‹ Mémoires secrets et inédits de Stanislas Auguste comte Poniatowski, dernier roi de Pologne, relatifs à ses rapports intimes avec l'impératrice Catherine II et à son avénement au trone. Journal privé du roi Stanislas Auguste pendant son voyage en Russie ... Suivi d'une relation de ses funérailles, depuis le 12 février jusqu'au 8 mars 1798Chapitre 1 sur 13 · OF LEXINGTON, MASSACHUSETTS · texte numérisé non relu

OF LEXINGTON, MASSACHUSETTS

DE

relatifs à ses rapports intimes avec Timpératrice Catherine II et à son avènement au trône.

Ce journal du feu roi de Pologne, Stanislas Auguste,

que nous offrons au public, donne les détails les plus circonstanciés et les plus intéressants, sur ce qui lui est arrivé et sur ce qu'il a vu de plus r*t* marquable depuis le 20 février 1797, jusqu'au 9 février de Tannée suivante, c'est-à-dire depuis son arrivée à Vilna jusqu^à Tavant-surveilfe de sa mort. Il a été écrit sous sa propre dictée et envoyé par lui-même à son conseiller intime et agent privé à Varsovie, le 8. Frédéric de Bacciarelli pour être communiqué aux personnes de l'auguste famille de ce souverain; On a joint au dit journal une relation des funérailles magnifiques que fit faire à ce prince S. M. l'empereur Paul I, évaluées à plus de vin^l mille roubles, ainsi qu'une lettre du premier médecin du Roi M. Boeder écrite au susdit Bacciarelli contenant quelques particularités sur la véritable

46 MÉMOifiEs secb:ets et inédits

cause de sa mort subite. Certains détails de ce journal paraîtront minutieux et, par conséquent, de fort petit intérêt; mais il faut observer qu'il devait être communiqué à son frère, ses sœurs, ses neveux et nièces, à des parents qui attachaient du prix aux plus petites circonstances. Quantité de celles-ci n'en acquèrent que pour ceux qui connaissent les anciennes relations du Roi avec la Russie avant et aprèa son avènement à la couronne.

S. BACX3IABELLL

DB STANISLAS AUOtrSTE. 47

Bulletin No. 1. g

VUna ce 20 févrir 1797. ■*!

Le Roi n'est arrivé ici qu'hier à cause de tous les incidents fâcheux qui ont retardé son voya^, comme: mauvais chevaux, manque de chevaux, mau- ^

vaise manière de les atteler, plusieurs voitures ren- •

versées et cassées, et enfin celle du Roi même r^oi^ §

versée hier d'une manière qui a hrisé 'toutes les S

glaces et qui a blessé à la main gauche le comte &

Mnissech, mais si légèrement qu'il ne s'en ressent ^

presque plus aujourd'hui. sg

Les dames n'ont pas eu de mal. Quant au Roi,. g

le contre-coup de cette chute a renouvelé le mal ^

de tête qu'il a eu, il y a deux ans à Grodno. Mais cela est si peu considérable qu'il marche et agit comme à l'ordinaire et ce n'est qu'une baga* telle. D'ailleurs, sa santé est, Dieu merci, parfaite. Il n'a pas eu la moindre attaque de ses étouffe* ments ni de ses maux de tête, de sorte qu'il se trouve fort heureux de ce côté-là. Il est contraint d'employer la journée d'aujourd'hui et celle de de-

48 MillCOIBKS BECBETS ET INÉDITS

main à remettre en ordre tout son équipage, et à se préparer un nouYel arrangement pour tout le reste du voyage, qui puisse le faciliter et Taccélérer. — M. de Buthakow qui est comme gouverneur ici à la place du général Tormansoff, n'est pas encore ici et l'on ne sait pas même quand il , arrivera. M. Friesel remplit en attendant ces fonctions avec le titre de vice -gouverneur. En cette qualité, il a ordonné à tous les corps de métier de faire parade dans les rues à l'arrivée du Boi^avec leurs drapeaux de confrérie et au Horodniczy (qui est comme le maître de police) de lui présenter un rapport de l'état de la ville de Yilna, qui contient en tout 1334 maisons, et 17,512 habitants. Ensuite M. Friesel lui-même a présenté au Eoi un rapport de l'état de toute la province de Lithuanie, dans laquelle n'est pas compris le gouvernement de Minsk, dont l'étendue comprend toute la partie orientale de la Lithuanie, presque égale à celle qu'on nomme aujourd'hui proprement Lithuanie. Dans cette partie occidentale de la Lithuanie dont Vilna est la capitale, se trouvent: 796,333 hommes, 771,560 femmes. Dans ce dénombrement sont compris tous les ecclésiastiques mâles, dont il 7 a 3,780, toutes les religieuses dont il j a 1,471, tous les desservants des églises et monastères mâles dont il 7 a 1,606 auprès des couvents de filles. La totalité du dénombrement est classé en gentilshonunes, OTcolicy, bourgeois, artisans indigènes, artisans étrangers, maîtres aux différentes fabriques, médecins et gouver-

jc:

