ancAenet présent de la France, par M. le marquis d’Argenson, voudrait insinuer que cet ouvrage n’est pas de ce ministre. Il prétend y relever des erreurs, des contradictions, et les journalistes le réfutent. Nous ne Amyons d’important dans sa lettre qu’une anecdote assez plaisante. M. d’Argenson était un des plus ardents partisans des abonnements particuliers concernant les impôts : ayant fait part de son projet au roi. Sa Majesté lui dit de le communiquer au contrôleur général. Celui-ci l’ayant écouté tranquillement : « Cela est fort bien, lui répondit-il; mais que deviendront les receveurs des tailles?» Alors, tournant le dos à son collègue : « Apparemment, monsieur, répliqua le comte, si l’on trouvait moyen d’empêcher qu’il n’y eût des scélérats, vous seriez inquiet de ce que deviendraient les bourreaux? » — L’Opéra a donné avant-hier la première représentation de 1 ancien Thésée. C’est la septième fois qu’on remet cet opéra depuis son origine. On n’a touché ni au poème de Quinault, ni à la musique vocale de Lully; maison a substitué une ouverture nouvelle à l’ancienne et remplacé tous les airs de danse par des morceaux plus modernes. L’ouverture est de M. de Bury, surintendant de la musique du roi. La plupart des airs de danse sont de M. Berton.

L effet de ce spectacle, en général, est des plus imposants. Peu d’opéras ont été remis avec autant de magnificence. Le jeu des machines est très-exact, quoique très-compliqué. Une des plus belles décorations qui se puissent voir est Minerve descendue dans un nuage qui enveloppe toute la scène, et qui, en disparaissant, laisse Amir unpalais magnifique à la place de celui (jiie Médée aAmit embrasé. L’acte des Furies offre quelque chose de plus ])i{{uant encore que dans Castor. Les démons

paraissent avoir réellement percé la terre ]mnr obéir à ]\îé(Ié(î. Les llaml)eaiixdon( ils sont armés jettent par intervalles une flamme qui les enveloppeet qui forme le plus bel elïct. (Lest à M. Laval qu’on est redevable de ces découvertes ingénieuses.

18. — Le fameux J. -J. Kousseau de (lenéve est à Paris depuis quelques jours. Il a d’abord logé dans la rue de Pichelieu, et s’est ensuite retiré au Tem})le, à l’bôtel Saint-Simon, sous la protection du prince de Conti. 11 est babillé en Arménien, et doit passer à Imndres avec 1\L Hume. Il paraît que le Parlement veut bien fermer les yeux sur son séjour ici.

22. — Kous ne pouvons nous empêcher do rapporter la manière dont le roi a annoncé à madame la Dauphine la mort de son mari L II avait chargé le grand aumônier de rester auprès du mourant jusqu’au dernier instant. Ce prélat s’étant rendu près du roi, Sa Majesté a pris sur-le-champ son parti, a fait venir M. le duc de Berry, et, après lui avoir fait un dis-

cours relatif aux circonstances, il l’a conduit chez madame la Dauphine. En entrant, il a dit à l’huissier de la Chambre : « Annoncez le roi et M. le Dauphin. » Cette princesse a senti ce que cela voulait dire, et s’est jetée aux pieds du roi.

26. — Il paraît un nouveau livre intitulé ; le Compère Matthieu ^ attribué au marquis d’Argens. C’est un roman satirique en trois volumes; cadre adroit, où l’auteur a enchâssé et réduit en action beaucoup de principes de la nouvelle philosophie. La religion n’est pas l’objet sur lequel il s’exerce le m*oins. En général, il y a de la gaieté, du mouvement, de la variété dans cet ouvrage un peu grivois. La décence .et les mœurs n’y sont pas toujours bien respectées, ce qui ne lui donne que plus d’attraits pour les jeunes gens et les esprits libertins.

