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21. — Le roman moral et politique de M. Marmontel, intitulé Bélisaire^ a excité du tumulte. La Sorbonne a cru devoir s’élever contre le cliapitre XV, qui parle de la tolérance. Sur ses vives représentations, le livre vient d’être arrêté. Le privilège, dont il était revêtu, doit être cassé. L’archevêque de Paris se dispose à tonner contre les maximes de l’auteur, par un mandement, et la Faculté de théologie va les proscrire par une censure publique. Moins d’éclat eût peut-être produit un meilleur effet, car le plus méchant livre proscrit en devient plus recherché.
22. — On parle beaucoup du luxe généreux du sieur Mole. Il a employé les vingt-quatre mille livres de bénéfice, que lui a rendues la représentation tant annoncée, à acheter des diamants à sa maîtresse.
23. — Le singe de Xicôlet est toujours à la mode. On vient de lui faire parodier fort ingénieusement la maladie de Molé, et tous les ridicules qui s’en sont suivis. Il paraît sur le théâtre en bonnet de nuit et en pantoufles, joue le moribond et cherche à exciter la commisération publique.
26. — La tempête contre M. Marmontel commence à se calmer de la part de M. l’archevêque, auquel ce disciple trèsdocile a promis telle rétractation qu’il voudrait : de laire la profession de foi la plus caractérisée ; de signer la Constitution, le Formulaire, etc.
M. Bret, le censeur de cet ouvrage, n’en a pas moins perdu sa place et sa pension B
28. — Un grand schisme s’élève à l’Opéra, et l’importance des personnages exige qu’on tienne registre de cette anecdote. Madame Larrivée, toujours amoureuse de son mari, s’est trouvée surprise d’une galanterie qu’elle n’avait pas lieu d’espérer de sa part. Furieuse, elle l’accable des plus sanglants reproches, veut remonter à la source de cette perfidie. Larrivée se trouve d’autant plus confondu, qu’il est obligé d’avouer une infidélité : il convient qu’il a eu les faveurs de mademoiselle Fontenet, autre dame de l’Opéra, très-respectable et appartenant à M. le duc de Grammont, d’ailleurs amie très-intime
1 Vov. 10 avril 17G7.
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demadaineLarrivée.Lacolèredeccllc-ci redouble, eiise vovaiil
également dupe de Tamour et de ramilié. 17lle va à l’Opéra ; mademoiselle Foiitenet va à elle pour la caresser, elle la repousse avec horreur et Tapostroplie des épithètes les plus infâmes. Mademoiselle Fontenet témoigne son étonnement, demande une explication : on redouble les injures, et on lui dit de s’examiner, et on la laisse en proie à sa douleur et à ses remords. Après le spectacle, mademoiselle Foiitenet, outrée, n’a rien de plus pressé que d’écrire à son amie, de lui demander raison d’un procédé si nouveau et de déclarer rinnocence la plus complète. Le mari était présent à la réception de cette lettre. L’olfensée la lui donne à lire : «Qu’avez-vous à répondre? dit-elle. — devais le faire de la bonne encre ! » répliquet-il. En effet, il riposte de la façon la plus outrageante à ihademoiselle Fontenet. Celle-ci a recours à M. le duc de Grammont. Ils vont trouver les directeurs de l’Opéra. Mademoiselle Fontenet expose ses griefs, prétend avoir à se plaindre nonseulement de la calomnie de M. Larrivée, relativement à sa prétention d’avoir couché avec elle, mais de pousser l’infamie jusqu’à l’accuser d’une maladie honteuse qu’elle n’a jamais connue. Son amant appuie fortement ses plaintes : il ajoute les siennes. Les directeurs trouvent le cas des plus importants, et ils sont d’avis d’en référer au ministre. L’alfaire portée devant lui, M. le comte de Saint-Florentin ordonne que, conformément à la demande de mademoiselle Fontenet, le sieur Pibrac et son confrère se transporteront chez cette demoiselle, pour en faire la visite; ce qui a du être exécuté aujourd’hui. La demoiselle attend une vengeance éclatante, et ne demande rien moins qu’une réparation authentique de la part du calomniateur. Sur ces entrefaites, madame Larrivée, dansraveuMement de sa fureur, a écrit une lettre fort singulière à madame la duchesse de Grammoiit, dans laquelle elle lui marque qu’elle n’ignore pas qu’il y a peu de commerce entre madame la duchesse et monsieur le duc; que cependant il se trouve quelquefois, dans les ménages les moins amoureux, de ces moments où l’on se rapproche sans s’y attendre; qu’elle est bien aise de la prévenir de ne point se livrer à sa tendresse pour son mari, si les circonstances la lui rappelaient; (fu’il doit être dons l’état le plus déploral)le, (de.