HfE S!PANISÏ/AS ATJCPUSTE. 49

neuiB d'eiàfants, les paysans, les Russes domiciliés, las Tartares, les Juifs, les Caraïtes et les BohémieB8. Les têtes de la noblesse OkoUcha ne sont pas conspiifies dans la somme générale de oi-dessns, mads ©n en fera un catalogue par ordre alphabétique comme en Russie. Il y a eu hier au soir une illumination, malgré la prière instante que le Roi :-^

avait faite d'avance par le général Bezborodko, pour qu'aucun de ces appareils n'ait lieu. M. Eriesel dit avoir ordre de faire politesse à S. E. le nonce 3

lâtto et de lui procurer toute sorte de commodités à son arrivée id, laquelle il suppose prochaine.

„La vraie cause du départ du prince Repnin de „PétersboTirg est une révolte qui a eu lieu dans mc

„plûsieurs endroits au midi et à l'orient de Moscou. „Les paysans et beaucoup d'artisans prétendent „n'être plus serfs de leurs maîtrete, et n'avoir d'au- ^jtre mBrître que l'Empereur. Ce n'est pas un Ja- ^cobinisme parfait, mais cela ressemble à ce qui „8e passait en Bohême, lorsque Joseph II y avait ^commencé les changements . dont on se souvient. ^Plusieurs anciens officiers, militaires retirés du ^service, soufflent sur ce feii en Russie. La ville „de Tula, où est la principale fabrique d'armes, a ,,été aussi en révolte, mais celle-ci est déjà pacijyfiée^ les troupes qu'on a fait marcher de Péters- „boui^ et de Lithuanie vers des endroits qui sont ,,.eai troubles, se permettent beaucoup de cruautés, ,,qui empirent le mal, parce que l'indiscipline germe

,,dans le militaire russe, à cause du mécontentement

50 MÉMOIRES SECEETS ET INEDITS

„qui y règne à Toccasion de toutes les innovations

„grande8 et subites de Paul I. Son usage de pla-

„cer dans les imprimeries publiques toutes les cor-

„rections et censures qu'il juge à propos d'inâi-

î „ger journellement tant aux civils qu'aux mili-

j „taires et qui se répandent dans toute l'Europe,

„sont des choses qui mortifient le plus vivement

f „ses sujets, d'autant plus que ces censures précipi-

} „tées se trouvent souvent injustes. Cela est arrivé

( „au chancelier Astermann. Cela vient d'arriver au

^ „prince Jjabanow qui est ici, et qui en est si mor-

: „tifié qu'il veut demander son congé. Le couron-

: „nement de Paul I doit toujours se faire dans le

; „courant du mois d'avril, mais on ne fixe par le

„jour.

„Quand vous remettrez mon bulletin aux per- { „8onne8 désignées dans votre instruction, vous leur

«recommanderez toujours le secret sur la partie qui „suit la marque secrète."

Bulletin No. 2. '

Yilna ce 23 février 1797.

Les dernières voitures de l'équipage du Roi n'étant arrivées à Vilna qu'hier au soir, le Eoi s'est vu obligé de partager son train en trois parties. Le comte Mniszech avec sa femme et Mme Tyszkiewicz avec cinq voitures, ont pris le devant hier. Ils attendront le Roi à Riga. Le Roi part

ce matin pour coucher aujourd'hui à Zyzmony où les précédents ont couché hier, il en sera de même à tous les couchers jusqu'à Eiga. Dans le train d'aujourd'hui vont avec le Roi treize voitures, y compris celle du général Bezborodko.