28. — ■ Il court une lettre très-singulière du roi de Prusse au célèbre .L-.T. Rousseau Si elle est authentique, elle peut

I Louis, Dauphin, père de Louis XVI, né à Versailles le i septembre 1729, mourut à Fontainebleau le 20 décembre î7GV

Lombes, i /GG, 3 vol. in-8'^. Ce roman lameux, souvent réimprimé est de 1’ abbé Du Laureus. . ’

Cette lettre a été composée par Horace Walpole, connu par sa correspondance avec madame Du Deiraud. H était lils du célébré ministre du roi d’UiUelerre George tl. — I’,. '

MlvMOlIlF.S SECHKI'S DF HAF!F\UMDNT

expliquer les motifs du changement de ce philosophe sur le lieu de sa retraite. Voici Tépître attribuée au Salomon du Nord : « Vous avez renoncé à Genève, votre patrie ; vous vous êtes fait chasser de la Suisse, pays tant vanté dans vos écrits : la France vous a décrété : venez donc chez moi. J’admire vos talents, jem’amuse de vosrêveriesqui. soitdit en passant, vous occupent trop et trop longtemps. Il faut, à la fin, être sage et heureux. Vous av( z fait assez parler de vous par des singularités peu convenables à un véritable grand homme. Démontrez à vos ennemis que vous pouvez quelquefois avoir le sens commun : cela les fâchera, sans vous faire tort. Mes États vous offrent une retraite paisible : je vous veux du bien, et je vous en ferai, si vous le trouvez bon. Mais si vous vous obstinez à rejeter mes secours, attendez-vous que je ne le dirai à personne. Si vous persistez à vous creuser l’esprit pour trouver de nouveaux malheurs, choisissez-les tels que vous voudrez. Je suis roi. je puis vous en procurer au gré de vos souhaits ; et, ce qui sûrement ne vous arrivera pas vis-à-vis de vos ennemis, je cesserai de vous persécu ter, quand vous cesserez de mettre votre gloire à l’être. »

30. — M. l’abbé Ladvocat, professeur de la chaire d’hébreu fondée par feu M. le duc d’Orléans, et fameux par ses connaissances dans les langues orientales, est mort hier h II était l)ibliothécaire de Sorbonne, et avait donné, entre autres ouvrages, un Dictionnaire historique en deux volumes.

Janvier. — 10. — 11 paraît un Mandement de M. Varcheveque de l^aris, qui ordonne des services dans cette* capitale pour le repos de l’aine de feu M. le Dauphin. On l’admire, et l’on est attendri du pathétique qui règne dans cet ouvrage. On raconte, à cette occasion, que M l’airàievêque s’étant trouvé

N(’‘ ;i Vauroulcurs lo 3 janvier 1709.

avec Piron, ces jours-ci, lui a deinaiidé ce (ju’il ou ])ensaiL et s’il l’avait lu : « Non, Monseigneur, a répondu le vieux ciuistique ; et vous ? »

18. — Nos iiyniplies d’Opéra reproduisent les beaux jours de lagalanlerie anti(iue. Mademoiselle Allard, célèbre danseuse, et remarquable par sa gaielé et ses lolies chorégraphi({iies, pénétrée de douleur de la mort de son anianl, M. llontemps, a déclaré (pie de six semaines elle ne })Ourrait contribmm aux plaisirs du punlic. Madiunoiselle liasse, danseuse de clneurs. peu connue par ses talents, mais très-digne de l’étre par sa constance liéroiipie. ayant elle-même engagé son amant, M. Prévôt, à contracter un mariage (pie sa l'amille désirait, a. refusé toutes les pensions qu’on voulait lui faire. Elle a demandé qu’on eut soin de ses enfants, et s’est retirée dans un couvent, où elle doit prendre le voile, après une vocation bien décidée.

.wO. — L 011 appiend la mort du célébré Servandoni, arrivme le 20 de ce mois. C’était un lionime d’un talent supérieur en arcliitecture, mais d’une inconduite inconcevable. Nous avons négligé d annoncer celle d Armand, comédien célèbre, mort il a deux mois *. Il y avait des écarts, dans son jeu, (pii n’appartenaient qu’à lui M qui le rendaient plus original.

