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1)0 son cercle il ne sort jamais ;
Catins sont ses douces liesses ;
Il est sans goût, sans mœurs, sans lois;
Enfin il ressemble à ses pièces :
On ne peut le voir qu’une fois.
M. Poinsiiiet ayant écrit, à cette occasion, au père de M. Guichard pour lui dénoncer son fils comme un mauvais sujet, il a reçu la réponse suivante ;3; :
« J’ai bien l’honneur de vous connaître, Monsieur; votre réputation en tout genre est établie, et je suis étonné que mon fils ose l’attaquer; je lui en dirai deux mots très-vertement. Je n’ai point vu son épigramme ou ses épigrammes contre vous; mais si, de votre aveu, il n’a que de petits talents^ quel tort peut-il faire à ces grands talents que Paris et la cour admirent dans M. Poinsinet? Ernelinde sera-t-elle moins Ernelinde? Ainsi du reste... Vous êtes trop sensible; M. de Voltaire est, dit-on, de même; le moindre trait qu’on lui décoche le rend malade : c’est apparemment le faible des âmes suljlimes.
« Votre délicatesse sur le chapitre des mœurs est, par exemple, on ne peut mieux placée. J’ai en main une lettre anonyme de votre fabrique à Hérissant contre mon fils, la- ([Lielle, jointe à d’autres faits de cette nature, prouve merveilleusement que vos mœurs sont irréprochables, et combien ce mallieureux hls aurait dû les respecter. Les siennes ne sont pas si pures, si j’en crois ces chansons obscènes que vous marquez lui avoir entendu chanter à votre table. Je puis vous assurer cependant, Monsieur, de sa réserve à cet égard devant moi et parmi mes sociétés; ce qui me ferait conclure, avec votre permission, qu’il faut absolument que votre cercle ne soit pas bien composé. Gomme l’accusation est grave, et qu’en matière de mœurs je suis au moins aussi rigide que vous, je vous prie de m’envoyer quelques-unes de ces chansons, pour voir un peu si cela est de la torce de
^ On n’a pu avoir la lettre envoyée par M. Poinsinet à AI. Guichard, mais les mots soulignés sont de cette lettre. — B.
Gilles^ garço7i 'peintre ^ et de Cansandre^ ciuber fpste
« Je suis, avec tous les sentiments (|ue vous méritez,
« ^Monsieur, etc.
« P.-S . — Pardon si, dansla suscription de cette lettre, je ne fais point usage de votre qualité iV A cachhnicien des A rcades de Rome; je craindrais de paraître Taire une plaisanterie. »
dO. — La secte des Économistes, fort alarmée du départ de Tabbé' Bandeau qui se dispose à passer en Pologne, où il osl nommé, comme on a dit, à un bénéfice, après dillerents conciliabules, a déféré la plume à M. Dupont, un de ses membres. Il avait déjà travaillé au journal de la Société, connu sous le nom des Ephémérides. et il va reprendre cette tache. Quant à Pabbé Bandeau, avant de partir, il n’a pas voulu laisser la France sans ses dernières instructions sur ce que ces enthousiastes appellent la science : il a consigné ses principes dans l’Dv/^ au peuple sur son premier besoin^ et dans X’d.Lettre d'un gentilhomme de Languedoc à un consedler au Parlement de Rouen. Il se récrie, dans bun et l’autre, sur les craintes qu’a occasionnées l’exportation. Il attaque, entre autres, les Remontrances du Parlement de Rouen.^ et provoque cette Cour, avec une liardiesse et une véhémence qui caractérisent un homme très-abondant dans son sens. Cet ouvrage fait grand bruit.
— Il est question de créer à l’Académie des belles-letlres deux places d’honoraires de plus, et deux places de pensionnaires. Les deux premières paraissent destinées au cardinal de Bernis et à M. de Boulogne, intendant des finances. Les deux plus anciens des associés monteront à celles de pensionnaires, qui seront désormais fixées à douze, ainsi que celles d’honoraires, et il se trouvera deux places d’associés à donner.
Mai. — 1. — Toutes les circonstances delà communion pascale de M. de Vollaire sont remar(|uables : voici l’ordre et la
’ Opéra-comique du sieur Poiusinel. — B.