Dans deux ou trois jours, tout le reste du train &

composé de vingt voitures suivra sous la conduite «^

du colonel Gordon, auquel le général Bezborodko 2

a bien voulu joindre le major Cicionow et le ma- "•

jor Wielki-Polski pour que rien ne leur manque 7>

en route. M. Premo étant convalescent et plusieurs .^

autres domestiques incommodés, ils n'iront qu'avec 33

le troisième train, auquel le Roi a attaché un chi- |S

rugien engagé à Vilna d'après de bonnes recomman- ^

dations. Pendant ces deux jours on réparera tou- •

tes les voitures endommagées. Mmes de Mniszech et S

Tyszkiewicz ne s'étaient pas d'abord ressenties de n

la chut^ qu'elles avaient faite le jour auquel elles B

étaient arrivées à Vilna. Le surlendemain elles

ont été un peu incommodées, mais hier matin elles g

sont parties bien portantes. Elles ont absolument g

refusé d'être accompagnées ou par M. Boceler ou 5

par Henselmann comme le Roi le voulait. M. le comte de Mniszech s'est joint à ce refus. C'est ce qui fait que Boceler et Henselmann vont aujourd'hui avec le Roi, qui ne prehd avec lui, outre eux, que le général Bezborodko, l'adjudant Kirkor, l'abbé Jurewicz secrétaire et Fabrice Poniatowski, lequel sachant parler et lire le russe se trouve être très à la main. Les frères Grabowski, les cham-

52 MÉiR)ïSï:S SECÏt»^ ïï IWÉDITS |

bellans Trettibecki et Woleki, les coloîïeh Bj^cx^wski, Gordon et Crchocki, le secrétaire Puzyna et AntoiwB PoTiiatowski iront dans le troisième train. Pendant i les trois jours que le Roi a passé à Vilna, il t ' vu Werki et tous les eïMÎroitô remarquables -de cfette ville et surtout Tacadéttiie fort en détail. Bo- \ celer n'est pas le premier étranger qui a reoontju que cette académie peut être comptée parmi les ! plus renommées de l'Europe, autant par le mérite ; des professeurs, que par celui des élèves, qu'ils ewt formés dans toutes les classes, et par le nombre I et la quantité des instruments astronomiques, ma- j thématiques et appareils chimiqueB, physiques dfe tous genres. Le Roi a été complimenté en fran- . çais par un des membres des Visitandines , aux*- j

I quelles Paul I a déjà promis de rendre une partie

i des revenus qu'on leur a ôtés. Boceler a trouva !

{ les hôpitaux très -bien soignés. On ne voit pas

J de mendiants dans les rues de Vilna. L'empereur

I Paul I a ordonné que M. Vincent Potocki et sa

J femme ci-devant princesse Ligne, achèvent à leurs j

dépens l'église de Vilna, comme héritière des biens | que le feu évêque Massalski s'est fait donner par ' le chapitre de Vilna à cette fin. Werki doit faire | en été un endroit charmant. Tout ce que Tarchi- j tecte Gacewicz y 'a fait, ainsi qu'à Vilna, fait! grand honneur à son talent. Tout ce que l'évêque j Massalski a fait faire par d'autres architectes ayant j Gacewicz, n'est pas à comparer. Mais le tout % été si fort négligé pendant les dernières années

«alamiteuses, que Ton voit à Werki et dans Téglise cathédrale autant de rsines que de beaux restes.

Le moulin et la Guinguette du maréchal Tyszkie- ^

"wicz sont réellement des objets d utilité et d'agré- Jj

loent par eux-mêmes et par leur situation. Mme S

B^zostowska fille du chaiicelier Chreptowifcz , est O

Tenue voir plusieurs foiil' Mmes Mnisaech et Tyszkie- ^

"wioz. Le comte Chreptowicz, élu délégué au cou- 2

rannement de Paul I, se prépare à son voyage -;•

de Moscou. Le maréchal Tyazkiewioz n'est pas 4>

au nombre des déïeguéa II a mâjrqué beaucoup .^

d'attentions au Roi et lui a offert une partie da 3

son excellent vin de Hongrie. Le vice-gouverneur ^

d,e Lithuanie, M. Friesel, a marqué la meilleure ^

volonté au Roi; on dit qu'il va devenir directeur- •

général des postes de Lithuanie. On n'a encore S

aucune nouvelle de l'époque de l'arrivée de M. Bul- B

bakow. Le prince Labanow a fait pour le Roi à m

Yilna tout ce que le prince Repnin aurait pu faire-

Le Roi a écrit au prince Stanislas pour lui 55

naarquer tous ses regrets de ce que tant de mésa- 2

ventures de voyage rendront impossible au Roi 5 l'arrivée à Pétersbourg le dernier jour de févriear. Le Roi aspère cependant d'y être au moins le trois de mars. J'espère que le bulletin No. 1 et toutes les lettres qui raccompagnaient, seront parvenus avant celui-ci. Le Roi demandera à Riga et à Narva et même à Pétersbourg les lettres qui y seront adressées à lui ou à M. Puzyna.

54 MÉHOIBES 8ECKET8 ET nfÉSITS

Mîtau ce 2 mars 1797.