20. — Mademoiselle Doligny continue a donner cies exemples d’une sagesse et d’une vertu rares. M. le marquis de Couflier, (iperdument amoureux d’elle, lui a d’abord fait les ollVes les plus briilantes qu’elle a refusées, li a poussé la folie au point de la demander en mariage, et de lui envoyer le contrat prêt à signm. Elle a répondu prudemment (pi’èlle s’estimait trop pour êire sa rnauresse, et trop peu pour (’tre sa femme.

Eéviuer. — 2, -- Le Barnevelt, tragédie de M. Le Mière, sur lequel on comptait, essuie àpivsent des diflicultés. Il y a dans ce drame des morceaux qui ont trait aux cii constances actuelles, barnevelt^ comme l’on sait, fut jugé par une commission L Lu conséquence, fortes et grandes tirades coidan

* Le 26 iiuvcMiibrc ITGÔ. Jl clail né (‘n KiOO.

- MM. (le La Clialülais, (le Caradeue, eliarelle de La Colinière etc. •n iicni cle ien\()\es devaiii eoiiunissiuii extraordinaire, cointne orcvcni.^ !i-' lomenled(‘s trouldes en nrelagnc. - n. d avoir

^liùHOlUES SECRETS DE RACilALEUO.XT

ce tribunal. Notre Goiiverneînent a craint qu’on ne fît des allusions malignes. En un mot, la police a redemandé cette pièce aux Comédiens.

(3. — li paraît que mademoiselle Clairon se dispose à satisfaire aux vœux du public, et qu’elle doit remonter sur la scène après Pâques, c’est-à-dire à l’expiration de son congé. Cependant elle a toujours sur le cœur cette terrible excommunication. Elle ne cesse de faire des consultations et d’intéresser quantité de jurisconsultes dans sa cause. Il y a souvent des comités chez elle, et l’on vient enfin d’v rédiger un Mémoire pour la cour de Rome. Elle souliaiterait, en outre, qu’au lieu de la qualité de Comédiens Français^ on intitulât sa troupe : xicadémie royale de déclaraatio7i,

12. — M. de Méliégan, Irlandais, connu par quelques romans par SdS démêlés avecEréron, et comme ayant travaillé à quelques journaux, vient de mourir '. Il avait eu rillustration de la Rastiile pour son livre intitulé : VOrigme des Guèhres, ou la Religion naturelle mise en action^ oii il y avait des choses hardies.

13. — U Antiquité dévoilée par ses usages ^ se répand à Paris avec la permission de la police. Il y a déjà longtemps qu’elle tenait en échec un libraire qui en avait lait passer douze cents exemplaires. Il vient d’avoir la permission de les déüixer avec des cartons.

23. — On a parlé d’un drame intitulé : la Partie de chasse de Henri /F, comédie en trois actes et en prose de M. Collé, lecteur de son Altesse Sérénissime Monseigneur le duc d’Orléans. Il se répand aujourd’hui imprimé Ce prince paraît ici, en quelque sorte, en déshabillé. On y peint quelques instants de sa vie privée. L’auteur averiit qu’il a puisé ie tond de cet ouvrage dans une pièce anglaise, la même dont M. Sedaiiie a tiré : le Roi et le Fermier. Ainsi voilà le mérite de l’invention nul. Celui de M. Collé est cl avoir auapté, dans sôn J remier acte, différents traits et discours tirés des Méinoires

Le '^3 jcUivicr ITGG.

~ Amsterdam, ITGG, 3 vol. in‘12. Suivant Grimm, cet ouvrage poslbuine de lloulanger a été refait parle baron d’tlolbacli. Le Précis de la vie de lauleui imprimé à la tète du livre, est de Diderot.

Florence (Paris), 17G6, in-8o.

-MAliS I7(!(i

de Sulbj. Dans les aiilros, il pehiU.i juiïvclé, ia sonsihiüt,’. les qiialilés aimables, et les laiblesses j.eut-ètre île eo grami roi. Quelques gens de mauvaise Immeur jugent ijuo c’est le dégrader; d’autres, qu’il est consolant de se retrouver dans sou maître. Quoi qu’il en soit, la pièce n’a im être jouée aux Français par ces raisons.

