AN VI EU
23. — L’abbc Roiitli, ou plulol lo l’crc Roiilli, car il n’avait jamais abjuré l’institut des Jésuites, retiré à Rruxelles, vient d’y mourir. Il avait travaillé à la continuation de Vllisloire romaine des Pères Catrou et Rouillé. Il avait eu part aux journaux de Trévoux pendant plusieurs années, et passait, en outre, pour un génie délié et politnjue, très-initié dans les mystères de son ordre, dont il était grand enthousiaste.
21. — M. l’abbé Le (lendre, grand-oncle de madame la duchesse deChoiseul, de madame la maréchale de Ih'oglie, frère de madame Doublet, fameuse par sa société illustre, savante et choisie, vient de mourir, âgé de quatre-vingt-huit ans. C’était une espèce d’homme de lettres médiocre, mais fort lié avec beaucoup d’auteurs, et surtout avec Piron, qui l’a célébré dans dilférentes pièces de vers. Il avait fait une comédie du Gourmand. On peut juger, par cet échantillon, dans quel genre il travaillait. Il n’a rien fait imprimer. Du reste, M. l’abbé Le Gendre avait les mœurs très-douces, était un excellent convive, et jouissait, dans la plus grande vieillesse, de cette santé de corps à laquelle contribue beaucoup la tranquillité d’âme, qu’il a conservée jusqu’au dernier instant.
25. — On parle beaucoup d’une belle action de mademoiselle Guimard, la première danseuse de l’Opéra. Cette actrice, très-célèbre par ses talents, ayant eu un rendez-vous, dans un faubourg isolé, avec un homme dont la robe exigeait le plus grand mystère, a eu occasion d’y voir la misère, la douleur et le désespoir répandus dans le peuple de ce canton, à l’occasion des froids excessifs. Ses entrailles ont été émues d’un pareil spectacle, et des deux mille écus, fruit de son iniquité, elle en a distribué elle-même une partie, et porté le surplus au curé de Saint-Roch pour le même usage. On sera peut-être surpris qu’il y ait un homme assez fou pour payer aussi cher une semblable entrevue. On le sera jnoius, quand on saura que mademoiselle Guimard est enf retenue, par j\L le maréchal prince de Soubise, dans le luxe le plus élégant et le plus incroyable. La maison de la célèbre Deschamps, ses ameublements, ses équipages, n’approchent en rien de la somptuosité de la moderne Terpsicliore. Elle a trois soupers par semaine : l’un composé des seigneurs de la cour et de
toutes sortes de gens de considération; l’autre, d’auteurs, d’artistes, de savants, qui viennent amuser cette Muse, rivale de madame Geoffrin en cette partie ; enfin un troisième, véritable orgie, oii sont invitées les filles les plus séduisantes, les plus lascives, et où la luxure et la débauche sont portées à leur comble.
26. — Il n’est point de passion que le temps n’use à la fin. Mademoiselle Clairon est dans la plus grande désolation :
M. de Yalbelle, sur le cœur duquel elle comptait au point de se llatter de l’épouser, vient de la jeter dans le désespoir, par une apparition subite qu’il a faite après une longue absence, et un retour encore plus rapide en Provence, où il est, dit-on, éperdument épris d'une femme de considération.
— Les directeurs de l’Opéra, pour se dédommager du peu de monde qu’ils ont à leur spectacle, ont imaginé de former des quadrilles pour les bals, qu’ils ont composés des danseuses les plus élégantes elles plus agréables, avec des habillements très-propres à exciter la curiosité. Ce genre varié d’amusements attire beaucoup de gens, amateurs de la nouveauté.
27. — Les Italiens ont donné aujourd’hui la première représentation des Moissonneurs^ comédie en trois actes et en vers, mêlée d’ariettes. Les paroles sont de M. Favart et la musique est de M. Duni. Quant au drame, c’est exactement l’histoire de Booz, de Ruth et de Noémi. Il est singulier de voir un tel sujet présenté sur un pareil théâtre. Quelque susceptible qu’il soit de morale et d’intérêt, il prête peu à la gaieté, aux sarcasmes, qu’on regarde comme l’assaisonnement des drames chantants. Il y a dans le premier acte des morceaux philosophiques sur l’agriculture, trop embellis d’un esprit étranger à la chose. Quoi qu’il en soit, la pièce a été reçue avec des transports qu'on a pour tout ce qui vient de ^ cet auteur. La musique est agréable, mais n’a pas cette force J d’harmonie dontPhilidor a coutume de nous étonner. Madame fl Favart y a joué, comme de raison, et en faveur de l’enfant ^ qu’elle vient d’avoir, on lui a permis de prétendre encore aux ^ grâces de la coquetterie. Quelques plaisanteries triviales et ^ grossières ont fait remarquer aux critiques deux sortes de style ^ dans cet ouvrage, et Ton veut toujours que l’abbé de Voise- ^
! non prote sa main ofricieiise au sieur FavarL Tl est certain j qu’on y a distingué deux sels tirés de didérentes mines.