J Le Roi n'est arrivé ici qu'avant hier à 11 hen-

j res du 'soir; Teffet de toutes les contrariétés et

malencontres qui peuvent retarder un voyage et C le rendre aussi désagréable que possible. Personne

f n'en a été plus peiné que le général comte Bez-

C borodko, lequel croyait avec raison pouvoir comp-

. ter sur les dispositions du général RarmonsofiF qui

Z a été déplacé de son gouvernement peu de jours

5 avant l'arrivée du Eoi à Vilna. Cela a fait que

; toutes les dispositions ont été laissées à l'abandon,

si bien que, dans les marches - routes , le nombre 1 des milles s'est trouvé faussement désigné presque ^

I partout, et par conséquent le calcul des heures a

I produit les plus grands dérangements, et de plus

*• la connaissance des chemins a tellement manqué,

£ que, dans la première journée au sortir de Yilna,

C on a fait faire au Roi quatre milles de plus et par i

le plus mauvais des chemins, tandis que le chemin , usité est bon et de quatre lieues plus court, ISomb're d'autres accidents semblables se sont rencontrés \ dans le reste de la route. Les grands dégels et j les gelées, qui se sont succédés alternativement, ont ' contribué de leur côté à gâter les chemins et ont été cause que plusieures voitures se sont cassées. Tous ces inconvénients réunis ont obligé le Roi à passer la journée à Mitau pour avoir le temps |

de faire les réparations nécessaires à ses voitures et à celle du comte Mniszech. La fatigue et tous les contre-temps du voyage, ont agi sur la santé délicate de la comtesse Mniszech. Des "maux de tête, une grande fluxion Vont tourmentée d'abord, mais cela a produit et se termine par un écoulement considérable à l'oreille gauche, qui Ta préservée d'une maladie sérieuse ; elle- n'a pas du tout de fièvre, et M. Boceler assure que l'on peut être parfaitement tranquille sur la santé de Mme Mniszech, qui d'ailleur^ jouit d'un bon sommeil et d'un bon appétit.-

La lenteur du voyage a permis au E,oi de visiter sur son passage la chartreuse de Pazayscie; c'est un monumeut étonnant des richesses du chancelier Pac, et de l'usage qu'il en a fait; parmi les peintures, la seule qui a paru au Roi digne d'être citée, est la rencontre de la Sainte Yierge avec Ste Elisabeth, comme l'avait dit au Roi le chancelier Chreptowicz. Le Roi s'est souvenu avoir vu il y a de cela 42 ans, dans les corridors de cette chartreuse, des tableaux qu'il n'a plus retrouvés à présent, et par un hasard singulier, il n'existe plus aujourd'hui dans toute la communauté un seul des moines qui y étaient alors, de sorte qu'on n'a pas pu dire ce que ces autres tableaux sont devenus. Une des plus grandes curiosités de cet endroit a disparu aussi. Il y a 42 ans que les corps de Pac fondateur et de sa femme étaient encore dans une conservation parfaite, depuis trois ans ils sont pour-

56 MÉMOIBSS âïCRSrS SX INXVITS

ris, il ne re&te plus qu'une épitaphe pompeuse et d'un mauvais style, qui éprend aux curieux que l'épouse de ce chancelier Fac était de la. maisaa de Moilly et* prétendait être alliée aux maisons souveraines de Savoie, des Bourbons, des Lascaris, et des Cantaeuzènes empereurs chrétienô de Constantinople.

La ville de Mitau 'est agrandie et embellie de beaucoup de puis 40 ans que le Roi ne Ta. vue. Le château dans lequel leBoi est logé est un édifice très -vaste et magnifique d^près ce que Too voit, qui est encore resté après un incendie qui en a. consumé une grande partie il y a de cela quelques années.- Tous ceux qui sont ici de La part de l'Empereur, ou de la régence, s'empresseat de marquer au Eoi et à sa suite les plus graiieâeB ^ attentions et surtout un M. Hurtko vice - gouverneur; il a été dans la chancellerie du feu prisée chancelier Czartoryski Ce M. Hu»tko a su se concilier les témoignages les plus avantageux d-e la part des habitants de ce Duché.

M, Kloppman que l'on a vu à Varsovie auprès de la duchesse de Courlande est venu a» devant du Roi jusqu'à Walwie, qui est la dernière station lithuanienne. Il est oberhauptmann. Lui et tous les autres membres de la régence ont été rétablia dans leurs fonctions telles qu'ils les rem,pli8aaieBt du temps du duc de Biron. La forme du gouvernement que Catherine 11 avait donnée à la. Courlande est abolie par Paul 1.

ta

BE 6TAKI8I.A8 AITOITSTS. 57

Le Roi va employer le temps qu'il est contraint de passer ici à voir tout ce qui s'y trouve de remarquable, et l'académie instituée par le dernier Duc. La Dzwina tient encore sous Eiga et M/ le gouverneur, Bekendorff a fait dire au Roi, qull pren- S dra toutes les mesures nécessaires, pour que lui 9 et tous ses équipages puissent passer avec la plus grande sûreté.... Pour augmenter le nombre des événement^ bizarres.