Maiis. — 7. — Le Père Fidèle, do Pau, Capucin de la province d’Aquitaine, a prononcé au couveni des Capucins de miQ Uraisoti funèbre de idonseigtteur le iJavpldn ^ qui paraît imprimée. A travers tout le galimciias et le ridicule dont elle est pleine, on découvre une imagination vive et aroente, un génie lianli et fécond. Il ne maiiipie à ces deux lacultes que du jugement pour les diriger; railleur lait un abus de termes qui dénature absolument ses idées. On préena qu il a pille une pareille Oraison funebre, prononcée autrelois pour le Grand Dauphin, qu’on trouve imprimée dans quelques reçue Is. Elle était si plaisante, que madame de r inteuon ne trouva point do meilleur moveii, pour mettre un terme a la douleur de Louis XIV, que de lui faire lire cet ouvrage, dont il ne put s’empêcher de rire.

9. — M. de Caylus, en mourant, avait souhaité qu’on mît sur son tombeau, à Saint-Germain l’Auxerrois, sa paroisse un vase antique de porphyre très-cher et très-précieux 2’ Le cure de la paroisse a fait des diflicultés ; il a témoigné dei scrupules de laire entrer dans sou église cet ornement proane. La chose n’est point encore décidée. M. de Cavlus voulait qu’on y joignît pour épitaphe: Gi-cix Gavi.cs.

II. - L’Académie des sciences vient de perdre un célèbre chiiiiiste, M. Ilellot, mort à l'aris le 15 février, âgé de imatrevingt-limt ans. Il avait été chargé de la composition de lu Ouzeite de France, depuis 1718 jusqu’en 1732, et celte Gazette, a ce qu’on prétend, était devenue très-intércssanle entre ses mains. Mais son mérite brille essentiellement dans les Mémoires de V Académie, où il développe les plus grandes

^ Paris, Vente, 176G, in-4o.

2 On lui fit, à cette occasion, cette épitaphe satiricpie ;

Ci-gît uii genlillioiDiiie acar.alre pt brusùiue. cil! 'iH’il esl bien logé soii.s cotte criitlie él’ri.sque !

M!':MOlUi-:S SKCilETS DE BACDAL310.NT

connaissances dans la cliiinie, et le style le plus correct dans sa composition. Le Conseil Tavait chargé d'une espèce dhnspection sur les teintures, Texploitation des mines et la labrication des porcelaines de France, et il a répandu sur tous ces ol)jels des lumières qui seront très-utiles à ceux qui lui succèdent.

12. — h' Oraison funèbre, parle Père Fidèle de Pau, a fait tant de bruit dans ce pays où Ton rit de tout, qu’il a fallu l’arrêter, et la police vient de la défendre, ce qui l’a rendue trèschère. Depuis quelque temps, l’auteur en avait ‘débité une avec des notes, dont on a saisi deux cents exemplaires dans sa chambre.

PP — On est resté longtemps indécis sur la rentrée de mademoiselle Clairon ; il y a eu même hi-dessus dissension entre M. de Valbelle, son amant, et l’actrice en question. Il parait c[ue le goiit naturel de cette héroïne pour la scène, l’envie de perpétuer sa célébrité, et peut être des raisons de fortune, l’avaient déterminée à pass'^r par-dessus la satisfaction qu’elle se crovait en droit d’attendre pour un châtiment ^ qu’elle ne s’était attiré que par des motifs aussi nobles que louables. militaire, délicat sur riionneur, n’avait pas pensé de même, et prétendait qu’il fallait tout sacrifier plutôt que de faire une démarché peu glorieuse. La dispute a été si vive entre eux, ({ue le bruit d’une rupture avait couru. Cependant des amis communs ont cherché à les rapprocher, et M. de Valbelle a consenti à s’en rapporter à un comité de gens sages et éclairés. Fn conséquence, on est allé au scrutin chez mademoiselle Clairon, et le grand nombre ayant été pour qu’elle rentrât, M. de Valbelle y a aciiuiescé.

18. — M. Yillaret, le continuateur de X Histoire de France commencée par l’abbé Velly, est mort ces jours-ci. Il laisse son Histoire à Louis XI: il était plus dilfus que son prédé- C(‘sseur et n’était pas aussi bien goûté par quantité de gens. Le libi'aire a choisi x\I. fabbé Garnier pour lui succédei.