2 Parade jouée en société. — B.
M!:M0TRES secrets de RAG h a U. )I ont
marche de cette cérémonie *. li faut savoir d’abord qu’il a fait bédir l’église paroissiale de Ferney, avec côtte inscription, très-propre à fournir matière aux dissertations des commentateurs futurs: Dicavit Deo de Voltaire M. de Voltaire estparti de chez lui, précédé de deux de ses gens portant des hallebardes, en forme de suisses. Amenait après l’architecte avec le plan de l’église, espèce d’offrande que le catéchumène faisait précéder comme acte de sa réconciliation. Il marchait ensuite avec la figure d’un pénitent, avec la componction sur le visage et sans doute dans le cœur. Deux gardes-cliasse fermaient la marche, la baïonnette au bout du fusil. A l’entrée de l’église, s’est trouvé le Père Adam, qui a fait le rôle de médiateur entre le ciel et le pécheur. Ouest instruit du reste, et du sermon surtout. Il ne faut pas oublier les tambours et les fanfares qui célébraient ce grand jour.
— Les Comédiens Français se disposentà jouer dans la semaine prochaine Béverley^ tragédie bourgeoise, que le sieur Saurin a tirée d’une pièce de Moore, intitulée the Gamester. Le traducteur a voulu enchérir sur le génie sombre et noir de son modèle; il a ajouté la scène de l’enfant, prise dans une situation de Cléveland. Ce genre, à coup sûr, n’aurait pas réussi jadis; mais le Français commence à regarder avec intrépidité les scènes atroces, et si son ame n’a pas plus d’énergie ([u’autrefois, son œil en supporte au moins davantage dans l’action théâtrale.
2. — Il est dans ce pays-ci des gens à bons mots qui rient de tout et ne manquent jamais l’épigramme sur quelque sujet que ce soit. On a dit, à l’occasion des nouveaux habillements des officiers aux gardes, si beaux par devant et si laids par derrière, que c’était pour les empêcher de tourner le dos. Réflexion amère et qui rappelle des faits peu honorables pour le régiment.
— Mademoiselle Asselin, qui avait dansé à l’Opéra, où elle avait eu peu de succès, il y a neuf ou dix ans, vient d’y repa-
La cércmonic burlesque que l’orçse plaîL à décrire ici est une pure dérision : tout cela est de la plus grande fausseté. — W.
2 Le rédacteur, pour faire une plaisante équivoque, estropie à dessein l’inscription de l’église, qui est : Deo erexil Voltaire.
raîlro. Elle arrive chargée des dépouilles do PAnglelerre. où elle a brillé longlenips. Elle est Tort courue aujourd’hui : elle ii’a pas la majeslé de mademoiselle lleiuel, mais elle est taillée en grand, comme elle, et s’attire beaucoup de partisans. D’ailleurs, elle a le genre plus étendu, et, outre le terre à terre.
elle donne dans la gargouillade e.t les enlrechats. Elle a la jambe un peu grosse. En un mot, c’est une recrue très-agréable pour les spectateurs luxurieux qui abondent à ce Ihéàire.
3. — M. le prince de Gonti donne ordinairement tous les lundis un concert en son hôtel. Hier, au lieu de ce diverlissement, il a fait exécuter à huis clos une petite le te pour Made-
moiselle. Il n’y avait que six personnes, à cause des con jonctures douloureuses où se trouve la famille royale h On a représenté V Impromptu de campagne^ comédie en un acte, de Poisson. M. le duc de Chartres y a fait le rôle de père, ce qui a beaucoup amusé sa sœur, par les bouÜbnneries que le jeune prince a mêlées dans son rôle.
Le Camus, de l’Académie des sciences, l’un de ceux qui ont été dans le Mord pour déterminer la mesure de laTerre, en 1736, vient de mourir de la poitrine.
Poinsinet n’est pas resté sans réplique au Mémoire de mademoiselle Le Blanc de Grouzol: le sien paraît. Au grand étonnement de tout le monde, il est plein de bon sens, de sagesse et de modération, ce qui fait présumer qu’il n’est pas de cet auteur. Il présen te sa cause dans le jour le plus favorable et ramène de son côté le public équitable. Il est signé du sieur Blanc de Yerneuil, avocat.
