A M. DE VOLTAIRE
O vous, Apollon de notre âge, q)ui tour à tour badin, sublime, sage,
A’ous soumeUant tous les genres divers,
Par vos accords ravissez funivers,
J’ose vous olTrir mon ouvrage.
En recevant ce médiocre don,
Songez qu'au grand A^irgile, au sommet dllelicon.
Jadis de son moineau Catulle fit hommage.
RÉDOASE DE M. DE VULTAIP.E.
Vous ne parlez que d’un moineau, bit vous avez une volière :
Il est chez vous plus d’un oiseau Dont la voix tendre et printanière Plaît par un ramage nouveau.
Celui ([ui n’a plumes qu’aux ailes, bit qui fait son nid dans les cœurs.
Répandit sur vous ses faveurs :
11 vous fait trouver des lecteurs,
Comme il vous a soumis des belles.
24. — M. le prince héréditaire de Brunswick s’e^t rendu anjourd’lini à l’Académie française, où il a été admis au rang
1 Aline, reine de Golconde, conte, par le chevalier de Boiitners.
2 I)iimouri(‘z (Anioine-Erançoisb père du général, né en IT07, mort en 17G0.
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(les membres. U. Marmontel a commencé la séance i)ar la lecture d’un roman intitulé : Bélisaire. M. de Nivernois a lu ensuite cinq fables de sa façon, et enfin M. rabl)é de A^oisenon a adressé au prince son compliment, consistant en une pièce de vers où, après avoir félicité l’Académie du lionbeur de posséder ce héros, il s’est rejeté sur les fêtes qu’on lui donne, en a fait voir le ridicule, en ce qu’elles sont toutes dans un genre qui ne lui convient pas. Il s’est moqué de lui, de nous et de tout le publim MAI. Duclos et d’Alembert ont ensuite reconduit ce prince à son carrosse. On lui a donné deux jetons, comme aux autres Académiciens. Il a d’abord fait quelqim difficulté, c’est-a-dire témoigné sa surprise. Le présentant lui a déclaré qu’ils lui convenaient d’autant mieux qu’ils contenaient sa devise au revers, s’il voulait la lire. Il les a retournés, et il a trouvé ces mots : A i/immortalité.
30. — On parle d’un bon mot du roi à AI. le comte de Lauraguais. Ce seigneur, de retour d’Angleterre depuis peu. est allé, suivant l’usage, faire sa cour à Versailles. I.e roi ne faisait pas d’abord grande attention à lui : il s’est si fort avancé, que Sa Alajesté l’a remarqué et lui a demandé d’où il venait:
« De l’Angleterre, Sire. — Et qu’avez-vous été faire là ? — Apprendre a penser. — Des chevaux? » a repris le roi. Cette allusion a d’autant plus de force, que AI. de Lauraguais se pique d etre grand connaisseur en chevaux.
Juin. — 13. — Madame Pitrot, ci-devant mademoiselle Rei
cette célébré danseuse qui brillait à la Comédie Italienne et en partageait la gloire avec son mari, a perdu, vendredi dernier, son singulier procès dont nous avons parlé où elle iirétendart n’ètre point mariée avec lui, et s’être débarrassée de toqe formalite en jetant au feu son contrat de mariage. Elle eM reconnue femme véritable et légitime dudit Pitrot obligée de retourner avec lui, déclaré le] chef do 'la communauté.
our se soustraire a l’autorité conjugale, elle est entrée depuis quelque temps à l’Opéra L ^
^ \oy. 1er et t4 seplemhre 17C5.
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receioir comme ..e ,1e, «toi, ainsi m, pnnvoir pnlernei ou eonjngal^ ü îi .
MlLlIOIRES SECRETS DE RACHAUMONT
29. — M. l’abbé Ameillion b censeur roval et soiis-bibliothécairede la Ville, vient d’être reçu à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, où il a remporté trois prix.
Juillet. — 1. — Malgré les espérances que le public avait de voir jouer \a Partie de chasse de Henri /F, il est à craindre que la représentation de ce drame n’ait pas lieu. Il s’est tenu, ces jours derniers, un grand conseil à Versailles sur cette matière. M. le duc de Gboiseul, M. le prince de Soubise, étaient pour la permettre; M. deL’Averdy, M. le duc de Praslin, s’y opposaient. Enfin la pluralité a été pour qu’on ne traduisît point indécem .^it sur la scène ce grand roi.
4. — Il n’est question que des fêtes que madame Geoffrin a reçues dans tous les lieux où elle a passé. L’Empereur a voulu voir cette femme singulière, et s’est trouvé à sa rencontre incognito. Presque toute la noblesse polonaise est allée au-devant d’elle. L’impératrice-reine a dîné avec elle.
