‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 7 sur 123 · Mademoiselle Hus · texte numérisé non relu

Mademoiselle Hus

2 De rAcadémie des Belles-Lellrcs, auteur AeVlsle des Fous et trésorier des parties casuelles. — B.

^ M. Bertin avait cru longtemps posséder le cœur de mademoiselle Uns ; si les bienfaits avaient quelque droit sur celui d’une femme de cette espèce, il avait lieu de n’en point douter: il avait fait en sa faveur une dépense prodigieuse. Cependant, n’avant pu se refu er aux soupçons dont on le tourmentait, il en avait vérifié la vérité, et avait trouvé son infidèle couchée, dans sa maison de bjissj , avec le fils de l’enlreprencur des eaux de ce lieux. Celui-ci s’étant lait jour lépée à la main, cette aventure était devenue trop publique' pour que M. Berlin pût vivre enccire avec une femme qu’il regrettera pcut-ctre/loujoiirs. On évaluait alors le mobilier

de mademoiselle Hus à plus de 500,000 liv. — B.

^ Claude-Henri Fusée de Voisenon, né le 8 janvier 1708, mort le 22 novembre 1775. Madame la comtesse de ïurpin, légataire des manuscrits de \ oisenon, a publié en 1781 ses (fEuvres coiuplèles, 5 volumes in-8". Elle n’a pas cru devoir y conoprendre les agréables ordures de cet abbé. — R.

fmiment à la cour, et tirent encore un plus grand mérite du mystère avec lequel cela se communi(]ue : si cette gentillesse se répand à un certain point, on la hasardera ici.

Il y a des vers du meme abbé sur mademoiselle Marquise, maîtresse de M. le duc d’(3rléans. Tout cela est charmant, et est marqué au coin de la plus fine galanterie.

*7. — On commence à parler beaucoup (\qV Ecueil du Sage, comédie philosophique et envers de dix syllabes, de M. de Voltaire. On espère qu'elle triomphera des scrupules de la Censure et de la police, et que nous la verrons enfin représenter h Sans prématurer le jugement qu’on en doit porter, nous nous contenterons de mettre ici une anecdote ^ qui concerne ce-tte comédie et qui est des plus agréables. C’est une plaisanterie que s’est permise M. de Voltaire, et qui a dû l’amuser infiniment.

Avant qu’il fût question de cette pièce, un jeune homme obscur vint la présenter comme sienne, sous le titre du Droll du Seigneur, au comédien ^ semainier . Il fut reçu avec la morgue ordinaire, et ce ne fut qu’en faveur de ses instances les plus resjDectueuses et les plus humbles, qu’on lui promit

jeter les yeux. Il fallut bien des courses, bien des prières, avant d’obtenir une nouvelle audience. Enfin, on lui déclara qu’on -avait parcouru sa comédie et qu’elle était détestable. Le jeune candidat demanda si on avait lu exactejnent ce drame? Il fit observer que cet arrêt était bien rigoureux; qu’il avait montré sa comédie à quelques gens de goût, qui ne l’avaient pas jugée si défavorablement; qu’il avait meme l’honneur du sufirage de M. de Voltaire. On lui rit au nez : on lui dit qu il ne fallait pas se laisser séduire par ces applaudissements de société; que la plupart des gens du monde n’entendaient rien à- ces sortes d’ouvrages; et quand à l’illustre auteur qu’il réclamait, que sans doute c’était un jJcrsifiagc. Le pauvre diable insista pour obtenir une lecture, la troupe assemblée : on lui répliqua qu’il se moquait, que la compa-

^ Représentée sans succès, le ts du même mois.

2 Celte anecdote est très-vraie. — W.

On appelle semainier celui qui est nommé chaque semaine pour suivre les atiaires de la troupe. C’était le sieur Bellecour dans ce temps-là, — B,

gnie ne s’assemblait pas pour de pareilles misères. Il fallut avoir recours aux suppliques et aux bassesses, et, les entrailles du comédien s’étant émues, on lui accorda par compassion un jour de lecture. Le comique aréopage était si prévenu, que vraisemblablement il ne fit pas grande attention à ce qu’il entendait, et la pièce fut conspuée par toute l’assemblée. Le jeune homme se retira^ fort content de la comédie qu’il venait de jouer. Quelque temps après, M. de Voltaire adressa cette même pièce aux Comédiens, sous le titre qu’elle porte aujourd’hui. On la reçut avec respect : elle fut lue avec admiration, et on pria M. de Voltaire de continuer à être le bienfaiteur de la compagnie. Ce n’est que quelque temps * après que cette anecdote s’est divulguée; on en a beaucoup ri, et l’on s'est rappelé plus que jamais la caricature^ plaisante, oii l’on peint ce tribunal sous l’emblème d’un certain nombre de bûches en coiffures ou en perruques.

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