„Le vieux Stackelberg, ci -devant ambassadeur „en Pologne, est noftimé par l'Empereur, pour faire „le service de chambellan auprès du Roi à Péters- g

„bourg. Xœnigfels ci-devant secrétaire de Btaokel- „berg, qui est ici, dit que cette nomination est une ^humiliation de plus, par laquelle l'Empereur a voulu ^caractériser sa déplaisance contre lui; son fils aîné „qui a quitté le service, dit qu'il ne conçoit pas • ^comment son père a voulu rester si longtemps à „Péter8bourg, y éprouvant tant de mortifications.

„La forme du gouvernement que l'Impératrice „avait donné à la Courlande contenait plusieurs g

j^articles, dans lesquels la noblesse de Courlande „trouvait des avantages dont elle regrette la perte „par le rétablissement de la forme ancienne, et par ^laquelle Paul I a voulu et cru leur faire une „grâce; on dit qu'il en est de même en Livonia „Buthakow qui a passé par ici cette nuit pour aller „prendre possession de son gouvernement à Vilna, „B0U8 a assuré que la révolte des paysans est déjà ^presque entièrement apaisée.''

58 MÉMOIBES SECBETS ET INÉDITS

Bulletin No. 4.

Riga ce 3 mars 1797.

• Le Roi est arrivé hier à 9 heures du soir au faubourg de Eiga, qui est sur la rive méridionale de la Dzwina. Il aurait pu la passer d'abord si Texcès d'attentions et d'obligeances de M. le gouverneur militaire Bekendorff , et M. Kampenhausen, gouverneur civil de Eiga, avaient voulu y consentir ; mais ils ont insisté pour que Te Ex)i laissât à la gelée de la nuit le temps de raffermir la glace. Le E»oi a donc passé la nuit dans une bonne maison d'une veuve de marchand de ce faubourg, *' où il a trouvé un très-bon repas. Deux cavaliers de la noblesse de Livonie, nommés Schitting et Unger-Stemberg avaient été députés pour complimenter le E»oi à deux lieues devant Riga, dans un endroit nommé Oley, où se termine le territoire de la Courlande. M. de Schitting avait depuis longtemps une patente de chambellan du Roi. Ce matin à 8 heures MM. Bekendorff et de Kampenhausen sont venus encore eux-mêmes prendre le Roi au logis, et il à passé la Dzwina à pied avec eux après tous ses équipages. Au moment où le Roi posa le pied sur la Dzwina partit une raquette, qui donna le signal pour la canonnade de réception. ' Les gardes bourgeoises en beaux uniformes et fort bien montées, accompagnèrent le Roi jusqu'au château de Riga, où le Roi est logé dans l'apparte-

^ ment du prince Repnin, et où il trouva déjà établis M. et Mm es Mniszech et Tyszkiewicz. A midi le général de BekendorfiF a invité le Roi à la parade

► qui s'est faite à quatre pas du château, elle était ti»

de 500 hommes, et tout s'y est fait selon le non- 9:

veau règlement ordonné par l'Empereur, qui res- Qt

I semble beaucoup à celui de Prusse. Le Roi a re- [T

tenu à dîner MM. de Bekendorff et de Kampenhau- ^

sen, les généraux WolfF, Pahlen, Roll, Witt, Kille, -^

et plusieurs autres de la régence. Le Witt ici 7>

nommé n'est pas le Witt de Kamieniec, mais un ^

Hollandais, grand ami du pauvre général Vonzuch- 3

teln, qui est très-malade à Pétersbourg depuis une 5

chute qu'il a faite à la porte de cette ville. Le S'

général Elmt invité aussi par le Roi, est tombé •

malade et s'est fait excuser. — A six heures du S

soir les dames de Riga sont venues voir le Roi. ^ g,

Mme de Viluoghoff malade au lit, a fait témoigner S

au Roi ses regrets de n'avoir pu y venir aussi. ^

Il y a ici une vingtaine de dames à peu près au- g

tant qu'à Mitau. '^ g

Le baron Hattey se rend très-utile au Roi dans Q

ce voyage; il l'accompagne jusqu'à Pétersbourg. Le général Oginski et le comte Michel Wielohorski ^sont arrivés ici quelques heures après le Roi et prétendent le devancer à Pétersbourg. Le général comte Bezborodko, d'après un ordre que lui a laissé le prince Repnin, doit quitter le Roi dans la journée de demain à quelques stations d'ici, pour le devancer aussi à Pétersbourg.^