(], — Le roi a nommé une Commission pour examiner les instituts des différents ordres religieux et y faire la réforme nécessaire. Cinq archevêques sont à la tête de ce tribunal : ce sont M. de LaRoclie-Aymon, archevêque de Reims ; M. Phelypeaux, archevêque de Bourges; M. Dillon, archevêque de Varbonne ; M. de Rrienne, archevêque de Toulouse; enfin M.de Jumilhac, archevêque d’Arles. Voici l’épigramme qu’on a faite en conséquence :
On a choisi cinq évêques paillards,
Tous cinq rongés de v. et de ch
Pour réformer des moines trop gaillards :
Peut-on blanchir réhène avec de l’encre ?
8. — On doit se rappeler que le fameux J. -J. Rousseau est passé en Angleterre sous les auspices de M. Hume, auteur célèbre de la Grande-Bretagne, et qui y jouit de la réputation la plus tlatteuse pour un homme de lettres. On avait imaginé d’abord que l’arrivée de Tex-citoyen de Genève a Londres y ferait sensation, et tout le monde a été trompé dans cette attente. Rousseau s’est retiré à la campagne, où il menait une
vie fort ignorée ; mais ce à quoi Ton ne s'attendait pas, c’est à
^ lluhcrl Pascal Aucilhon, né à Paris le 5 avril 17 30, y est mort le 13 novembre 1811.
la letire qui vient d^Mre écrite par ]\î. Itumc à un liomnie do ses amis à Paris, M. le baron ddlolbacli. Il n’entre dans aucun détail sur les motifs qui lui donnent lieu de se plaindre du philosophe genevois; mais il marque que c’est un serjient qu'il a porté dans son sein et un monstre indigne de l’estime des honnêtes gens, (dn attend avec bien de l’impatience le détail de cette querelle.
14. — Les détails qu’on a reçus jusqu’à présent sur les plaintes que forme M. Hume contre J. -J. Rousseau, ne sont pas assez clairs pour qu’on puisse en inférer l’opinion que les antagonistes du ci-devant citoyen de Genève veulent faire , prendre sur son compte, et 1 on doit suspendre son jugement sur cet homme singulier jusqu’à ce que cette discussion soit eclaircie. La caliale encyclopédique jette les hauts cris et met tout le tort du côté de M. Hume. Cependant on rappelle une anecdote sur le compte de M. Rousseau, qui rendrait tout croyable de sa part. On prétend qu’il a été autrefois colporteur de dentelles en Flandre, et que madame Boivin, fameuse marchande en ce genre, fut chargée, il y a déjà longtemps, d une lettre de change et d une contrainte par corps contre lui. 11 avait enlevé la marchandise et l’argent. M. Rousseau demeurait alors dans la rue de Grenelle-Saint-llonoré. C’était dans le temps où son Discours, couronné par l’Académie de Dijon, commençait à le rendre célèbre. Madame Boivin. s’en étant informée, et ayant appris sa célébrité et la médiocrité de sa fortune, ne voulut point se charger de mettre à exécution contre lui les pouvoirs qu’elle avait, et renvoya le tout à ses correspondants L
18. - Un curé de campagne, d’Kpinay, nommé l’abbé Uubnult, s’esl avisé de mettre en vers français le Tclémaqve do M. de Fénelon. On sent comljien il est ridicule d’entreprendre une joarejlle taclic. Ce lalmricux auteur en est pourtant venu à bond II a eiiricln le tout de notes, de préfaces, do dissertations et d’avertissements. Tl est parvenu à en former cinq volumes, qu’il a copiés do sa main. Il a fait relier le tout trèsrichement, et s étant rendu à Louvres, au passage des Enfants
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de France, Tannée dernière, il a présenté ce singulier mélange au duc de Berry. Gomme cette anecdote n’a été consignée nulle part, du moins à notre connaissance, nous en foisons mention ici pour la rareté du fait. Ce manuscrit se trouvera quelque jour peut-être dans la bibliothèque des princes, sans qiTon en sache Tauteur ni Torigine.
25v — Si Ton en croit les nouvelles de Londres sur la personne du célèbre Genevois, ses torts tiennent à la nature de son caractère, dont Torgueil et Tamour-propre font la base. M. Hume, qui Ta conduit en Angleterre, ayant cherché à lui ^ être utile, avait obtenu une pension qui lui assurait un bienêtre pour sa vie. M. Hume prétend n’avoir fait des démarches pour obtenir cette grâce que de Taveu de M. Rousseau, qui, loin d’en convenir, s’est répandu en invectives sur ce qu’on cherchait à le déshonorer, en lui prêtant une avidité qu’il'n’avait pas, et a prétendu qu’il n’avait besoin des bienfaits de personne ; qu’il n’avait jamais été à charge à qui que ce fût; qu’il ne prétendait pas qu’on mendiât sous son nom des grâces qu’il dédaignait. M. Hume, justement piqué de ces reproches, a rendu publiques des lettres qui démontrent la fausseté de Ivousseau, ce cynique personnage lui témoignant sa reconnaissance des soins qu’il voulait bien se donner pour lui ménager une pension du roi d’Angleterre. Voilà, d’après les lettres venues de la Grande-Bretagne, le fond assez bien éclairci de la querelle qui divise ces auteurs.