21. — ôlademoiselle Ihûvilie, actrice de la Comédie française, d’un talent noble et distingué dans le haut conii(|ue,

I Voy. is avril 17(30.

ANUIf. ITIWJ

de mœurs assez honnêtes pour une comédienne, vivait depuis longtemps avec Mole, autre acieur, (hmt elle élait éprise. Celui-ci, jeune et ardent, ne s’en est pas ((iiiu à elle: il a porté ses vues ailleurs, et l’on parle même de son mariage avec mademoiselle d’i^lpinav. La première en est tombée malade de jalousie : elle est dans une langueur (]ui fait craindre pour sa vie. Ce ])el exemple lui ferait un honneur infini, si elle ])Oussait l’héroïsme jusqu’à en mourir.

E ne y dopé (lie paraît enün tout entière; il y a dix nouveaux volumes. Par un arrangement assez bizarre, le libraire les a lait venir de Hollande, aux environs de Paris, oii ils sont imprimés, et c’est aux souscripteurs à les faire enti'er ici a leurs risques, périls et iortune. 11 est à présumer cependant que le Gouvernement, sans vouloir prêter son autorité à cette publication, ferme les yeux là-dessus, et que le tout se lait avec son consentement tacite.

Avril. 1. Je Cbabanon a été voir àl. de Voltaire

cet hiver, pour le consulter sur ses diverses tragédies. Un soir quil se trouvait en verve, rentré dans sa chambre, il écrivit es vers suivants à ce grand homme, (ju’il suppose occupé de travaux métaphysiques :

J’ai volé, pour vous voir, des rives de la Seine,

Ut 1 estime et le g'oiït;, de vous, m’ont a])proclié : r aible et timide aiglon, sous vos ailes caché,

J attends que votre yol me dirige et m’entraîne.

Kedevenez vous-méme, et prenez votre essor, hant-il que je vous voie encor,

Pour des songes métaphysiques,

Quitter l’illusion de nos jeux poétiques?

lüus vos doutes heureux valent-ils un transport?

L’homme est un livre obscur et dilhoile à lire ;

^ On n’en connaît pas la moitié.

Qu est-ce que notre esprit? On a peine b le dire :

Mais tel qu'il est, il luit pitié;

11 est petit, iaible et pusillunime ^ Cdiez tant de sots, dignes de nos mépris.

J aime à l’étudier dans vos charmoids écrits :

11 s y peint éclatant, immoidel (*t sublime ^

ainsi ;

oyez, dans les (Maures de Voltaire, sa réponse à ces vers : elle commence

Aimable amaul de Polviunie, Juuiase/, do col àgo lion eux. j.

AlÉMülUES SECllETS DE 15AEUAU.U0M

2. — Les Comédiens redoublent leurs efforts pour réussir dans leur projet de se réliabiliter, tant civilement que canoniquement. Ils prétendent avoir trouvé des lettres patentes de Louis XIII qui les établissent « valets de cliambre comédiens du roi. » M. de Saint-Florentin s'intéresse fortement pour eux; il s’est chargé d’un Mémoire qu’il doit lire au Conseil, samedi ou dimanche, jour oii doit se rapporter ce grand procès. Ma» demoiselle Clairon parle haut et fait dépendre sa rentrée de cette condition.

3. — M. Gibert, de l’Académie des inscriptions et belles lettres, a été élu aujourd’hui secrétaire des Pairs, à la place de M. Yillaret : de trente-trois voix, il en a eu vingt-neuf. M. Thomas était son concurrent, e.t il redoutait fort ce puissant adversaire.

d. — L’affaire des Comédiens a été rapportée, ces jours-ci, devant le roi. M. de Saint-Florentin ayant commencé la lecture

de son Mémoire en faveur de ces histrions, Sa Majesté l’a arreté dès la seconde phrase : « Je vois, a-t-elle dit, ou vous voulez en venir. I.es Comédiens ne seront jamais sous mon règne que ce qu’ils ont été sous celui de mes prédécesseurs; qu’on ne m’en parle plus. » Le Conseil s’est rompu là-dessus.

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