I 28. — I^e mausolée du cardinal de Fleury, découvert depuis I peu à Saint-I>ouis du Louvre, est du sieur I.e Moine. Ôn y voit ! le cardinal couché ; la Religion le reçoit dans ses bras. Aux I pieds est la France éplorée, qui détourne les yeux de ce specj tacle douloureux. Dans renfoncement, on reconnaît l’Fspé- \ rance, ferme sur son ancre, (jui, levant les yeux au ciel, semble désigner le bonbeur du cardinal. Cette dernière idée du compositeur n’est pas assez sentie par le commun des spectateurs. La figure du cardinal est très-bien ; celle de la Religion a de 1 la noblesse et de l’onction. On n’est pas si content de celle de I la Fiance. En général, elles sont trop colossales pour la peti- ' tesse du vaisseau, et Tonne peut y trouver le point de vue nécessaire. Ce monument, qui devait être exécuté aux frais du roi, n’a été payé qu’en partie par Sa Majesté ; la famille a fait le reste, ainsi qu’une chapelle qui est vis-à-vis, où le meme artiste a sculpté en relief une Annonciation L
On croit que le Mandement de M. l’archevêque contre Bélisaire, après beaucoup de variations de la part de ce prélat, sera lancé incessamment, et même publié demain dimanche au prône. Pour le coup, l’auteur sera sans doute obligé de donner une rétractation, pour pouvoir rester dans le sein de 1 Académie française. Un prêtre nommé Vial, compatriote de Marmontel et Tliomme de contîance de M. de Beaumont, avait suspendu le coup jusqu’à présent, mais la foudre va partir. Les plaisants continuent a rire de l’auteur. On a rajeuni l’épigramme ci-jointe, peu répandue jusqu’à présent:
Si Vlarmontel eût été Bélisaire,
Il eût bien mieux parlé du trône et deTautel :
Si Bélisaire eut été Alarmontel,
Il eut pris sagement le parti de se taire.
Le gentilliomme ordinaire de la Chambre de service a voulu réconcilier le sieur Sedaiiie avec les Comédiens. Il Ta envoyé chercher et Ta sollicité de faire quelques politesses à
I L église (le Saint-Louis du Louvre, cpii, pendant plusieurs années, a servi au culte proleslant, est aujourd’hui entièrement démolie. — R.
la Iroupe. Cet auteur s’y est refusé, et Préville a juré de ne point jouer dans la Gageure de village^ petite pièce en un acte de ce poète maçon, annoncée depuis longtemps. Il y a apparence qu’elle sera mise au rebut. L’autorité, en général, ménage beaucoup les histrions.
Février. — 1. — epiqramme de m. marmontel contre m. piron ^ .
Le vieil auteur du cantique à Priape,
Humilié, s’en allait à la Trappe,
Pleurant le mal qu’il avait fait jadis.
Alais son curé lui dit : « Bon Alétromane,
C’est bien assez d’un plat De prof midis ,
Rassurez-vous : le Seigneur ne condamne Que les vers doux, faciles, arrondis ;
Ce qui séduit, voilà ce qui nous damne :
Les rimeurs durs vont tous en paradis. »
— Avant-hier, on a brûlé au pied du Grand Escalier un livre intitulé : Histoire impartiale des Jésuites^ depuis leur etablissement jusqu'à leur première expulsionAd^vvQi du Parlement, rendu le 29 janvier et publié aujourd’hui, le condamne comme contenant des maximes dangereuses, des principes erronés et une déclamation indécente contre tous les ordres monastiques. Ce livre est de M. Linguet, auteur de la Théorie des lois civiles,
—On a publié hier au prône le Mandement de M, Varchevêque de Paris, portant condamnation d'un livre qui a pour tiire : Bélisaire, par M. Marmontel, de l’Académie française. M. l’archevêque fait lui-même l’analyse de son Mandement, dans sa conclusion. Il y donne la récapitulation de tous les points traités dans le corps de l’ouvrage. Il y dit que la raison doit être subordonnée à la révélation*, qu il sera toujours glo-
^ En réponse à celle qn’on a vue au 4 octobre 1766, Piron répliqua par celle-oi ■
Vieil appi'enlif, soyez mieux avisé
Une autre fois, et nous crierons merveille Tirez plus dioit où vous aurez visé.
