ÉPITRE A M. LE PRÉSIDENT OGIER, SUR SA MISSION EN BRETAGNE
Pour les fanges de la Aulaine Quitter les trésors delà Seine,
Cher Ogier, quel aveuglement!
Tu veux passer bien saintement La rigoureuse quarantaine.
Reçois mes adieux : Carnaval Est trop bien ici pour te suivre Dans un pays où tout va mal,
(Jii pas un homme ne s'enivre,
Nulle femme ne songe au bal.
Longtemps j’en ai fait mes délices :
Mais, depuis un lustre, je vois Qu'on ne parle à ces bons Gaulois Que de dragons et de supplices ;
Que, pour les réduire aux abois,
De par le plus juste des rois.
On a fait cent mille injustices Et violé quarante lois.
Malheureux ! la cour les abhorre Et les hait; c’est là le bon ton.
Que vas-tu foire en ce canton?
Tu brides d’étre utile encore
A notre ])ion-ainié Hoiirhon ; lu veux que son peuple hreton Plus (jue Jainuis ruiiiie et l'adore,
Et ne tremble plus à son nom.
Quoi donc! oserais-tu lui dire Qu en dépit de leurs ennemis,
Les B retons sont les plus soumis,
Les plus zélés de son empire?
Je te crois un peu trop prudent :
Dans ce pays, cher président,
Képands de nouvelles alarmes :
Prends ce qui lui reste d’argent ;
Laisse-lui ses fers et ses larmes.
14. — Mademoiselle Grandi, danseuse en double de POpéra et figurante d’un talent médiocre et d’une ligure très-ordinaire, se plaignait, il y a quelques jours, sur le théâtre de l’Opéra, d’avoir perdu un amoureux qui lui avait donné mille louis en cinq semaines. Un des spectateurs lui dit qu’elle était faite pour trouver aisément à remplacer cette perte. La demoiselle répond que cela ne se répare pas si facilement ; elle ajoute qu’en tout cas elle ne veut d’amant qu’à la condition d’un carrosse et de deux bons chevaux, avec au moins cent louis de rentes assurées pour les entretenir. La conversation tombe. Le lendemain il arrive chez mademoiselle Grandi un magnifique carrosse attelé de deux chevaux. Trois chevaux suivent en laisse, et l’on trouve cent trente mille livres en espèces. dans le carrosse. On ne dit point encore le nom de ce magnifique personnage, bien digne d’etre inscrit dans les fastes de Cythère. On assure que c’est un étranger, ce qui est injurieux pour la galanterie française.
point sur les histoires de toute espèce auxquelles donne lieu l’arrivée de madame Denis dans ce pays-ci. Il passe pour constant aujourd’hui que M. de Voltaire est encore à Ferney, avec un secrétaire et le Père Adam, qu’il a recueilli lors du désastre de la Société, et duquel il disait plaisamment, en le présentant à la compagnie : « Messieurs, voila le Père Adam. Il est inutile de vous avertir que ce n’est
pas le premier homme du monde. » En effet, ce Jésuite est, dit-on, très-borné. ’