L court une histoire aussi plaisante que vraie sur M. Bartlie, poêle provençal, auteur des Fausses infidélités, et plus propre, à ce qu’il paraît, à manier la plume que l’épée. Ayant eu une querelle littéraire dans une maison avec M. le
marquis de Gillette, la dissertation a dégénéré en injures, au point que le dernier a délié l’autre au combat, et lui a dit qu’il irait le chercher le lendemain matin à sept heures. Celui-ci, rentré chez lui et livré aux réflexions noires de la nuit et de la solitude, n a pu tenir a ses craintes et a toutes les horreurs
^ La maladie du prince de Lamballe. — U,
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qu’il envisageait pour le lendemain. Il est descendu chez un nommé Solier, médecin, homme d’esprit et facétieux, demeurant dans la même maison, rue de Richelieu, et lui exposé ses perplexités et demandé ses conseils... N’est-ce que cela? Je vous tirerai de ce] mauvais pas. Faites seulement tout ce que je vous dirai. Demain matin, quand M. de Yillette montera chez vous, donnez ordre à votre laquais de dire que vous êtes chez moi. et de me l’amener. Pendant ce temps, cachezvous sous votre lit. » Barthe veut répliquer : « Ne craignez rien, encore un coup, et laissez vous conduire » Le lendemain on introduit M. de Yillette chez M. Solier, sous prétexte d’j venir chercher M. Barthe... « Il n’y est point; mais que lui A'eut monsieur le marquis?...» Après les difficultés ordinaires de s’expliquer, il conte les raisons de sa visite... « Yous ne savez donc pas, monsieur le marquis, que M. Barthe est fou? C’est moi qui le traite, et vous allez en voir la preuve...» Le médecin avait fait tenir prêts des crocheteurs. On monte, on ne trouve personne dans le lit; on cherche dans l’appartement. Enfin M. Solier, comme par hasard, regarde sous le lit; il y découvre son malade... « Quel acte de démence plus décidé 1 » On l’en tire plus mort que vif. Les crocheteurs se mettent à ses trousses et le fustigent d’importance, par ordre de l’Esculape. M. Barthe, étonné de cette mystification, ne sait s’il doit crier ou se taire. La douleur l’emporte, il fait des liurlements alfreux. On apporte ensuite des seaux d’eau, dont on arrose les plaies du pauvre diable, puis on l’essuie, on le recouche, et son adversaire émerveillé se frotte les yeux, a peine à croire tout ce qu’il voit, mais ne peut disconvenir que ce poëte ne soit vraiment fou : il s’en va, en plaignant le sort de ce malheureux. Du reste, M. Barthe a trouvé le remède violent, surtout de la part d’un ami, et ne prendra vraisemblablement plus M. Solier pour le guérir de ses accès de folie.
8. Le Joueur anglais a paru hier sous le nom de Béverley^ tragédie bourgeoise imitée de l’anglais. On n’avait point fait mention sur l’affiche de M. le duc d’Orléans, quoiqu’on l’ait annoncé la veilla, ce qui signifiait que ce prince, dans sa douleur, s’abstenait du spectacle, ou du moins qu’il n’y était
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(\\i^iriCognilo, à cause de la luorl du ])riiice de Laruballe. Ce drame a eu un très-grand succès, et le mérite.
9. — La demoiselle Le Blanc de Grouzol lait paraître une Réponse au Mémoire du sieur Roinsinet. Celle-ci est signée d’un avocat nommé Ader, et, en consécpience, est plus grave que la première sortie contre cet Académicien des Arcades de Rome. Elle ramène le lecteur du coté de la demanderesse. Il est très-vrai que la demoiselle de Grouzol a été renvoyée de
rOpéra pour cette aÜaire.
11. — La pièce de Béverley a eu encore plus de succès aujourd’hui que samedi. L’auteur a adouci la férocité du dernier acte, en ne faisant lever au Joueur qu’une fois le poignard sur son üls : il s’attendrit tout à coup et l’embrasse. On a remarqué que presque toutes les mêmes femmes qui avaient assisté à la première représentation étaient revenues à la seconde, malgré les frémissements convulsifs qu’elles avaient éprouvés. On ne donnera ce spectacle que deux fois par semaine, à cause de Molé, dont le rôle est très-fort, et dont la poitrine pourrait ne pas sufüre à un service plus répété. Tout est loué jusqu’à la sixième représentation.