Sinon aur-z du sifflet par l’oreille. ^
O le plus grand de tous les étourdis Vit-on jamais balourdise pareille !
En séparant les élus des maudits,
Vuus envoyez, par des raisons palpables,
Votre ennemi Piron en Par.^dis,
Et votre ami Voltaire à tous les diables.
FlhuJKU nos
rieux aux souverains de protéger la foi catholique; que c’est leur droit et leur devoir, en usant du glaive (comme il est dit au corps du Mandement, page 34); qne la religion catholique est le plus ferme appui du trône. La conclusion du Mandement condamne l’ouvrage de Bélisah'e^ comme contenant des propositions fausses, captieuses, téméraires, scandaleuses, impies, erronées, respirant l’hérésie et hérétiques. Ce ]\îandement contient cinquante *six pages in-d».
2.— On a du jouer aujourd’hui, sur le théâtre do madame la duchesse de Villeroi, V Honnête criminel L Ce drame a été resserré et retouché, quant au style, par M. Marmontel et autres auteurs de cette cour-là. Ce sont les Comédiens Français qui représentent. li y a eu dimanche une répétition très-larmoyante.
5.— Le bal “'de cette nuit a été fort gai. Le sieur Poinsinet en a fait en grande partie les honneurs et le plaisir. Lilféren tes demoiselles des quadrilles, à la tete desquelles était mademoiselle G uimard, ont entouré le poète, qui n’étaitpoint masqué, et, sans dire gare, sont tombées sur lui à coups de poing, à qui mieux mieux. En vain le pauvre diable, qui n’osait se revancher, demandait pourquoi on le tourmentait ainsi: «Pourquoi as-tu fait un méchant opéra? » lui répondait-on en chorus. Et les coups de pleuvoir de nouveau sur lui comme grêle. Cette farce, assez bête, a attiré tous les spectateurs, et n’en fut pas moins désagréable pour le sieur Poinsinet, qui a en beaucoup de peine à s échapper, roué, moulu de coups, maudissant sa gloire, et sentant combien une grande réputation est à charge. ^6.— Il se répand une A’/n7rede M. Marmontel à mademoiselle Guimard, troplongue pour être transcrite ici. C’està l’occasion de 1 aumône dont on a parlé • Ce poète, qui l’appelle et belle damnée, étale dans cette plaisanterie une gaieté pédantesque. On voit qu’il cherche à faire contre fortune bon cœur. Elle ne cadre nullement avec la componction qu’il devrait
avoir, et ne sent point le pénitent gémissant sous les censures ecclésiastiques.
Drame, par Fcnouillot de Falbairc, imprimé en 1707 et renrésenlé çoninnin sur des lliéàlres de sociélé. ‘epitscnlé scuIemeiU
^ A l’Opéra,
Voy. 25 janvier 1768.
MÉMOIRES SECRETS DE RACllALMONT
A propos de mademoiselle Guimard, on a oublié de dire que M. de La Borde, le valet de chambre ordinaire du roi, ne contribue pas peu à soutenir le luxe de cette actrice. M. le maréchal prince de Soubise est l’amant honoraire; le second est l’amant utile, mais modeste, se tenant toujours dans la plus grande réserve, sortant comme les autres, et meme avant les autres, des soupers brillants qu’elle donne toutes les semai™ nés, ainsi qu’on a dit.
9^ — Dans l’assemblée de la Faculté de théologie, du 3 de ce mois, il a été fait lecture d’une lettre de M. le comte de Saint- Florentin au syndic, pour lui dire que l’intention du roi était toujours qu'il ne fût plus parlé ni délibéré en rien sur la conclusion de la Cq^'isutc ds Malgré cette lettre et les
défenses de la part du roi, la Faculté continue à s’occuper de cet objet dans des assemblées particulières. Elle n’est pas contente du Mandement de M. 1 archevêque.
]\D l’archevêque, échauffé par les dévots, s est plaint au
Gouvernement de l’audace avec laquelle le sieur Favart a osé traduire sur le théâtre de la Comédie Italienne un sujet d^^ l’Écriture sainte i. Il a demandé la suppression de ce drame, tant à la représentation qu’à la lecture. On en a suspendu la vente. Quant au premier point, la pièce va encore et la
chose est restée indécise.
