P. L. JACOB
bibliophile.
SEGlîKTS
Janvier. — 1. Mademoiselle Arnould ' ne se borne pas à embellir la scène lyrique. Ses airections particulières nous offrent des exemples dignes du bon vieux temps. Elle avait profité avec empressement d’un voyage de M. de Lauraguais^ à Genève pour se soustraire à sa tyrannie^. Enfuyant
Mademoiselle Arnould, première actrice de l’Opéra^ la plus palliélique qui ait peut-être jamais paru — B,
2 Louis-Léon Félicité, comte de Lauraguais, puis duc de Brancas, né à paris le 3 juillet 1733, mort le 9 octobre 1824, âgé de |)lus d(^ ({uatre-vingt-onze ans. — B.
M. le comte de Lauraguais a fait, il y a (piehjues mois, un voyage à Genève, pour consulter M. de Voltaire sur une tragédie à’Élcclre (il lévrier 17G2) de sa laçon. Il est de l’Académie des Sciences. — B.
^ Mademoiselle Arnould, excédée de la jalousie de M. de Lauraguais, avait profité de son absence pour rompre avec lui. Elle avait renvoyé à madame la coin-, lesse de Lauraguais tous les bijoux dont lui avait fail présent son mari,mêm(‘ le carrosse, et deux entants dedans qu’elle avait eus (b; lui l.lle s’était tenue cacbée pour se soustraire aux lureurs d’un amant irrité ; elle s’était ménui mise sous la protection de M. le comte de Saint-Florentin, dont elle avait imploré la bienveillance. On ne peut peindre l’état de demence où cette rupture avait jeté M. le comte do Lauraguais. Tout Paris était inondé de ses élégies. Enfin, à la fougue d’une passion a jant succédé le calme de la raison, il s’était livré aux sentiments généreux, qui devaient nécessairement reprendre le dessus dans un conir comme le sien. Il y avait eu une entrevue avec sa maîtresse et lui; il avait poussé la grandeur d’ûme au point de lui déclarer qu’en renonçant d elle, il n’oubliait i»oinl ce qu’il se dc-
* Sophie Arnould, née à Paris le li février ITif, morte en 1803.
miLmoires secrets de rachaumoxt
cet objet, soi-disant le premier de son cœur, elle avait passé dans les bras d’nne mallieurense victime de l’infidélité d’une héroïne du Théâtre-Français h M. Bertin ^ crut trouver dans cette belle ce qu’il cherchait vainement depuis si longtemps Il n’a rien épargné pour mériter la bienveillance de sa nouvelle maîtresse; tout a été prodigué; mais l’excès de sa générosité n’a pu triompher d’une passion mal éteinte : l’amant tyrannique régnait au fond du cœur, ses écarts ont disparu, on a oublié ses crimes; l’amour a réuni deux amants, qui, plus épris que jamais l’un de l’autre, présentent au public un événement qui fait l’entretien de tout Paris. L’infortuné Bertin, aussi honteux de sa tendresse que piqué du changement de sa perfide, est, dit-on, dans le plus cruel désespoir. *
5. — On se communique sous le manteau de petits vers polissons de M. l’abbé de A^oisenon ^ à madame la marquise de Pompadour. Ils ont été présentés au nom de M. le maréchal prince de Soubise, qai avait fait présent à cette dame d’un anneau de diamants. Ces agréables ordures ont plu in-
vail à lul-mômc, cl lui rouvoyailcn coiiséqucncr iin contrat de deux mille écus de rente viagtTC. Sur le refus de mademoiselle Arnould, madame la comtesse de Lauraguais était intervenue, et avait sollicité 1 actrice suldime de ne point refuser un bienfait auquel elle voulait participer elle-même : elle lui avait fait ajouter qu’elle n’cül aiicunê inquiétude de scs enfants, qu’elle en aurait le môme soin que des siens propres Mademoiselle Arnould n’avait point cru devoir se refuser à celte dernière invitation, et M. Bertin ayant, de son côté, fait vis-a-^is a M. de Lauraguais les démarches qui convenaient dans les circonstances, tous les procédés avaient été remplis, et il était entré en pleine propriété de sa nouvelle conquête. — B.