60 M£MOIB£& SECBET6 ST IKiONETS

H. Friesel ayant mandé au Boi que le palaia <te marbre, de Pétersbourg donnera un logeiïient au Boî et à quelques ped^sonnes seulement de sa suite, I que rhumidité du rez-de-ctiaussée es-t telle, qu'il

I dévient indispensable de louer d'autres logements

I dans le voisinage du palais peur le reste de la

suite, et pour cela et pour plusieurs autres objets qu'il a njandés, il demande de Targeut. Ryx part cette nuit à cause de cela, il pourra être deux ou trois jours avant le Roi, qui part d'ici demain matin. L'extrême obligeance de MM, de Bekendorff et de Kampenhausen fait qu'ils ont cliangé fort en mieux la marche-route du Roi, de sorte qu'il pourra arriver 24 heures plutôt à Pétersbourg et y trouver encore l'Empereur.

Bulletin No. 5.

Narva le 8 mars 1797.

Messieurs de Bekendorflf et de Kampenhausen ont donné au Boi les plus grandes preuves d'attentions, et l'on peut dire de cordialité, eniui procurant par leurs ordres^ sur la route depuis Biga jusqu'ici, toutes les commodités imaginables; en quoi ils ont été parfaitement secondés par les cavaliei^ députés de la noblesse du pays, qui ont acoompagné le Boi successivement sur toute la route. MM. Sievers, frères du ci-devant ambassadeur, de Schillegg, d'Unger-Stemberg, de Lovrenstem, de

3>ï: STAIfTSLAS AITtïTrSTï:. 61

l^»ckelberg et une dixaine d'autres se sont empressé» à l'enrié de procurer au Roi, par les soins les plus assidus, tout ce qui a pu faciliter son voyage; M. Lowenstem jeuit de 100 mille roubles de rentes. Le baron de Hattey va suivre le Roi jusqu'à P-é- ^

terebourg. Le général Bezbowdko a montré au Roi CJ

uiïe lettre de son frère le ministre, en conséqu-ence ^

de laquelle le Roi réglera sa marche; il couchera I>

demain à Rapsch environ quatorze lieiies d'ici et après "^

demain il sera à Pétersbourg entre quatre *et cinq r>

heures du soir. Heureusement le départ de TEm- ^

pereur est retardé de quelques jours. 5

La comtesse Mniszech, tout à fait rétablie de soîi 2

incommodité, est partie d'ici avec i^on mari et la ^

comtesse Tyszkiewicz il y a de cela quelques heures^ •

Un petit chariot cassé est resté en arrière avec S

Crryszkowski et la Schultz. Le Roi a été reçu aa • n

bruit du canon, il loge dans la maison du gouver^ . S neur. C'est un édifice construit il y a cinq siècle» ^

par les Danois, lorsqu'ils étaient les maîtres de jg

Narva. g

M. de Tiesenhauae, gouverneur de !Narva, a fait J^

les honneurs avec une politesse infinie. En général il est impossible de traiter un voyageur étranger avec plus d'attention et d'aisance, que toute la noblesse de Livonie ne fait à l'égard du Roi; elle y met même un air de cordialité extrêmement touchant. Le Roi a trouvé ici M. de Lambert, lequel av€^ voulu «'excuser ée service militaire sur son âge et qu'il ne savait pas le russe, mais l'Empereur

62 MÉMOIBJBS SEGBEIS SI U^ESITS

a Youlu qu'il acceptât un régiment et le titre d'inspecteur; il est ici en cette doublé qualité,- ses deux fils sont à l'armée de Perone, probablement sur leur j retour ainsi que le comte de Broglie. Le prince

Zubow a passé par Mitau lorsque le Roi y était, 3 il est allé demeurer à Euhendahl^ terre qui appar-

^ tenait au duc de Courlande, où il a un palais vaste

\ et magnifique ; cette terre a été donnée par Tlmpé-

r ratrice défunte au comte Yalérien Zubow. Le prince

g va y demeurer parce que l'économie de Szow donnée

^ aussi par Catherine U ne contient pas de palais,

s Les paysans de Szow étaient employés lors du pas-

? sage du Roi à voiturer toutes espèces de provisions

2 de Szowel à Ruhendahl. ,,Dites à Vincent Ponia- • „towsld, qu'il ne m'écrive plus de conseils pour moi,

3 „comme il a fait le 20 février; cela pourrait préju- § • „dicier à moi et à lui; on ouvre toutes les lettres

„à Pétersbourg; qu'il se borne à me donner les nou- „velle8 de Pologne."