11. — M. l’abbé Barthélemy est fort scandalisé d’une farce jouée au bal, qui est une espèce d’épigramme en action contre lui. Un grand homme maigre, sec, dégingandé comme cet abbé, s’est présenté devant l’assemblée, masqué en Suisse, avec une calotte et un manteau noir : «Qu’est-ce que cela, beau masque? De quel état êtes-vous? Abbé ou Suisse?-L’un et l’autre, tout ce qu’on voudra, pourvu que cela me rende trente mille livres de rentes » On prétend que M. le duc de Ghoiseul est irrite de cette critique, et voudrait découvrir le iffaisanL
X3. Outre VAlmcmach des Spectacles^ intitulé les Specta-
cles de Paris, les intendants des Menus-Plaisirs font imprimer, par ordre des gentilshommes de la Chambre, un au re almanach, qui a pour titre : État actuel de la musique du roi
î Voy . 27 janvier 17G8.
2 Voy. 20 janvier i7!.s.
FKMUICH 17ÜS
et des trois spectacles de Par/5. C’est le sieur Vente, libraire, qui a ce privilège, et le livre n’est soumis à aucune insp(3ction de police. Il s’est adressé au sieur jPoinsinet pour faire l’article historique de la Comédie Italienne, c’est-à-dire une notice ou espèce d’avertissement concernant ce spectacle. Cet auteur l’a traîné en longueur jusqu’à la veille du jour de l’an, et, dans un moment où il le savait à Versailles, il a envové le morceau. Le prote et autres garçons, très-pressés et instruits de l’attente du libraire, se sont mis tout de suite en besogne, et l’on a porté l’almanacli en présent, suivant l’usage, aux acteurs de cha(|ue Comédie. Ceux de la Comédie Italienne ont été surpris de s’y voir très-maltraités, et d’y trouver un éloge complet du petit auteur ; ils s’en sont plaints à M. le duc de Duras. On a arreté la vente de l’almanacli, et l’on a été obligé de mettre un carton pour corriger l’impertinence du sieur Poinsinet. Le premier exemplaire est devenu très-rare et fort cher.
Id. — Un cordonnier de femme, nommé Charpentier, fait aujourd’hui le second tome de M. André, perruquier si fameux, il y a quelques années, par sa pièce du Tremhlement de terre de Lishonne, Celui-là ne compose point encore, mais joue des comédies chez lui, entre autres Za'ire^ où il exécute le rôle d’Orosmane. Cette parade fait l’iiistoire du jour dans ce pays de modes et d’oisiveté, surtout depuis que le duc de Chartres y a assisté avec d’autres seigneurs de la cour. Ce prince y est allé à six chevaux, et c’est à qui aura des billets pour ce spectacle burlesque.
17. — M. Poinsinet ne joue pas toujours un rôle passif; il attaque à son tour, et vient de s’escrimer contre M. Marmontel, qu’il plaisante sur son Epître à mademoiselle Guimard, C’est une espèce de lettre en vers, où il reproche à ce philosophe de louer l’action de cette demoiselle, comme si elle était extraordinaire parmi les hiles de son état, qu’il trouve aussi susceplibles d’humanité que les autres. Il le blâme ensuite de prétendre qu’un théologien ait nécessairement un coeur de bronze. Cette lacetie est trouvée par bien des gens plus légère que celle de M. Marmontel.
1^- — Le sieur Sedaine va bientôt paraîire en justice pour une anecdote qui ne lui fait point honn-cur, qiiebjue bon ([ue
Pi
2o4 MÉMOIRES SECRETS DE BACHA ÜMONT
son procès paraisse au fond et dans la forme. On a parlé ^ de son mariage, exécuté Tannée dernière, et de la réclamation des héritiers de madame Le Comte, morte de chagrin. L’ingratitude de ce poète maçon a contribué autant que la jalousie à faire périr cette femme de douleur. Elle avait fait donation au sieur Sedaine d’une maison ayant trois corps de logis, bon et excellent bien. On prétend qu’il voulut, dès qu’il fut marié, la mettre à exécution et faire sortir cette bonne femme de chez elle. Cette scène, renouvelée du Tartufe^ est un des moyens que font valoir les héritiers, pour rentrer en possession du bien, et faire casser une donation qu’ils regardent comme le fruit de la séduction et de l’obsession.
22. — On ne parle plus de l’affaire du sieur Poinsinet L On assure pourtant qu’elle se poursuit toujours par les voies ordinaires de la justice. Des gens prétendent même qu’il y aura un Mémoire^ non par l’avocat Vermeille, mais par Palissot, auquel cas il sera plus méchant que plaisant. D’ailleurs, il est à craindre qu’il ne vienne trop tard.
