CH\VSON SUR MOLE ET MADEMOISELLE CLAIRON
Sur l’air ; rôt, lôl, tôt, battez chaud
Le grand bruit de Paris, dit-on.
Est que mainte femme de nom Quête pour une tragédie Où doit jouer la Frétillon,
Pour enrichir un histrion.
Tous les jours nouvelle folie!
Le faquin,
La catin, .
Intéresse
Baronne, marquise et duchesse.
Pour un fat, pour un polisson.
Toutes nos dames du bon tou A" ont cherchant dans le voisinage Vainement les refuse -t- on ;
Pour revoir encore Clairon,
Dans Paris elles font tapage.
La santé De Volé
Les 'engage :
Elles ont grand cœur à l’ouvra^ze
Parmi excès de vanité,
La Clairon nous avait quitté.
Et depuis ce temps elle enrage El sent son inutilité;
' Ce couplet est attribué au roi.
^ ' - . -iv;
mi:moi[ies secrets de itvcmaumont
os
Comptant sur la frivolité,
Elle recherche le suffrage Du plumet,
Du valet.
Quel courage
Pour un aussi grand përsonnage !
liC goût dominant aujourd’hui Est de se déclarer l’appui De toute la plus vile espèce,
Dont notre théâtre est rempli.
Par de faux talents éhloui,
A les servir chacun s’empresse.
Le facjuin,
La catin,
Intéresse
Piaronne, marquise et duchesse.
Molé, plus brillant que jamais,
Donne des soupers à grands frais,
Prend des carrosses de remise,
Entretient filles et valets :
Les femmes vident les goussets Meme des princes de l’Eglise ^
Pour servir Son plaisir,
La sottise!
Elles se mettraient en chemise.
Assignons, par cette chanson,
De chacun la punition :
Poar ses airs et son indécence.
D’abord à Molé le bâton;
Ensuite, pour bonne raison,
. (jomme une digne récompense,
Clairon La maison Ou la cage
Que l’on doit au libertinage.
10. Le sieur Molé a fait aujourcriuii sa rentrée au Théâtre Français, dans la Gouvernante. L’affluence a été des plus nombreuses. Cet acteur est enlré en scène, incertain s’il ferait un compliment ou non. Le public Payant accueilli par les ap-
1 Voy. 13 janvier 17G7.
plaiidissements les plus nombreux et les plus réitérés, il s’(îsl avancé sur le bord du tliéédre et a harangué le pul)lic en deux ou trois phrases, dites à voix basse et du tou le plus entrecoupé et le plus modeste : les battejiicnts de mains ont recommencé, et il a très-bien joué.
. On critique beaucoup cette impudence en présence d(i madame la princesse de I.amballe, qui était venue au spectach^ in flocchi^ et avait été annoncée.
11. — La littérature vient de perdre Tabljé Goujet L fameux par ses compilations, son supplément au Dictionnaire de Morérn et sa Bibliothèque française^ sans compter um* immensité d’ouvrages de piété dont le détail serait fort long. Il était plus érudit que bon écrivain.
12. — La fameuse représentation, tant annoncée, en faveur de Molé, doit s’exécuter sur le théâtre de M. le baron d’Lsclapon, faubourg Saint-Germain. Les deux pièces qu’on jouera sont Zehnire - et V Epoux par supercherie \ On compte sur six cents billets. Cette souscription a reçu beaucoup de contradictions. Il est incroyable avec quelle lureur (jiielques femmes de la cour font une ahaire capitale de cette misère et forcent tous leurs amis à boursiller !
14. — Le fameux Quinault Dufresne, tant regretté au Théâtre Français, et dont on avait peine à oublier la perte, est mort ces jours-ci.
19* Jamais assemblée n’a été plus brillante que celle d’hier, à la représentation de Zehnire cl de l'Epoux par supercherie^ au profit de Molé. Cet acteur n’a pas eu les suffrages auxquels il s’attendait, et mademoiselle Clairon n’a pas été enivree d encens autant qu’elle devait l’espérer. On compte que l’histrion aura eu vingt-quatre mille livres de l)énétice.
20. On parle, depuis quelque temps, d’un nouvel ouvrage très-rare, intitulé la Sabbatine. C’est une satire contre madame Sabbatin, maîtresse de M. de Saint-Florentin, aujourd’hui marquise deLangeac. Bien des gens révo(|uent en doute l’existence de ce livre.
^ Mort le nr février 17G7. Il éail iié le 19 oelobre 1G97. 2 Par (le Belloy.
^ Par de Boissy,