28. — Le Journal de Trévoux passe en de nouvelles mains. Ce n’est plus M. Mercier, le bibliothécaire de Sainte-Geneviève. qui en aura la direction; c’est M. Tabbé Aubert, connu par des ouvrages d’agrément, mais dont les 'talents, dans le genre de la critique, ne sont pas encore développés. Son ouvrable commence de ce mois-ci.
80. — On parle beaucoup d’une Lettre du docteur Maty, médecin très -renommé de Londres, à M. de Là Gondamine, en date du 18 juin, pour la communiquer à l’Académie des sciences. Il y assure que l’équipage entier d’un des vaisseaux de guerre anglais qui viennent de faire le tour du monde, a vu et examiné cinq ou six mille Patagons de neuf à dix pieds de haut. Il en concluV l’existence des géants en corps de peu-
aoi.'t 176(;
pie et que ce no sont point ,los variétés rares. iinlivi.Iuollos et accidentelles dans l’espèce lui, naine, coninie l’ont soutenu nos plus célébrés naturalistes b
frb.'T^'T’ ^’‘^.®^‘'™®'Cl“n'lestineinent qu’il paraît dans le pu ic U loc mro in-12 do quutre-vin<,ds paf,'os d’iniinession petit caractère, portant pour titre; Mémoires de M. de La ta O ais. ptocureu}- général au parlement de Breianne Le premier contient trente-neuf pages, et ne paraît avoir été dit que sur des imputations vagues; le prisonnier ignorait
nroeéd"’’ asseoir la
Lut datés' h'° “nlinue jusipPà la page (58. Tons deux
1 direct, et parait embrasser tous les griefs dont on charge forma ® 1» suite est une Addition, de même
liéie une petite défense particule midÎr'p T"' """ “«gislrat, M. de Colonne, que l’accusé
sous des ennemi personnel. Il y est peint
s d ins c Tb On lit, entre autres cho^
lîe d’un été écrits avec une plume
cle sTicre êl d’enveloppe
lÏ f rs ie tï, T "'- -- •• « -- ^>->s
donne à Ipr 1 Mémoire. .Te l’aban-
quelqiie honni* ^ P®*^1 entre les mains de
s’il eS nlslip b P'-'® 1° f«Me passer au roi.
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iication et celle de mon fils. » '
surfu ™“n»scrites, datées du (5 iuillet
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à M de Vnt 1“'' "'’®'’'^ége. On attribue ces trois lettres
qu d fait entendre partout, et par ce sarcasme lin dont il assaisonne tout ce qu’il dit. Il cite, entre autres dlo e dans ces lettres, l’iilstoire d’un M. Le Camus, qui, étant jeune
^ I/abbi* coyer pultlia, à ccUe occasion, sa Leltr fjeunts PaKirjous. Bmxellos !Paris\ 17(i7,
e au docteur I^fatij, siü' les
SECRfyrs de hâchaumont
prêtre, communia un cochon avec une hostie, et ne fut qu’exilé. Ce même Le Camus, parent de M. de La Barre, fut depuis cardinal. Le Parlement est furieux contre ces lettres, et l’on assure que le premier président en a porté des plaintes au roi. On y scmhle rendre compte de tout ce qui s’est passé à Abbeville, ainsi que de la fermeté avec laquelle M. de La Barre a soulfert son supplice.
8. — ^1. de Bouftlers, officier, amateur plein de goût et de talents, a dessiné tout nouvellement, au chateau de Lerney, le portrait de M. de Voltaire, et l’a gravé en profil dans un ovale de huit pouces de hauteur sur sept de largeur. Cette gravure paraît faite à l’eau-forte et terminée à la pointe, dans la manière de Rembrandt, avec beaucoup d’art et d’esprit. L’amateur habile a saisi en quelque sorte l’âme et le feu de son modèle. Il l’a représenté d’un air pensif, mais animé, devant son bureau, ayant une main posée sur un papier, et tenant de l’autre une plume et prêt à écrire ce qu’il médite. La tête est coitfée d’un bonnet, sur une grande chevelure. Une ressemblance parfaite, une attitude facile et intéressante, une exécution nette et brillante, un vrai qui se fait sentir, rendent cette estampe très-précieuse '.
IL— Le bruit se confirme déplus en plus des plaintes portées au roi par le Parlement contre M. de Voltaire et sa licence à critiquer ses arrêts y ainsi qu à écrire sur des matières dangereuses et propres à répandre l’athéisme partout. On prétend que, pour en empêcher les suites fâcheuses, ses amis font enaai^é â solliciter une retraite auprès du roi de Prusse.
Il est question d’une nouvelle lettre sur le jugement de M. de Lally, qu’on attribue à M. de Voltaire, où il fronde encore le jugement du Parlement. Il voudrait le faire réhabiliter comme les Calas