25. — M. Tabbé Bandeau, secrétaire de la société des Économistes et rédacteur de leur journal, appelé les Ephémérides du citoyen, va en Pologne, oiion lui fait avoir une prévôté royale, bon et excellent bénéfice. On prétend que le monarque, d’ailleurs, est bien aise d’avoir ses conseils pour la législation, dont il doit devenir maître incessamment; auquel cas il veut mettre en pratique les principes essentiels de la société politique. En un mot, cet abbé va être le pendant de M. de La Rivière en Russie. Les gens de Paris, qui ont vu de près ces modernes Solons, rient bien de voir associés au gouvernement des États ces philosophes cyniques qui ne savent pas gouverner leur ménage. On reproche, entre autres choses, à M, de La Rivière d’avoir une femme qu’il tient éloignée de lui, et pour laquelle il a les plus mauA^aises manières.
Mars. — 6.— Les représentations des Moissonneurs se continuent avec une fureur qui redoublerait, s’il était possible, et si la salle pouvait s’élargir. Il n’y a pas de représentation où quelques gens étouffés pour le moment n’attes'ent la bonté du
1 Voy. 18 mai 1767.
2 Vov- 27 (l«'“Combre 17G7.
MA 11 s 176s
spectacle. Quoi qu’il en soit, les dévots sont outrés de ce succès, et n’ayant pu arrêter le cours de la pièce, ils ont voulu se venger sur le censeur, dont voici rapprol)ation littérale :
« J’ai lu, par ordre de monseigneur le vice-chancelier, les ALoissonneurs . Si 1 on n’avait représenté sur nos tliéCdres (|ue des pièces de ce genre, il ne se serait jamais élevé de question sur le danger des spectacles, et les moralistes les plus sévères auraient mis autant de zèle à recommander de les fréquenter, qu’ils ont souvent déclamé avec chaleur pour détourner le public d’y assister. A Paris, ce 24 janvier 17()(S. Signé Map» in.
Cette approbation, en elfet très- singulière, a fait crier contre le sieur Marin, et le clergé s’est remué avec chaleur pour s en plaindre. La rumeur paraît pourtant apaisée; mais il a fait mettre des cartons à tous les exemplaires qu’il a pu retirer, et a substitué une approbation toute simple. M. le contrôleur général l’a rayé de sa main sur la liste des pensions, et lui en a ôté une de deux mille livres qu’il avait.
7. — On débite à l’occasion des circonstances actuelles, relatives a la Bretagne et a la nomination de M. Ogier pour aller tenir les états extraordinaires de Saint-Brieuc, une centurie de Nostradcimiis que voici :
Bans une armorique cité Doit être allégresse publique,
Quand Aiguillon sera piqué Par le dard du valet de pique h
Madame Denis, nièce de M. de A oltaire. et sa compagne fidèle depuis nombre d’années, vient de quitter ce cher oncre et est à Paris depuis peu avec madame Dupuis, la petite-fille du grand Corneille, et qui doit son établissement au zèle officieux de M. de A^ol taire. Cette séparation donne lieu a mille propos que le temps seul peut éclaircir. On débite aussi que M. de Voltaire va à Stuttgard, cliez le duc de AVurtemberg, répéter des sommes considérables qui lui sont ducs. D’autres donnent à ce voyage un motif plus important et plus fâcheux. Ils disent que AI. de La Harpe, accueilli par Al. de
* Le valet de pique se nomme Ogier,
MEMOIRES SECRE'rS DE RACiLVUMONT
Voltaire avec tant de bonté, a eu ringratitiiclede lui voler des manuscrits, oii il s’explique, avec toute la liberté qu’on se permet dans le silence du cabinet, sur le Gouvernement de France, les ministres et le roi même; que, dans la crainte que cette publicité ne lui attire des ennemis redoutables et de lâcheuses albaires, il avait cru devoir prévenir la poursuite de sa personne en se retirant chez l’étranger.
9, — Mademoiselle Heinel, danseuse de Stuttgard, élève du sieur L’Epi, élève lui-même du sieur Yestris, esta Paris, et a débuté à l’Opéra le 26 du mois dernier. Sa manière noble, majestueuse et accompagnée des grâces sévères de la haute danse, attire toutParis.On croit voir Vestris danser en femme. La structure un peu colossale de cette Allemande et les grands traits de sa figure ne plaisent pas également à tout le monde.
IL — L’épître suivante, peu recherchée pour son mérite poétique, va être consignée ici comme pouvant servir à l’histoire et faire anecdote.