Bulletin No. 6.

St. Pétersbourg le 3/15 mars' 1797.

Le 9 mars le Roi est arrivé à Ropscha, maison de campagne située à trente-cinq verstes d'ici, qui a autrefois appartenu à la cour et où Pierre III est mort. Cette maison avait été donnée au défunt prince Orloff, qui l'a vendue à un arménien, nommé Lazuroff, extrêmement riche, né à Ispahan; c'est lui qui a

Tendu le grand diamant qui fait aujourd'hui le bouton du sceptre impérial. Il a embelli cet endroit non-seulement avec beaucoup de dépenses, mais

aussi beaucoup de goût. Le Roi y a trouyé un tsw

splendide et très-bon souper. Il y a trouvé le ma- 3

réchal de la cour Wielohorski de la part de l'Em- tJ

pereur, avec cinquante autres cavaliers de la part ^

des grand-ducs Alexandre et Constantin, de leurs >

épouses et de la princesse Alexandre, fille aînée **

de l'Empereur; lesquels étaient chargés de compli- r>

menter le Roi; tous en habit de gala. Le prince

Stanislas s'y est trouvé aussi. L'Empereur a fait g

suspendre le deuil pendant trois jours pour l'arrivée

du Roi. Le lendemain 10 mars, le Roi ayant pris

le prince Stanislas dans sa voiture, est descendu a

la maison de campagne appartenant à la comteefitj F

Skowronska à deux verstes de Pétersbourg, où l'atten- *■

dait le vice-chancelier prince Kurakin, avec nombre

d'autres seigneurs et les équipages de la cour.

Le Roi est monté dans le carrosse de parade avec le prince Kurakin, dans le fond, le prince Sta g

uislas sur le devant, les pages de la cour à côté du carrosse, l'écuyer de l'Empereur, le prince Galitzin, à cheval auprès de la portière. Un détachement des chevaliers de la garde, un autre de huÈsards précédaient et suivaient la voiture. Depuis cet endroit une foule de peuple entourant la voitun^ l'a accompagnée jusqu'au palais de marbre, dans le principal appartement duquel le Roi trouva S. M l'Empereur dont il fut embrassé cordialement, et qui

64 MÉMOrBBS S£€!E£9« ST Iïria)ITS

s*eiitretiiit av^c lui dans une chambre À part pendant près d'une heure ; après quoi S. M. TEmpereur se retira chiez lui. LL. AA. Impériales Alexandre et Couetantin se tnouTàrent aussi à l'arriTée du Roi.

Il faudrait un Tolume pour décrire toutes les richesses de ee palais. Le Roi trouva M. et Mme de Mniszech et Mme Ty&zkiewicz tout établis. Le lendemain 11 mars, le Roi dîna chez S. M. rEmpereur, qui voulut que le Roi fïit placé à table, entre l'Empereur à droite et l'Impératrice à gaucbe. La table en fer à cheval contenait une cinquantaine de personnes.

Sa Majesté Tlmpératrice et toutes les grandes duchesses sont véritablement un assemblage de beautés; et les deux grands ducs des modèles d'obligeances et de prévenances^ mais rien n'égale la manière dont S. M. l'Empereur veut témoigner la bonté de son cœur et la recherche fine et nullement ordinaire de ses attentions gracieuses envers ceux qui en sont l'objet. Par la manière dont on Ta vu s'entretenir avec le Roi, et d'après le peu qu'on a pu entendre, l'amitié la plus affectueuse a présidé à leur entretien. Le comte Mniszech, le comte Tyszkiewicz et le prince Stanislas, ont dîné à la même table, avec leurs Majestés.

Le lendemain 12 mars, le Roi, sa suite et les personnes de sa famille ont été chez Messeigneurs les grands ducs, leurs épouses et la grande âxtcbesse Alexandre, l'aînée des princesses non mariées,

yz

]>S STANISLAS AUGTJSTE. 65

dans leurs ajqmrtements respectifs, et ont ensuite dîné avec leurs Majestés comme le jour précédent. Comme LL. MM. Impériales devaient partir dans Taprès-dîner pour Pawlowski, où elles séjourneront une semaine, l'Empereur a agréé le désir du Roi ?