MEMOIIŒS SECUKTS
BACllAUMOM
29. — Il paraît un Essai sur Vorigine et V antiquité des lan~ gués 1, où railleur discute sérieusement si Adam et Ève, dans le jardin d’Eden, avant leur chute, se parlaient par signes, ou bien s’ils employaient un langage particulier. Il prétend qu’il est évident qu’ils se sont entretenus par signes.
Mars. — 2. — M. le chevalier de Boufflers s’est égayé sur le compte de Molé par les couplets suivants :
Quel est ce gentil animal,
Qui dans ces jours de carnaval Tourne à Paris toutes les têtes,
Et pour qui l’on donne des fêtes?
Ce ne peut être que Alolet Ou le. singe de Nicolet
Vous eûtes, éternels badauds,
A'os pantins et ims Ramponeaux Français, vous serez toujours dupe.
Quel autre joujou vous occupe?
Ce ne peut être que Molet,
Ou le singe de Nicolet.
Il faut le voir sur les genoux De quelques belles aux yeux doux,
Les charmer par sa gentillesse,
Leur faire cent tours de souplesse :
Ce ne peut être que Molet,
Ou le singe de Nicolet.
L’animal un peu libertin Tombe malade un beau matin ;
Voilà tout Paris dans la peine ;
On crut voir la mort de Turenno ,
Ce n’élait pourtant que Alolet,
Ou le singe de Nicolet.
La digne et sublime Clairon,
De la fille d’Agamemnon A changé l’urne en tirelire.
Et, dans la pitié qu’elle inspire,
1 Par J. -B. l’eniii. Londres, 17(37, in-12.
2 (( Il avait, dit ^I. Étienne, pris le lum de Motel dans les premières années de sa carrière théâtrale. »
^ Voy. 23 lévrier 1767.
Ramponeau, cabaretier de la Courtille, qui eut une grande vogue en 1760.
MAHS 1707
^'a partout quOtaiiL ])Our Alolot, A la cour et chez Nicolet.
Généraux, catiiis, magistrats, Grands écrivains, pieux prélats Femmes de cour bien al'lligées,
\^ünt tous lui ])orter des dragées ; Ce ne peut être qoe iNlolet,
Ouïe singe de Nicolet.
Si la mort étendait son deuil Ou sur ^ oltaire, ou sur Clioiseul, Paris serait moins eu alarmes Et répandrait bien moins de larmes Que n’en ferait verser Molet,
Ou le singe de Nicolet.
Peuple, ami des colifichets.
Oui portes toujours des hochets.
Rends grâces à la Providence Qui, pour amuser ton enfance, Te conserve aujourd’hui Molet Et le singe de Nicolet I
3. — L)ans l’assemblée de la Faculté de théologie tenue avant-hier, le s^yndic a rendu compte du roman politique et moral de Bélisaire^ de M. Marmontel. Après avoir parlé avec
éloge des talents et du style, ainsi que de la réputation de l’auteur, il a relevé les écarts qu’il s’est permis contre la foi catholique dans le quinzième chapitre de cet ouvrage. Le syndic a tait ensuite lecture de la lettre ^ écrite par M. Marmontel à M. l’archevêque, pour lui déclarer qu’il signera la profession de toi qui lui sera proposée; et qu’il donnera toutes les explications qu’on .voudra exiger.
La Faculté, qui a éprouvé, par le i)assé,que les exphications données en pareil cas par M. de Montesquieu au sujet du livre cIg 1 Espy it des Bois^ et par M. de Ilutïon sur VJIisiotrc hcitiirelle, avaient été insufhsantes pour réparer le scandale donné, insiste sur la censure de Bélisaire. En conséquence, elle a nommé des commissaires pour faire agréera M. i’arche-
^ Voy, 13 janvier 1767.
2 On ne la trouve point dans les OEuvres de MarmoutcL — K.
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vèqiie le désir de la Faculté et lui faire connaître la nécessité de la censure, pour, sur la réponse de M. Tarclievêque, prendre une détermination.