d'une visite qu'il compte lui faire dans cet endroit. O

La comtesse Tyszkiewicz a pris congé de L.L. M. M. ^

Impériales, mais 8. M. l'Impératrice lui ayant té- ^

moigné qu'elle la verrait encore avec plaisir à Pé- —

tersbourg, elle s'y rendra ainsi que M. et Mme ;y

Mniszech avec le Rpi après^demain. Le même jour, ^

l'Empereur après son départ, procura au Roi une g

surprise bien flatteuse. Vers le soir à six heures, il J

vit entrer dans sa chambre le jeune comte Pociey, ft

qui vint lui dire: „Le vice-chancelier, prince Kurakin, m'ayant fait sortir de prison, m'a dit : allez remercier le Roi, qui a prié pour vous." Le Roi en fut d'autant plus touché et réjoui, que lorsqu'il demanda sa grâce à ^. M. l'Empereur, celui-ci ne la lui refusa pas, mais il ajouta „il sera utile à ce jeune homme d'apprendre à s'ennuyer un peu." Ce Ô

qui faisait croire, que sa détention serait encore de quelque durée. Lorsque 8. M. l'Empereur sera parti de Pawlowski pour Moscou, il est convenu, que le Roi le suivra cinq jours après avec M. et Mme Mniszech et le prince 8tanislas. La comtesse Tyszkiewicz partira pour Varsovie ou Vienne.

— Le couronnement impérial est fixé au jour de Pâques 5/17 avril; pendant ces trois jours, toutes les personnes de marque se sont présentées au Roi

(>6 HÉMOnL]l& aECBSTS Ml IVÈDITS

dans son palais. Le corps diplomatii^ue composé d'une vingtaine de personnes s'est acquitté de cette attention dans la matinée d'avant-hier. Le seul mij nistre d'Espagne n'a pu y Tenir à cause qu'il est

I malade, et par cette raison, il ne ya pas même à

I Moscou. M. de Tauenzien, ministre de Prusse, quoi-

I que déjà rappelé, y va pourtant encore, ainsi que le

comte Gharles Briihl, le comte Dietrichstein et tous ceux des autres Cours, qui sont venus complimenter l'Empereur sur son avènement. Dans Taprès-dîner le Roi est allé voir la fameuse statue de Pierre-le- Grand, et le quai de la !Neva. L'Empereur a laissé ordre de ftiire voir au Roi tout ce qui doit intéresser sa curiosité.

Les chambellans Trembecki et Wolski, les deux frères Stanislas et Michel Grabowski, sont arrivés hier. Le reste de la suite du Roi, sous la conduite du colonel Gordon, est attendu sous peu de jours. „Le palais de marbre a cout^ bien des millions; mais il est si disposé que le Roi s'y trouve non „seulement à l'étroit, mais dénué de toute commo- „dité; lorsque le grand duc Constantin Ta quitté après „son mariage, ses gens ont emporté non-seulement „le8 chaises et les tables, mais jusqu'aux serrures ,,des portes. Il faut acheter tout cela à neuf. Stackel- „berg n'a pas été nommé pour servir le Roi; il est „si mal en cour, qu'il a résolu de se retirer sur „8e8 terres. Branicki & voulu quitter Pétersbouiig*. „L'Emp6reur lui a ordonné de rester sans lui parler „et lui laisse ignorer ce qu'il deviendra. Il est

I>S STANISLAS AUei^STIi.

„Yenu parmi la foule saluer le Roi, qui lui a ré- ^ypondu par un coup de tête sans lui parler. L'Em- ^^pereur a dit au Boi que les révoltes sont apaisées. 7^6 prince Bepnin écrit qu'il recevra le Eoi à Mos- ^

y;COU. Lee actions prussiennes ont beaucoup baissé

^par une raison que Mme Tyszkiewicz dira; le Roi a

,,écrira par elle. La non-venue du prince Joseph *^

^'a point produit d'aigreur. Les affaires vpécuniaires ^

^du Roi prennent une bonne tournure." ^

Bulletin No. 7. 3

Pétersbourg ce 6/18 mars 1797. ï

< Le 4/16 mars le Roi suivi de M. et Mme

Mniszech, de Mme Tyszkiewicz et du prince Sta- §

nislas^ est allé voir l'Hermitage, qui fait une grande partie du château impérial et qui contient une ga< lerie de tableaux^ le muséum, le cabinet de curioaitéSy et la galerie copiée d'après Raphaël des ara- g

besques du Vatican; l'ensemble de tout cela est si g^

Ta&tCy qu'en ne faisant presque que marcher con- ^

linœllement pour le parcourir et prendre simplement une idée du total, il faut deux heures. Les «lemières pièces que le Roi a vues ce jour-là, eontenaienè le modèle de la maison de Voltaire à Ferney et toute sa bibliothèque, particulièrement curieuse en ce qu'un grand nombre de livres des anciens auteurs, ainsi que des contemporains de Voltaire, sont apostilles de notes de sa main, parmi lesquelles il y en

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